« Moi, j’aime pas les barbus! » On est dans un café au nord de Montréal, celle qui parle ainsi embaume le progressisme et la social-démocratie. « Tous les fanatismes je les haïes. Moi, je suis pour la liberté et pour l’égalité entre les hommes et les femmes. » Ce discours n’est pas nouveau. Ces thèmes sont couramment reformulés dans les discussions de tous les jours, en particulier depuis leur réactivation par le débat sur la Charte. Pourtant, une affirmation capte mon attention. « Ils s’en viennent, ici, au Québec ». Si la montée de l’intégrisme au Québec n’était pas d’emblée un enjeu central de la campagne péquiste, elle s’est imposée et demeure couramment abordé.
Alors que les propos de l’ancienne députée Fatima Houda-Pepin(1) font écho aux positions de Djemila Benhabib, célèbre de sa position de « dissidente » de l’Islam(2), il importe de faire un pas de côté et d’observer le discours de cette nouvelle droite identitaire aux prétentions universalistes. D’une part, le Québec ne constitue pas un cas isolé en la matière, mais plutôt une manifestation particulière d’une situation mondiale, l’époque de la « guerre au terrorisme ». D’autre part, les propos tenus sur l’Islam ont une étrange récurrence : on sent de la magie dans ces quelques mots ou images qui allument un sentiment de répulsion en dépit de toute connaissance sociologique de terrain. C’est cette résonnance que je propose ici d’analyser et en particulier celle autour du thème de « la montée de l’intégrisme ».
Néo-orientalisme
Une des raisons qui implique cette résonnance est l’ancienneté du contenu de ces dires. Dans son analyse des discours dominants sur l’Islam(isme)(3) en Europe et aux États-Unis, Olivier Moos utilisait pour les décrire le terme de « néo-orientalisme ».(4) Le choix du terme n’était bien sûr pas innocent et effectuait une référence directe à la construction théorique développée par Edward Saïd autour du concept d’orientalisme.(5) Le néo-orientalisme prend forme à la suite de la Guerre Froide dans l’effondrement d’une bipolarité structurante en réactivant le discours sur l’Orient produit principalement au XIXe siècle. Sa nouveauté : actualiser l’orientalisme classique tout en intégrant les critiques des sciences sociales, revivifier la part latente de l’orientalisme populaire et reformuler le lexique issu de la Guerre Froide. Dans le contexte actuel, il devient impératif d’en connaître la forme pour en débusquer les manifestations dans le débat populaire.
Au plus simple, l’orientalisme est ce système de représentation ancré dans un rapport de domination colonial constituant l’objet « Orient ». En tant que discours,(6) l’orientalisme structure le dicible et le pensable à propos de cet « Orient ». Aujourd’hui, les acteurs sociaux, à partir de différentes postures, viennent chercher des ressources de sens dans le bagage de représentations et d’images offert par l’orientalisme classique. Or, la prégnance de ce discours vieux d’au moins 200 ans justifie du moins la force émotive des propos et leur vitesse de propagation. Ce que l’on dit prend alors la forme d’une production de savoir sur l’Autre et devient sens commun. Le champ islamique est reconnu par les caractéristiques suivantes : son homogénéité, sa distinction radicale avec l’Occident, son inertie ancrée dans un archaïsme culturel et sa tendance à la violence et au totalitarisme.
Au cœur de ces représentations siègent les vestiges d’une peur médiévale des invasions arabes. C’est le schéma de la « menace du sud », la terreur de la violence des masses déshéritées. Or, dans le transfert de l’altérité d’un Ouest soviétique vers un Orient islamique, la définition d’une nouvelle menace monolithique consacre un changement qualitatif de la grammaire de l’affrontement. Le nouvel ennemi mondial est dès lors illustré tel un danger informe, diffus et pluriel ; les terroristes refusent la rencontre frontale, se cachent et infiltrent le corps civilisé ; l’opposition n’est plus politique, mais se situe dans une altérité radicalement autre, derrière une frontière culturelle, essentielle et religieuse. Au danger de la propagande adverse s’ajoute celui du spectre démographique musulman – rappelant les images de la lubricité sexuelle et de la pullulation biologique de l’Oriental. Les historien-ne-s néo-orientalistes sortent des tiroirs l’imagerie allant de l’attaque de Poitiers jusqu’au siège de Venise : « Ils s’en viennent ». Bientôt les fous de Dieu, les soldats d’Allah mettrons à feu et à sang notre bel Occident.
Discours de la peur
Autour du thème particulier de « la montée de l’intégrisme », la sédimentation au niveau de la connaissance historique prise comme discours recoupe un second motif permettant de comprendre la dissémination de ce récit : la peur. Toutefois, il ne s’agit pas ici d’islamophobie(7), c’est-à-dire d’une petite peur irrationnelle basée sur l’ignorance, mais plutôt d’une crainte s’ancrant dans une structuration particulière du savoir. Pour Ellen Corin(8), l’imaginaire contemporain entourant le terrorisme mobilise une série de symboles qui activent les passions dérivant de la terreur. On constate, dans un détour par la psychanalyse, la cristallisation des affects sur des réalités-écrans médiatisant les passions. La menace informe est ressentie comme une vaste peur anonymisée et une insécurité radicale qui n’est pas transférée au niveau des sentiments, c’est-à-dire en ce qui a trait au dicible, donc à la réflexivité. Or, c’est précisément ces vagues infra-conscientes qui sont mises en mouvement par le discours néo-orientaliste. Le politique s’harnache aux passions et se fait porter par elles au risque d’en perdre le contrôle. L’État répand – avec les médias – la peur, légitimant du coup l’accroissement de sa force et de son exercice. La terreur se répandant dans le corps social, celui-ci s’unifie en face de l’Autre-persécuteur : on extériorise le danger et on rend étrangères ses manifestations internes. Référant aux travaux d’Arendt et d’Adorno, Corin affirme que cette totalisation d’un « nous » assure la dissémination de la terreur. En effet, quel type de gestion du vivre ensemble est-ce que la négation de l’hétérogénéité où l’Autre est menace dans la terreur ?
En somme, nous nous trouvons face à un discours puisant sa force dans une profonde sédimentation historique discursive et qui plus est ouvrant le politique à l’infiltration des passions où l’on cristallise nos angoisses sur « eux » (les barbus maléfiques) et sur « elles » (les voilées soumises). Pour Corin, la parade est encore le travail de la culture – ce Kulturarbeit de Freud(9) – visant à exprimer les passions dans cette lutte infinie contre la pulsion de mort. D’autres proposent, contre un culturalisme dominé par une logique identitaire, de faire ressurgir le caractère fragmentaire et la part d’altérité dans la constitution du Soi (un Québec micmac, inuit, algonquien, irlandais, métis, porteur d’eau …). Mais peut-être faut-il aller plus loin et passer à la résistance active : lutter ici contre l’impérialisme comme cause de l’islamisme(10), abattre les ratonades et se solidariser des populations racisées, ne pas appuyer une énième intervention militaire. Et si au fond le réel danger pour les cultures d’ici ne provenait pas de celles et de ceux que l’on attaque, pille, soumet et colonise, mais plutôt de ce côté-ci de l’Atlantique ? Et s’il nous fallait plutôt une Charte pour la séparation de la démocratie du capitalisme marchand spectaculaire ?
