par Rédaction | Août 11, 2017 | Canada, Économie, International, Opinions
Par Pierre-Luc Baril
Cette année encore, du 11 au 13 août se tient l’Abbotsford International Air Show dans la ville du même nom, près de Vancouver. Comme l’indique le titre de l’évènement, il s’agit d’un spectacle aérien mettant en vedette les plus puissantes et les plus récentes machines de guerre de l’aviation canadienne. Le rassemblement d’Abbotsford figure parmi les évènements du genre les plus courus. Selon le quotidien USA Today (1), il s’agit de l’un des dix plus importants spectacles aériens à travers le monde. Chaque année depuis sa création en 1966, c’est près de 300 000 personnes qui assistent à ce divertissement qualifié de « familial ». Cependant, un aspect de l’évènement n’est pas mentionné : c’est aussi l’un des plus grands marchés d’armement et d’équipement militaires au Canada.
Un spectacle aérien doublé d’un commerce lucratif
Au début des années 2000, Robert A. Hackett et Richard Gruneau, de l’École des Communications de la Simon Fraser University, dressaient un portrait pour le moins surprenant de ce rassemblement. Dans leur livre The Missing News: Filters and Blind Spots in Canada’s Press, les auteurs mentionnent que de 37 entreprises exposant leurs produits en 1989, ce nombre était passé à 104 en 1995 (2). D’abord réservée aux entreprises canadiennes comme Bombardier et Bristol Aerospace, la foire d’Abbotsford s’ouvre ensuite aux producteurs internationaux, par exemple Mitsubishi et Boeing (3).
Bien entendu, la concentration d’une si grande quantité d’offres au même endroit a tôt fait d’attirer à son tour une vaste demande. Dans l’édition du Peace Magazine de novembre 1996, David Thiessen, attaché à la Fondation Fraser Valley Ploughshares, un organisme catholique de promotion de la paix, rend compte de l’ampleur que possède déjà l’Abbotsford Air Show. Selon Thiessen, c’est plus de 15 000 représentant·e·s de près de 70 pays qui sont présent·e·s à l’époque pour venir acheter du matériel militaire (4). Dans son article, Thiessen souligne les conséquences que représente l’accessibilité d’un tel marché pour des États reconnus pour user de la violence envers leur population. Nous reviendrons sur ce dernier point un peu plus tard.
Afin de mieux comprendre l’impact que peut avoir un tel évènement, voici quelques chiffres concernant l’évolution des exportations d’armes du Canada. Selon les recherches de l’équipe de L’Actualité, l’exportation canadienne d’équipement militaire a plus que doublé au cours des vingt dernières années (5). De 1990 à 2015, la valeur monétaire des marchandises exportées est passée de 460 à 960 millions de dollars (excluant le marché états-uniens) (6). Pour la même période, le nombre de pays importateurs d’équipement militaire canadien a augmenté de 50 à 80 (7). On constate donc que le commerce des marchandises militaires prend une importance non négligeable avec le temps.
En raison des éléments que nous venons de mentionner, il serait possible de croire que l’évènement annuel d’Abbotsford est d’abord né sous l’impulsion d’un simple spectacle aérien avant de se transformer graduellement en l’un des plus importants marchés d’équipement militaire du Canada. Le phénomène peut aisément s’expliquer par la liaison entre la démonstration de tels produits et la présence de points de vente sur les lieux du spectacle. L’évènement d’abord ludique serait devenu un moment privilégié pour l’industrie de faire la démonstration de ses produits et d’en offrir l’acquisition après coup.
L’Abbotsford International Air Show : une présence médiatique discrète
En dehors de la présence de ce marché d’équipement militaire au Canada, la couverture de l’évènement par les médias est pour le moins particulière. D’abord, en dépit de son envergure internationale, l’événement est très peu couvert par les médias. Ensuite, l’image que l’on en donne est bien loin de celle d’un marché d’armes.
Dans The Missing News: Filters and Blind Spots in Canada’s Press, Hackett et Gruneau font intervenir à ce sujet Donald S. Dart, professeur au collège universitaire de Fraser Valley. Pour Dart, l’infime espace médiatique occupé par l’Abbotsford Air Show ainsi que sa représentation sous la forme de « divertissement familial » repose essentiellement sur deux facteurs : une lourde campagne de relations publiques et des journalistes forts peu critiques (8).
C’est notamment en raison d’un appel à la pensée critique que nous devons l’une des premières références francophones à la vente d’armes d’Abbotsford. C’est dans les pages de son incontournable Petit cours d’autodéfense intellectuelle que Normand Baillargeon, ancien professeur de pédagogie à l’Université du Québec à Montréal, traite du problème médiatique que représente la foire d’Abbotsford. Suite à une minutieuse recherche dans les médias québécois, Baillargeon fut incapable de retracer plus d’une dizaine d’articles traitant de l’évènement dans les quarante dernières années (9). Dans tous les cas, aucun ne parle de la vente de matériel militaire, seulement du spectacle aérien et de son caractère familial.
Dans le but de vérifier cette affirmation, nous nous sommes adonnés au même exercice que Baillargeon. Outre les articles déjà mentionnés par ce dernier, nous n’avons trouvé que très peu d’articles liés à l’Abbotsford International Air Show. Dans tous les cas, les articles sont le fruit de journaux locaux et ne traitent d’aucune façon de la vente d’armes qui se déroule sur les lieux lors de l’évènement.
Il nous a fallu remonter près de vingt ans en arrière pour accéder à des documents portant sur le commerce de marchandises militaires durant ce spectacle aérien. Quant à ces travaux, ils ont été rédigés par des spécialistes géographiquement près d’Abbotsford (Burnaby, Vancouver, etc.). Même le vaste travail de L’Actualité, dont nous avons déjà fait mention, ne traite pas du rassemblement annuel d’Abbotsford et de la vente d’équipement militaire qui s’y déroule.
Il appert donc qu’il faut soit remonter dans le temps pour entendre parler de la vente d’équipement militaire durant l’Abbotsford International Air Show, soit se rabattre sur les médias locaux pour en entendre parler aujourd’hui. Dans le cas de ces derniers, les articles traitent toujours de l’évènement comme un rassemblement ludique et familial, en somme un spectacle de divertissement.
Il est donc légitime, dans un régime se présentant comme démocratique, de s’interroger sur les raisons entourant une telle opacité médiatique. Normalisation du commerce d’équipement militaire? Contrôle gouvernemental? Manque de sensationnalisme de l’évènement? Ce sont toutes des questions qui méritent des réponses.
Le Canada, promoteur de la paix?
Bien entendu, les éléments que nous avons énoncés plus haut ont de quoi entacher la réputation de promoteur et gardien de la paix du Canada. Encore en mai dernier, à l’occasion de la Journée internationale des Casques bleus de l’ONU, Justin Trudeau rappelait la « longue et fière histoire en matière de missions de maintien de la paix » du Canada à travers le monde (10). Il semblerait pourtant que le Canada n’ait pas de problème à promouvoir la paix d’un côté et à vendre des armes de l’autre.
La Corporation commerciale canadienne, dont la mission est « l’expansion du commerce en aidant les exportateurs canadiens à accéder aux marchés publics étrangers grâce à un mécanisme de passation de contrats de gouvernement à gouvernement », semble jouer un rôle prépondérant dans l’implication du Canada sur le marché mondial de l’équipement militaire (11). Dans la section « La CCC dans le monde », le rapport de la société d’État traite avec fierté de la facilité des transactions de matériel militaire avec les États-Unis, de la vente de véhicules et d’aéronefs militaires au gouvernement péruvien, du bien connu programme de chars blindés avec l’Arabie Saoudite et de l’exportation d’hélicoptères pour les forces aériennes des Philippines (12). Il s’agit là d’une série de contrats dont la valeur s’élève à plusieurs centaines de millions de dollars. Toutes ces transactions sont présentées comme de simples échanges commerciaux et non des ventes de matériel risquant d’être impliqué dans la mort de civils.
En effet, comme l’a si bien expliqué l’équipe de L’Actualité, depuis Brian Mulroney jusqu’à Trudeau fils, tant les Libéraux que les Conservateurs ont favorisé la croissance de l’exportation d’équipement militaire (13). Dans certains cas, les acheteurs, c’est-à-dire les États, ont utilisé l’équipement militaire dans des situations ayant causé des décès civils (14). Dans la dernière année au pouvoir de Stephen Harper, le Canada a exporté pour 676 millions de dollars en marchandises militaires tandis que ce montant a atteint 717,7 millions de dollars pour la première année de Justin Trudeau (15).
C’est une situation pour le moins surprenante, si l’on considère tous les efforts menés par Amnistie internationale pour que les États membres de l’ONU adoptent un accord sur le commerce international des armes en 2013. Rappelons ici que le Canada n’a toujours pas ratifié cet accord (16). Le Canada se retrouve donc face à un reflet de lui-même fort peu enviable. D’un côté, il fait la promotion de la paix tandis que de l’autre, le commerce de l’armement vient enrichir ses coffres. La situation devient réellement inconfortable si l’on s’attarde aux conclusions d’Amnistie internationale voulant que les conflits accentuent la demande en armement et que le besoin d’équipement militaire à son tour enflamme les conflits (17).
En finir avec l’hypocrisie
À la lumière des analyses et des textes que nous avons mentionnés, le cas de l’Abbotsford International Air Show soulève de graves questions concernant l’administration et les choix du gouvernement canadien. Il est flagrant d’abord de voir le malaise persistant quant à l’objectivité et à l’indépendance des médias, tant au Canada anglais qu’au Québec. Le cas d’Abbotsford semble prouver qu’il existe une forme de contrôle étatique sur la diffusion ainsi que la présentation de l’information au Canada.
Ensuite, il est impossible de passer sous silence le réel degré d’implication du Canada sur le marché mondial de l’équipement militaire. Alors qu’il est aujourd’hui de notoriété publique que le Canada participe et récolte sa part du lucratif marché de l’armement, il ne faudrait pas oublier que derrière ses airs de gardien de la paix, le gouvernement canadien est complice d’États qui font usage de l’équipement produit chez nous contre des groupes civils.
Nous sommes d’avis qu’à l’heure où le Canada s’interroge sur le rôle des blindés canadiens à l’étranger (18), il faut définitivement mettre fin à l’hypocrisie qui domine les politiques économiques et étrangères du Canada. Il en va d’abord d’une question de droits humains et de respect et de protection de la vie sous toutes ses formes.
1) 10 Best Editors, « 10 best air shows around the world », USA Today, 27 février 2013, <https://www.usatoday.com/story/travel/destinations/2013/02/26/10-best-ai…, consulté le 8 août 2017.
2) Robert A. Hackett et Richard Gruneau, The Missing News: Filters and Blind Spots in Canada’s Press, Ottawa, Garamound Press, 1999, p. 157.
3) Ibid.
4) David Thiessen, « Airshow Canada: The Eighth Most Censored Story Of 1995 », Peace Magazine, vol. 12, no. 6 (1996), p. 6.
5) Naël Shiab, « Marchandises militaires : la grande hypocrisie canadienne », L’Actualité, 5 février 2017, <http://lactualite.com/societe/2017/02/05/marchandises-militaires-la-gran…, consulté le 8 août 2017.
6) Ibid.
7) Ibid.
8) Robert A. Hackett et Richard Gruneau, op. cit., p. 158.
9) Normand Baillargeon, Petit cours d’autodéfense intellectuelle, Montréal, Lux Éditeur, 2006, p. 293.
10) Justin Trudeau, « Déclaration du premier ministre du Canada à l’occasion de la Journée internationale des Casques bleus de l’Organisation des Nations Unies », Ottawa, 29 mai 2017.
11) Corporation commerciale canadienne, Un monde d’occasions d’exportations s’ouvre à vous – Rapport annuel 2014-2015, juin 2015, p. B.
12) Ibid, p. 2-3.
13) Naël Shiab, Op. cit.
