par Rédaction | Juil 8, 2021 | Analyses, International, Québec, Societé
Par Ricardo Penafiel
Le statut de « minorité » ne correspond pas nécessairement à la faible proportion d’un groupe par rapport à un ensemble social plus vaste. En Afrique du Sud, par exemple, sous l’apartheid, bien que les « Noirs » représentaient 80% de la population et les « Blancs » seulement 10%, ce sont les Noirs qui étaient minorisés par une minorité dominante. On pourrait dire la même chose par rapport aux femmes qui représentent 50% de la population mais se voient marginalisées de l’espace public par divers mécanismes de minorisation patriarcale. De même, pour les pauvres ou tout autre groupe subalterne, leur sous-représentation dans l’espace public et dans les médias ne dépend pas tant de leur importance numérique que de processus de mal-représentation qui tendent à les minoriser dans les deux sens du terme : à les amoindrir en quantité autant qu’en qualité.
Un processus analogue se produit avec les forces sociales et politiques. Certains groupes ou mouvements d’idées, autant que d’action, auront tendance à être marginalisés de l’espace public et médiatique ou encore à être stigmatisés, à n’exister publiquement qu’en tant que fétiche ou lieu commun, reproduisant un préjugé et une position « inférieure ». À l’inverse, les groupes politiques dominants – possédant davantage de capital financier autant que culturel, social et politique – auront tendance à être surreprésentés et à hégémoniser l’ensemble de la scène politique jusqu’à ce qu’il n’existe pratiquement plus que leur version narrative dans l’espace public.
Les gouvernements représentatifs 1] tendent à réduire la diversité de positions politiques à quelques tendances générales représentées par des partis. Cependant, la scène politique, elle, ne se réduit pas aux partis. Elle inclut des syndicats, des organisations patronales, des mouvements sociaux, des associations civiles, etc[2]. Pourtant, la valeur ou même l’existence de chacune de ces forces n’est pas gravée dans le marbre. Bien que des lois, des conventions et des règlements encadrent le comportement de ces acteurs – comme le Code du travail, la Loi sur l’accréditation et le financement des associations étudiantes ou les droits d’association, d’expression et de manifestation – le statut de force politique ne lui sera pas nécessairement reconnu par le pouvoir ou par l’ensemble des autres acteurs de la scène.
Au Québec, le déni de reconnaissance[3], subi par les associations étudiantes lors du « Printemps érable », illustre bien la précarité et le caractère relationnel du statut d’acteur politique. D’ailleurs, la capacité du mouvement de grève à maintenir la mobilisation malgré la répression et le mépris[4], de même que sa massification subséquente, engendrant l’un des plus importants mouvements de contestation de l’histoire du Québec, montrent également que les acteurs sociaux ne font pas que subir les positions « subalternes » que l’ordre symbolique[5] tend à leur attribuer.
Les sans-part[6] peuvent parler[7], même si le pouvoir leur dénie cette capacité. Elles et ils parlent mais la police n’entend que des cris ou du bruit. C’est même au moment où les laissés-es-pour-compte surgissent par effraction dans l’espace public d’où ils et elles étaient exclus-es, en exigeant de s’y faire compter (et conter), que surgit le politique, que le social cesse de se reproduire sur ses propres bases naturalisées et que l’on peut entreprendre collectivement un débat réflexif et démocratique sur les fondements de l’être ensemble. C’est aussi à ce moment, et pour cette même raison, que le pouvoir a tendance à criminaliser l’exercice de droits fondamentaux (comme ceux d’association, d’expression et de réunion) et à nier le statut d’interlocuteur légitime à ceux et celles qui prétendent participer démocratiquement à la décision politique monopolisée par les « représentants-es ». Et le moyen le plus simple et habituel pour discréditer les tentatives de participation citoyenne c’est de la décrier comme violente.
La criminalisation communicationnelle de l’action collective
D’emblée, lorsqu’on parle de criminalisation des mouvements sociaux[8], on aurait tendance à penser à un phénomène policier, juridique ou législatif. Pourtant, il s’agit d’abord et avant tout d’un phénomène discursif ou communicationnel. Pour rester dans l’exemple du Printemps érable, on pourrait croire que la criminalisation du mouvement de protestation relève du Projet de loi 78 (devenu la loi 12) ou du règlement municipal montréalais P-6. Pourtant, pendant le « Printemps de la matraque[9] », aucune arrestation n’a été réalisée en vertu de ces lois et règlements liberticides[10], les forces de l’ordre préférant utiliser des figures pénales antérieures concernant l’attroupement illégal ou l’entrave à la circulation[11].
Ce qui permet de traiter un droit fondamental comme s’il s’agissait d’un crime, ce n’est pas tant des changements législatifs que l’interprétation de lois existant antérieurement. Qu’elle soit le fait de juges acquiesçant systématiquement aux demandes d’injonction d’individus questionnant le droit d’association[12] au nom d’un supposé droit de non-association[13], qu’elle relève du jugement d’un chef de police décidant de procéder à des arrestations de masse[14] ou de décideurs et décideuses politiques refusant de négocier avec des associations étudiantes qui « encouragent la violence[15] », dans tous les cas, il s’agit moins d’une question juridique que d’une question d’interprétation du droit relevant de conditions de possibilité[16] se jouant, en grande partie, dans l’espace médiatique.
Si loin, si proches
Une analyse comparée des Printemps chilien et québécois
Si l’espace public se construit en interaction avec l’espace médiatique, les relations entre la scène politique concrète et la scène politique représentée dans les médias ne sont pas directes ou inéquivoques. Comme on vient de le voir, bien que certains groupes et intérêts sont surreprésentés et d’autres sous-représentés ou mal-représentés, il est toujours possible pour un groupe politique « minorisé » médiatiquement de développer des stratégies alternatives pour apparaître dans l’espace public et même devenir le centre de l’échiquier politique, ne serait-ce qu’un certain temps.
C’est ce qui s’est produit, avec un étonnant parallélisme, au Chili entre juin et décembre 2011 et au Québec entre février et juillet 2012. Devant l’intransigeance de gouvernements ne reconnaissant pas la représentativité des associations étudiantes ni la légitimité de la grève ou de la rue comme mode de participation citoyenne, deux conflits étudiants ont débordé de leur cadre strictement éducationnel pour se transformer en d’immenses mouvements contestataires transgressifs[17] questionnant « radicalement » (à la racine) l’organisation sociale et politique.
Malgré leur commune capacité à mobiliser et à mettre en échec les tentatives de minorisation, ces deux mouvements n’ont pas connu exactement les mêmes succès. Par exemple, alors qu’au Québec l’appui au mouvement étudiant n’a jamais dépassé les 50% dans les sondages, au Chili cet appui est passé de 37% avant le conflit à plus de 80% à la fin. Étant donné leurs nombreuses similitudes et leurs différences spécifiques, l’analyse comparée des conflits étudiants au Chili en 2011 et au Québec en 2012 permet, entre autres, d’évaluer l’efficacité relative des différentes stratégies communicationnelles déployées par ces mouvements afin de subvertir cette minorisation symbolique.
Démocratie, participation citoyenne et violence politique
Bien que légalement reconnues et historiquement confirmées par tous les gouvernements qui ont négocié avec elles la fin de grèves qu’elles ont menées, les associations étudiantes du Chili et du Québec connaissent depuis quelques années des processus de criminalisation[18] se traduisant, entre autres, par un déni du statut d’interlocuteur politique, de la répression et des arrestations de masse, au nom de la supposée violence et de l’illégalité des grèves ou des manifestations.
Les valeurs de violence, de délinquance ou d’illégalité attribuées à certaines actions ou associations ne dépendent pourtant pas de « faits » univoques ou de lois clairement établies. Par exemple, alors qu’au début du 21e siècle toute manifestation était considérée comme une atteinte à l’ordre public et réprimée en conséquence de manière extrêmement violente, et souvent sanglante, autour des années 1960[19] se développe une tolérance aux manifestations permettant une croissante participation citoyenne aux débats publics[20]. Le même geste ou action, donc, change de valeur selon son cadre d’interprétation.
Pourtant, dans ces mêmes années 1960, comme conséquence des espaces de participation démocratique arrachés par les mouvements sociaux aux élites gouvernantes, surgit un révisionnisme théorique identifiant l’implication du peuple en politique comme la source de « la crise de la démocratie[21] ». Ce courant théorique de la « Stable Democracy » s’inspire de la « méthode démocratique » schumpeterienne[22] qui, en établissant une distinction entre la démocratie moderne et celle des « anciens », affirme que la démocratie ne peut viser la participation de quiconque à la décision publique, mais doit se limiter à une compétition entre élites politiques pour le vote populaire. La participation populaire dans cette dite démocratie « doit » se limiter au vote périodique car les masses seraient myopes et incompétentes.