(1)Notamment dans une entrevue exclusive avec L’Actualité, publiée le 12 février, à la suite de l’annonce d’un projet de loi visant la lutte contre les intégrismes religieux. (2)Ma vie à contre-Coran et Les Soldats d’Allah à l’assaut de l’Occident (3)La distinction n’est pas toujours faite ou sinon par filiation, le transfert peu aussi être exclusif à l’islamisme. (4)Moos, Olivier. Lénine en Djellaba, critique de l’islam et genèse d’un néo-orientalisme. 2012. Ouvrage sur lequel se base mon analyse du néo-orientalisme. (5)Saïd, Edward. Orientalism. 1978 (6)Au sens donné par Michel Foucault notamment dans L’Ordre du discours. 1971 (7)Est-ce un calque naïf sur le concept d’homophobie, par ailleurs lui-même inapte et devant être remplacé par hétéronormativité ? (8) « Sous le prisme de la terreur, le travail de la culture » Anthropologie et Sociétés, vol.32, no3, 2008, (9)Freud, Sigmund. « Malaise dans la civilisation » dans Le Malaise dans la culture. 1928 (10)Voir : Burgat, François. « Les Mobilisations politique à référent islamique ». 2006
« Investir dans le pétrole pour créer de la richesse, c’est mettre le feu à la maison pour récolter l’argent des assurances. » Ainsi s’exprimait le scénariste Daniel Thibault sur son compte Facebook au sujet de l’exploration pétrolière sur l’île d’Anticosti, et il a tout à fait raison.
Encore récemment, plusieurs québécoises et québécois estimaient que leur province était un leader mondial dans la lutte contre les changements climatiques ; certains le pensent toujours. Cependant, ce n’est certainement pas le projet du Parti Québécois qui nous aurait mené dans la direction de la protection environnementale et encore moins celui du Parti Libéral. Quand les Conservateurs ont retiré le Canada du protocole de Kyoto, plusieurs (surtout les souverainistes) arguaient que le Québec, lui, serait resté ! Vraiment ?
Quelques faits : le Québec est le deuxième plus grand consommateur d’électricité au monde par habitant, après l’Islande. C’est sans compter les entreprises énergivores qui sont installées ici et qui consomment 44% de notre électricité. Bien que notre source d’énergie soit « propre », cette surconsommation est préoccupante et le climat froid n’est pas l’unique excuse à ces chiffres. Les Québécois s’inscrivent parmi les plus grands consommateurs d’eau au monde avec une moyenne de 795 litres par personne par jour (2006), et ce, sans même effleurer la question de la consommation des industries. Saviez-vous qu’il existe une stratégie québécoise d’économie d’eau potable ? Que si les objectifs ne sont pas atteints en 2017, le gouvernement pourrait introduire « une tarification adéquate après consultation du milieu municipal » ? Comment respecter les objectifs collectifs alors que les individus ne sont pas mis au courant de telles mesures ? C’est à se demander si le gouvernement veut réellement que la consommation d’eau potable des Québécois-es diminue.
Outre ces statistiques, il y a aussi notre surconsommation nord-américaine de biens, le gaspillage alimentaire, nos voitures, notre retard en matière recyclage, des organismes génétiquement modifiés (OGM) de plus en plus présents dans notre alimentation, etc.
Le Québec n’est pas aussi vert qu’on le croit, et avec ce qui s’en vient, il commence à brunir…
Le gouvernement Marois avait promis une réduction des gaz à effet de serre (GES) de 25% par rapport à 1990. Or, les émissions de GES augmentent (0,25% en 2010). Il faudrait donc élaborer un plan clair impliquant des changements radicaux pour arriver à cet objectif en 2020. Mais le véritable but de Québec est-il de lutter contre les changements climatiques ? Les décisions qu’endossent les dirigeants présentement reflètent tout le contraire. Le Québec s’apprête à devenir une véritable plaque tournante pour l’industrie du pétrole. Le projet d’inversement de l’oléoduc de la ligne 9-b d’Enbridge devait être discuté lors d’audiences publiques. L’ancien ministre de l’Environnement avait même promis une « évaluation environnementale sans compromis ». À l’automne, le tout était stratégiquement bien dissimulé sous l’encre que faisait couler la fameuse charte de la laïcité. À la dernière minute, le gouvernement lançait alors des consultations particulières sur le sujet, annulant ainsi ses promesses antérieures d’en discuter publiquement. Parmi les groupes invités à ces consultations, il n’y figurait qu’un seul groupe autochtone et seulement quatre organisations écologistes. Aucun regroupement citoyen n’était sur la liste. L’élite politique et économique, elle, était par contre conviée avec enthousiasme. Les représentants des compagnies pétrolières, des municipalités et des chambres de commerce étaient aussi les bienvenus. La Coalition Vigilance Oléoducs, un groupe citoyen, a cependant réussi à se faire entendre, convoquée à seulement 24 heures d’avis. Le 6 mars 2014, l’Office national de l’Énergie a donné le feu vert au projet d’Enbridge….le lendemain du déclenchement des élections.
Tous s’entendent pour dire que nous devons diminuer notre dépendance aux énergies fossiles. Cependant, on continue d’accepter des projets pétroliers et à financer en grandes pompes l’industrie du bitume. C’est comme si quelqu’un voulait arrêter de boire, mais qu’il s’achetait un vignoble. Ouvrir la porte à l’exploitation pétrolière sur l’île d’Anticosti en permettant son exploration est un pas dans la mauvaise direction.
L’État québécois compte investir 115 millions de dollars pour explorer le potentiel pétrolier de l’île d’Anticosti, potentiel qui ne sera connu qu’à l’été 2015. Pour faire avaler la grosse pilule noire, le gouvernement fait miroiter des chiffres alléchants. « Des jobs ! 45 milliards de retombées économiques! », alors que nous n’avons encore aucune idée de ce qui se cache dans le sous-sol de l’île. En guise de verre d’eau, il y aussi le « manifeste pour tirer profit collectivement de notre pétrole » signé par des noms crédibles, beaux sur une feuille, tels Bernard Landry (ancien premier ministre du Québec), Monique Jérôme-Forget (ancienne ministre des finances du Québec et conseillère spéciale chez Osler), Joseph Facal (ancien président du Conseil du Trésor du Québec et professeur au HEC) et Yves Thomas-Dorval (président du Conseil du patronat du Québec). Comment ne pas les prendre au sérieux ? EUX, ils doivent savoir ce qui est bon pour notre économie. D’ailleurs, le manifeste nous rappelle qu’on ne doit pas « rêver en couleurs : nous consommerons du pétrole pour encore longtemps! » Cette affirmation ne vient pas seule, elle est accompagnée de chiffres : de 1989 à 2009, la consommation de pétrole a augmenté de 4% au Québec. Ou encore : de 1996 à 2006 le nombre de véhicules circulant sur les routes au Québec est passé de 3,5 millions à 4,5 millions. Tant qu’à polluer, autant le faire pour de vrai ! Doit-on rappeler qu’il ne suffit pas d’exploiter (peut-être, éventuellement) le pétrole ? On doit également mettre en place les infrastructures nécessaires à son transport, et surtout à son exportation : des oléoducs, des ports, des raffineries. Alors, le gouvernement péquiste voulait-il vraiment protéger l’environnement ?
Il est cependant possible de changer les choses à long terme, que ce soit en modifiant sa consommation énergique individuelle, ou seulement en s’informant des conséquences de l’exploitation pétrolière au Québec et dans le monde. L’État québécois a le pouvoir et les ressources de ne pas aller dans la direction de l’énergie sale et d’ignorer la pression acharnée et absurde du marché international. Il suffit de ne pas nous laisser amadouer par les beaux discours économiques et réagir fortement contre l’industrie du bitume.
Pour rompre avec la vision actuelle du Parti Québécois
L’objectif de cette lettre ouverte est de questionner la stratégie prédominante au sein du mouvement indépendantiste québécois et ce, plus particulièrement au sein des organisations de la société civile et du Parti Québécois. La fameuse déclaration de Bernard Landry, qu’il n’a cessé de marteler au cours de l’année 2013 représente bien la stratégie en soi: « L’indépendance n’est ni à gauche, ni à droite, mais en avant! ».