14) Ibid.
15) Canada (Affaires Mondiales Canada), Rapport sur les exportations de marchandises militaires du Canada – 2015, Ottawa, 2015, p. 1 et Canada (Affaires Mondiales Canada), Rapport sur les exportations de marchandises militaires du Canada – 2016, Ottawa, juin 2016, p. 4.
16) Ibid.
17) Amnistie internationale, Contrôler les armes, Paris, Éditions Autrement, p. 76-98.
18) Radio-Canada, « Ottawa se penche sur l’utilisation de blindés canadiens en Arabie saoudite », Radio-Canada, 29 juillet 2017, <http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1047828/ottawa-armee-blindes-canadie…, consulté le 8 août 2017.
par Léandre St-Laurent | Juin 6, 2017 | Opinions
L’auteur est membre de Québec solidaire
Depuis que Québec solidaire a refusé l’alliance électorale proposée par le Parti Québécois, qui impliquait un pacte de non-agression dans certaines circonscriptions, il souffle un vent toxique qui encrasse les bronches de tous ceux et celles qui rêvent de respirer l’air d’un Québec plus juste et indépendant. Les coups de semonce tirés de part et d’autre empêchent, pour l’instant, d’y voir clair et d’en tirer les conclusions pragmatiques qu’une situation politique critique impose.
Deux armées rangées
Les congressistes de QS ne se sont pas contenté·e·s, comme nous le savons, du refus d’une alliance électorale avec le PQ. Véritable crachat au visage du vieux parti, l’étiquette du racisme et du néolibéralisme – les « deux bêtes du PQ » pour la congressiste Dalila Awada (1) – est désormais, pour maints solidaires, inséparable de l’équipe de Jean-François Lisée. Cette tentative de déclassement politique du vieil appareil péquiste n’est pas sans conséquences, et constitue une véritable « gifle à effet boomerang », pour reprendre l’expression de Radio-Canada (2). Plusieurs électeurs et électrices ne digèrent pas le refus d’une telle alliance pragmatique et ne pardonnent pas à QS de prendre le risque d’un retour au pouvoir des libéraux ou de la formation d’un gouvernement caquiste, bref, de la continuité de l’austérité triomphante et d’une toujours plus grande concentration des richesses nationales.
Autre élément crucial : contrairement à l’exécutif solidaire qui préconise une attitude de « refroidissement » des tensions entre forces indépendantistes et qui, de ce fait, tente de relayer le moins possible les attaques dithyrambiques de la part de certain⸱e⸱s de ses militant⸱e⸱s (3), Lisée fonce, couteau entre les dents, vers la bête rouge. QS constituerait, selon ses dires, un appareil politique sectaire dirigé dans l’ombre par un politburo autoritaire de type soviétique (4). Cette propagande anti-communiste digne d’une autre époque fait un bout de chemin à travers les médias officiels (5). À ce discours s’ajoute toute la cohérence du délire conservateur du moment, selon lequel une extrême gauche antinationale, prônant la destruction de nos institutions et de notre culture, contribuerait à l’islamisation de l’occident, véritable complot « islamo-gauchiste ». Ainsi, QS serait l’« allié de l’islamisme (6) », les propos d’Awada dignes, comme l’affirme Jacques Lanctôt, de l’ordonnance d’un tribunal islamique, une véritable fatwa.
Cette croisade réciproque rend impossible tout jugement raisonnable sur les avantages et inconvénients de la décision politique prise par Québec Solidaire, et sur ses raisons. En se contentant de voir la situation exclusivement selon le prisme des idéologies en lutte, nous nous écartons de la nature initiale de ce que Québec Solidaire a rompu. L’alliance électorale entre les deux partis était avant tout une collaboration stratégique entre deux partis aux principes divergents. C’est ainsi que la question doit être traitée, et selon cet angle que l’on doit juger de la qualité des deux avenues qui se présentaient à QS. Sans cela, l’hystérie partisane laisse place à une hystérie collective dans laquelle, d’un côté, on fait la chasse aux « racistes », et de l’autre, on cible les « communistes » d’un supposé politburo secret ainsi que les « islamistes ».
Le refus de la grande alliance nationale
Si l’alliance avortée était strictement stratégique, c’est que l’application de ce procédé contrevient potentiellement à certains principes qui animent le parti. C’est en mettant en relation les bienfaits d’une telle collaboration avec ce qu’il pourrait en coûter sur le plan des principes que l’on peut juger de la véritable valeur de la voie empruntée par QS. À cet égard, les bienfaits d’un tel rapprochement sont indéniables. Le fait que le PQ et QS ne s’affrontent pas au sein de certaines circonscriptions clés aurait bien sûr permis de contourner les effets pervers, sur le plan démocratique, d’un mode électoral uninominal à un tour. À ce titre, une telle alliance aurait fort probablement favorisé l’élection du PQ et permis à QS de gonfler ses rangs. Une fois au pouvoir, un gouvernement péquiste serait redevable à QS. Les solidaires auraient alors eu le rapport de force nécessaire pour s’assurer que le PQ applique les politiques publiques de gauche présentes dans son programme, comme le réinvestissement dans les services publics et le salaire minimum à 15$, et qu’il s’engage à réformer le mode de scrutin, de façon à ce qu’il se rapproche d’un mode proportionnel.
Il s’agit là de suppositions, mais qu’est-ce que la joute politique officielle si ce n’est que s’attacher à des paris plausibles? Bien sûr, ce scénario repose sur un certain alignement de l’électorat. Il suppose également que le PQ collaborerait sérieusement. À cet effet, il est raisonnable d’en douter. En ce qui concerne l’application d’un agenda politique de gauche, le PQ a maintes fois prouvé qu’il prenait, ces dernières années, un virage contraire, indépendamment de ce qu’il exprime en campagne : l’austérité et le virage ambulatoire du système de santé sous Lucien Bouchard, abandon par le gouvernement Marois de la hausse de l’imposition des hauts revenus, coupes budgétaires, par ce même gouvernement, en santé, en éducation et dans l’aide sociale, dégel indexé des frais de scolarité, accession, avant Lisée, de Pierre-Karl Péladeau à la chefferie du parti. Le scrutin proportionnel, lui, fut présent dans le programme du PQ durant plusieurs années, mais les pressions du système bipartisan auront eu raison de son rejet, bien qu’il soit présentement réactualisé par Lisée (8). Ce pari se fonde donc sur beaucoup de « si », mais mieux vaut des « si », réalistes, que rien du tout. Et quand bien même le PQ aurait trahi ses engagements, QS aurait eu le beau jeu. Il aurait pu s’inscrire comme l’acteur politique incontournable qui a agi du mieux qu’il pouvait et qui, désormais, constitue la seule véritable alternative à l’idéologie néolibérale.
Le refus de l’alliance électorale freine également le déploiement d’un agenda plus global. Sans alliance avec le PQ, difficile d’imaginer l’élaboration d’une feuille de route commune pour tou⸱te⸱s les indépendantistes telle que la préconise OUI-Québec et qui regrouperait le Parti Québécois, Québec solidaire, Option nationale et le Bloc québécois. Bien que les deux enjeux soient en partie conjoints, les militant·e·s de QS les traitent distinctement, de façon à ne pas enfoncer dans la gorge des membres du parti l’une ou l’autre des deux propositions. Par souci de transparence, le Comité de coordination nationale (CCN) du parti a pris la décision contradictoire, par sa non-transparence, de ne pas faire mention, durant le Congrès, d’une entente relative au plan de convergence des forces indépendantistes, signée par l’ancien président de QS, Andrés Fontecilla. Cette entente n’avait aucune valeur officielle, puisqu’une telle décision, pour être effective, doit être approuvée en congrès. Or, le congrès en question se déroulera après celui qui a mené au rejet du rapprochement avec le PQ. Comme nous le savons, le fait de garder secrète cette entente a nui à QS (9). Quant à la validité d’une telle feuille de route, il est très possible d’argumenter que, selon le contexte politique, le PQ – parti qui, depuis un moment, passe son temps à attendre les « conditions favorables » pour un référendum – s’en dissocierait ou en changerait la nature. À cette objection, l’on peut répondre la même chose qu’aux critiques contre l’alliance électorale.
Le pari du mouvement citoyen
La décision prise par QS relève de la haute considération des principes qui animent le parti. Les avantages de l’alliance ne valent pas, pour les solidaires, ce qu’il leur en coûterait au plan des valeurs politiques. Sans correspondre à la caricature d’un communautarisme sectaire que l’on attribue souvent à QS, ce parti de gauche est fondamentalement humaniste, ce qui le rend hostile à toute entreprise politique qui viserait la stigmatisation d’une minorité sociologique. Or, contrairement à ce qui le définissait jusqu’à maintenant, le PQ a récemment pris la voie d’une xénophobie épisodique à l’égard des musulman·e·s à travers l’épisode de la Charte des valeurs québécoises, véritable wedge politic qui a eu pour effet de diviser la population, en braquant une part critique de celle-ci contre une minorité religieuse qui n’a absolument rien à voir avec l’échec du projet indépendantiste. Avec la course à la chefferie pour succéder à Pierre-Karl Péladeau, le PQ avait l’occasion de tourner la page. Mais les membres du parti ont choisi d’élire Lisée, candidat qui a structuré une bonne partie de sa campagne en enchaînant les propos islamophobes, de la suggestion qu’une femme voilée d’une burqa pouvait potentiellement y cacher un ak-47 à l’amalgame entre son rival péquiste Alexandre Cloutier et l’intégriste Adil Charkaoui.
En toute cohérence avec la gauche qu’il incarne, QS s’oppose au libéralisme économique qui broie les peuples. C’est également en phase avec ce principe que les congressistes ont rejeté le rapprochement avec le PQ. Personne ici n’affirme que le parti de René Lévesque soit historiquement « néolibéral ». Toutefois, à titre de formation politique aux tendances contradictoires, le PQ, depuis la fin des années 1990, a intégré l’idéologie néolibérale dominante, et tend, malgré certaines résistances de son aile gauche (pensons à la mise en place des CPE) à s’orienter vers la droite économique.
La rupture avec le PQ n’est toutefois pas qu’une question d’intégrité morale. Les solidaires optent pour le pari d’un mouvement citoyen d’envergure qui déstabilise les appareils sclérosés de la politique traditionnelle. Un mouvement d’adhésion à un projet politique commun. Cette tentative de révolution politique serait difficile à concevoir si elle prenait pied grâce à l’un des trois grands partis de l’establishment politique québécois. À l’ère de l’irruption populiste issue de la dernière crise économique, les projets politiques qui s’ancrent au sein de grands mouvements populaires constituent une formule qui fonctionne de plus en plus. Dans le contexte québécois, l’impératif de défense des minorités, dont QS se fait le garant, pourrait, en plus, mener à une situation historique où un parti indépendantiste de gauche grugerait le vote anglophone et allophone normalement associé à la grande famille libérale, ce dont QS fait le pari. Pour celles et ceux qui voient en ce coup de dés avec l’histoire une entreprise loufoque, il importe de rappeler que le présent circonscrit n’est jamais tout à fait garant du futur, surtout pas dans une période trouble comme celle que nous vivons. Québec Solidaire ouvre les voies du possible.
CRÉDIT PHOTO: Barbara Andrade
(1) Marco Bélair-Cirino. 20 mai 2017. « Les délégués de Québec solidaire refusent de s’allier aux péquistes ». Le Devoir.
(2) Hugo Lavallée. 27 mai 2017. «Québec solidaire : une gifle à effet boomerang». ICI Radio-Canada.
(3) À cet égard, voir l’entrevue de Gabriel Nadeau-Dubois par Mario Dumont : TVA Nouvelles. (2017, 30 mai). Un candidat de Québec solidaire dans Rosemont contre Lisée. Repéré à http://www.tvanouvelles.ca/2017/05/30/un-candidat-de-quebec-solidaire-da….