Ce travestissement du gouvernement représentatif[23] en démocratie n’est malheureusement pas que le fait de quelques théoriciens du politique. Cette interprétation, produite par les intellectuels organiques des élites, s’est propagée à l’ensemble du corps social, à travers des « appareils idéologiques d’État »[24], comme les médias, faisant en sorte qu’on ne puisse pratiquement plus dissocier la démocratie de l’élection d’une élite gouvernante et qu’à l’inverse, on considère comme violente et comme un danger pour la démocratie la participation de « quiconque » au débat public.
« Ils n’ont même pas de votes dans les urnes, seulement des cris dans la rue »
L’idéologie de la Stable Democracy rend possibles des déclarations comme celle servant d’intertitre à cette partie. Cette affirmation provient de l’ancien ministre de l’Éducation du Chili, Joaquín Lavín, alors qu’il décriait le mouvement de grèves étudiantes et les immenses manifestations d’appui[25]. Cependant, cet énoncé anti-participationniste aurait très bien pu être prononcé par l’ex-ministre de l’Éducation du Québec, Lyne Beauchamp, qui affirmait devant l’Assemblée nationale, le 26 avril 2012 :
On s’est donné un système démocratique, on s’est donné une Assemblée nationale du Québec, on s’est donné des élus du peuple parce que la démocratie est une façon de régler nos différends sans violence dans notre société. C’est le principe même d’un système démocratique. Et, je le répète, il ne serait pas digne d’une Assemblée nationale et d’élus du peuple de céder à des gestes de violence, céder à de l’intimidation, céder à de la désobéissance civile qui implique de la violence.
Réduisant la démocratie à la délégation de la souveraineté populaire à un petit groupe (oligarchie) de « représentants-es », cette conception « délégative[26] » de la démocratie considère comme violent et illégal l’exercice des droits démocratiques fondamentaux[27].
Pourtant, il ne s’agit là que de positions partielles. Indépendamment de la légitimité électorale clamée par les gouvernements, cela n’implique pas d’emblée que l’opinion publique ou les institutions démocratiques vont nécessairement suivre ce révisionnisme. L’efficacité concrète de la stratégie rhétorique du gouvernement dépend aussi des réactions des autres acteurs et actrices de la scène politique, y compris des associations étudiantes qui peuvent construire des « images de soi » (éthos) mettant en échec les stigmates de violence et d’illégalité que les gouvernements cherchent à leur apposer.
Violence et images de soi
Stratégies communicationnelles alternatives de groupes minorisés
« Si lutter pour tes droits c’est de la délinquance, nous sommes tous délinquants »
« Ni terroristes ni délinquants / [Seulement des] Étudiants-es Conscients-es »
Devant la stigmatisation des grèves, occupations et manifestations étudiantes comme des actes de terrorisme ou de délinquance, on voit surgir des positions « dialogiques » tâchant de « rectifier les faits » : « Ni terroristes ni délinquants / [Seulement des] Étudiants-es Conscients-es ». Souvent faites sur le ton de l’ironie, on retourne le stigmate pour s’en revendiquer : « Si lutter pour tes droits c’est de la délinquance, nous sommes tous délinquants. » De la même manière, au Québec, l’initiative « Arrêtez-moi quelqu’un! » est parvenue à cumuler plus de 5 300 déclarations en image dénonçant le projet de loi 78 en exprimant :
« Charest désobéit à la démocratie, je désobéis à la loi 78 » ; « ceux qui ont voté la loi 78 sont des criminels » ; « Si la loi est contre le peuple, alors le peuple sera hors-la-loi » ; « Je suis libre, donc je désobéis » ; « à mépris total, refus global »[28]…
Dans ces énoncés ironiques ou paradoxaux, on peut apprécier le renversement des valeurs opéré autour d’une opposition entre la loi (élus-es, parlementaires, mépris, etc.) et la légitimité (peuple, démocratie, liberté, conscience, etc.). Par contre, pour que ces ellipses argumentatives[29] fonctionnent, il est nécessaire de partager les codes de valeur plaçant la démocratie et le peuple au-dessus des lois et des élus-es. Autrement dit, ces messages permettent de consolider la croyance des convertis-es mais pas nécessairement de convaincre des personnes qui n’étaient pas déjà convaincues.
Or, la construction et la gestion de l’image de soi n’est pas un acte unilatéral mais le fruit d’une constante négociation (ou confrontation) où l’on doit s’adapter aux éthos préalables, institués ou « imposés » de manière interactive[30] par son interlocuteur ou interlocutrice. Ces principes développés en fonction d’interactions énonciatives « face à face », s’appliquent également dans le cas de l’éthos discursif ou collectif, impliquant des interactions « médiatisées » et différées. Aussi, pour pouvoir mettre en échec la stratégie rhétorique du pouvoir consistant à montrer l’action collective contestataire comme un crime, il ne suffit pas de dire « je ne suis pas délinquant mais conscient » ou de dire ironiquement « nous sommes tous des délinquants ». Il faut « montrer » que l’image de soi projetée par ses adversaires et reproduite sans grande distance critique par les médias est fausse, sans avoir à le dire.
Ironie et renversement de la stigmatisation
Cela ne signifie pas que l’ironie ne puisse pas être utilisée comme l’arme rhétorique redoutable qu’elle est. Au contraire, devant une situation kafkaïenne où tout acte posé pour se défendre pourra être utilisé comme preuve de culpabilité, l’ironie est souvent le meilleur moyen d’enrayer le mécanisme du piège.
C’est ce qu’ont fait les étudiants-es chiliens-nes en développant, spontanément[31], une série de « flashmobs[32] » (manifestations ou foules éclair) qui, sans rien compromettre de leur caractère « ludique », n’ont été que plus efficaces politiquement pour désamorcer les accusations de violence les excluant de l’espace public et médiatique.
La première convocation a été un « Thriller pour l’éducation » qui, après une convocation Facebook, rassembla près de 7 000 personnes devant La Moneda (Palais présidentiel) pour une chorégraphie du fameux clip de Michael Jackson, sans autre message que d’apparaître dans l’espace public sans se faire réprimer et accuser de violence.
Pour reprendre les termes de Felipe Villaseca, l’un des instigateurs de l’événement :
Nous cherchions une forme de mobilisation qui ne puisse pas être criminalisée. Pour la manifestation antérieure nous étions plus de 100 000 personnes et tout le monde et les médias d’information n’ont montré que les quelques échauffourées avec la police, sans mentionner l’ampleur de la manifestation pacifique. Alors, tout le monde voulait trouver une manière de manifester qui ne donne aucune chance aux médias de montrer quoi que ce soit de négatif.
Et c’est précisément ce qui s’est produit. Le lendemain, les médias de communication n’ont parlé pratiquement que de cette manifestation, insistant sur son caractère ludique et bon enfant. Même les émissions de variété ont abordé le sujet du conflit étudiant, alors que ce type d’information n’avait pratiquement pas été couvert jusqu’alors par ce type d’émissions. Par la suite ce fut un déferlement d’initiatives comme une course à relais de 1800 heures autour de La Moneda (siège du gouvernement), d’autres flashmobs portant sur des thèmes aussi loufoques que Lady Gaga, les Super héros, le Grand « iiiiii », Dragon Ball Z, besatón (marathon de baisers), die-in, à la plage, « à poil pour/par l’éducation », etc.
Ce même type d’actions a été utilisé au Québec, par exemple dans les maNufestations (manifestations nues), les die-in, les marches nocturnes, les casseroles, l’Anarchopanda ou la Bananarchie. Par contre, bien que ces nouveaux répertoires d’action collective[33] soient parvenus dans les deux cas à interagir avec les médias de masse et à récupérer une certaine part de contrôle sur l’image médiatique de soi, l’aspect ironique de la mise en scène a été beaucoup moins assumé au Québec qu’au Chili. Les flashmobs québécoises collaient davantage au conflit que les Michael Jackson, Lady Gaga ou Dragon Ball Z chiliens. Pathétiquement, les mobilisations purement ludiques sont davantage parvenues à neutraliser l’anti-éthos de la violence et à capter l’attention des médias que les mobilisations subordonnant des éléments de ludiques à un message politique. La grandeur carnavalesque des chorégraphies — comme, par exemple, celle d’une immense boule (Z ball) de près de huit mètres de diamètre qui a parcouru le centre-ville de Santiago pour « sauver l’éducation avec l’aide de toute la population » — a réussi à capter l’intérêt des médias de telle sorte que ceux-ci dédiaient davantage de temps à rendre compte de « la nouvelle action de protestation massive créative et festive que les étudiants nous offrent aujourd’hui » qu’au discours gouvernemental sur la violence[34].