En d’autres termes, Monsieur Landry clame que l’indépendance du Québec ne doit pas être assujettie à certaines conditions. Offrir la liberté aux québécoises et aux québécois est amplement suffisant selon lui et celle-ci s’acquiert par l’indépendance. Dans un second temps, il faut chercher à unir à tout prix les forces indépendantistes, ce qui était d’ailleurs l’objectif du congrès de la convergence nationale. Ce n’est seulement qu’une fois l’indépendance du Québec obtenue que nous pourrons débattre de l’avenir du Québec. Génération nationale, qui a fait couler beaucoup d’encre au cours de l’année 2013, affirme aussi s’inscrire dans cette lignée en rappelant l’importance de la nation et des valeurs occidentales au sein du projet indépendantiste. Il dénonce par ailleurs une certaine mainmise des progressistes sur ce projet de pays.
Je ne remets pas en question les convictions des leaders indépendantistes qui défendent une telle stratégie, mais je crois qu’ils ne parviendront pas à mener à terme le projet de pays de la sorte. Ils présentent l’indépendance comme un projet qui devrait être isolé de toute contamination idéologique. Pourtant, je crois au contraire que l’indépendance ne peut pas être défendue et expliquée sans un cadre idéologique précis auquel le groupe ou le parti adhère. Les raisons de vouloir faire du Québec un pays sont multiples et parfois contradictoires. L’indépendance peut se faire à « gauche » comme à « droite ». Le résultat final en sera radicalement différent. En guise de comparaison, si tout le monde affirme que l’indépendance a pour objectif de donner plus de pouvoir au peuple québécois, de le rendre « maître chez lui », l’exercice du pouvoir populaire est conçu différemment. Certains croient que ce pouvoir s’exerce par le système de représentativité alors que d’autres, comme le Mouvement progressiste pour l’indépendance du Québec, croient que ce n’est pas suffisant et qu’une décentralisation des pouvoirs est nécessaire. Le Québec, dans le cadre fédéral actuel mais aussi dans une démarche d’accession à l’indépendance, pourrait dès maintenant mettre en place un processus de décentralisation et modifier son système électoral. Il pourrait aussi s’assurer d’une plus grande participation des citoyens à la vie politique en les outillant davantage. L’instauration d’un cours de politique et de citoyenneté obligatoire au secondaire serait un geste concret allant dans ce sens. Toutefois, le Parti Québécois s’ancre de plus en plus dans la voie du néolibéralisme et ne pose donc pas de gestes concrets dans cette direction.
UNION ÉLECTORALE
La division entre les différentes factions indépendantistes assure la victoire aux fédéralistes selon certains. Certes, au moment d’aller aux urnes ou lors d’un éventuel prochain référendum, une alliance est tout à fait envisageable, voir nécessaire sous certaines conditions. Mais est-ce vraiment le moment de se poser cette question? Est-ce sur cet aspect que le mouvement indépendantiste doit se concentrer? Le mouvement devrait d’abord chercher à comprendre pourquoi l’appui à l’indépendance n’augmente pas et agir en conséquence.
ÊTRE PLUS PROCHE DES PRÉOCCUPATIONS DES CITOYENS-NES
En fait, la vraie question est plutôt de savoir si la population québécoise pourrait véritablement se mobiliser en masse pour l’indépendance en ne sachant point à quoi pourrait ressembler le Québec de demain. Cela impliquerait que notre culture nationale oblige les politiciens d’un Québec libre à gouverner notre pays d’une certaine manière, en fonction de nos valeurs. Je doute fortement de la possibilité d’un soulèvement populaire seulement sur cet aspect, car si notre culture est construite elle peut aussi se déconstruire.
À l’époque où l’oppression impériale était plus tangible, les québécoises et les québécois voulaient un pays pour améliorer leurs conditions de vie et non pas pour obtenir simplement un nouveau pays. L’indépendance était un moyen de faire respecter davantage leurs demandes. Par ailleurs, la période des émancipations nationales partout dans le monde avait le potentiel de justifier l’indépendance comme étant un projet en soi, un projet urgent à mettre sur pied. C’était dans l’ère du temps. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Les penseurs de la mondialisation et leurs organisations, notamment avec des « think tanks » redoutablement efficaces, ont réussi à présenter toute initiative visant à restreindre le libre-marché comme étant archaïque et nuisible pour l’intérêt des populations. L’indépendance est, elle, bien souvent dépeinte par ceux-ci comme étant un repli sur soi. Nous n’avons donc pas la conjoncture au niveau international pour nous permettre de défendre l’indépendance sans chercher à justifier et à démontrer pourquoi elle serait nécessaire pour l’intérêt des québécoises et des québécois ainsi que des peuples du monde entier. Nous devrions travailler plus fort que nos prédécesseurs.
Selon moi, une bonne stratégie viserait plutôt à écouter davantage les préoccupations des citoyennes et des citoyens. Dans la vie de tous les jours, il est rare qu’on surprenne une conversation sur la question nationale. Il est beaucoup moins rare cependant qu’on en surprenne une sur les problèmes de logement, sur les agriculteurs qui joignent de moins en moins les deux bouts, sur le travailleur à temps plein au salaire minimum qui vit toujours sous le seuil de la pauvreté. Ce sont ces préoccupations qui touchent les gens. C’est en garantissant que l’indépendance permettra d’améliorer les conditions de vie des citoyens-nes que le projet de pays pourra acquérir de nouveaux appuis. Je crois que même si nous ne pouvons seuls avoir un impact sur le système-monde en soi, nous pouvons tout-de-même en amoindrir ses effets et travailler de pair avec les autres pays qui défendent une alternative à la mondialisation actuelle.
Il faut cesser de prétendre bêtement que le meilleur moyen d’augmenter l’appui à l’indépendance est de ramener continuellement les mêmes concepts de liberté. Certes, il faut continuer à en parler et à en discuter avec les citoyennes et les citoyens, mais il faut également que l’indépendance soit accompagnée d’un projet politique plus concret. C’est précisément ce qui pourra convaincre les indécis.
Le rôle des mouvements militants pour l’indépendance est donc de prendre part au débat sans hésiter et d’exposer leurs raisons de faire l’indépendance grâce à un projet politique clair, qu’il soit de gauche ou de droite. Qu’il y ait différentes « factions » n’est pas un problème, et tenter de nier ce fait au nom de l’unité est prématuré. Dans le cadre d’un référendum prochain ou d’une élection sur la souveraineté, alors nous pourrons nous poser la question pour que les différentes familles politiques s’unissent sur certains aspects, mais pas maintenant. Les partis qui quant à eux prétendent vouloir l’indépendance devraient aussi nous présenter leur vision du Québec d’après.
Rapprochons-nous des préoccupations des citoyennes et citoyens et démontrons que l’indépendance est le meilleur moyen d’améliorer les conditions d’existence des québécoises et des québécois. Voilà l’orientation gagnante que devrait prendre le mouvement indépendantiste québécois.
2014 sera l’année d’importants anniversaires: le centenaire de l’éclatement de la Première Guerre mondiale, les 25 ans de la chute du Mur de Berlin et ce sera également le 15e anniversaire de la Guerre du Kosovo (1999). La conclusion dite historique des accords entre la Serbie et le Kosovo d’avril 2013 nous invite à examiner en détail la situation actuelle du pays et à faire le bilan de la dernière décennie. Mentionnons la présence des organisations internationales, les rapports entre Pristina et Belgrado, les tensions ethniques, le processus d’intégration européenne, les indices de criminalité et de corruption et j’en passe. En fait, le Kosovo, le pays le plus jeune de l’Europe, n’est pas sans soucis.