(4) Tommy Chouinard. 26 mai 2017. « QS dirigé par un politburo, accuse Lisée ». La Presse.
(5) Pensons notamment à la chronique de Michel David : Michel David. 27 mai 2017. «Le politburo». Le Devoir.
(6) André Lamoureux. 29 mai 2017. « Québec solidaire, enclave du gauchisme et allié de l’islamisme ». Le Devoir.
(7) Jacques Lanctôt. 26 mai 2017. « La diffamation ». Canoë. Repéré sur http://fr.canoe.ca/infos/chroniques/jacqueslanctot/archives/2017/05/2017…
(8) Pour le rapport du PQ à la proportionnelle, voir ce récent rafraichissement : Paul Cliche. 2 mars 2016. « Le scrutin proportionnel et le Parti Québécois ». L’aut’Journal.
(9) Radio-Canada. 26 mai 2017. «Le PQ demande à QS de dire la vérité sur l’entente entre les souverainistes». Radio-Canada.
(10) Radio-Canada. 26 mai 2017. « Le PQ demande à QS de dire la vérité sur l’entente entre les partis souverainistes ». Radio-Canada.
(11) Robert Dutrisac. 17 septembre 2016. « Lisée propose une « discussion » sur l’interdiction de la burqa ». Le Devoir.
(12) Louis-Samuel Perron. 16 septembre 2016. « Course à la direction du PQ : Adil Charkaoui « appuie » Cloutier, affirme Lisée ». La Presse.
(13) Afin de saisir le développement de ce phénomène, voir John B. JUDIS, The Populist Explosion : How the Great Recession Transformed American and European Politics, États-Unis, Columbia Global Reports, 2016.
(14) Stéphanie Bérubé. 22 mai 2017. « Québec solidaire à la conquête des régions… et des Libéraux ». La Presse.
par Rédaction | Avr 30, 2017 | Opinions, Québec, Societé
Par Pascale St-Onge
L’auteure est présidente de la Fédération nationale des communications de la CSN.
Je suis inquiète pour l’avenir de l’information. Je suis inquiète pour la démocratie. Je suis inquiète pour les progrès qui ont marqué le dernier siècle en termes d’ouverture aux différences et d’avancées pour les droits de la personne. Les médias, les artistes et le milieu culturel ont indéniablement participé à faire connaître à la majorité des réalités méconnues et des situations d’injustices vécues par tant de personnes et de groupes opprimés et vulnérables. L’émergence, la solidité, l’abondance et la notoriété d’une presse libre et indépendante dans les pays occidentaux pendant cette période a incontestablement participé aux débats qui ont mené à l’émancipation des femmes, pour ne nommer que cet exemple probant, et à l’inclusion dans nos chartes québécoise et canadienne d’articles qui rejettent la discrimination en fonction de l’orientation sexuelle, du genre, de la race, de la religion, etc.
Cet article a été publié dans le recueil (in)visibilités médiatiques de L’Esprit libre. Il est disponible sur notre boutique en ligne ou dans plusieurs librairies indépendantes.
Je suis inquiète parce que les bases économiques qui soutiennent les médias qui nous ont tant renseignés-es, éclairés-es et informés-es sur le monde sont fragilisées au point où le tiers des emplois dans la presse écrite a disparu en cinq ans (de 2010 à 2015), que la télévision traditionnelle et généraliste a amorcé un déclin qui entraîne de nombreuses restructurations et pertes d’emplois, et que la plupart des radios ont depuis longtemps délaissé ou rationalisé leurs vaillantes salles de nouvelles afin de diminuer leurs coûts de production.
Un événement inédit au Québec s’est produit au printemps dernier. La Fédération nationale des communications (FNC-CSN) a organisé en partenariat avec la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), le Conseil de presse du Québec (CPQ) et le Centre d’études sur les médias de l’Université Laval (CEM), un colloque qui a réuni dans une même salle des patrons-nes de presse, des journalistes, des syndicalistes, des chercheurs et chercheuses en journalisme et en communication, des étudiants-es et même des représentants-es du gouvernement afin de faire le point sur la situation et de discuter de pistes de solutions. Au terme de ce colloque, dans les semaines et les mois qui ont suivi, plusieurs voix, incluant celles de dirigeants-es de syndicats et d’entreprises réputées, ont réclamé des gouvernements provincial et fédéral des allégements fiscaux afin de permettre aux entreprises de la presse écrite de se sortir la tête de l’eau. Jamais de telles démarches n’ont été faites par le passé, car la presse écrite a toujours été jalouse de son indépendance face aux pouvoirs publics. Entendez-vous le signal d’alarme?
Je suis inquiète, car l’information a perdu une grande part de sa valeur commerciale et que, jusqu’à aujourd’hui, ni les gouvernements, ni les annonceurs, ni le public ne semblent massivement disposés à préserver leurs organes de presse. En fait, je ne crois pas que nous soyons tous et toutes pleinement conscients-es de la valeur du service public que ces derniers garantissent en surveillant les pouvoirs officiels (exécutif, législatif et judiciaire). Par conséquent, je m’inquiète pour l’avenir de l’information, pour la démocratie et pour les avancées sociales et humaines, car dans l’obscurité et le silence, l’imputabilité n’existe pas.
À la défense de nos médias d’information
Nos médias ne sont pas parfaits et ne l’ont jamais été. Sont-ils équitables dans leur façon de couvrir des sujets qui touchent certaines minorités? Engagent-ils suffisamment de personnel représentatif de la diversité de nos communautés? Accordent-ils la parole autant aux plus démunis-es et vulnérables de nos sociétés qu’aux élites? Sont-ils toujours justes dans leur façon de traiter des sujets explosifs ou accordent-ils plus d’importance aux points de vue qui semblent partagés par la majorité de leur public et qui plaisent aux annonceurs? À mon avis, il est sain de se poser ces questions et de tenter d’y répondre (ce que je ne me risquerai pas à faire dans le cadre de cet article). Cependant, quelques notions sont à considérer avant toute chose.
Tout d’abord, on ne peut imposer à un seul média, aussi grand et réputé soit-il, le fardeau de représenter toutes les réalités, tous les points de vue et toutes les opinions imaginables. Le plus grand danger qui guette une presse libre et indépendante est le monopole et la concentration entre trop peu de mains de nos organes d’information. La pluralité des sources d’information et la diversité des voix sont essentielles pour que les médias se complètent, se défient, se regardent, se critiquent. Avec l’addition des sources, le public peut se faire une idée globale du monde qui l’entoure plutôt que de ne connaître que la vision d’un seul média ou d’un-e unique journaliste qui présente des sujets choisis et abordés selon ses valeurs, ses idées, ses critères. Une lanterne isolée n’éclaire qu’une petite partie à la fois d’une vaste chambre. Un ensemble de lanternes peut illuminer la pièce tout entière et permettre d’y découvrir tout ce qui s’y trouve.
Ensuite, la capacité d’un média de couvrir en profondeur l’actualité, de chercher la vérité même lorsqu’elle est habilement camouflée par de puissants intérêts ou qu’elle requiert des semaines d’enquêtes pour être découverte, de s’intéresser à la fois à ce qui est près et loin de nous, d’amener à notre attention des réalités qui nous sont totalement étrangères, dépend autant de sa solidité financière que de la volonté des propriétaires et de ses artisans-es. Produire de l’information de qualité coûte cher.
L’industrie de l’information, depuis sa naissance, a évolué vers une presse professionnelle, avec de rigoureux critères journalistiques, des codes de déontologie contraignants, des formations spécifiques à la profession. Le Québec s’est même doté d’un tribunal d’honneur, le Conseil de presse du Québec, qui reçoit les plaintes du public sur la couverture journalistique, et d’organismes de réglementation tels que le CRTC. Comme société, nous nous sommes donné des médias publics, privés, communautaires, scientifiques, spécialisés, de niches, etc. En somme, malgré l’opinion qu’on peut avoir d’un média ou d’un autre, nous avons un univers médiatique de grande valeur, crédible et varié qu’il nous est permis de critiquer et dont nous pouvons exiger ce qu’il y a de mieux.
Cet univers médiatique est devenu possible entre autres parce que l’information avait une valeur commerciale. Concrètement, les médias produisent de l’information et l’offrent à un public. Les médias vendent ensuite aux annonceurs du temps d’attention de leurs lecteurs-trices aux entreprises. Ces annonceurs paient d’ailleurs beaucoup d’argent pour annoncer leurs produits et services à ce public, dont l’esprit est disponible grâce à l’intérêt suscité par la nouvelle. En puisant leurs revenus de deux principales sources, soit les abonnements et la publicité, tant que cela a été rentable, les médias ont pu se constituer des salles de nouvelles remplies de journalistes, de professionnels-les de l’information et de nombreux autres types d’employés-es qui, grâce à leurs conditions de travail décentes, ont pu consacrer leur carrière professionnelle à creuser et à raconter des histoires d’intérêt public.
À cette étape-ci, il m’est nécessaire de rappeler que le métier de journaliste n’a pas toujours été glorieux. Au tout début, la paie était tellement maigre que nombre de « nouvellistes » (on les appelait comme cela à l’époque) arrondissaient leur fin de mois en acceptant des enveloppes brunes d’entreprises, de politiciens ou autres, pour rédiger des papiers favorables. Ou encore, elles et ils occupaient d’autres emplois qui pouvaient miner leur indépendance et n’accordaient pas autant de temps et d’énergie à fouiller des histoires. Pour les femmes, dès qu’elles se mariaient, elles devaient quitter leur travail qui, de toute façon, les avait confinées à la presse dite « féminine ». Par exemple, on pouvait leur demander de rédiger un texte sur le nouveau modèle de malaxeur! De plus, les journalistes étaient soumis-es à l’arbitraire du patron qui, parfois, brandissait des menaces de congédiement pour orienter les articles et les sujets selon ses propres intérêts.
Exaspérés-es de vivre dans la précarité et de voir leur autonomie professionnelle constamment sous pression, les journalistes se sont organisés-es en syndicats. Au fil d’épiques luttes syndicales teintées à l’occasion de violences, de grèves et de lockouts, elles et ils ont peu à peu réussi à améliorer leurs conditions de travail et leurs clauses professionnelles afin de protéger leur indépendance et l’éthique journalistique. Ce fut le cas pour les journalistes syndiqués-es, à tout le moins, puisque la situation est tout à fait déplorable pour une large majorité de pigistes, contractuels-les et journalistes indépendants-es, dont les tarifs au feuillet ont cessé d’augmenter depuis plus de 30 ans, alors que le coût de la vie, lui, grimpe toujours. Cela est sans parler de leurs droits d’auteur-e et moraux qu’elles et ils sont de plus en plus contraints-es de céder aux employeurs et employeuses, les privant ainsi des recettes de leurs œuvres. Il est d’ailleurs grand temps que le gouvernement accède à la demande de l’Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ), soit de les doter d’une loi similaire à celle sur le Statut de l’artiste qui leur permettrait de négocier des conditions de pratiques minimales et décentes.
Aujourd’hui, ces gains qui ont permis aux médias d’exister et d’être viables sont de plus en plus menacés. Avec l’avènement d’Internet, des réseaux sociaux, des moteurs de recherche et autres plateformes de diffusion, le public s’est habitué à trouver de tout gratuitement. Il est donc de moins en moins enclin à payer pour être informé. Du côté des annonceurs, l’univers numérique a provoqué l’éclatement des possibilités publicitaires et ils peuvent aujourd’hui rejoindre leur clientèle sur d’autres plateformes efficaces et économiques.