La part du ludique et du négatif en politique
Cela en dit long sur le traitement de l’information ou les effets de cadrage des médias. Mais cela nous renseigne également sur les manières par lesquelles on publicise une cause et sur la part de « négativité » qu’implique la construction d’un référent politique. En effet, pour devenir le symbole ou le signifiant vide[35] d’une subjectivation politique contre-hégémonique, les étudiants-es (ou tout autre référent politique), doivent se vider de leurs sens « propres » (intérêts spécifiques) pour signifier les griefs et aspiration d’un ensemble social beaucoup plus large. Pour le dire de manière synthétique : Less is more.
Évidemment, les distinctions entre le Chili et le Québec ne se limitent aucunement au degré d’ironie de leurs flashmobs. Il faut tenir en considération d’importants éléments de contexte, comme l’importance d’un discours et de pratiques critiques antérieures et externes au mouvement étudiant, la plus ou moins grande ouverture de l’espace médiatique aux débats politiques ou la quantité et la qualité des appuis d’acteurs sociaux et politiques comme les recteurs et rectrices, les professeurs-es, les syndicats, etc.
Cependant l’analyse comparée de ces nouveaux répertoires d’action collective apporte d’étonnants apprentissages quant à l’efficacité du ludique et du carnavalesque en tant que mise en scène permettant d’apparaître dans un espace public et médiatique duquel on est exclu.
[1] Manin, Bernard.2012. Principes du gouvernement représentatif. Paris : Flammarion.
[2] Il est à noter que ces forces politiques instituées n’épuisent pas le spectre de positions existantes. Beaucoup d’autres positions existent sans être reconnues.
[3] Honneth, Axel. 2000. La Lutte pour la reconnaissance. Paris : Cerf.
[4] Honneth, Axel. 2006. La société du mépris. Vers une nouvelle Théorie critique. Paris : La Découverte.
[5] Laclau, Ernesto et Chantal Mouffe. 1985. Hegemony and Socialist Strategy, Towards a Radical Democratic Politics. Londres : Verso.
[6] Rancière, Jacques. 1995. La Mésentente. Politique et Philosophie. Paris : Galilée.
[7] Cette formule fait référence à l’ouvrage de Gayatri Chakravorty Spivak. 2006. Les subalternes peuvent-elles parler ?. Paris : Éditions Amsterdam.
[8] Voir, par exemple, Svampa Maristella. 2009. « Mouvements sociaux, matrices sociopolitiques et nouveaux contextes en Amérique latine ». Problèmes d’Amérique latine 74 : 113-136. Voir également, Seoane, José (dir.). 2003. Movimientos sociales y conflicto en América Latina. Buenos Aires : Consejo Latinoamericano de Ciencias Sociales (CLACSO).
[9] Dupuis-Déri, Francis. 2013. « Printemps érable, ou, Printemps de la matraque? : Profilage politique et répression sélective pendant la grève étudiante de 2012 ». À qui la rue? : répression policière et mouvements sociaux. Montréal : Écosociété, 198-241.
[10] Dénoncés par les organismes de défense des droits et invalidés par les tribunaux sur de nombreux points et à de nombreuses reprises.
[11] Pour une analyse plus détaillée, voir Peñafiel, Ricardo. 2015. « La criminalisation de la participation citoyenne par des conceptions consensualistes de la démocratie participative », Revue québécoise de droit international, Hors-série, mars 2015, L’État de droit en Amérique latine et au Canada :247-271.
[12] Et la formule Rand (sur l’unité de la représentation syndicale) reproduite dans la Loi sur l’accréditation et le financement des associations d’élèves ou d’étudiants.
[13] Desjardins, Christiane. 2012. « Grève étudiante : le juge en chef s’en mêle ». La Presse, 2 mai 2012, http://www.lapresse.ca/actualites/dossiers/conflit-etudiant/201205/02/01-4521224-greve-etudiante-le-juge-en-chef-sen-mele.php
[14] À ce sujet, voir notamment, le Rapport de la Commission spéciale d’examen des événements du printemps 2012, http://www.securitepublique.gouv.qc.ca/fileadmin/Documents/police/publications/rapport_CSEEP2012/rapport_CSEP2012.pdf
[15] Gervais, Lisa-Marie. 2012. « Droits de scolarité: Québec refuse l’offre de discussion des étudiants ». Le Devoir, 26 avril 2012 http://www.ledevoir.com/politique/quebec/348516/exclusion-de-la-classe-charest-affirme-qu-il-a-pris-ses-responsabilites
[16] Michel Foucault. 1969. L’archéologie du savoir. Paris : Gallimard.
[17] McAdam, Doug, Sidney Tarrow et Charles Tilly. 2001. Dynamics of contention. Cambridge : Cambridge University Press.
[18] Comme la plupart des mouvements sociaux d’envergure un peu partout sur le globe.
[19] Suite notamment aux escalades de violence suivant la répression démesurée, rendant celle-ci contre-productive
[20] Fillieule, Olivier et Danielle Tartakowsky. 2014. La manifestation. Paris : Presses de Sciences Po.
[21] Crozier, Michel, Samuel Huntington et Joji Watanuki. 1975. The Crisis of Democracy : Report on the Governability of Democracies to the Trilateral Commission. New York : New York University Press.
[22] Joseph A. Schumpeter. 1990 [1942]. Capitalisme, socialisme et démocratie. Paris : Payot, 1990.
[23] Qui, comme le montre Bernard Manin (op. cit.), n’est qu’une aristocratie élective.
[24] Althusser, Louis. 1976. « Idéologie et appareils idéologiques d’État ». Positions (1964-1975). Paris : Les Éditions sociales, 67-125.
[25] Symptomatiquement, le ministre Lavín a perdu son poste du fait de son incapacité à gérer le conflit étudiant…
[26] O’Donnell, Guillermo. 1994. « Delegative Democracy ». Journal of Democracy 5 (1) : 55-69.
[27] Pour reprendre les termes de la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) : « Les grèves, les barrages routiers, l’occupation d’espaces publics, et même les tumultes qui peuvent advenir au cours de protestations sociales, peuvent occasionner des inconvénients et même des dommages qu’il est nécessaire de prévenir et de réparer. Néanmoins, les limitations disproportionnées à la protestation, en particulier lors qu’il s’agit de groupes qui n’ont d’autres moyens pour s’exprimer publiquement, compromettent sérieusement le droit à la liberté d’expression » (CIDH, 2009 : 209 ; notre traduction).
[28] Les images ne sont plus accessibles sur le web mais on peut s’adresser aux organisateurs de la campagne : http://molotov.ca/realisations/arretez-moi-quelquun . Pour une analyse plus détaillée, voir Peñafiel, Ricardo. 2015. « Le sens des casseroles. Charivaris, cacerolazos et création d’espaces publics transgressifs dans et par le bruit ». Cahiers des imaginaires 11 : 9-28. Voir également, Peñafiel. « La criminalisation de la participation citoyenne…, op. cit.
[29] Au sujet de la valeur argumentative des ellipses, de l’ironie ou des « lieux communs » (topoï), voir Anscombre, Jean-Claude et Oswald Ducrot. 1983. L’Argumentation dans la langue. Liège-Bruxelles : Mardaga. Voir également, Anscombre, J.-C. (éd.). 1995. Théorie des topoï. Paris : Kimé ; ainsi que 1995. « La théorie des topoï : Sémantique ou rhétorique ? ». Hermès 15 : 185-198.
[30] Pour une articulation théorique entre la perspective rhétorique de l’éthos, la perspective goffmanienne de l’interactionnisme et la perspective discursive de la construction sociale du sens et des institutions, voir Amossy, Ruth. 2010. La présentation de soi : Ethos et identité verbale. Paris : Presses Universitaires de France.
[31] Fuster Farfán, Xenia. 2011. « ¡A la calle estudiantes! Flashmob thriller frente al Palacio La Moneda, Santiago de Chile ». Cultura_Urbana, 9 août 2011, http://cultura-urbana.cl/%C2%A1a-la-calle-estudiantes-flashmob-thriller-frente-al-palacio-la-moneda-santiago-de-chile/
[32] Nicholson, Judith. 2005. « Flash! mobs in the age of mobile connectivity ». Fibreculture Journal 6 (Mobility, New Social Intensities and the Coordinates of Digital Networks), http://citeseerx.ist.psu.edu/viewdoc/download?doi=10.1.1.566.6906&rep=re…
[33] Articulant des Nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) à des formes « ludiques » d’expression publique ainsi qu’à d’autres formes d’action relativement instituées (grève, manifestations, etc.)