Problèmes sociaux
L’absence de neige cette année à Pristina nous a permis de constater et d’admirer les progrès au cœur de la reconstruction de la capitale, si bien que tous les travaux ont très stratégiquement été inaugurés la veille des dernières élections municipales de novembre. Les efforts visant à rapprocher culturellement Pristina des autres capitales européennes sont remarquables : le bon café, le WiFi dans les restaurants, les boutiques, les bars et clubs, les chauffeurs de taxi qui parlent l’anglais. Bref, un glissement volontaire vers une culture plus « ouest-européenne ». Néanmoins, les coupures d’eau qui se produisent tout au long de la journée nous rappellent des problèmes non résolus qui se cachent sous la surface de cette belle carte postale qu’est Pristina. Si on l’observe de plus près, on remarque que les jeunes remplissant les terrasses à midi attendent uniquement de trouver un emploi et de sortir de la précarité. Le Kosovo, avec une population dont l’âge moyen est de 27 ans, a un taux de chômage d’environ 73% chez les jeunes. La jeunesse du Kosovo est comme leur pays: dans l’attente. Dans l’attente d’une reconnaissance internationale, luttant jour après jour pour sortir d’une situation de pauvreté et de corruption à laquelle ce pays est condamné depuis sa déclaration d’indépendance.
Reconnaissance du nouvel État
Pour l’instant, 108 des 193 membres de l’Organisation des Nations Unies ont reconnu la souveraineté du Kosovo. D’autre part, le Ministère des Affaires étrangères s’est consacré depuis quelques années à la diplomatie digitale. Aujourd’hui, la reconnaissance du pays sur internet s’avère aussi importante que sur papier, et la plus douce victoire s’est réalisée l’année dernière grâce à la compagnie multimillionnaire Facebook : à partir de décembre 2013, les utilisateurs de ce site ont en effet pu choisir le Kosovo comme pays d’origine.
Au sein de l’Union européenne, cinq pays s’y opposent toujours – l’Espagne, la Slovaquie, la Roumanie, la Grèce et Chypre – et ce, malgré les pressions de Bruxelles et la Résolution du Parlement européen du 18 avril 2013 appelant les cinq pays à la reconnaissance du pays Balkanique. Néanmoins, il est à prévoir que tôt ou tard, la totalité des membres de l’Union européenne devra reconnaître le nouvel État. Une décision de la Commission européenne autorisait malgré tout en juin dernier l’ouverture des négociations entre l’Union européenne et le Kosovo pour le Pacte de Stabilisation et Association, qui sera complété ce printemps. Fait à souligner, la Serbie qui souhaite devenir membre de l’UE s’est vu imposer comme condition de stabiliser ses relations avec le Kosovo. L’Union a également initié une coopération avec le Kosovo afin de soutenir le développement socio-économique et de répondre aux besoins de renforcement des institutions publiques. À travers plusieurs instruments, tels que l’Office d’aide humanitaire de la commission européenne (ECHO), l’Instrument européen pour la démocratie et les droits de l’homme (IEDDH) ainsi que l’Instrument pour la stabilité, l’UE a investi des millions d’euros en assistance macro financière.
La Mission « État de droit » de l’Union européenne (EULEX)
Cependant, le plus grand projet de l’UE dans cette région est la Mission d’État de droit de l’Union européenne au Kosovo (EULEX). Il s’agit de la plus grande initiative jamais lancée dans le cadre de la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC). Son objectif principal est d’aider et de soutenir les autorités du Kosovo dans le cadre de l’établissement d’un État de droit, posant donc un accent particulier sur le pouvoir judiciaire. Depuis 2008, EULEX agit dans les champs de la justice, de la police et des douanes.
Elle est aussi la mission la plus controversée. L’opinion populaire fait mauvaise presse à l’EULEX. On critique vivement les salaires élevés des officiels européens, leurs voitures imposantes, et le fait que malgré leur statut permanent dans le pays depuis plusieurs années, très peu d’entre eux ont fait l’effort d’apprendre ne serait-ce qu’une seule des langues nationales. Mais la critique la plus fréquente repose sur le fait que l’EULEX soutient le gouvernement corrompu de Hashim Thaçi. Le premier ministre est accusé d’avoir financé les activités de l’Armée de libération du Kosovo (UÇK) en participant à un trafic d’héroïne et de cocaïne à destination de l’Europe de l’Ouest. Aussi, un rapport du Conseil de l’Europe publié en décembre 2010 questionne son implication, à la même époque, dans un trafic d’organes prélevés sur des prisonniers serbes. Ces accusations ont fortement affecté la population, et ont largement contribué à engendrer le début du désenchantement par rapport aux nouvelles institutions. Un coup dur pour la légitimité du gouvernement et par le fait même, de l’État.
En ce qui concerne les rapports entre le gouvernement kosovar et l’Union européenne, plusieurs acteurs de la société civile ont accusé l’UE de se soucier seulement de la stabilité et de la sécurité de la région, plutôt que de s’occuper des problèmes liés à l’état de la démocratie et du renforcement de l’état de droit au Kosovo. Ce n’est pas un secret : le Kosovo joue un rôle important dans les Balkans occidentaux, une région que l’UE veut intégrer, mais qui reste très instable à l’intérieur de ses propres frontières. Une augmentation des tensions au Kosovo pourrait affecter les pays voisins, notamment la Serbie, le Monténégro et la Macédoine, et ainsi ruiner les efforts des 15 dernières années.
En 2012, la Cour de Comptes de l’UE a publié un rapport dans lequel on considérait que l’assistance financière au Kosovo n’avait pas été suffisamment efficace. Selon le Tribunal, « les niveaux de corruption et la criminalité organisée restent alarmants au Kosovo. Le pouvoir judiciaire continue de souffrir de l’ingérence politique, de l’inefficacité du manque de transparence et le respect de ses résolutions. Tout progrès réalisé dans l’établissement de l’État de droit dans le nord du Kosovo reste mineur ». Selon Gijs de Vries, membre de la Cour et auteur du rapport, les autorités du Kosovo accordent une priorité insuffisante à l’État de droit, et le soutien de l’Union devrait être mieux encadré.
L’avenir de la mission européenne
Le futur de la mission et le mandat de l’EULEX après juin 2014 seront déterminés par les États de l’UE, en étroite coopération avec les autorités du Kosovo, et ce, sur la base d’une évaluation commune de la situation. La tenue d’élections municipales au nord du pays a été l’occasion de questionner une nouvelle fois l’efficacité de la mission. Organisées en étroite collaboration avec l’OSCE, les élections locales de novembre 2013 ont été importantes, car, pour la première fois, les quatre municipalités du nord du Kosovo ont participé à des scrutins nationaux. Néanmoins, la violence et l’intimidation vécues le jour du vote laissent planer le doute sur le degré de stabilisation du Nord du pays.
Dans le reste du Kosovo, les hauts niveaux de corruption et l’inefficacité du gouvernement font de l’implantation du cadre légal un défi pratiquement insurmontable à court ou moyen long terme. Pour certains, tant que la question du statut légal du pays ne sera pas résolue, les autres problèmes devront attendre. Sans siège aux Nations Unies, le Kosovo ne pourra ratifier aucun traité ni faire partie d’aucune organisation. C’est également pour cette raison que la Constitution de 2008 a tenté d’intégrer un certain nombre de traités internationaux destinés à fournir et à garantir certains droits à ses citoyens. Sur papier, la Constitution du Kosovo est sans doute l’une des plus complètes. Néanmoins, cette protection assurée n’est jamais passée de la théorie à la pratique.
L’une des promesses les plus troublantes de la constitution est la protection des communautés minoritaires. L’article 22 inclut dans le système juridique national la Convention pour l’élimination de la discrimination raciale ainsi que la Convention pour la Protection des minorités nationales du conseil de l’Europe. Pourtant, la discrimination des communautés minoritaires est quotidienne et a des impacts notables sur la vie des citoyennes et citoyens. Il s’agit aussi d’un problème qui empêche la normalisation des relations entre les différentes communautés qui composent le pays. On en trouve un exemple dans le système éducatif. La loi assure à chaque communauté l’accès à l’éducation dans sa langue maternelle. Pourtant, pour les Serbes qui habitent Pristina, il est impossible de trouver des livres en serbe, tout simplement parce qu’il n’en existe pas. Les problèmes de chômage, de manque d’accès aux services minimaux, de cas de ségrégation et de double marginalisation à l’égard des femmes s’ajoutent au lot de difficultés.