En effet, les Facebook, Google, Twitter et autres géants mondiaux du Web, américains pour la plupart, ont développé des outils très précis pour aider les annonceurs à cibler et à rejoindre leur clientèle. Ces compagnies ne développent aucun contenu (ou presque pas et encore moins en matière d’information), ne connaissent aucune frontière physique géographique et possèdent une structure de coût d’exploitation minime par rapport au potentiel de revenus. Elles ont fait chuter dramatiquement le coût de la publicité en offrant des prix avec lesquels les médias traditionnels ne peuvent rivaliser, eux qui sont limités par la taille de leur marché et par leurs coûts de production très élevés. Donc non seulement ces applications reproduisent-elles gratuitement le contenu produit à grands frais par d’autres, mais en plus, elles empochent le pactole en termes de revenus publicitaires. Pour ajouter à la problématique de l’argent que ces compagnies engrangent chez nous, elles n’en redonnent à peu près pas à nos communautés, car elles emploient peu de gens chez nous, ne retournent pratiquement aucune taxe et ne paient aucun impôt.
Ceci étant dit, on n’arrêtera pas le progrès! Les médias doivent composer avec cette réalité contemporaine et ils doivent trouver des solutions. Rien n’indique cependant que la majorité d’entre eux sont à l’aube de trouver une nouvelle façon de rentabiliser leurs activités. Certains expérimentent de nouveaux modèles, mais aucune nouvelle source de revenus n’a été mise en place. Au contraire, certains médias dépendent aujourd’hui plus que jamais des revenus publicitaires ayant rendu leur contenu gratuit, et d’autres, ayant de moins en moins d’annonceurs, dépendent de plus en plus de la générosité de leur public prêt à payer pour être abonné ou à faire des dons de charité.
C’est ainsi que depuis au moins deux décennies, nous assistons à des rondes de restructurations, à des ventes, à des rachats, à des mises à pied, à des reculs dans les conditions de travail, à la précarisation des emplois, à la disparition de certains métiers et de certaines expertises. Certains médias en sont désormais à l’étape de fermeture. Dernièrement, nous avons vu disparaître au Québec des médias régionaux, plusieurs médias communautaires, spécialisés et de niches. Pensons au Canal Argent du Groupe TVA, la seule chaîne spécialisée en économie, ou encore à plusieurs journaux hebdomadaires qui ont fermé leurs portes à la suite du rachat par Transcontinental des propriétés de Québecor, etc. Jusqu’ici, nos gros piliers ont été épargnés, mais pour combien de temps encore si rien ne change? Et qu’en est-il de la diversité avec la disparition de voix alternatives?
On me dira que la nature a horreur du vide et que de l’hypothétique mort de nos médias traditionnels naîtra autre chose. Cette autre chose m’effraie. Les médias se sont structurés ainsi car ils doivent avoir les reins solides pour exposer les côtés les plus sombres de nos sociétés, et parfois les plus lumineux, et ainsi les faire évoluer. Parler librement demande une indépendance économique et une capacité à se défendre devant les tribunaux en cas de poursuite. (Pensons par exemple à la publication satirique Le Journal de Mourreal qui est impuissant pour se défendre face à l’empire Québecor.) Ce ne sont pas les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) qui feront ce travail. Ce n’est pas leur mission. De toute manière, voudrait-on confier à des entreprises américaines le soin de nous informer chez nous?
Ce n’est pas non plus le public qui « s’auto-informera », car malgré les nombreuses occasions pour la population générale de s’exprimer et de se raconter sur le Web, il ne peut remplacer le travail d’un-e journaliste qui y consacre sa vie professionnelle. Qui a le temps, l’argent et l’énergie nécessaires pour débusquer et mettre à jour les grands scandales de notre époque? Bien que certains événements ponctuels peuvent être rapportés par les membres du public et que cela a certes une valeur informative, seuls des médias de masse avec d’importantes ressources économiques ont pu, par exemple, enquêter sur la corruption et la collusion dans le monde de la construction et ont forcé le gouvernement à mettre sur pied la Commission Charbonneau. D’autant plus que comme ces médias monopolisent en grande partie l’espace médiatique, ces informations cruciales pour la vie démocratique risquent de demeurer dans l’ombre si elles étaient révélées par de petits médias. En ce sens, le rôle des médias est sans doute appelé à changer et à aller toujours plus vers l’enquête et l’analyse plutôt que le scoop ou l’événementiel, mais encore une fois, cela coûte cher. Il est paradoxal de constater que la tendance actuelle est plutôt à l’inverse car les médias cherchent encore le scoop et le sensationnel pour obtenir le plus de clics possibles.
Je mentionnais plus tôt l’importance de la pluralité des voix. Si peu s’indignent des fermetures récentes de médias, je me dois de rappeler qu’à chaque fois que l’un d’entre eux s’éteint, ce sont des histoires qui ne seront jamais racontées. C’est une portion de la réalité qui ne sera jamais connue par d’autres que celles et ceux qui la vivent. C’est une prise de conscience collective d’une injustice, une réparation et un changement qui n’auront pas lieu. Bref, c’est un brin de démocratie qui s’envole.
Le salut par les réseaux sociaux et Internet?
Les plus récentes études démontrent que les citoyens-nes trouvent de plus en plus leurs informations en ligne, sur les réseaux sociaux et les moteurs de recherches. Les statistiques indiquent que les jeunes particulièrement ont adopté massivement ces habitudes de consommation. Analysons un peu plus ce que cela veut dire.
D’une part, l’information qui se retrouve sur ces réseaux est en majeure partie celle produite par nos médias traditionnels et c’est encore à cette information que le public fait le plus confiance. Même s’ils la découvrent sur d’autres plateformes, les gens se réfèrent encore aux marques qu’ils respectent. Par contre, les études démontrent également que sur ces réseaux, les gens distinguent difficilement l’information véritable des rumeurs, opinions, commentaires, parodies, publicités ou contenus commandités. Cela attise peut-être un certain cynisme ou scepticisme envers les médias.
D’autre part, l’information qui est présentée aux usagères et aux usagers de ces réseaux sociaux apparaît sur les fils d’actualité à la suite d’algorithmes programmés par ces géants du Web. En plus d’être la plupart du temps secrets ou sinon incompréhensibles pour le commun des mortels, ces algorithmes existent non pas pour servir l’intérêt public, mais d’abord et avant tout pour servir l’intérêt commercial de ces entreprises. Grâce aux données que ces applications accumulent sur leurs usagères et usagers, elles peuvent cerner de façon toujours plus précise leurs intérêts, leurs habitudes de consommation, de vie et d’information et les gaver toujours plus de ce qui les intéresse déjà.
En effet, les médias sociaux servent à conforter les gens et non pas à les exposer à des choses qu’ils ne connaissent pas ou qui les amèneraient à remettre leurs croyances en question. Le terme le dit : réseaux sociaux. Donc des endroits qu’on choisit pour socialiser, pour être entre amis-es. Ce ne sont pas des médias d’information avec des règles et une mission démocratique. Si les médias traditionnels ont réussi à exposer des masses à des réalités particulières, on peut douter que les réseaux sociaux remplissent cette fonction parce que leur objectif est avant tout d’être rentables financièrement; leur mission n’est pas reliée à informer les utilisatrices et utilisateurs.
En plus de poser de sérieux défis aux concepts de vie privée et de sécurité, on est en droit de se demander jusqu’à quel degré ces réseaux sociaux participent à la polarisation des idées. Alors que de plus en plus de gens disent s’informer uniquement par les réseaux sociaux dont les algorithmes ne favorisent pas la diversité des points de vue, on voit actuellement de grandes portions de la population s’ancrer dans leurs positions. Sans oublier que n’importe qui dit à peu près n’importe quoi sur ces plateformes. La liberté d’expression à son meilleur et à son pire.
Des pistes de solution?
D’immenses efforts doivent être mis du côté de l’éducation populaire et une importante mobilisation de l’industrie médiatique est à bâtir. Les médias d’information doivent mieux expliquer, défendre et promouvoir leur rôle. Les journalistes doivent constamment rappeler l’importance de leur travail et démontrer en quoi il est à la base de nos sociétés modernes. Nous ne pouvons présumer que tous et toutes sont familières et familiers avec ces concepts et nous avons trop à perdre du déclin de nos médias. À la modestie doit substituer la fierté de participer à rendre nos sociétés plus aptes à faire des choix collectifs éclairés.
De surcroît, la population doit mieux connaître le fonctionnement des réseaux sociaux et le rôle des algorithmes. Elle doit être en mesure de distinguer le vrai du faux, de savoir que ce qu’elle voit sur ses fils d’actualité n’est qu’une petite partie du monde, qu’une facette d’elle-même et de son environnement immédiat. Le milieu scolaire a certainement un rôle à jouer là-dedans. L’école sert aussi à former des citoyens-nes capables de comprendre la société dans laquelle elles et ils évoluent, pas seulement des travailleuses et des travailleurs. Les médias d’information devraient faire partie des outils intégrés au cursus scolaire. Il devrait également y avoir une formation de base sur le rôle des médias et sur leur fonctionnement pour que les élèves puissent s’en servir pour élargir leur apprentissage, développer l’habitude de s’informer chez les professionnels-les de l’information, et former leur esprit critique par rapport à ce qui est rapporté.
Les médias ont aussi la responsabilité de trouver leur place dans l’univers numérique. Ils doivent se réinventer pour aller rejoindre leur public là où il se trouve, tout en préservant ce qui fait d’eux des références respectées. En quelque sorte, ils ont la difficile mission de trouver la recette entre la flexibilité technologique des nouvelles entreprises du Web tout en préservant les principes, l’éthique et la rigueur des médias traditionnels. Pas évident quand l’information n’a plus la valeur commerciale pour attirer les revenus qu’elle a eus par le passé.
En ce sens, je crois que les médias doivent apprendre à travailler ensemble, et vite, pour assurer leur avenir, car les développements technologiques nécessitent d’importants investissements qui ne sont pas à la portée de tous et de toutes. Si chacun de son côté continue d’engloutir des sommes colossales dans la conception de nouvelles applications et plateformes, que reste-t-il pour le contenu? Je pense que si les médias doivent mettre en commun quelques ressources pour s’entraider, c’est sur la technologie, la distribution numérique de leurs contenus. Qu’arrivera-t-il lors de la prochaine grande avancée technologique? Qui aura les moyens de faire un nouveau La Presse+ en réalité virtuelle par exemple?
Les gouvernements doivent aussi agir et sans tarder. Comme ils l’ont fait par le passé pour favoriser l’émergence d’une culture québécoise et canadienne, ils doivent mettre en place des mesures fiscales et réglementaires qui permettront à nos industries de survivre malgré la forte compétition mondiale. Ils ont entre les mains plusieurs pistes de solution qui leur ont été présentées par nombre de joueurs de l’industrie. La FNC-CSN a soumis plusieurs mémoires et études qui démontrent que des mesures fiscales transitoires qui garantissent la séparation entre l’État et les médias sont nécessaires. La plus importante consisterait en la mise en place d’un crédit d’impôt sur la masse salariale. Cela permettrait aux entreprises de maintenir leurs effectifs et peut-être même de les augmenter.
Nos gouvernements ont aussi le pouvoir de dompter les géants du Web qui ne participent en rien à l’économie de notre pays et qui ne contribuent aucunement au foisonnement de notre industrie. Il s’agit d’avantages fiscaux illégaux dont ne bénéficie pas notre industrie qui, elle, paie ses taxes, ses impôts et qui est fortement réglementée. Comment pouvons-nous espérer sauver nos entreprises dans ce contexte ?
Enfin, une grande part de la solution est entre les mains du public. L’information n’est pas gratuite. Si on ne paie plus au moyen des abonnements ou encore par l’achat de publicité dans nos médias locaux, alors, il faudra accepter de payer autrement, que ce soit par le biais de taxes ou de redevances. C’est le coût d’une société démocratique. Un pays sans médias, sans information produite par des sources indépendantes, est une dictature.