[34] Voir, par exemple, cette couverture de la flashmob Dragon Z ball : https://www.youtube.com/watch?v=pJEoZUk3NWs
[35] Laclau, Ernesto. 2000. « De l’importance des signifiants vides en politique ». La guerre des identités, grammaire de l’émancipation. Paris : La Découverte/MAUSS, 93-107.
crédit photo : flickr/Diego Correa
par Arthur Calonne | Juil 5, 2021 | Analyses, Québec, Societé
Depuis un an et demi, l’État québécois, qui, dans le paradigme néo-libéral actuel, a tendance à s’effacer, a fait un retour fracassant dans le quotidien des citoyen·ne·s de la province. Il a notamment usé de son pouvoir exécutif de façon répétée et exceptionnelle pour endiguer la progression de l’épidémie et éviter l’effondrement d’un système de santé qui, comme dans beaucoup d’autres pays, n’était pas préparé à essuyer une telle tempête, estiment certain·e·s. Les mesures sanitaires imposées par le gouvernement du Québec durant cette période ont forcé les travailleur·euse·s de la santé et des services sociaux à s’adapter à des conditions inédites et parfois très contraignantes. Le reportage qui suit se penche sur la situation des organismes communautaires qui, parallèlement à l’État, fournissent des services essentiels, mais dans des conditions moindres que celui-ci. Nous voulions, en interrogeant les personnes qui œuvrent dans ce milieu d’ailleurs déjà boiteux avant la pandémie, faire le point sur la situation de ces organismes, alors que le Québec semble se déconfiner pour de bon.
« Pour moi, c’est un monde nouveau depuis dix mois : je reprends contact avec de la famille avec qui je n’ai pas parlé depuis 30 ans, avec mes enfants, mes six petits-enfants. Ils me motivent beaucoup », confie Stéphane, un ancien toxicomane en réinsertion sociale depuis mars 2021. Après plus de trente ans passés sous l’emprise des drogues dures, l’homme évoque son retour au travail entre confiance et réserve, avec un pragmatisme qui laisse entrevoir l’ampleur de sa détermination à sortir définitivement de l’enfer qu’il a vécu pendant la majeure partie de sa vie.
Aux prises avec le PCP, un psychotrope hallucinogène, et le crack depuis sa jeunesse, Stéphane s’est « réveillé » le 11 août 2020, après une véritable descente aux enfers de plusieurs mois qui lui a fait tout perdre. Pour lui, c’est le contexte de pandémie qui a précipité sa chute : « C’était vraiment pas évident quand la COVID est arrivée. Je consommais seul chez moi, portes barrées, stores fermés : c’est comme si on te donnait la chance de consommer en paix. Tu savais que personne n’allait venir chez toi. Ça a été le déclencheur qui m’a fait atteindre les bas-fonds, qui m’a fait comprendre, et rendu tellement tanné que je devais me relever. »
Entre les murs du pavillon André Dumont de la Maison l’Exode, un centre de réinsertion sociale où Stéphane réside depuis le mois de mars, l’homme de 52 ans, conscient du chemin qu’il a parcouru et déterminé dans sa démarche, semble reprendre sa vie en main et voguer vers de meilleurs horizons. Un optimisme qui contraste avec le dépit de Martin Lafortune, qui dirige l’organisme communautaire. Celui-ci travaille depuis plus de trente ans dans le milieu de la dépendance et offre à des personnes sortant d’une thérapie de désintoxication un cadre sécuritaire et propice à leur réadaptation. Une cause que M. Lafortune estime vaguement délaissée, même à l’échelle du mouvement communautaire, car trop peu populaire auprès de la population et des gouvernements : « la dépendance, c’est le parent pauvre du communautaire », lâche-t-il, inquiet pour le futur.
L’uppercut pandémique
Pour la Maison l’Exode, cette période de crise sanitaire a été synonyme de nouveaux défis logistiques qui ont accablé l’organisme, déjà fragile financièrement. « C’était nouveau pour tout le monde, d’une semaine à l’autre c’était des ajustements : dans la cuisine, on a dû acheter tout en portions individuelles, au début, le matériel de protection, comme les boîtes de masques à 75 $, n’était pas remboursé… Il y a eu des coûts derrière tout ça », explique M. Lafortune. En même temps, la réduction de la capacité des différents pavillons par souci de respect des consignes sanitaires a affecté les revenus de la Maison l’Exode, qui est en partie financée par les loyers que paient les résident·e·s, eux-mêmes et elles-mêmes souvent soutenu·e·s par le bien-être social.
Martin Lafortune et son organisme ont dû traverser cette période critique désarmés, faute de personnel. Un manque qui n’a pas été sans conséquence : « Il y a eu des coupures de services, car on n’avait plus d’intervenant·e. […] Les années passées, pour les vacances, on faisait des remplacements, mais là on ne peut pas, donc on ferme le centre pendant deux semaines », raconte Martin Lafortune, qui constate un exode croissant de ses employé·e·s vers d’autres centres offrant des emplois mieux rémunérés. « On n’a pas les moyens d’offrir des salaires au-dessus de 18,50 $, ça n’a pas de bon sens, je suis gêné de vous dire ça. La majorité [des employé·e·s] quitte vers le CIUSS (Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux), vers ceux qui nous paient! Moi je leur dis [au CIUSS] que je ne suis pas leur club-école! », déplore-t-il, dans la salle de réunion, alors que presque tous·tes les résident·e·s sont sorti·e·s pour la matinée.
Le Québec possède depuis 2001 une politique gouvernementale de reconnaissance et de soutien de l’action communautaire, très avantageuse pour les organismes et unique en Amérique du Nord, comme l’explique Maxim Fortin, chercheur à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) et co-auteur d’une étude sur les effets de la crise sanitaire sur le milieu communautaire. Des programmes de subventions tels que le Programme de subvention aux organismes communautaires (PSOC) permettent d’assurer une entrée d’argent relativement conséquente, régulière et stable à cette galaxie de groupes. Cela les rend plus résilients et plus performants qu’ailleurs sur le continent, où la dépendance à la philanthropie et à l’autofinancement est beaucoup plus grande. Cependant, ce système n’est pas sans failles, et s’il garantit généralement le maintien des services, il n’a jamais apporté pleine satisfaction auprès des organismes qui réclament sans cesse un plus grand financement et la fin de la précarité dans laquelle ils doivent évoluer. Un enjeu qui n’est pas nouveau, comme le souligne Maxim Fortin : « Le problème, c’est que cette reconnaissance n’est jamais venue avec un financement adéquat. Depuis 2001, le communautaire québécois est sous-financé, et avec la pandémie, les organismes ont encore plus souffert de ce sous-financement. »
Un secteur de plus en plus déserté
Après avoir consulté des centaines de groupes communautaires en marge de la première vague, Maxim Fortin et sa collègue Eve-Lyne Couturier ont contribué, à l’aide d’un sondage de grande envergure, à dresser un portrait de la situation générale du secteur, qu’il et elle jugent satisfaisante sur le plan financier, mais inquiétante au chapitre des ressources humaines. En effet, comme en témoignent de nombreux·euses acteur·trice·s du milieu, la pandémie n’a fait qu’aggraver une pénurie de personnel préexistante et due notamment au caractère pénible de ces emplois très précaires, qui exposent parfois les intervenant·e·s à des situations d’une violence inouïe, courantes lorsque l’on travaille en itinérance ou en dépendances. Un constat encore plus évident depuis le début de la pandémie.
« Effectivement, dans une période de crise, un salaire de 16 $ ou 17 $ de l’heure, c’est pas cher payé pour mettre à risque sa santé mentale », lance Mélanie Baril, organisatrice communautaire au Comité logement de la Petite-Patrie et membre de la Coalition contre la pauvreté de la Petite-Patrie. « Quand un·e employé·e quitte un organisme communautaire avec une clientèle en détresse parce qu’il ou elle ne se sent pas bien, il ou elle ne va pas rappliquer dans un autre organisme avec une clientèle similaire. Forcément, ça crée une pénurie », affirme-t-elle.