Plusieurs problèmes demeurent à analyser, et le jeune pays des Balkans a un long chemin à parcourir : d’un côté le Kosovo devra parvenir à normaliser son statut international et de l’autre, il doit résoudre un grand nombre de questions internes. Le gouvernement, avec le soutien de Bruxelles et dans ses rapports avec la Serbie, cherchera une manière d’intégrer les municipalités du nord du Kosovo (à majorité serbe) et d’y exercer un réel contrôle. En ce qui concerne les hauts niveaux de corruption et de criminalité, en l’absence de mécanismes plus effectifs et d’un changement de culture politique, le pays ainsi que les missions internationales risquent de briller par leur inefficacité et de perdre en légitimité aux yeux des citoyennes et citoyens du pays.
J’avais cette discussion avec un collègue de travail. J’essayais de lui expliquer le paradoxe de l’œuf et de la poule. Pas scientifiquement, vous devinerez. C’était plutôt pour résoudre le débat qui l’opposait à un autre de nos collègues.
Appelons-le Carl. Carl vient de compléter son baccalauréat et commence à enseigner à des jeunes du primaire et du secondaire. Il fait valoir le rôle de l’État dans la collectivité. Il tente de convaincre James, mon ami qui achève son « acting school » à l’université McGill. L’aspirant acteur défend à tout prix la liberté de l’individu, rejetant l’action gouvernementale comme l’impôt.
Une confrontation assez classique, que l’on étiquette communément comme opposition gauche-droite. Un affrontement où il existe très peu de terrains d’entente, si l’on se fie aux médias traditionnels. Une dichotomie idéologique qui divise et polarise les citoyens. Un défi intéressant pour un journaliste, puisqu’il doit rendre compte d’une seule et même réalité.
Carl lance à James que celui-ci n’a probablement rien payé par lui-même avant l’âge de 16 ou 18 ans. Ce sont donc ses parents, eux-mêmes produits de leur environnement (famille, richesse, tradition), qui subvenaient à ses besoins. Par extension, il a même utilisé des services (routes, hôpitaux, écoles) sans les payer. Il a donc une «dette» envers ses parents et/ou envers la société. Envers le groupe.
James n’est pas convaincu. Il n’a jamais signé le fameux contrat social l’obligeant à s’acquitter de cette dette. De plus, il est fondamentalement en désaccord avec le modèle d’État providence. Les individus forment le groupe, mais ce n’est pas au groupe de former les individus. Après tout, les fondateurs de Rome étaient orphelins. Ils ont bâti la capitale italienne sans l’aide de personne : c’est ce que nous apprend le mythe de Romulus et Rémus.
Le lien avec le paradoxe de l’œuf et de la poule? J’y viens.
Carl défend le rôle du groupe et James, celui de l’individu. Comme je vous le disais, Carl est le moins borné des deux. Il reconnait le pouvoir de l’individu, sa capacité à l’autodétermination. Mais il l’estime complémentaire à l’influence du groupe. De son côté, James reste ferme. Rien n’est plus sacré que la liberté des individus.
J’isole mon camarade. Je veux comprendre pourquoi il place les individus au-dessus du groupe. Je lui pose donc la question suivante: Qu’est-ce qui est apparu en premier, l’individu ou le groupe? Il répond l’individu, sans hésiter. Mais comment nait l’individu, si ce n’est de l’union d’un homme et d’une femme, donc d’un groupe? Oui, mais le groupe est composé à la base d’individus. Et ainsi de suite.
Voilà donc le paradoxe de l’individu et du groupe. Un paradoxe. Non pas des pôles inconciliables, mais bien une tension entre deux forces. Des idées complémentaires, comme l’unique et l’universel. Le singulier et le pluriel.
J’essaie de transposer cette image à travers des éléments concrets. En musique par exemple. Rien n’est plus élémentaire, plus pur, qu’une note. Do, ré, mi, fa, etc. Toute composition est constituée de notes. Mais qu’est-ce qu’une note, seule et sans répétition, si ce n’est qu’un bruit?
Je pousse la réflexion plus loin, sans doute un peu trop. La mécanique quantique s’intéresse à l’infiniment petit. À l’atome, aux particules. Vulgarisée par les scientifiques depuis le début du 20e siècle,cette branche de la physique s’est heurtée aux différents apports de la relativité générale d’Einstein, élaborée à la même époque. Comme de fait, cette théorie s’intéresse aux grands ensembles comme les planètes, les galaxies.
Des théories qui s’opposent? Sur bien des biens aspects, oui. N’empêche que de nombreux experts travaillent activement à concilier les deux domaines scientifiques. La théorie des cordes est un champ d’activité qui s’y consacre. Elle pourrait expliquer l’un des paradoxes les plus frappants de l’univers: les trous noirs. Une masse infiniment grande comprimée dans un espace infiniment petit.
Pour revenir à la question de l’œuf et de la poule. Il existe une réponse scientifique. Une réponse claire, nette…mais contradictoire. Nous savons que les œufs ont une origine précédente aux volatiles. Mais pour ce qui est de l’espèce spécifique qu’est la poule, on ne peut pas affirmer qu’elle vient bel et bien d’un œuf de poule. Elle pourrait venir d’un œuf d’autruche transformé par l’évolution, par exemple.
Comme quoi il y a même des contradictions dans le paradoxe le plus célèbre de notre temps. La vérité n’en est pas pour autant affectée. Des positions qui paraissent inconciliables ne devraient décourager aucun journaliste. Le débat entre Carl et James est probablement le plus présent dans le monde économique et politique actuel. Essayons de garder à l’esprit que tous deux vivent dans le même monde.
Dans l’imaginaire collectif occidental, on considère généralement que le pétrole est un facteur important de développement économique. De là nait l’engouement pour la construction d’un système de transport pétrolier au Canada permettant d’augmenter la production au pays. On aborde d’ailleurs davantage la question des oléoducs depuis l’accident de train à Lac Mégantic et un débat a lieu pour le choix entre un transport pétrolier par voie ferroviaire, que certains considèrent comme moins sécuritaire, ou par oléoducs. Mais ce débat détourne notre attention du véritable débat, à savoir s’il est pertinent pour le Canada et pour le Québec de continuer à exploiter ces énergies sales et, s’ils le font, à quel prix ?
Le sujet était sur la table depuis bien longtemps. Pauline Marois a décidé de prendre en charge les possibles réserves pétrolières cachées dans le sous-sol du Québec. Toutefois, l’engouement actuel pour le pétrole et pour les nouveaux gisements n’est pas nouveau au Canada. La compagnie TransCanada Corporation avait décelé ces possibilités dès sa création en 1951. Depuis le début des années 2000, l’entreprise a investi dans la création de tuyaux souterrains pouvant acheminer le pétrole d’un point A à un point B. Le premier projet fonctionnant bien et depuis 2010, la compagnie mise sur des avancements considérables : les projets Keystone XL pipeline et Énergie Est. Les groupes environnementaux sonnent l’alarme, mais les médias expliquent rarement les raisons qui sont à l’origine de ce cri d’alerte. En fait, le pétrole est une ressource énergétique sale, mais très utile et surtout très rentable. Le pétrole au Canada provient principalement des sables bitumineux et leur extraction est particulièrement dommageable pour l’environnement. Il faut donc se questionner sur le prix à payer pour pouvoir exploiter ces énergies, puisqu’elles ont le potentiel d’engendrer de graves conséquences sur notre environnement.