Comme je l’ai mentionné d’entrée de jeu, on doit se questionner sur la représentation et la place des groupes et des idées minoritaires dans les médias de masse, mais ce qui participe en quelque sorte à une plus grande variété dans nos médias est la pluralité des voix. Alors que notre industrie est grandement fragilisée, que les signaux d’alarme ont été lancés, que des solutions ont été proposées, je suis inquiète du manque d’empressement à les mettre en place. Je suis inquiète pour notre ouverture sur le monde. Je suis inquiète pour la place au débat, pour l’exposition aux idées contraires. Je suis inquiète pour nos droits acquis et pour les injustices qui restent à dénoncer. Je suis inquiète pour l’avenir de l’information. Je suis inquiète pour notre démocratie.
CRÉDIT PHOTO: Revue L’Esprit libre – Caroline Chéadé
par Rédaction | Fév 20, 2017 | Économie, International, Opinions, Societé
Par Ariane Duchesneau
« Le conflit environnemental est une opposition forte entre acteurs [et actrices], se traduisant par différents niveaux de violence, déclenchée par un équipement ou une infrastructure modifiant l’environnement (considéré au sens large) familier des dit[·e·]s acteurs [et actrices] exerçant des activités ou résidant à proximité[i] »[ii]. L’opposition des Sioux de Standing Rock au projet de pipeline d’Energy Transfer Partners, largement médiatisée au cours des derniers mois, correspond parfaitement à cette définition. Mais au-delà d’un simple conflit concernant l’utilisation du territoire, leurs revendications s’inscrivent dans une logique beaucoup plus complexe, celle d’une décolonisation remettant en cause la subordination des peuples autochtones dans les projets d’envergure. Cette protestation deviendra la plus longue de l’histoire moderne.
Le DAPL en bref
Le Dakota Access Pipeline (DAPL) est un projet qui permettra de transporter du pétrole brut extrait de la formation de Bakken, un site riche en hydrocarbures qui couvre une partie du Dakota du Nord, du Montana, de la Saskatchewan et du Manitoba, vers l’Illinois. Le pipeline, d’une longueur d’environ 1 890 kilomètres, passe par 50 comtés et 4 états et traverse des zones naturelles sensibles, des sites sacrés, des terres tribales indigènes et des terres agricoles. Selon le site web officiel du DAPL, le pipeline permettra au pétrole d’atteindre l’Illinois plus efficacement et à un coût plus avantageux. Le pipeline permettra un transport plus sécuritaire et plus responsable écologiquement que le transport traditionnel par camion ou par train. On souligne aussi les retombées économiques du projet, qui crée au total entre 8 000 et 12 000 emplois pendant la phase de construction et génère environ 55 millions de dollars US par année en taxes de propriétés pour les quatre États concernés[iii]. En 2014, la compagnie Energy Transfer Partners, basée au Texas, a commencé le processus pour obtenir un permis de construction auprès du gouvernement américain[iv]. En janvier 2016, la compagnie annonce que la Commission des Services publics du Dakota du Nord lui a donné ce permis. Aujourd’hui, le pipeline est presque entièrement construit, à l’exception de la portion près du lac Oahe et de celle près de la Réserve de Standing Rock, au sud du Dakota du Nord. Cependant, Energy Transfer Partners n’a pas tenu compte de l’opposition des tribus dont les terres risquent d’être affectées par le projet. Le gouvernement des États-Unis a un devoir de consultation envers les tribus, comme l’explique Rebecca Tsosie, spécialiste des droits humains des Premières Nations : « The federal government is under a duty to consult with indigenous nations before any project goes through on federal land that would endanger or jeopardize the multiple interests that indigenous nations have [v]»[vi]. Or, le premier amendement de la constitution des États-Unis interdit au Congrès d’adopter des lois limitant la liberté de religion. Dans la célèbre cause Lyng v. Northwest Indian Cemetery Protective Ass’n, la Northwest Indian Cemetery Protective Association a invoqué le premier amendement, considérant que la construction d’une route sur un site sacré lui portait atteinte. Cependant, la Cour a décidé que la construction d’une route n’allait pas entraver la liberté de religions des tribus. Elle a tout de même reconnu que les agences fédérales devaient accommoder les Premières Nations lorsque cela était possible[vii].
Les revendications des Sioux
La réserve des Sioux de Standing Rock est issue du traité de Fort Laramie en 1868. Elle comprend la partie de Dakota du Sud à l’est de la rivière Missouri et les Blacks Hills, montagnes sacrées pour les Sioux. Malgré les dispositions du traité qui interdisent toute sécession du territoire sans le consentement de trois quarts des hommes de la tribu, le Congrès américain décida de réduire leur territoire en reprenant les Black Hills en 1977. Pendant plus de 100 ans, la taille du territoire des Sioux fluctua. Après avoir été agrandi vers le nord en 1875, le territoire Sioux se fractionnera en six réserves différentes en 1889 : il s’agit de la réserve de Standing Rock que nous connaissons aujourd’hui[viii].
La nation des Sioux de Standing Rock maintient son droit à l’autonomie politique : elle possède son propre gouvernement et elle a les mêmes pouvoirs qu’un gouvernement lorsqu’elle négocie avec les entités fédérales et les États. Elle a juridiction sur tout le territoire de la réserve : les droits de passage, les voies navigables et les cours d’eau.
Dès mars 2016, un mouvement de résistance s’installe à Canon Ball, sur la réserve de Standing Rock. Les différent·e·s acteurs et actrices ne s’entendent pas sur le tracé du DAPL. Les Sioux, et plusieurs autres groupes autochtones, environnementaux et sociaux, s’opposent fortement au projet. Outre la présence de sites sacrés sur le tracé, le pipeline passera à travers le lac Oahe, principale source d’eau potable de la communauté, d’où le nom de « Défenseurs de l’eau ». Ainsi, une brèche pourrait avoir des conséquences dévastatrices sur l’environnement et sur la santé des habitant·e·s. Même si ce type de défectuosité reste hypothétique, les risques sont bien réels.
Le PHMSA (Pipeline and Hazardous Materials Safety Administration) répertorie plus de 800 incidents sérieux mettant en cause des pipelines aux États-Unis au cours des 20 dernières années. Un incident dit sérieux correspond à l’un des critères suivants :
- Causant la mort ou une blessure qui requiert une visite à l’hôpital
- Plus de 50 000$ de dommages
- Fuites observées dans cinq barils ou plus de liquide très volatil ou de 20 barils ou plus pour tout autre liquide
- Fuites de liquides causées par un incendie ou une explosion[ix]
Plusieurs désastres majeurs ont eu lieu au cours de la dernière décennie, tels que les déversements dans le golfe du Mexique par BP en 2011, en Arkansas en 2013 par le Mayflower et en Californie en 2015 par Plains All American Pipeline. Généralement, ces déversements sont causés par la corrosion et par des défauts structurels. Cependant, les nouveaux pipelines vieilliront et poseront des risques accrus d’année en année. La contamination de l’eau par le pétrole a de graves conséquences sur la santé humaine et sur l’environnement. Elle augmente les risques de développer un cancer ou des problèmes de digestion, que l’eau contaminée soit ingérée directement ou indirectement. Elle occasionne des problèmes dermatologiques lorsqu’elle est en contact avec la peau et endommage l’habitat naturel d’espèces vivantes. [x].
Symbole d’une résistance anticolonialiste
Les projets d’exploitation des ressources menés par les gouvernements ou les multinationales, comme le DAPL, peuvent être considérés comme un des multiples visages du colonialisme. Le système colonial consiste en une stratégie pour prendre le contrôle d’une autre nation dans l’intérêt de ce que le pouvoir colonial définit comme le bien commun[xi]. En l’espèce, on pourrait avancer que ce bien commun est la stimulation de l’économie par le biais de la création d’emploi et des retombées économiques. La colonisation des peuples autochtones n’a pas disparu au cours des années, elle a simplement pris une forme plus subtile. Bien que nous n’en soyons plus aux entreprises religieuses des missionnaires et aux conquêtes militaires, les gouvernements et les grandes entreprises d’aujourd’hui arrivent au même résultat : ils dépouillent les peuples autochtones du pouvoir décisionnel sur leurs terres et de leur valeur en tant que nation[xii]. Les protestations de Standing Rock étaient pacifiques ; pourtant, les autorités ont tenté de contrôler les manifestant·e·s aux moyens de bombes lacrymogènes et de chiens. La violence a atteint un nouveau sommet avec une première vague d’arrestations en octobre. Le 20 novembre 2016, plus de 167 personnes ont été blessées en une nuit seulement. Si la colonisation a changé de forme au cours de l’histoire, il en va de même pour les moyens de résistances. Plusieurs tribus ont rejoint les Sioux dans leurs protestations, et pas seulement celles dont les terres étaient menacées. Des activistes de tout horizon (environnementaux, sociaux et féministes) et des citoyen·ne·s ont aussi joint le mouvement[xiii]. Il ne faut pas oublier que les Sioux défendent non seulement leurs terres, mais la terre, celle qui appartient à toutes et tous et dont nous dépendons pour vivre.
CRÉDIT PHOTO: Dark Sevier
[i] Laslaz, “Conflit Environnemental – Hypergéo.”
[ii] Laslaz, “Conflit Environnemental – Hypergéo.”
[iii] Dakota Access Pipeline facts, “About the Dakota Access Pipeline.”
[iv] Smallteacher, “CorpWatch : Native Tribes Protest Energy Transfer Partners North Dakota Oil Pipeline.”
[v] Bogado, “The Backstory on Standing Rock, the Federal Government, and Tribal Sovereignty.”
[vi] Bogado, “The Backstory on Standing Rock, the Federal Government, and Tribal Sovereignty.”
[vii] Yablon, “Property Rights and Sacred Sites: Federal Regulatory Responses to American Indian Religious Claims on Public Land.”p. 1630
[viii] Sioux Standing Rock Tribe, “History.”
[ix] Pipeline and Hazardous Materials Safety Administration, “Pipeline Incidents 20 Years Trend.”
[x] Brodwin, “North Dakota Pipeline: Why Protesters Call It a ‘Death Sentence’ – Business Insider.”
[xi] Manuel and Posluns, The Fourth World, p.60.
[xii] Taiaiake and Corntassel, “Being Indigenous: Resurgences against Contemporary Colonialism,” p.599.
[xiii] Donnella, “The Standing Rock Resistance Is Unprecedented (It’s Also Centuries Old).”
Bibliographie
Bogado, Aurora. “The Backstory on Standing Rock, the Federal Government, and Tribal Sovereignty.” Grist, December 2, 2016. http://grist.org/article/the-backstory-on-standing-rock-the-federal-gove….
Brodwin, Erin. “North Dakota Pipeline: Why Protesters Call It a ‘Death Sentence’ – Business Insider,” November 1, 2016. http://www.businessinsider.com/north-dakota-access-pipeline-protest-drin….
Dakota Access Pipeline facts. “About the Dakota Access Pipeline,” 2016. http://daplpipelinefacts.com/about-the-dakota-access-pipeline/.
Donnella, Leah. “The Standing Rock Resistance Is Unprecedented (It’s Also Centuries Old).” NPR.org, November 22, 2016. http://www.npr.org/sections/codeswitch/2016/11/22/502068751/the-standing….
Laslaz, Lionel. “Conflit Environnemental – Hypergéo,” 2014. http://www.hypergeo.eu/spip.php?article635.
Manuel, George, and Michael Posluns. The Fourth World: An Indian Reality. Don Mills,Ont: Collier-Macmillan Canada, 1974.
Pipeline and Hazardous Materials Safety Administration. “Pipeline Incidents 20 Years Trend,” n.d. http://phmsa.dot.gov/pipeline/library/data-stats/pipelineincidenttrends.
Sioux Standing Rock Tribe. “History.” Standing Rock. Accessed December 10, 2016. http://standingrock.org/history/.
Smallteacher, Richard. “CorpWatch : Native Tribes Protest Energy Transfer Partners North Dakota Oil Pipeline,” October 3, 2016. http://www.corpwatch.org/article.php?id=16094.
Taiaiake, Alfred, and Jeff Corntassel. “Being Indigenous: Resurgences against Contemporary Colonialism.” Government and Opposition 40, no. 4 (September 2005): p.597-614.