Ce sont une grande majorité des groupes qui ont perdu des plumes durant la tempête qu’a constituée la crise sanitaire : « J’ai rarement vu autant de circulation de personnel : des gens qui partent en congé maladie, qui sont remplacés, qui reviennent. Ça a rendu les équipes plus fragiles », déplore Mme Baril, assurant que les derniers mois ont été intenses, notamment pour les femmes, surreprésentées dans les organismes communautaires, et qui ont hérité, comme souvent dans nos sociétés, d’une plus grande charge mentale et de plus grandes responsabilités dans toutes les sphères de leur vie. Maxim Fortin observe le même phénomène : « Ce sont majoritairement des femmes qui travaillent dans le secteur communautaire. Donc on se retrouvait avec des situations où des employées qui étaient parfois mères de famille devaient faire plus à la maison et plus au travail. Il y a eu une surcharge de travail pour beaucoup de gens au sein de ces organismes. »
Claire travaille depuis un an à la Maison l’Exode. Citoyenne française, elle a accompli trois années d’études en criminologie au Québec et effectue actuellement des démarches pour accéder à la résidence permanente. Arrivée sur le marché du travail en pleine pandémie, elle témoigne du gouffre salarial entre ce qui lui a été proposé dans le communautaire et les salaires offerts dans les services publics, notamment à la DPJ, où elle a effectué son stage de fin d’études : « À l’époque, il y avait beaucoup d’offres d’emploi [dans le communautaire], mais à des salaires encore plus bas qu’à l’habitude; du 14 $ ou 15 $ de l’heure, alors qu’on nous demandait des diplômes, de l’expérience, etc. », relate-t-elle. « À la DPJ, j’aurais pu rentrer à 25,50 $ de l’heure, et ça va jusqu’à 40 $ ou 45 $ de l’heure avec des assurances, etc. ».
La mobilisation reprendra
Les travailleur·euse·s qui œuvrent dans le milieu communautaire appartiennent à un mouvement dont la genèse remonte aux années 1960. Née de la volonté d’une véritable transformation sociale, à l’époque où l’Église catholique était encore toute-puissante, l’approche communautaire vise à aider les couches populaires à obtenir une émancipation financière en s’affranchissant de la misère, tout en assumant un rôle garanti par l’État dans la sphère du politique. Durant ces derniers mois, ce volet a été pratiquement inexistant : « ça nous a pris un petit moment avant de pouvoir ressortir la tête de l’eau et voir comment on pouvait se concerter », explique Mélanie Baril, qui a participé à la relance du journal communautaire La Grogne, dont le dernier numéro, paru le 9 juin 2021, a été distribué dans près de 30 000 foyers de l’arrondissement Petite-Patrie, après des années de pause. « On s’est dit que le journal La Grogne était peut-être la façon la plus intelligente de répondre à chacune de nos missions, de faire de l’éducation populaire, de la sensibilisation sur les enjeux de pauvreté et d’exclusion sociale […] et de rejoindre les gens dans leur foyer, en dépassant la fracture numérique. »
Serions-nous à l’aube d’une mobilisation des acteur·trice·s du communautaire comme celle de la fin des années 2010, où ses acteur·trice·s s’étaient mobilisé·e·s à plusieurs reprises pour obtenir des investissements massifs de la part de l’État? Une chose est sûre, le chemin vers le changement est long, car le système actuel profite à l’État, qui, selon plusieurs, se sert du communautaire pour faire des économies. « L’État québécois rêve un peu que le communautaire fasse à faible coût ce que lui ne veut pas faire. […] Il y a une grande marge lorsqu’on compare ces salaires à ceux du secteur public. C’est pour ça qu’on soupçonne l’État québécois de ne pas vouloir reprendre certains secteurs », explique Maxim Fortin.
Ces travailleur·euse·s essentiel·le·s réintègreront certainement l’espace public dans les prochains mois pour revendiquer de meilleures conditions, mais aussi au nom de leurs bénéficiaires qui devront être pris·e·s en charge d’une façon ou d’une autre, comme le souligne Mélanie Baril : « J’adore mon métier, mais je serais plus qu’heureuse de ne plus avoir raison d’être. Le Comité logement Petite-Patrie pourrait arrêter d’exister si le tribunal administratif du logement répondait enfin à sa mission d’éducation populaire […] et s’il y avait un meilleur contrôle des loyers, etc. »
Reprendre en charge certains secteurs, réinvestir dans le communautaire, ou tout simplement couper dans certains services : de véritables choix de société se présenteront à nos responsables politiques lorsque les militant·e·s reprendront la rue, une fois qu’ils et elles auront pris le temps de lécher les plaies causées par la crise sanitaire.
Crédit photo : flickr/luca sartoni
par Rédaction | Avr 11, 2021 | Nouvelles Siggi, Québec, Societé
Par Élise Dumont Lagacé
Ce texte est extrait du deuxième numéro du magazine de sociologie Siggi. Pour vous abonner, visitez notre boutique en ligne!
Fin novembre, je parcours mon fil de nouvelles en buvant un café. Un billet intitulé « Mesdames, à vos outils! » attire mon attention. Je sais bien que les articles sur les travailleuses de l’industrie sont, à l’image des femmes sur les chantiers, plutôt rares.
Il s’agit ici d’un billet signé par une association de patron∙ne∙s : « Fini la discrimination dans la construction, laissons place à la diversité, à l’inclusion et aux talents des gens, peu importe leur sexe. Il y a une place pour vous, mesdames! » Une affirmation curieuse au vu de la composition fortement homogène et quasi inchangée de l’industrie depuis 50 ans. Un paysage fixe sans horizon qui révèle le destin collectif des travailleuses de métiers. Ce destin peut être saisi en deux simples statistiques : un taux de représentation presque inébranlable à environ 2 % et un taux de départ persistant à près de 60 %.
Découvrir la fin de la discrimination dans un journal quotidien pourrait réjouir celles et ceux en attente de prophéties. Or, c’est davantage au contexte économique actuel qu’à l’aboutissement des luttes pour l’accès à l’égalité entre les hommes et les femmes dans cette industrie que l’on doit l’apparition et le fleurissement de ces petits articles commandités.
Ces billets enthousiastes ont une fonction précise en contexte de pénurie de main-d’œuvre : ils déroulent le tapis rouge aux femmes devant l’édifice de la construction redécoré pour l’occasion, leur faisant miroiter un avenir radieux. L’édifice est imposant :
12 % du PIB
50 milliards $ d’investissement annuel
26 000 employeur∙se∙s
175 893 travailleur∙se∙s
97,6 % d’hommes
177 200 000 heures travaillées
7 600 000 000 $ en masse salariale
Sur sa façade fraîchement repeinte sont affichées de grandes bannières aux couleurs attrayantes où on peut lire des messages tels que : « Aujourd’hui, une chose est certaine, terminés les clichés. »
Une agence cherchait récemment « des travailleuses âgées de 25 à 45 ans qui sont charismatiques, aiment leur travail et ont un style de vie actif » pour mousser une campagne de recrutement de nouveaux et jeunes talents. Une autre association, dans un écrit destiné au grand public, présentait l’industrie de la construction au Québec comme « un bel exemple de l’intégration des femmes », ajoutant même que « les chiffres de 2018 étaient positifs dans la mesure où 2,13 % de la main-d’œuvre active était composée de femmes! » Dans son dernier bilan, la Commission de la construction du Québec (CCQ) qualifiait, à son tour, le taux de représentation des femmes de 2,45 % de « hausse considérable de la présence des femmes ».
Innovation, diversité et messages positifs sont les pièces maîtresses du projet de rénovation actuel qui, par un étrange procédé, opère un effacement du passé et sa réécriture au goût du jour. Une vitre-miroir est apposée sur la façade : elle empêche de voir les fondations vétustes et renvoie à elles-mêmes les femmes qui n’auraient pas réussi à y « faire leur place » alors que les portes leur seraient grandes ouvertes.
***
Quiconque se penche sur la condition des travailleuses de métiers et sur l’évolution de leur situation constatera d’abord qu’elles visitent l’édifice de la construction depuis longtemps. Un survol des écrits des 40 dernières années produit une forte impression de déjà-vu. L’éventail des résistances et obstacles qui caractérisent et entravent les parcours des femmes est, à quelques détails près, inchangé. Et les analyses produites le sont elles aussi : on pourrait y voir un manque d’originalité. J’ai retrouvé cette même impression chez Susan Eisenberg, une électricienne qui a fait ses débuts dans l’industrie de la construction aux États-Unis en 1978 et qui a publié, en 1998, un ouvrage intitulé We’ll Call You if We Need You.