Les projets Keystone
Le projet Kesytone a débuté avec, en première phase, un oléoduc transportant le pétrole d’Alberta vers les États-Unis, en passant par Régina, Saskatoon, Steele City, Nebraska et d’autres régions au Sud. Ce premier oléoduc est actif depuis 2010 et trois phases de son développement sont déjà complétées. Le nouveau projet, Keystone Pipeline XL, commencerait aussi en Alberta, mais aurait un trajet plus rapide vers les États-Unis. Toutefois, la controverse entourant la construction de cet oléoduc est de plus en plus palpable.
L’opposition environnementale
Des groupes environnementaux, dont certaines ONG’s se prononcent, surtout depuis l’incident de Lac Mégantic, sur le danger du transport de pétrole par oléoduc, un danger qui serait dû à la possibilité de fuites et de dispersion du pétrole dans le sol. Il est cependant difficile pour les citoyens-nes de prendre position, puisque l’essentiel des recherches scientifiques demeure inconnu ou est volontairement détourné à des fins politiques. Le danger de fuite n’est pas négligeable, mais les effets les plus nocifs jusqu’à ce jour proviennent de l’extraction même du pétrole. Selon plusieurs environnementalistes, le pétrole extrait des sables bitumineux serait de trois à quatre fois plus nuisible que le pétrole conventionnel. Malheureusement, cette exploitation demeure l’extraction principale au Canada. Plusieurs environnementalistes et journalistes restent sceptiques sur le niveau de dégât réellement engendré, puisque les méthodes de calcul sont bien différentes d’une étude à une autre. Il n’en demeure pas moins que l’exploitation des sables bitumineux est une pratique dangereuse et qui contribue de façon significative à l’augmentation de la température mondiale selon les rapports de L’Agence internationale d’énergie. Greenpeace a par ailleurs rédigé un rapport sur les conséquences environnementales de l’exploitation des sables bitumineux : «En 2020, l’émission de gaz à effet de serre des 14 projets mentionnés dans cette étude – dans le cas ou leur développement se maintiendrait – augmenterait l’émission globale de CO2 issue des carburants fossiles de 20%, maintenant le monde sur le chemin d’un réchauffement climatique de cinq à six degrés Celsius » (traduction libre). Un tel réchauffement s’avèrerait catastrophique pour plusieurs communautés à travers le monde. De plus, L’Agence internationale de l’énergie a effectué plusieurs recherches qui mènent à des conclusions similaires: «Selon L’Agence internationale de l’énergie (IEA), l’émission mondiale de CO2 a augmenté de 5% en 2010, confirmant le plus important record enregistré. 3% d’augmentation se sont ajoutés en 2011, excédant les pires cas imaginés et menant à un réchauffement à long terme de cinq à six degrés Celsius » (traduction libre). Greenpeace propose donc d’interrompre la construction d’infrastructures destinées à l’exploitation des sables bitumineux : « Pour éviter de nous contraindre à un réchauffement catastrophique, la construction de nouvelles infrastructures liées aux carburants fossiles doit s’arrêter d’ici cinq ans, imposant la confrontation des projets d’énergies sales versus un climat viable » (traduction libre). Le développement de plus en plus nombreux et important de projets liés à l’extraction du pétrole montre que les recommandations de Greenpeace ne sont pas entendues par les élus-es. À maintes reprises, nous lisons et entendons des acteurs politiques clamer que, selon de nombreuses études, il y aurait très peu de conséquences environnementales liées à la construction de pipelines. Il n’est pas dans mon intention de détailler les recherches de ces études. Par contre, il est important de se rappeler que certaines d’entre elles ont été menées dans le seul but de légitimer des nouveaux projets d’exploitation pétrolière. En octobre 2011, The New York Times questionnait les analyses faites par le contracteur Cardno Entrix, une firme offrant des consultations sur les projets reliés à l’exploitation des ressources naturelles. La compagnie aurait été mandatée par une firme qui comptait TransCanada parmi ses clients les plus importants pour le matériel de marketing. Il semble donc y avoir une situation de conflit d’intérêts.
Ressources vertes et énergie propre
Depuis plusieurs années, les pays se sont engagés à développer une économie d’énergie propre, mais on réalise bien que les projets mis de l’avant par le gouvernement canadien (notamment) sont en discorde avec ce modèle économique et énergétique. Qu’en est-il du leadership du changement climatique ? En 2008, le président des États-Unis Barack Obama avait énoncé le souhait d’une imminente cessation de l’emprise pétrolière : «Soyez la génération qui libérera enfin l’Amérique de la tyrannie du pétrole» (traduction libre). Chacun se montre d’accord pour vaincre les changements climatiques, mais personne n’est prêt à accomplir les actions nécessaires. En fait, le pétrole demeure l’énergie la plus lucrative sur un court laps de temps. Aucune énergie propre ne peut rapporter autant de bénéfices économiques pour le moment. Le premier ministre canadien Stephen Harper, confronté à la contestation de plus en plus criante des citoyens-nes devant le projet des pipelines Keystone, met de la pression sur la population en martelant que de toute façon, si les projets d’oléoducs ne se concrétisaient pas, le transport du pétrole se ferait autrement (par train ou par transport routier). C’est d’ailleurs ce que Russ Girlking, président de TransCanada, nous confirme: « Il ne s’agit pas d’un débat sur pétrole versus les énergies alternatives. C’est un débat sur le choix d’un pétrole qui provient du Canada, du Venezuela ou du Nigeria » (traduction libre). Harper s’est ouvertement prononcé sur ce qui adviendra du développement du projet Keystone: «Ce ne sera pas terminé tant que le projet ne sera pas approuvé, et nous continuerons de faire pression», a exprimé le premier ministre canadien.
Et le Québec !?
Le projet pipeline Keystone XL ne touche pas le Québec, mais notre province demeure concernée par le développement des oléoducs. Le projet Énergie Est de la compagnie TransCanda, qui permettrait le transport de pétrole de l’Alberta jusqu’au Québec, est aussi en discussion. La compagnie souhaite construire des pipelines débutant en Alberta, passant par le Québec pour aboutir à Saint-John. Les mêmes problématiques environnementales sont exploitées ici et des frustrations ont déjà été exprimées. Plusieurs articles diffusés dernièrement, entre autres, dans Le Devoir, évoquent les conséquences environnementales que la concrétisation Énergie Est au Québec pourrait engendrer: « Selon un rapport de l’Institut Pembina […] « la production de brut nécessaire pour remplir Énergie Est pourrait générer annuellement jusqu’à 32 millions de tonnes de gaz à effet de serre en plus». Thomas Muclair, chef de l’opposition officielle à la chambre des communes du Canada, rapporte que le principe devrait être d’amener le pétrole d’ouest en est, et ce tout en respectant les normes environnementales : «M. Harper a complètement éviscéré les lois environnementales et les lois d’évaluation environnementale. En l’absence d’un processus crédible complet, le public ne peut pas croire ce qu’on va lui dire sur quelque projet que ce soit». TransCanada présentera dans les prochains mois tous les détails du projet Énergie Est. Il faudra donc rester à l’affut de son développement prochain, surtout que le gouvernement de Pauline Marois a déjà manifesté son intérêt pour le projet. Par ailleurs, le Québec lancera l’exploration pétrolière sur l’île d’Anticosti l’été prochain et nous pouvons aisément croire que le prochain gouvernement Libéral ou Péquiste concrétisera ce projet. Il s’agit d’une démarche supplémentaire qui tourne le dos au développement des énergies propres et qui est orchestrée par des compagnies puissantes de concert avec le gouvernement provincial et fédéral. Chaque parti fait cependant face à un défi. Les compagnies et les gouvernements devront légitimer leur projet auprès de la population tandis que les groupes environnementaux et tous ceux qui s’opposent à de tels développements devront démontrer qu’il n’est pas dans l’intérêt de nos communautés d’aller dans cette direction. Il nous apparait primordial que les citoyennes et les citoyens puissent obtenir suffisamment d’informations sur cet imposant virage afin de faire des choix collectifs éclairés.