Yablon, Marcia. “Property Rights and Sacred Sites: Federal Regulatory Responses to American Indian Religious Claims on Public Land.” The Yale Law Journal vol.113 (April 2004): 1623–62.
par Alec White | Fév 16, 2017 | Opinions
(LETTRE OUVERTE) N’est-il pas hypocrite qu’au-delà des excuses publiques, des rapports et des enquêtes, le gouvernement du Canada et le gouvernement du Québec se targuent de vouloir travailler à une réconciliation avec les Premières Nations, tout en appuyant parallèlement certains projets économiques qui vont à l’encontre de leurs volontés?
Actuellement, le conflit opposant la communauté algonquine du Lac Barrière à l’entreprise minière Copper One Inc est révélateur d’une situation où le gouvernement du Québec aura à choisir entre appuyer l’industrie minière une nouvelle fois, ou bien poursuivre sur la voie de la réconciliation en respectant la volonté souveraine de la communauté de ne pas accueillir de tels projets sur son territoire. En effet, les Algonquin·e·s du Lac Barrière s’opposent depuis longtemps à l’exploitation des ressources minières sur leur territoire que la communauté juge incompatible avec son mode de vie. Cependant, loin d’être opposée à tout type de développement, la communauté tente depuis plusieurs années de mettre en œuvre une entente tripartite négociée en 1991 avec le gouvernement fédéral et le gouvernement provincial. Celle-ci visait à établir une cogestion des ressources et du territoire grâce à laquelle les Algonquin·e·s du Lac Barrière pourraient participer au développement de leur territoire dans des secteurs comme la foresterie, l’hydroélectricité, la chasse et la pêche. Bien que l’entente semble n’avoir jamais été appliquée, l’esprit de celle-ci demeure. Or, depuis que Copper One tente d’utiliser ses claims[i] concernant directement le territoire ancestral de la communauté, cette dernière se sent trahie par le gouvernement. Une situation semblable s’était produite en 2011 lorsque les claims de Copper One avaient été suspendus par le gouvernement du Québec à la suite d’une mobilisation des Algonquin·e·s. Cependant, les claims ont été réactivés au courant de l’été 2016 des Algonquin·e·s. Le 25 janvier 2017, lors d’une journée d’information où plusieurs organismes étaient invités à entendre la communauté sur le conflit qui l’opposait à Copper One, plusieurs membres de la communauté étaient clairs : s’il était porté à terme, ce projet minier affecterait fortement la culture de leur peuple, voire le conduirait à sa perte. Pour eux, les impacts environnementaux qu’engendrerait l’exploitation des ressources non renouvelables par Copper One viendraient directement chambouler leur rapport au territoire. L’utilisation du territoire, tout comme la conservation de celui-ci, est directement liée à leur identité culturelle, mais aussi à leur apprivoisement en nourriture. Sur place, un homme nous confiait même qu’un retour à son territoire et au mode de vie qui lui est attaché lui avait permis de guérir en grande partie des blessures causées par les pensionnats autochtones. Il en découle que si le projet minier de Copper One allait de l’avant, loin de se rapprocher d’une réconciliation, le gouvernement mettrait la table pour un nouvel ethnocide. L’ethnocide se définit par la destruction intentionnelle de l’identité culturelle d’un groupe, pouvant se conclure ou non par la mort des membres de ce groupe[ii].
Est-ce que Copper One Inc et le gouvernement du Québec seraient tous deux complices d’un geste de cette ampleur? Il semble que oui, car si la communauté algonquine du Lac Barrière a répété à plusieurs reprises son opposition totale à la présence de l’industrie minière sur son territoire, Copper One ne semble pas respecter à sa juste valeur la volonté des Algonquin·e·s du Lac Barrière. Pire, Scott Moore, président de la compagnie, va même jusqu’à associer ce refus à de la mauvaise foi[iii], rien de moins. Il est à se demander si les gens de l’industrie, à force de baigner dans ce fourre-tout conceptuel qu’est le principe de l’« acceptabilité sociale » – terme qui semble relever beaucoup plus d’un coup de marketing institutionnalisé que d’un réel engagement à respecter les droits des communautés –, ont conscience qu’il est tout à fait légitime qu’une communauté refuse un projet qu’elle juge incompatible avec ses intérêts. Cependant, il ne faut pas se faire d’illusion. Dans son dernier rapport, « La quête de l’acceptabilité sociale et la maximisation des retombées », le Centre interdisciplinaire de recherche en développement international et société de l’UQAM constatait qu’au Canada, ce concept ne se basait sur aucune assise juridique formelle. Au contraire, sa conceptualisation étant soumise aux rapports inégaux de pouvoir présents dans la société, il se trouve que l’acceptabilité sociale finit par servir l’intérêt des plus puissants et de l’industrie[iv]. On peut d’ailleurs souligner l’honnêteté du ministre des Forêts, Luc Blanchette, sur cette question qui, en plus de spécifier que ce principe n’inclut par un droit de veto, prend soin de nous rappeler que l’acceptabilité sociale, « ce n’est pas une question de consentement ou non, c’est beaucoup plus un rapprochement pour faire du développement de la richesse, mais de façon correcte[v]». Correcte, ni plus ni moins. Pourtant, dans le rapport de la Commission vérité et réconciliation: Appels à l’action, il est écrit que pour travailler à une réconciliation, les entreprises devraient « s’engager à tenir des consultations significatives, établir des relations respectueuses et obtenir le consentement libre, préalable et éclairé des peuples autochtones avant de lancer des projets de développement économique[vi]».
Chose sûre, si le gouvernement du Québec tergiverse dans ce dossier, il serait naïf de croire que l’industrie minière prêchera par l’exemple. Interrogée sur le conflit au Lac Barrière, la directrice générale de l’Association d’exploration minière du Québec (AEMQ), Valérie Fillion, est loin d’aller dans le sens du rapport vérité et réconciliation, expliquant tout bonnement que : « C’est le travail du gouvernement de consulter les communautés autochtones. Le travail des entreprises n’est pas de reconnaître des droits et territoires. Il est malheureux de voir les projets pris en otage[vii]». En effet, le gouvernement doit consulter les Premières Nations, mais cette consultation ne doit pas être simplement l’outil d’une fabrication du consentement permettant à l’industrie d’arriver coûte que coûte à ses fins, elle doit reconnaître le droit au refus, tout comme l’industrie doit apprendre à se conformer à cette volonté. D’ailleurs, il serait bien de rappeler à madame Fillion qu’il n’y a pas que des projets qui sont pris en otage dans ces situations, il y a aussi des peuples.
À l’heure actuelle, où en sommes-nous? Il se trouve qu’à la suite d’une conférence de presse présentée le 26 janvier où la communauté rappelait encore une fois son refus, mais aussi son ambition d’invalider en cour la Loi sur les Mines pour son caractère inconstitutionnel par rapport au respect des droits autochtones, le gouvernement du Québec a suspendu à nouveau les titres miniers de Copper One pour une période indéterminée. De son côté, la compagnie entame présentement des recours juridiques contre le gouvernement afin de contester la suspension de ses claims, mais aussi d’obtenir les permis lui permettant de poursuivre ses activités [viii]. Si Copper One venait à obtenir ses permis, il est à prévoir que des affrontements auront lieu. Les Algonquin·e·s n’étant pas prêts à reculer, l’entreprise n’aura d’autre choix que d’entreprendre ses travaux escortés par la police, nous rappelant ainsi sans artifices le versant colonial de ce régime. Le temps passe et le gouvernement devra bientôt trancher : ou bien il respecte la volonté des citoyen·ne·s du Lac Barrière de s’opposer à la présence de l’industrie minière sur son territoire, ou bien il supporte Copper One et maintient hypocritement l’exploitation des ressources naturelles dans l’angle mort du processus de réconciliation.
L’auteur est étudiant en science politique à l’Université du Québec à Montréal.
L’opinion exprimée dans le cadre de cette lettre d’opinion, est celle de son auteur et ne reflète pas nécessairement l’opinion, ni n’engage la revue l’Esprit libre.
CRÉDIT PHOTO: Émile Duchesne
[i] un claim est un titre minier qui s’obtient par désignation et qui offre un droit exclusif à son titulaire d’entreprendre des travaux d’exploration.
[ii]M.T. Martinez-Dominguez, «Oil Politics in the Amazon: From Ethnocide to Resistance and Survival», p.5.
[iii]Deshaies, Thomas. « Lac Barrière: Copper One envisage des recours juridiques». L’Écho Abitibien ( Val-d’Or), 30 janvier 2017, Web.
[iv]Bonnie Campbell et Marie-Claude Prémont. Mutations de la règlementation multi-niveaux et du rôle des acteurs dans la mise en œuvre des ressources minières et de l’énergie renouvelable : La quête pour l’acceptabilité sociale et la maximisation des retombées. Montréal: CIRDIS, 2016, p.24.
[v]Deshaies, Thomas. « L’État ne défendrait pas assez l’intérêt de la population». L’Écho Abitibien (Val-d’Or), 21 janvier 2017, Web.
[vi]Commission vérité et réconciliation du Canada. «Appels à l’action», Winnipeg, 2012, p.12.
[vii]Deshaies, Thomas. « Lac Barrière: Copper One envisage des recours juridiques». L’Écho Abitibien ( Val-d’Or), 30 janvier 2017, Web.
[viii]. «Suspension des claims de Copper One dans le secteur du lac Barrière: la compagnie appellera de la décision». Radio-Canada, 9 février 2017, Web.
par Lise Millette | Fév 13, 2017 | Opinions, Québec, Societé
Les outils de communication sont, en théorie, de plus en plus accessibles et liés au principe de la gratuité de l’information. Pourtant, en dépit de cette démocratisation théorique, des zones d’ombres, devenues de véritables déserts, restent inoccupées, non couvertes et totalement délaissées par la presse traditionnelle. Dès lors, on peut parler d’éclipses médiatiques, l’astre dominant masquant les autres. Comme si certains sujets, jugés «plus importants» (ou plus vendeurs) faisaient en sorte de reléguer tous les autres au dernier rang, au mieux. En ce sens, il est paradoxal de constater qu’en dépit d’une hyperconnexion, l’expression est de plus en plus balisée et parfois même instituée, normalisée ou définie par le politique.
Cet article a été publié dans le recueil (in)visibilités médiatiques de L’Esprit libre. Il est disponible sur notre boutique en ligne ou dans plusieurs librairies indépendantes.
La non-couverture de certains thèmes par les médias de masse n’est qu’une des menaces au droit du public à l’information. Ce droit, il se décline sous dix principes par le Commissariat à l’information du Canada[1]. On y établit notamment que ce droit est universel, que le secret est l’exception, que tous les organismes publics sont concernés. On y mentionne également que «l’information doit être communiquée lorsque l’intérêt public prévaut sur le préjudice éventuel que causerait sa communication». On y précise qu’en cas de menace à l’environnement, à la santé ou aux droits de la personne ou lorsque l’information pourrait permettre de mettre à nu des cas de corruption, elle doit «être communiquée, étant donné le grand intérêt public que représente cette information».
Cette communication nécessaire, dans l’intérêt de tous-tes, est aujourd’hui menacée et force est de constater que l’étendue de la liberté d’expression n’est pas aussi grande qu’on pourrait le croire. Cette liberté, elle s’amenuise et est de plus en plus balisée.
Ainsi, de par la nature même des structures des entreprises de presse, l’accès aux médias est restreint et d’autre part, la progression plus ou moins subtile de la censure politique ou sociale fait en sorte que la libre expression s’érode à coup de rectitude de toutes sortes.
Ainsi, la bataille pour préserver le droit à l’information, que certains-es nomment aussi l’intérêt public, est sans doute le prochain combat collectif à mener. Collectif, parce que plusieurs acteurs-trices sont concernés-es : les journalistes, les fonctionnaires, les témoins de tous les horizons et de tous les secteurs.