Dans la préface de son livre réédité en 2018, Eisenberg constatait avec effroi qu’on trouve encore « aujourd’hui des journaux qui parlent des femmes apprenties comme des “pionnières”1 ». Le mot qualifie toujours l’expérience intrinsèque des travailleuses et à travers lui se trouvent aussi les attentes persistantes à leur égard, comme me l’expliquait Victoria, une travailleuse :
Tu redeviens pionnière de nouveau sur chaque chantier. C’est ça qui est embêtant. Les femmes, ce n’est pas nouveau dans la construction. Mais c’est comme si les femmes devaient toujours se réinventer et devenir des pionnières, des championnes qui n’ont pas le droit à l’erreur.
Ce recours à l’image des pionnières produit deux effets (qui ne sont pas dépourvus d’intérêt pour l’industrie) : il permet de faire oublier celles qui y étaient et qui y ont laissé sueur et larmes, et il procure une impression de nouveauté au fur et à mesure que de nouvelles travailleuses sont intégrées.
Au Québec, le taux de représentation des femmes est frappé par une remarquable inertie — malgré quelques soubresauts en période prospère — et aucune des cibles fixées ces 25 dernières années, aussi modestes fussent-elles, n’a été atteinte.
« 2000 femmes pour l’an 2000 »
« 3 % de femmes en 2018 »
Comme le souligne Eisenberg, « les travailleuses ne trouvent aucune raison inhérente au travail lui-même qui justifierait l’extraordinairement bas pourcentage de femmes2 ». Il semble plus aisé pour l’industrie d’en faire une question de caractère individuel, alors que toutes les analyses sérieuses ont depuis longtemps identifié les obstacles systémiques qui entravent les parcours des travailleuses (et ont proposé des solutions).
Ces barrières, qui n’existent que parce qu’elles sont des femmes, prennent une intensité particulière en raison du fonctionnement unique de l’industrie et de sa banalisation obstinée des obstacles spécifiques rencontrés . Ces violences et leurs effets sont bien documentés :
refus d’embauche
déni de compétences
congédiement pour grossesse
harcèlement sexuel
déni d’autorité
mise à l’épreuve
mise à l’écart
extorsion
représailles
isolement
remises en question
détresse
atteintes à l’intégrité
pauvreté
atteintes aux droits fondamentaux
Au Québec, les récents efforts de l’industrie se sont limités à accroître l’accueil de nouvelles travailleuses. En effet, admettant que les départs de travailleuses venaient contrecarrer la croissance des entrées, la Commission de la construction a ouvert les valves pour intégrer davantage de nouvelles recrues. Peut-être qu’en augmentant le débit, les fuites seront oubliées à défaut d’être colmatées…
***
Fin novembre 2020, le ministre du Travail du Québec fait l’allocution d’ouverture d’un « forum stratégique » organisé dans la foulée d’un projet de relance soutenu par des investissements publics majeurs. La conjoncture est parfaite pour annoncer de grands travaux de refonte de l’édifice. Hélas, le ministre se contente, à son tour, de dérouler une bannière défraîchie : l’égalité entre hommes et femmes est une valeur importante qui, espère-t-il, « percolera » dans les milieux. Il termine son laïus en rappelant aux femmes « qu’elles ont une place ».
Les mesures structurelles devront attendre, tout comme les travailleuses d’hier et d’aujourd’hui. Elles sont prises dans une porte-tournante qui les expulse de l’industrie au fur et à mesure qu’elles en franchissent le seuil.
Elles doivent attendre que « les mentalités changent », « que les vieux partent », « que la nouvelle génération arrive ». Elles doivent « attendre leur tour », « attendre d’être appelées », « rester positives » et, surtout, « ne pas forcer les choses ». Tout cela se comprend facilement, comme me le mentionnait un représentant patronal : « Les employeurs [et employeuses] n’aiment pas les mesures contraignantes. »
Eisenberg — et bien d’autres — l’affirme depuis longtemps : l’industrie a besoin de changements structurels et non cosmétiques. Le verdict est sans appel : l’édifice est pourri, la charpente est atteinte et toutes les couches de peinture — si minutieusement appliquées soient-elles — n’arriveront pas seules à le restaurer.
1 Susan Eisenberg, We’ll Call You if We Need You, Ithaca : Cornell University Press, 2018 [1998], p. ix. L’autrice traduit.
2 Susan Eisenberg, op. cit., p. 204. L’autrice traduit
Photo: Pixabay: Joko Narimo
par Adèle Surprenant | Mar 26, 2021 | Analyses, Québec
En 2020, le nombre de surdoses a doublé au Québec par rapport à l’année précédentei. La fermeture des frontières pour limiter la propagation de la COVID-19 a aussi restreint la circulation des drogues. Résultat, les prix du marché ont grimpé et la qualité des substances a diminuéii. En parallèle, les ressources pour assurer la santé et la sécurité des consommateurs et consommatrices sont jugées insuffisantes. Portrait d’une autre crise sanitaire.
Début mars, un sondage Ipsos commandé par Radio-Canada révélait une hausse de plus de 40 % de la consommation de cannabis depuis le début de la pandémie, chez les personnes ayant déjà recours à cette substanceiii. Une augmentation moindre, mais tout de même significative pour l’alcool et le tabac, les deux autres drogues légales prises en charge par l’étudeiv.
En ce qui concerne la consommation de drogues illégales, les chiffres manquent à l’appel. Au Québec comme dans le reste du Canada et aux États-Unis, le nombre de surdoses a pourtant considérablement augmenté avec la COVID-19, selon Urgences-santé Canadav.
En l’absence de données quantifiables, difficile d’identifier les raisons précises de cette augmentation. Différents acteurs communautaires, interrogés par L’Esprit libre, mettent en garde contre la diminution des ressources sur le terrain, mais aussi sur les répercussions de la fermeture des frontières sur la qualité et la diversité des substances disponibles sur le marché. À Montréal, par exemple, on constaterait notamment une forte circulation d’un mélange entre du fentanyl et de benzodiazépine, deux dépresseurs dont la combinaison compliquerait le traitement des surdoses. La cocaïne, difficile à trouver puisqu’elle est produite en Amérique latine, serait souvent remplacée par des métamphétamines, de production locale mais jusqu’alors méconnues des utilisateurs, ce qui rend sa consommation dangereuse.
Ressources limitées
Sur les quatre centres d’injection supervisée à Montréal, un seul est resté ouvert sans interruption depuis le début de la pandémie, tout en diminuant de moitié sa capacité d’accueilvi. L’entrée en vigueur du couvre-feu, le 9 janvier 2021, aurait également affecté leur fréquentation. Au CIUSSS du Centre-Sud de Montréal, des attestations de sortie sont disponibles pour que les utilisateurs et utilisatrices de drogues puissent s’y rentre entre 20 h et 5 h du matinvii. En dépit des attestations, nombreux sont ceux et celles qui ont cessé de s’y rendre par peur d’être interpellé·e·s par les forces de l’ordre, craignant d’être trouvé·e·s coupables de possession de drogues illégalesviii.
« Plusieurs recommandations de la santé publique pour limiter la propagation du virus sont contradictoires avec certaines pratiques pour éviter des surdoses », soutient Frankie Lambert de l’Association québécoise pour la promotion de la santé des personnes utilisatrices de drogues (AQPSUD). Ces recommandations incluent l’utilisation de nouveau matériel de consommation – des seringues à utilisation uniques, par exemple –, mais aussi d’avoir sur soi de la naloxone, pouvant freiner temporairement les effets d’une surdose d’opioïdesix. Les consommateurs et consommatrices de drogues sont également invité·e·s à ne pas consommer seul·e·s, une recommandation irréconciliable avec les mesures sanitaires comme la distanciation sociale ou le confinement.
Un sondage réalisé auprès de leurs membres a permis à l’AQPSUD de constater que les personnes utilisatrices de drogues sont très affectées économiquement et psychologiquement par les conséquences de la pandémie. L’association a également analysé l’ensemble des rapports du coroner suite aux décès par surdoses en 2017x, tirant des conclusions éclairantes quant à la situation actuelle : « les maladies chroniques, les troubles de santé mentale, les tentatives de suicide et la détresse psychologique sont surreprésentées par rapport à la population générale, portant à croire que la prise en charge de ces problèmes n’est pas optimale », soutient M Lambert, rappellent qu’« une des causes des décès par surdose est la perte de confiance dans le système et le réseau de la santé ».
L’engorgement des services hospitaliers, en marge de la pandémie, n’a rien fait pour aider. « Quant aux ressources, elles sont sous-financées et l’effritement du tissu social vulnérabilise nos communautés et ralentit les progrès que nous aurions pu faire au cours des dernières années », se désole le chargé des communications de l’AQPSUD.
Un cocktail explosif
Le système de santé publique n’est pas le seul à faire les frais d’un sous-financement. Les centres de thérapie pour traiter l’alcoolisme et la toxicomanie réclament plus d’aide du gouvernement provincialxi et le manque de ressources se fait également sentir dans le travail de prévention et de sensibilisation.