Depuis le printemps 2013, de nouvelles informations sur la montée de l’homophobie en Russie ont fait les manchettes dans les médias de masse, autant sur internet qu’à la télévision et dans les journaux. Nous tentons dans cette analyse de revenir plus en profondeur sur les raisons qui ont suscité une telle attention et de comprendre pourquoi le gouvernement russe est considéré comme dangereux pour la communauté LGBTQ (Lesbien Gai Bisexuel Transexuel Queer). En fait, Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie, a, le 11 juin 2013, mis en application une loi nationale proscrivant toute démonstration publique de l’homosexualité. La loi, en français traduite par «loi anti-propagande gaie», interdit désormais toute forme d’éducation, de diffusion et d’organisation qui se ferait au nom de la diversité des orientations sexuelles et des genres.
En Russie, l’homosexualité a été décriminalisée en 1993 et le demeure toujours. Cependant, la loi adoptée par le parlement russe le 11 juin dernier interdit la «propagande de relations sexuelles non traditionnelles» sans toutefois bannir explicitement l’homosexualité. Son but consiste à empêcher «la diffusion de toute information susceptible d’éveiller l’intérêt des mineurs envers ce type de relations». Par contre, sujette à une interprétation très large, cette loi constitue un recul significatif pour les minorités sexuelles. Sans criminaliser l’acte, elle assurera que les individus non-hétérosexuels soient cachés et le demeurent. Les problèmes sociaux créées par une telle loi risquent d’avoir un impact majeur sur ces communautés.
Prévoyant la formule légale jusqu’à en faire une question de santé publique, même les dirigeants de Russie tels les maires et les députés prétendent que les homosexuel-le-s n’existent pas dans leurs villes et dans leur pays. Anatoly Pakhomov, maire élu de Sotchi, a exprimé publiquement dans un reportage réalisé par la chaîne anglaise BBC que sa ville ne comptait pas d’homosexuel-le-s. «Ce n’est pas accepté ici dans le Caucase, où nous vivons. Nous n’en n’avons pas dans nos villes […] je ne suis pas certain, mais je n’en connais aucun.» (traduction libre), affirme-il à propos des gai-e-s. Le Huffpost Gay Voices (Huffington Post), rapportant les propos de la vidéo sur son site Internet (http://youtu.be/6IUwAOVD05s, 27 janvier 2014), poursuit la description de ces faits erronés. On y mentionne que pourtant, au moins deux clubs de la ville accueillent les individus LGBTQ et que diverses minorités sexuelles clament leur présence à Sotchi. Si les autorités ayant voix dans les médias savent faire entendre leur volonté de mettre à néant la réalité de la diversité des orientations sexuelles, les regroupements activistes pro-LGBTQ ont été rejetés du revers de la main en 2013 lorsqu’ils ont demandé de produire un événement de la fierté gaie, et ce, malgré qu’ils aient rempli en bonne et due forme la requête auprès des instances de la ville responsables d’accorder (ou pas) le droit à ce type d’activités.
Le fait d’être autre qu’hétérosexuel-le, de vivre selon le genre contraire au sexe biologique avec lequel on est né dans une société fortement hétéro normative peut être problématique pour les gens qui le vivent. Psychologues, médecins, professeur-e-s et parents ne possèdent plus la possibilité légale de supporter les individus homosexuels, sous peine de sanctions pénales. Quiconque désirant aider ou soutenir une personne homosexuelle et ses proches ne peut plus le faire de manière organisée. Parler, défendre et enseigner les réalités non-hétérosexuelles est un crime en Russie. Les enfants de ce pays en sont le prétexte : «veuillez les laisser tranquilles», a dit le président à tou-te-s les visiteurs-euses, touristes et citoyen-ne-s de Russie. Toute sexualité qui ne porte pas à procréation est condamnée dans l’espace public, et tant que cette nouvelle loi régressiste sera maintenue par le Kremlin, supportée par la Douma et par le patriarche de Moscou, la discrimination perdurera.
Mouvement anti-Poutine
Depuis la loi anti-gai-e-s, des citoyens et citoyennes de différents pays à travers le monde s’organisent pour confronter les politicien-ne-s russes qui voyagent dans leur pays. Lors de déplacements officiels, plusieurs défenseur-e-s des droits de la personne ont levé fièrement des drapeaux aux flamboyantes couleurs de l’arc-en-ciel. L’accueil réservé au président russe à Amsterdam a été l’un des plus médiatisés. À Amsterdam la majorité des comportements humains socialement prohibés et réprimés ailleurs dans le monde sont permis et bien encadrés. De ce fait, la distance entre les pratiques sociales respectives de chacun occasionne de toute évidence une rencontre pour le moins tendue, au cours de laquelle les pouvoirs légaux de l’un contrecarrent les droits de l’autre. L’accueil réservé à Vladimir Poutine par les Amstellodamois-es s’est résumé à un rassemblement pacifique où des milliers d’individus ont brandi au visage du président russe des drapeaux arc-en-ciel et des portraits maquillés de lui-même. À New York, un boycott des produits en provenance de Russie ainsi qu’une manifestation devant l’ambassade russe ont eu lieu, réunissant des milliers de militant-e-s protestant contre la loi de Vladimir Poutine. Plus récemment, au rond-point Robert Schuman à Bruxelles (Belgique), une manifestation de solidarité aux citoyen-ne-s russes s’est déroulée, le 27 février 2014, afin de dénoncer la loi en question. C’est le International Partnership for Human Rights qui a parrainé l’événement. Un homme isolé se prétendant nazi a temporairement perturbé la démonstration, mais le message a retenu l’attention des médias et a encore une fois parcouru le monde à travers la presse internationale et les réseaux sociaux. À l’ouverture des Jeux Olympiques de Sotchi, l’organisme All Out, promouvant l’égalité et le droit à la diversité humaine, a proposé une mobilisation internationale de la population en demandant aux citoyen-ne-s de se regrouper devant les portes des commanditaires principaux des Jeux Olympiques. Il s’agissait d’une invitation à manifester contre le mutisme entretenu devant ces politiques. Pour une lecture complète des commanditaires visés, il est possible de consulter le site Internet de l’organisme pro-LGBTQ, All Out, à l’adresse électronique suivante: Olympic.org/sponsors. Plus près de chez nous s’est tenu un événement le soir de l’ouverture des jeux olympiques à Montréal, sous le nom de Poutine vs Putin. Les Québécois-es ont été invités à venir manger une bouchée de poutine en démonstration de leur support aux homosexuel-le-s russes et l’initiative montréalaise a fait écho jusqu’à Vancouver.
C’est toutefois en Russie que le mouvement se fait le plus entendre. Depuis l’arrestation des membres du groupe punk rock Pussy Riots en juin 2012, de nombreuses manifestations plus ou moins violentes et ayant malheureusement fait plusieurs blessés et quelques morts se sont tenues dans les grandes villes de St-Petersbourg et de Moscou. Une vidéo du groupe performant publiquement au centre-ville de Sotchi a d’ailleurs circulé partout sur Internet. On les voit être agressées à coups de fouet par des miliciens cosaques (http://video.lefigaro.fr/figaro/video/sotchi-des-pussy-riot-agressees-avec-des-fouets/3226402651001/). Les associations de pouvoir entre l’Église orthodoxe et le Kremlin, celles liant le parti Russie Unie à la Douma de même que le président Poutine, n’ont fait que mettre le feu aux poudres dans les métropoles du pays, accentuant les rivalités civiles déjà existantes.