Bien que nous soyons dans une ère d’outils qui permettent d’échanger et de s’exprimer sur toutes les plateformes grâce à des appareils toujours plus performants, la courbe de la liberté d’expression ne suit pas cette tendance. S’il reste des bastions de résistance, des foyers où circulent librement les idées et les informations, ces lieux demeurent marginalisés et hors du radar du grand public, qui souvent ignore l’existence même de ces communautés que sont les forums, les blogues et autres sites[2].
Des cas éloquents
Cette censure n’est pas qu’un fléau touchant les pays où la démocratie vacille ou est inexistante, les exemples sont nombreux. Encore en septembre 2016, le journaliste Michaël Nguyen a vu son ordinateur saisi par la Sûreté du Québec après la publication d’un article mettant en exergue une plainte contre la juge Suzanne Vadboncoeur, de la Cour du Québec[3]. Le texte de ce journaliste révélait que la magistrate faisait l’objet d’une plainte au Conseil de la magistrature pour avoir injurié des constables spéciaux du palais de justice de Montréal, en décembre 2015.
«Notre journaliste Michael Nguyen n’a transgressé aucune loi. Il faisait simplement son travail en montrant au public le comportement discutable de la juge Vadboncoeur. Il s’agit d’un sujet hautement d’intérêt public, car la population est en droit de savoir comment ses représentants se comportent. Nous entendons contester ce mandat de perquisition», a déclaré le directeur de l’information du Journal de Montréal, George Kalogerakis.
Ce cas, ainsi que celui du journaliste Ben Makuch de Vice News qui se bat devant les tribunaux afin de ne pas remettre le contenu fourni par ses sources à la Gendarmerie royale du Canada en lien avec un article où il a été en contact avec un présumé terroriste[4],[5] font dire à Reporter sans frontières qu’il existe des «entraves inquiétantes à la liberté de la presse au Canada[6]».
S’ajoutent les cas du blogueur Raif Badawi, emprisonné depuis 2012 en Arabie Saoudite et condamné à 1000 coups de fouet pour insulte envers l’islam, alors qu’il prônait l’égalité de religion[7], ou encore celui du journaliste Mohamed Fahmy, arrêté en 2013, condamné par les autorités égyptiennes en lien avec un reportage sur la chaîne Al-Jazeera[8] , finalement libéré en 2015. Et combien d’autres?
La traque juridique de l’intérêt public
Ceux et celles qui ont alimenté les leaks de ce monde, tout comme les sources à l’origine du scandale des Panama Papers, ont été traqués-es pour avoir parlé et référé des informations utiles ou pour avoir dénoncé des cas de malversations et de fraudes de toute nature. Cette pression sur les divulgateurs-trices emprunte de plus en plus la voie des tribunaux. La piste, loin d’être neuve, s’abreuve du même principe que les SLAPP (Strategic Lawsuit Against Public Participation), ces poursuites abusives intentées pour museler les mouvements de contestation, notamment contre des entreprises ou de grandes organisations. L’efficacité de ce système de tarissement des sources s’est raffinée, notamment parce que des lois ont été adoptées pour les interdire. Toutefois, en établissant de nouveaux concepts, comme le principe de «loyauté» envers une entreprise, certaines organisations se forgent une option pour sévir contre une personne qui trahirait la confiance placée en elle par l’employeur-se.
Ce fut précisément l’argument invoqué dans le cas du LuxLeaks qui a connu son dénouement en juin 2016. Deux anciens employés de la firme PricewaterhouseCooper (PwC), Antoine Deltour et Raphaël Halet, avaient confié des informations au journaliste Édouard Perrin. Le reporter avait rapporté les faits étalant du coup les ramifications d’un scandale financier dans une affaire d’évasion fiscale au Luxembourg.
Le verdict a été rendu en juin 2016. Aucune accusation n’a été retenue contre le journaliste, mais les anciens employés de PwC ont été condamnés à une peine de prison avec sursis, respectivement de 12 et 9 mois. La cour s’était rangée du côté de la poursuite et avait reconnu qu’il y avait eu violation du secret professionnel et des affaires de la part des deux anciens employés[9].
Dans le cas du LuxLeaks, le verdict est d’autant plus difficile à accepter que le tribunal a souligné que les motivations de Deltour et Halet n’étaient pas dépourvues de sens. Le tribunal a en effet reconnu que les révélations de ces deux hommes «ont contribué à une plus grande transparence et équité fiscale». Deltour et Halet, toujours de l’avis de la cour, «ont agi dans l’intérêt général et contre des pratiques d’optimisation fiscale moralement douteuses» et par leur dénonciation, ils doivent être considérés «comme des lanceurs d’alerte », rapportait le journal Le Monde.
Cette condamnation pourrait paver la voie à plusieurs autres, notamment en lien avec le vaste scandale des Panama Papers, mais aussi au sein de nos institutions publiques, ici au Québec, avec les nouvelles modifications législatives en cours de rédaction, comme le projet de Loi 87 nommé «Loi facilitant la divulgation d’actes répréhensibles dans les organismes publics[10]».
Le projet de Loi 87 élude par contre plusieurs organismes publics, dont les municipalités[11]. Les villes ne sont toujours pas présentes dans la plus récente mouture du projet de loi; elles devraient avoir leur propre loi. Ce faisant, le gouvernement libéral a décidé de procéder en silo avec la protection des sonneurs et sonneuses d’alerte, ce qui va à l’encontre d’une des recommandations du volumineux rapport de la Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction (CEIC).
En parlant du cadre juridique, elle indiquait que l’une des plus grandes limites à la protection des informateurs et informatrices est la portée même des lois qui sont censées les protéger. Un certain degré de protection existe, mais l’approche par secteur a ses effets pervers. «De tels types de lois ont l’avantage d’être relativement simples à concevoir, puisqu’elles visent un secteur assez bien délimité. Elles tendent cependant à s’accumuler, puisque chaque secteur génère une loi spécifique, ce qui est susceptible de créer un cadre juridique complexe et difficile à comprendre, et peut à terme décourager les personnes de s’en prévaloir. Aussi, parce qu’elles définissent les actes répréhensibles dans le contexte précis du secteur visé, ces lois laissent le lanceur d’alerte sans protection lorsqu’il signale un problème réel d’ordre plus général[12]»
L’un des témoins-clés de la CEIC (Commission Charbonneau), Lino Zambito, a été condamné à 240 heures de travaux communautaires et à une peine de deux ans moins un jour à purger dans la communauté, après avoir été trouvé coupable de corruption, d’abus de confiance et de fraude. Certes, il avait profité d’un système de financement des partis politiques en échange de contrats de construction, mais il avait aussi déballé la mécanique de ce financement occulte et alimenté les travaux de la commission.
«Quand tout ça a commencé, j’avais de la frustration parce que je trouvais que je payais cher pour une industrie qui était pourrie et pour des politiciens qui bénéficiaient de tout ça», a raconté l’ancien entrepreneur dans une entrevue avec l’Agence QMI[13]. Dans cette même entrevue, il confiait que l’amertume ressentie au moment d’être trouvé coupable tenait au fait que tous-tes n’avaient pas «payé» pour les fautes commises et que l’imputabilité n’est pas la même pour tout le monde.
Ainsi, les divulgateurs-trices animés-es par de profondes convictions devront être plus déterminés-es que jamais pour oser dénoncer les travers et les abus du système. L’enjeu est considérable et se résume au prix à payer pour révéler ces informations. En clair, doit-on dire, au détriment de sa propre sécurité financière et de ses propres acquis.
Un débat public miné
Cette pression sur les sonneurs et sonneuses d’alerte, elle mine évidemment le débat public et la libre circulation de l’information. La chasse aux sources, que ce soit par des entreprises ou des gouvernements, prend souvent un sens politique.
On peut penser aux récents attentats perpétrés en Turquie, après la tentative de coup d’État du 15 juillet 2016, alors que l’accès à certains sites internet, que sont Twitter et Facebook, a été enlevé.
La répression s’est aussi traduite par l’arrestation de dizaines de journalistes, et pas moins de 131 maisons d’édition et de médias qui ont été muselés-es et fermés-es par le gouvernement.
«L’interpellation de journalistes en grand nombre et la fermeture de plusieurs médias constituent une attaque contre un secteur déjà affaibli par des années de répression. Ce second décret laisse peu de doute quant au fait que les autorités entendent réduire au silence les voix dissidentes, au mépris du droit international», a déclaré Fotis Filippou, directeur adjoint du programme Europe d’Amnistie internationale, dans un communiqué[14] publié le 28 juillet 2016, dénonçant la situation.
Dans un article datant du 4 juin 2016, The Economist se penchait aussi sur la liberté d’expression désormais sous pression. D’abord par la répression gouvernementale, non seulement en Turquie, mais aussi en Russie, en Chine, au Moyen-Orient, en Syrie, en Libye et en Tunisie. Autant de régions où le journalisme se pratique dangereusement. La menace, selon The Economist, prend aussi la forme de l’autocensure, mais passe également par la progression d’une idée voulant que «certaines personnes ou organisations ont le droit de ne pas être offensées». Cette avenue est subtile et pernicieuse, et ne relève pas du respect ou de la politesse.
«Cela signifie que quelqu’un doit réagir à ce que vous dites à propos de chacun ou à propos de groupes ethniques, de la religion ou encore des convictions politiques. Cela peut rapidement devenir très subjectif et le pouvoir de régir est à la fois vaste et arbitraire», a soutenu The Economist, suggérant que pour des raisons idéologiques ou de propagande, il est facile d’abuser ce de pouvoir de dicter ce qui peut et ne peut être dit[15].
L’oxygène média vient à manquer
Outre les menaces et les limites à l’expression, l’écosystème médiatique est aussi en partie responsable de l’atrophie de l’information. Le journaliste et professeur Jeff Jarvis a exprimé un point de vue similaire dans un essai sur les médias de masse devenus selon lui un modèle révolu.
«Nous continuons de considérer le public comme une masse, uniforme, à desservir selon la formule «taille unique pour chacun» que nous considérons comme de la commodité que nous appelons contenu. Ce qui est mort, ce n’est pas l’imprimé, la nouvelle, les longs formats ou les médias électroniques : ce qui est mort c’est le modèle des médias de masse[16]».
Ces médias dits de masse sont aussi une conséquence d’une très grande concentration de la presse. Cette concentration a été en partie acceptée sous l’idée qu’en agglomérant les médias sous forme d’empires, les assises économiques seraient suffisantes pour surmonter la crise. Ce n’est pas faux, mais il existe des effets pervers à ces regroupements et ces surpuissances, le premier étant un accès limité à ces géants médiatiques.
Dans son bilan «État de la nouvelle 2015[17]», Influence communication montre bien ces zones d’ombres. Les sujets qui drainent le plus l’attention médiatique sont ceux qui touchent les sports (16,1%), la politique provinciale (11,71%), la politique fédérale (11,49%), les faits divers et les affaires judiciaires (9,94 %). Avec un été 2016 couronné par une période olympique, une transaction chez le Canadien impliquant P.K. Subban, les voyages hautement médiatisés du premier ministre du Canada Justin Trudeau et des tourmentes qui secouent l’Assemblée nationale, il y a fort à parier que 2016 ne sera pas si différente.
En revanche, toujours selon le bilan 2015 d’Influence communication, les sujets liés aux affaires autochtones (0,05 %), à l’enfance (0,11 %) à la pauvreté (0,14%) et aux aînés (0,16%), forment la queue de peloton. Faisant un peu meilleure figure, l’environnement (2,41%), la santé (1,99%) et l’éducation (1,06%) font aussi partie des parents pauvres de l’information.
Ajoutons la disparition de plusieurs titres en région, au cours des dernières années. Une des purges les plus marquées est celle qui a découlé de la transaction dans le marché des hebdos, avec la vente de 74 journaux de Québecor à TC Média en 2014.