Julie-Soleil Meeson, de l’Association des intervenants en dépendance du Québec (AIDP), se désole du peu de laboratoires d’analyse des substances dans la province. « L’analyse des drogues sauve des vies », affirme-t-elle au bout du fil, soutenant que « les gens n’arrêteront pas de consommer [et que] l’objectif, c’est que les gens puissent faire des choix plus éclairés par rapport à leur consommation, surtout en temps de pandémie et avec le peu de moyens qu’on a sur le terrain ».
Alors que les initiatives de drug-checking comme dans l’Ouest canadien font toujours défaut au Québec, les informations concernant la qualité et le type de substances qui se trouvent sur le marché proviennent des consommatrices et consommateurs eux-mêmes. C’est grâce au partage de leurs expériences que Mme Meeson et son équipe sont en mesure de savoir quelles drogues sont les plus en circulation, si certaines sont coupées et avec quelles substances, si la qualité diminue ou encore si une hausse de prix pousse certaines personnes à modifier leurs habitudes de consommation. « Avec la pandémie, il y a un gros impact sur la possibilité de rejoindre tout le monde comme on le faisait avant », constate Mme Meeson, soulignant que sans l’information fournie par les utilisateurs et utilisatrices de drogues, il est difficile d’adapter leur intervention à la réalité du terrain.
Les changements sur le marché de la drogue provoqués par la pandémie, cumulés au manque d’informations précises sur la nature de ces changements, est un cocktail explosif, si on en croit les expert·e·s. « Il nous faut agir rapidement si nous ne voulons pas que la COVID-19 engendre deux épidémies chez les personnes qui utilisent des drogues », s’inquiète M. Lambert, qui soutient notamment l’abolition du couvre-feu, la reconnaissance d’initiatives comme le feu campement Notre-Dame et la décriminalisation des drogues.
Le 26 janvier dernier, les élu·e·s de Montréal adoptaient, à 47 votes contre 13, une motion réclamant au gouvernement fédéral la décriminalisation de la possession simple de drogues pour usage personnelxii. Cette motion, sur une approche basée sur la santé publique et non sur la répression, est peut-être la première d’une série de mesures qui mèneront, à terme, à la décriminalisation.
Révision de fond : Alexandre Dubé-Belzile
Révision linguistique : Any-Pier Dionne
i Olivier Faucher, « Drogues : le couvre-feu et l’autre crise de la santé publique », Métro, 27 janvier 2021. https://journalmetro.com/actualites/montreal/2606103/drogues-couvre-feu-crise-sante-publique/.
ii Simon Coutu, « La COVID-19 chamboule le marché de la drogue », Radio-Canada, 17 juin 2020. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1712660/coronavirus-drogue-marche-changements-impacts.
iii Yasmine Khayat, « Cannabis alcool et tabac pour passer à travers la pandémie »,Radio-Canada, 3 mars 2021. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1774426/cannabis-alcool-tabac-pandemie-sondage-sante-mentale.
iv Ibid.
v Olivier Faucher, op.cit.
vi Simon Coutu, op.cit.
vii Olivier Faucher, op.cit.
viii Ibid.
ix « La naloxone », Santé publique Ottawa, 3 mars 2020. https://www.santepubliqueottawa.ca/fr/public-health-topics/naloxone.aspx.
x André-Anne Parent, Miguel Bergeron-Longpré et Antoine Bertrand-Deschênes, « Crise des surdoses. Une analyse de contenu des rapports du coroner », 2019. https://aqpsud.org/wp-content/uploads/2020/12/Rapport-AQPSUD-doc-final.pdf.
xi Marie-Eve Cousineau, « Des centres d’intervention en dépendance proches de fermer », Le Devoir, 8 février 2021. https://www.ledevoir.com/societe/sante/594816/coronavirus-des-centres-d-intervention-en-dependance-proches-de-fermer.
xii Jeanne Corriveau, « Montréal favorable à la décriminalisation de la possession simple de drogue », Le Devoir, 26 janvier 2021. https://www.ledevoir.com/politique/montreal/594051/montreal-favorable-a-la-decriminalisation-de-la-possession-simple-de-drogue.
par Adèle Surprenant | Mar 19, 2021 | Analyses, Québec
Le 23 mars 2020, le gouvernement caquiste annonçait l’imposition d’un confinement d’au moins trois semaines, premier pas d’une série de mesures sanitaires qui ponctuent depuis l’actualité – et le quotidieni. Au Québec et ailleurs, de nombreuses voix se sont élevées contre une réponse politique jugée, entre autres, « liberticide ». Alors que les feux sont braqués sur les antimasques, antivaccins ou carrément coronasceptiques, d’autres formes de contestation se mettent en place.
« Plus l’état d’urgence avance, plus la légitimité du gouvernement doit être questionnée », prévenait le juriste et professeur Louis-Philippe Lampron durant un webinaire organisé par la Ligue des droits et libertés (LDL) du Québec, le 24 février 2021ii.
Au Québec, l’état d’urgence est reconduit depuis le 13 mars 2020, en vertu des articles 118 et suivants de la Loi sur la santé publiqueiii. Aux dix jours, décrets et arrêtés ministériels se succèdent pour prolonger l’état d’urgence sanitaire, sans consultation du parlement.
« Un très petit nombre de personnes exerce le pouvoir exécutif actuellement. Ce nombre restreint de personnes prend des décisions majeures relatives aux droits fondamentaux des gens, sans qu’il y ait délibération ou discussion sur le bien-fondé de ces décisions », écrivait Christian Nadeau, professeur de philosophie politique à l’Université de Montréal, dans un communiqué de la LDL paru le 28 avril 2020iv. Près d’un an plus tard, le gouvernement de François Legault maintient une gestion de la pandémie sur le mode de la « crise », une gestion de plus en plus critiquée. Le couvre-feu, en vigueur depuis le 6 janvier dernierv, compte parmi les mesures pointées du doigt, à droite comme à gauche.
« Financer la santé, pas les policiers »vi
Alors que le premier ministre affirmait sur les réseaux sociaux qu’« avec le couvre-feu, on a réduit le nombre de cas », il n’existe aucune preuve du lien entre cette mesure et la diminution des tests positifs, constatée depuis sa mise en vigueurvii. Le manque d’appui sur des conclusions scientifiques est une des choses que reproche Pascalviii au gouvernement : « le couvre-feu n’est pas seulement inutile, mais il est aussi dangereux », soutient le militant du collectif Pas de solution policière à la crise sanitaire, qui a préféré témoigner anonymement.
Il rappelle le cas de Raphaël André, 51 ans, décédé à la mi-janvier à Montréal après avoir passé la nuit à quelques mètres d’un refuge ferméix. Sa mort avait suscité de nombreuses critiques sur l’application du couvre-feu aux personnes en situation d’itinérancex, finalement exemptées temporairementxi.
« On s’oppose au couvre-feu, mais aussi à l’ensemble des mesures autoritaires et policières à la crise sanitaire », poursuit Pascal, citant à titre d’exemple la distribution de contraventions, ou encore l’augmentation du budget de la police. En date du 18 février 2021, 6 557 constats d’infractions à la Loi sur la santé publique avaient été distribués au Québec, le montant des amendes récoltées totalisant plus de 9,7 millions de dollarsxii.
Le collectif, qui a organisé deux manifestations les 16 janvier et 7 février dernier dans les rues de la métropole, s’inscrit dans une mouvance de gauche extraparlementaire. Il se distingue fortement des opposants aux mesures sanitaires d’inspiration conspirationniste. Les antimasques et les antivaccins n’étaient d’ailleurs pas les bienvenu·e·s dans les rassemblements qu’a organisés le collectif, où on a invité les quelques centaines de participant·e·s à respecter les gestes barrières.
Pour les militant·e·s du collectif, qui est suivi par près d’un millier de personnes sur Facebook, la pandémie est avant tout un problème sanitaire, qui doit se résoudre à l’échelle sanitaire.
Pascal dénonce le manque d’investissement dans le système de santé public : « une des raisons pour lesquelles la Covid-19 est mortelle, c’est parce que depuis trente ans les gouvernements caquiste, libéraux et péquistes ont coupé dans le système de santé, ce qui fait qu’il va beaucoup plus vite qu’autrefois et nous rend très vulnérables à une pandémie », explique-t-il àL’Esprit libre.