En plus de l’effort international donné en support aux citoyen-ne-s russes, des présidents et premiers ministres ont annoncé publiquement qu’ils ne seraient pas présents aux Jeux Olympiques de Sotchi, et ce, afin d’affirmer leur désaccord avec les politiques de M. Poutine. De plus, des athlètes et représentants ouvertement gai-e-s ont été les envoyé-e-s élu-e-s de la délégation officielle voyageant vers Sotchi. Par ailleurs, Le quotidien Metro News a rapporté le 31 janvier de cette année qu’une pétition signée par 52 athlètes olympiques (retraité-e-s ou actifs-ives) circule dans l’espoir de voir la loi anti-gai-e-s être abrogée, tout en reprochant au Comité international olympique (CIO) son inaction devant cette injustice. Les signataires réclament que le sixième principe de la Charte olympique soit respecté à Sotchi : «les discriminations n’ont pas leur place dans le mouvement olympique».
En désirant dénoncer publiquement la négligence délibérée de Vladimir Poutine sur les droits fondamentaux des LGBTQs russes, les dénonciateurs-trices de la loi souhaitent, au-delà de la mise en lumière du pouvoir discriminatoire dont s’est emparé le gouvernement, montrer comment les individus ciblés par cette loi doivent nier leur existence dans la sphère publique depuis sa légifération. C’est de cette conséquence particulière que nous devons nous inquiéter, car elle ne touche pas que nos sociétés contemporaines, mais aussi les générations à venir qui grandiront sous le joug de cette loi. Les médias qui osent diffuser les événements engendrés par l’intolérance détiennent désormais un appui légal qui leur permet de venir en aide aux individus touchés par cette discrimination et peut-être de la réduire éventuellement. Les homosexuel-le-s, bisexuel-le-s, transgenres et autres minorités sexuelles, méritent tout autant que n’importe quel autre Russe le droit d’aimer librement et publiquement.
SOURCES ET POUR POURSUIVRE VOTRE RÉFLEXION…
BROGLIE, Louis De, 1937. La physique nouvelle et les quanta. Champs Flammarion,Paris, France, 299 pages.
BYKOV, A.K., 2012. The Formation Of The Spirit Of Patriotism In Young Poeple.
Russian social Science Review, M. E. Sharpe inc., vol. 53 n°3, pages 16-30.
DAWKINS, Richard, 1995. Qu’est-ce que l’évolution? Le fleuve de la Vie. Pluriel,
Hachette Littératures, Paris, France, 193 pages.
EINSTEIN Albert, Léopold INFIELD, 1983. L’évolution es idées en physique. Champs
Flammarion, Paris, France, 287 pages.
GOULD, Stephen Jay, 1997. L’éventail du vivant. Le mythe du progrès. Sciences,
Éditions du Seuil, Paris, France, 307 pages.
KOZIN, N., 2012. A portfolio of the identities of young people of the south of Russia under the conditions of a civilizational choice. Russian Social Science
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Commençons par régler tout de suite l’essentiel : la Charte proposée par le PQ est un outil bassement électoraliste. Le PQ cherche en effet assez clairement à utiliser notre système électoral déficient à son plein potentiel pour lui permettre d’atteindre, à l’encontre de toute légitimité démocratique, l’objectif ultime qu’est un gouvernement majoritaire avec moins de 40% des voix. En cela, il imite les plus viles tactiques du Parti conservateur fédéral, tactiques qui, malheureusement pour les progressistes de ce monde, ont fait leurs preuves. Il est important, aussi, de ne pas oublier que c’est un projet qui s’attaque de façon sans équivoque à des groupes sociaux plus marginaux qui ont moins la capacité de se défendre ou qui, en tout cas, « ne votent pas du bon bord » (pour un stratège péquiste) de toute façon, et laisse toute liberté à la majorité « historiquement catholique ».
Cela établi, on peut oublier le débat de forme sur la stratégie politique ou sur quel groupe social est plus visé qu’un autre par une politique discriminatoire pour s’attarder à un questionnement de principe au cœur de nombreux débats politiques (sinon publics) depuis l’époque des Lumières : la présence de la religion dans la sphère publique, politique et privée.
La question que je pose aujourd’hui est à mon avis fondamentale pour la gauche progressiste : jusqu’à quel point peut-on tolérer des pensées arriérées et ultraconservatrices, et plus encore leur promotion ouverte, au nom de la liberté de culte et de conscience? Et jusqu’à quel point doit-on réfréner la promotion, sinon d’un athéisme, à tout le moins de croyances plus progressistes, au nom de la liberté de conscience de l’autre et de l’anti racisme?
Il me semble que récemment, en matière de religion, critiquer celle des autres est rapidement assimilé à du racisme. Il s’agit certainement de discrimination basée sur la religion, mais certainement pas de racisme, lorsque le problème est la religion et non la race. Or, il devient rapidement difficile de faire autre chose que critiquer « la religion des autres » lorsque l’on prône, notamment par l’exemple, l’appartenance à aucune. Car la religiosité d’un francophone catholique du Saguenay est tout autant étrangère au gauchiste athée montréalais que celle d’un musulman ou d’un juif pratiquant, il ne faut pas se leurrer. Aucun, toutefois, ne vient racheter l’autre sur le point des opinions politiques, que ce soit par rapport à l’avortement, à l’homosexualité, à la place des femmes en société ou tout un ensemble d’autres plaisantes idées.
Comment, donc, peut se positionner une gauche progressiste et laïque dans ces circonstances? Les conditions du débat n’aident pas exactement à une position en nuance, avec la façon dont le PQ en fait la promotion actuellement. Or, c’est précisément là qu’il faudrait en arriver. En-dehors de la situation particulière actuelle, le débat en jeu porte tout de même sur l’éternelle question de la primauté du collectif sur l’individu, ou l’inverse, et sur la situation l’équilibre entre les deux. Dans le même ordre d’idées, il s’agit aussi de l’épineuse question de jusqu’où le collectif peut intervenir pour forcer le respect des droits individuels, au risque d’agir contre le gré de la personne « sauvée ». Il s’agit d’une question fondamentale qui, lorsqu’elle touche un sujet aussi délicat que la justification d’idées conservatrices par l’expression d’une liberté libérale, vient poser de nombreux problèmes, qu’il serait fort à propos de ne pas écarter du revers de la main ou en atteignant le point Godwin à une vitesse fulgurante.
S’il s’agissait d’une véritable charte de la laïcité, plutôt que d’une charte sur la laïcité des non chrétiens, où devrait se situer la personne qui veut s’opposer aux idées rétrogrades tout en respectant les libertés individuelles? Serait-ce raciste et inacceptable si la charte s’imposait aussi aux confessions chrétiennes en leur retirant le droit de s’afficher en public tout autant qu’aux autres? Bien sûr que non : ce serait une attaque frontale contre toute forme de religion et de religiosité. Ce serait probablement en conflit clair et direct avec le droit à la liberté de culte et de religion, qui reste une liberté fondamentale, et ce serait de toute façon contre-productif, comme l’exemple de l’URSS l’a démontré. L’Église orthodoxe, après des décennies d’interdiction officielle, y est en effet aussi riche, puissante et plus vivante que jamais. Mais une charte qui interdirait également la religion de tout le monde ne serait pas une charte raciste, ce serait une charte anti-religion, et il me semble que ce genre de question mérite son traitement propre.
Sans suivre la voie de l’interdiction pure et simple, il existe plusieurs autres moyens de s’opposer à la religion et de laïciser de plus en plus la société, que l’on pense à une réforme du calendrier, à un crucifix à retirer, à la fin des crédits d’impôt aux lieux de culte et bien d’autres. Si on considère qu’il s’agirait là d’un moyen comme un autre de combattre l’obscurantisme et le conservatisme, il me semble aujourd’hui qu’il ne faudrait plus se cacher de lutter contre la religion, contre ses idées et ses pratiques, et que laisser la liberté de croyance à autrui ne veut pas dire qu’il faut respecter ses croyances parce que ce sont les siennes. Je ne sais pas si l’affirmation « les goûts ne se discutent pas » est fondée ou non, mais il me paraît clair que « l’appartenance religieuse ne se discute pas » est une bêtise, lorsqu’accompagné d’idées politiques aberrantes.