Le Bureau de la concurrence a autorisé cette transaction de 75 millions de dollars, mais imposait à l’acquéreur la mise en vente de 33 titres, sans prix plancher, sur une période de 60 jours. Au bout de cette échéance, 19 titres n’ont pas trouvé preneur et ont été fermés et un autre hebdo a été intégré à une autre publication. En tout, 20 titres ont disparu ainsi[18]. Dans les mois qui ont suivi, certains hebdos n’ont pas survécu.
On retrouve néanmoins de l’information sur ces sujets «moins prisés» des grands médias dans la presse alternative et les médias indépendants ou communautaires, qu’il s’agisse d’imprimés, de publications web, de radio ou de télévision.
À ce chapitre, pour tenter de «protéger» l’information régionale et les voix indépendantes, le CRTC a fait valser des millions de dollars en juin 2016. Une enveloppe de 67 millions de dollars a été prévue pour le maintien des stations locales et communautaires appartenant aux grands joueurs médiatiques que sont les Bell, Québecor, Rogers et Shaw et un autre montant de 23 millions de dollars a été réservé pour les stations indépendantes afin de leur permettre de financer la production de nouvelles locales[19].
Néanmoins, pour une pluralité des points de vue et une vision globale de la société dans laquelle nous vivons, on ne saurait se satisfaire de laisser ainsi les sujets sociaux dans le seul giron des médias alternatifs, ce qui ne ferait que tenir à l’écart ces enjeux du courant dominant. Ces thèmes et réflexions doivent sortir de la marge, mais peinent à y parvenir en dépit du fait que tous les outils de communication sont là. En somme, la faculté de communiquer et de débattre se perd faute d’être convenablement nourrie et diversifiée.
«Quand on donne aux gens que ce qu’ils veulent, on ne leur donne que ce qu’ils ont», disait Pierre Bourgault[20][21].
Débats polarisés : la vérité est ailleurs
Avec des plateformes instantanées qui s’abreuvent à toutes les sources, départager le vrai du faux tient de la perspicacité. L’inspecteur viral, Jeff Yates, du journal Métro est l’un de ceux qui analysent les dessous de ce qui est partagé sur les réseaux sociaux en chassant la désinformation. Hoaxbuster[22] en est un autre, qui vient ainsi démasquer les fausses nouvelles. Mais il y a plus subtil encore, lorsque l’on songe aux algorithmes[23] qui influencent et décident, à notre insu, de ce qui apparaît dans le fil d’actualité de certains réseaux sociaux, dont Facebook.
Dès lors, le spectre de ce qui nous parvient, sur une plateforme de partage, est influencé, tant au chapitre de la publicité que des idéologies. Le «reçu» est censé ainsi coller davantage à notre champ d’intérêt, mais conforte ou renforce aussi ces intérêts. Ce qui est présenté à l’utilisateur est en fait prédéterminé, de sorte qu’au lieu de permettre à l’information de circuler, celle-ci est plutôt filtrée. Cela revient à baigner dans une gigantesque piscine dans laquelle nous revient chaque fois la même eau. Les débats se polarisent et se cantonnent ainsi, faute d’afflux distincts, écartés par les algorithmes qui les «écartent» sans doute hors de l’intérêt dominant.
Facebook est ainsi devenu le nouveau vortex où tout converge et qui peut aussi conduire vers un véritable déficit démocratique, puisque ces algorithmes ont eux-mêmes été conçus par les biais de celles et ceux qui les ont créés.
L’analyste Robyn Caplan de Data & Society résumait notamment dans le New York Times que les «préjugés ou biais sont exempts de Facebook parce que le média géré par un ordinateur est une prémisse fausse. Les algorithmes sont comme des éditeurs de contenu. Avec Facebook, les humains ne sont jamais non impliqués. Il y a quelqu’un à chacune des étapes du processus[24]».
Cela ouvre toute grande la porte à des influences externes, voire une volonté d’orienter le débat ou l’issue, par exemple, de certaines joutes politiques. Dans une autre chronique, Mme Caplan précise sa pensée : «Facebook a la capacité de changer ce qui est important pour nous au-delà de notre conscience de la capacité à évaluer de façon critique, ou même avoir un dossier de ce qui a été modifié.[25]»
Ainsi en vase clos, parfois en étant prisonnier malgré soi, les nuances se perdent et s’ensuivent de guerres de mots où débattre se résume à trouver le moyen d’argumenter plus fort, sans forcément s’enrichir des points de vue divergents.
Dès lors, la crise démocratique n’est plus que le propre des médias d’information et de la production des «nouvelles traditionnelles», mais de tous les médias. L’équilibre démocratique est à un point de rupture. D’une part, les sources d’information luttent pour leur survie et tablent sur des sujets pour mieux «vendre», pour survivre et non pas toujours pour informer. Le coût de production de l’information est important, ce pour quoi tant les syndicats, dont la FNC-CSN et Unifor, pour ne citer que ceux-là, pressent eux aussi pour un réinvestissement dans les médias d’information[26].
Dans un communiqué datant du 17 février, Unifor a salué la volonté du gouvernement fédéral de se pencher sur le déclin des médias en affirmant que les entreprises médiatiques canadiennes subissaient «l’impact d’un marché de la publicité fragmenté», pointant les géants des technologies du doigt : Google, Facebook et Netflix, qui accaparent désormais une large part du marché de la diffusion. «Les entreprises de médias américaines ne peuvent pas produire de nouvelles canadiennes et ne le feront pas», a déclaré Howard Law, directeur des médias d’Unifor[27].
La protection du public passe aussi par une protection des sources et là aussi, le poids qui pèse sur les informations fait en sorte que l’information est mise à mal. Si les malversations ou les enjeux de collusion ou de fraude ne peuvent pas sortir en raison des principes de loyauté qui ont primauté sur l’information du public, la saine circulation de cette information sera laissée aux soins de la bonne conscience de ceux et celles qui la détiennent.
Il importera de se questionner collectivement sur cette question de transparence et de circulation de l’information et de l’expression. Lorsque parler, pour dénoncer l’intolérable, devient passible d’une peine d’emprisonnement non pas dans un pays de dictature, mais au Luxembourg, il y a des raisons de s’interroger sur la santé de nos démocraties.
[1] Commissariat à l’information du Canada. 2003. « 10 principes du droit à l’information ». Commissariat à l’information du Canada, http://www.oic-ci.gc.ca/telechargements-downloads/userfiles/files/rtk-fr…
[2] Le Gall, Sophie. 2013. « Les communautés en ligne de pratiques marginales sous la loupe ». Le Soleil, http://www.lapresse.ca/le-soleil/dossiers/penser-lhumain/201303/06/01-46…
[3] Le Journal. 2016. « Le Journal est perquisitionné par la Sûreté du Québec ». Le Journal de Montréal, http://www.journaldemontreal.com/2016/09/21/ile-journal-i-est-perquisiti…
[4] Perkel, Colin. 2016. « Vice Media’s Fight Against RCMP Intensifies Over Court Order To Give Up Materials ». Huff Post Business Canada, http://www.huffingtonpost.ca/2016/09/18/media-groups-push-to-intervene-i…
[5] Perkel, Colin. 2016. « Vice doit remettre des documents à la GRC ». Le Droit, http://www.lapresse.ca/le-droit/justice-et-faits-divers/actualite-judici…
[6] Reporters Sans Frontères. 2016. « RSF dénonce la chasse aux sources d’un journaliste québécois ». Reporters Sans Frontières, https://rsf.org/fr/actualites/rsf-denonce-la-chasse-aux-sources-dun-jour…
[7] Amnistie Internationale. 2016. « Raif Badawi, un blogueur ordinaire ». Amnistie Internationale, http://torture.amnistie.ca/agissezRaif.php
[8] ICI Radio-Canada, Associated Press, Reuters et Agence France-Presse. 2015. « Mohamed Fahmy condamné à trois ans de prison ». ICI Radio-Canada, http://ici.radio-canada.ca/nouvelles/international/2015/08/29/001-journa…
[9] Cazi, Emeline. 2016. « LuxLeaks : prison avec sursis pour les lanceurs d’alerte français ». Le Monde, http://www.lemonde.fr/europe/article/2016/06/29/luxleaks-au-luxembourg-v…
[10] Communiqué de presse. 2016. « Projet de loi no 87 – Loi facilitant la divulgation d’actes répréhensibles dans les organismes publics – Le Protecteur du citoyen souscrit aux finalités du projet de loi et propose des améliorations pour une mise en application optimale ». CNW-Telbec, http://www.fil-information.gouv.qc.ca/Pages/Article.aspx?idArticle=24020…
[11] Lessard, Denis. 2016. « Lanceurs d’alerte: la portée du projet de loi jugée trop restreinte ». La Presse, http://www.lapresse.ca/actualites/politique/politique-quebecoise/201602/…
[12] Commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction. 2016. Tome 3 du rapport de la commission d’enquête sur l’octroi et la gestion des contrats publics dans l’industrie de la construction. Stratagèmes, causes, conséquences et recommandations, https://www.ceic.gouv.qc.ca/fileadmin/Fichiers_client/fichiers/Rapport_f…
[13] Millette, Lise. 2016. « Dénonciateur: le prix à payer est important, dit Lino Zambito ». Le Journal de Montréal, http://www.journaldemontreal.com/2016/07/10/denonciateur-le-prix-a-payer…
[14] Communiqué international. 2016. « Turquie. La répression accrue des médias alimente un climat de peur ». Amnistie Internationale, http://www.amnistie.ca/sinformer/communiques/international/2016/turquie/…
[15] The Economist. 2016. « Free speech under attack ». The Economist, http://www.economist.com/news/leaders/21699909-curbs-free-speech-are-gro…
[16] Jarvis, Jeff. 2016. « Death to the Mass ». Medium, https://medium.com/whither-news/death-to-the-mass-eb33c08dc3b6#.iaqhl7ulk
[17] Influence Communication. 2016. État de la nouvelle : Bilan 2015, http://www.influencecommunication.com/sites/default/files/bilan-2015-qc.pdf
[18] Communiqué de presse. 2014. « Transcontinental inc. annonce les résultats du processus de vente de journaux hebdomadaires visés par le Bureau de la concurrence au Québec ». Transcontinental, http://tctranscontinental.com/documents/10180/1475871/comm_14-09-03.pdf
[19] Communiqué de presse. 2016. « Le CRTC améliore le soutien aux nouvelles locales ». CNW-Telbec, http://www.newswire.ca/fr/news-releases/le-crtc-ameliore-le-soutien-aux-…
[20] Bourgault, Pierre. 2003. La Colère : Écrits polémiques T.03. Montréal : Lanctôt
[21] Il le répétait abondamment aussi à ses étudiants en journalisme à l’UQAM à la fin des années 1990.
[22] HoaxBuster : http://www.hoaxbuster.com/
[23] Conge, Paul, Manon Poirier et Cindy Laure. 2014. « Algorithmes : menace ou voie d’avenir? ». Première(s) assise(s), http://premieresassises.tumblr.com/post/100737519646/algorithmes-menace-…
[24] Manjoo, Farhad. 2016. « Facebook’s Bias Is Built-In, and Bears Watching ». New York Times, http://www.nytimes.com/2016/05/12/technology/facebooks-bias-is-built-in-…
[25] Caplan, Robyn. 2016. « Like it or Not, Facebook is Now a Media Company ». New York Times, http://www.nytimes.com/roomfordebate/2016/05/17/is-facebook-saving-journ…
[26] Communiqué de presse. 2016. « R E P R I S E – L’information : un bien public qui doit être protégé et expliqué ». CNW-Telbec, http://www.newswire.ca/fr/news-releases/r-e-p-r-i-s-e—-linformation–u…
[27] Communiqué de presse. 2016. « Unifor se réjouit d’un examen absolument nécessaire des médias locaux ». CNW-Telbec, [Ancre] http://www.newswire.ca/fr/news-releases/unifor-se-rejouit-dun-examen-abs…