Parmi les revendications du collectif, on trouve le désinvestissement dans les services de police, dans la foulée du mouvement Defund the police. Le militant croit que la crise sanitaire est plutôt une occasion de « mettre de l’avant des solutions d’entraide et de solidarité, des alternatives qui mettraient de l’avant un réinvestissement massif dans le filet social et les services sociaux ». Il se désole de constater une réponse inverse du gouvernement, qui adopte selon lui une approche individualiste de l’endiguement de la crise, tout en favorisant l’économie au détriment de l’intégrité physique et psychologique d’une partie de la population.
Il n’y aura pas d’avant pour les arts vivants
Avec la réouverture des écoles et des commerces, les rues de Montréal ont retrouvé un semblant de normalité. Mais certains secteurs d’activités sont encore profondément affectés par les restrictions sanitaires. C’est le cas des arts vivants comme le théâtre ou la danse, privés quasi intégralement de leurs lieux d’exercice depuis le début de la pandémie.
Aux lendemains de l’annonce du premier confinement, en mars 2020, l’auteur et metteur en scène Hugo Fréjabise et certain·e·s de ses collègues ont tout de suite cherché à s’organiser pour continuer à créer, confiné·e·s. Il se souvient avoir rapidement pris conscience que, pour lui, le théâtre ne pouvait pas exister surZoom ou Facebook Live, qu’il lui fallait un public en chair, en os et en masques. S’est alors entamé un processus de réflexion, dont la conclusion est sans équivoque : « le théâtre n’a pas été bouleversé par l’épidémie, mais l’épidémie a révélé ce qu’il y avait de problématique dans les arts vivants », affirme M. Fréjabise, joint par téléphone.
Même si les artistes en arrêt de travail ont pu toucher les aides financières d’urgence, il s’inquiète que rien n’ait été fait pour assurer la survie des arts vivants en tant que tels. « On s’est vite rendu compte qu’il fallait agir par nous-mêmes et ne pas faire de motions pour le gouvernement, les grands théâtres, le Conseil des Arts et tout ça, qui n’ont rien fait pendant un an », poursuit-il, évoquant une « perte de confiance totale » vis-à-vis des institutions supposées représenter et défendre les intérêts des artistes, et surtout de leurs arts.
À l’été 2020, M. Fréjabise et ses collègues ont donc pris d’assaut les parcs de Montréal pour y jouer une pièce créée entièrement depuis le début de la pandémie. Aussi, malgré le temps froid, des manifestations-évènements sont organisées ponctuellement dans les lieux publics de la ville par différents collectifs, à défaut d’avoir accès aux salles de théâtres. D’ailleurs, celles-ci demeurent fermées jusqu’à nouvel ordre, malgré l’annonce de la réouverture des cinémas à compter du 26 févrierxiii.
En parallèle, les mesures proposées par le ministère de la Culture et des Communications sont insatisfaisantes pour M. Fréjabise, qui souligne que les bourses offertes pour la création sont désormais fortement orientées vers le théâtre numérique. « On nous propose de devenir des youtubeurs en puissance », commente-t-il, ajoutant qu’il s’oppose à cette injonction du « réinventez-vous en 2.0 ».
« Pour nous, ce serait une résistance de dire que le théâtre ça se passe en forêt, ça se passe dans la rue, ça ne se passe pas par écran », insiste l’auteur et metteur en scène, se faisant le porte-voix de dizaines d’artistes avec lesquels il travaille d’arrache-pied pour continuer à créer, en dépit des contraintes sanitaires. Sur l’avenir du théâtre postpandémie, il souhaite échapper à un mouvement qu’il qualifie de gauche réactionnaire qui appellerait à un retour au monde d’avant. Pour lui, en ce qui concerne la place accordée aux arts vivants dans la société québécoise, « l’avant, ce n’était déjà pas terrible ».
i Olivier Bossé, « COVID-19 : le Québec “sur pause” pour au moins trois semaines », Le Soleil, 23 mars 2020. https://www.lesoleil.com/actualite/covid-19-le-quebec-sur-pause-pour-au-moins-trois-semaines-video-01afbdb0751d8b91c6be329c812b1057.
ii « Webinaires », Ligue des droits et libertés. https://liguedesdroits.ca/webinaires/.
iii Mesures prises par décrets et arrêtés ministériels en lien avec la pandémie de la COVID-19, Gouvernement du Québec. https://www.quebec.ca/sante/problemes-de-sante/a-z/coronavirus-2019/mesures-prises-decrets-arretes-ministeriels/#:~:text=le%2022%20juillet%202020%2C%20du,pand%C3%A9mie%20de%20la%20COVID%2D19%20.
iv « Communiqué : Mesures d’urgence et déconfinement – La crise sanitaire réveille de vieilles urgences déjà bien connues », Ligue des droits et libertés, 28 avril 2020. https://liguedesdroits.ca/communique-deconfinement-dh/.
v David Rémillard, « “On ne saura jamais” l’impact du couvre-feu sur le nombre de cas de COVID-19 », 24 janvier 2021. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1765499/couvre-feu-efficacite-science-covid19-quebec.
vi Slogan entendu lors des manifestations organisées par le collectif Pas de solution policière à la crise sanitaire.
vii Ibid.
viii Nom fictif.
ix Thomas Gerbet, « Un itinérant de Montréal est mort après avoir passé la nuit devant un refuge fermé »,Radio-Canada, 18 janvier 2021. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1763930/itinerant-montreal-mort-toilettes-nuit-dehors-refuge-ferme.
x Maud Cucchi, « L’opposition enjoint au gouvernement Legault d’exempter les itinérants du couvre-feu », Radio-Canada, 25 janvier 2021. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1765712/itinerance-legault-couvre-feu-covid-pandemie-exemption.
xi Jérôme Labbé, « Les itinérants exemptés temporairement du couvre-feu au Québec », Radio-Canada, 26 janvier 2021, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1766147/suspension-application-couvre-feu-itinerants-cour-superieure.
xii Marco Bélair Cirino, « Bond des constats d’infraction liés aux règles sanitaires »,Le Devoir, 18 février 2021. https://www.ledevoir.com/politique/quebec/595383/non-respect-des-consignes-le-nombre-de-contraventions-a-bondi-sauf-a-montreal.
xiii « La majorité des salles de cinéma rouvriront le 26 février au Québec », Radio-Canada, 19 février 2021. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1772115/reouverture-salles-cinema-26-fevrier-quebec-covid-coronavirus?depuisRecherche=true.
par Adèle Surprenant | Fév 20, 2021 | Analyses, Canada, Québec, Societé
Plus d’une décennie après les évènements du G20 de Toronto, quelque 1100 arrêté·e·s s’apprêtent à tourner la page. Le 19 octobre 2020, la Cour supérieure de l’Ontario a approuvé l’entente à l’amiable conclue en août entre les représentant·e·s des arrêté·e·s et la Commission des services policiers de Torontoi. Les membres du recours collectif avaient jusqu’au 16 février pour réclamer leur part du dédommagement financier de 16,5 millions de dollars prévu par l’ententeii. À cela s’ajoutent les excuses formelles de la police, une premièreiii.
Les 26 et 27 juin 2010, le centre-ville de Toronto accueille le sommet du G20. Au rendez-vous, les chefs d’État et représentant·e·s des grandes puissances mondiales, mais aussi 21 000 policier·ère·s et agent·e·s de sécurité, déployé·e·s dans les rues de la métropoleiv.
Sur les milliers de manifestant·e·s rassemblé·e·s au courant de la fin de semaine, environ 1100 sont arrêté·e·s et détenu·e·s dans des conditions portant atteinte aux droits fondamentaux. Dix ans plus tard, elles et ils recevront entre 5000 et 24 700 dollars par personne. L’entente stipule également que le Service de police de Toronto s’engage à modifier certaines de ses pratiques, en plus de présenter des excuses publiques pour la première fois de l’histoire des forces de l’ordre canadiennes. Cette compensation est-elle jugée suffisante par les personnes arrêtées sans motif valable, victimes de ce qui a été qualifié de « plus massive compromission des libertés civiles de l’histoire du Canadav »?
Abus de pouvoir
À bord de l’autobus qui devait l’emmener de Montréal à Toronto, Sonia Palato est informée par un groupe de militant·e·s des mesures de sécurité et des recours légaux en cas d’arrestation. « Mais je ne me sentais vraiment pas concernée, parce que de toute façon, j’allais juste participer à des manifestations légales, comme en touriste », se souvient l’étudiante, qui avait à l’époque 21 ans.
Sur place, elle est témoin de peu de grabuge, et n’aperçoit que de loin les affrontements entre les forces de l’ordre et les manifestant·e·s. Comme une centaine d’autres Québécois·es, qui ont fait la route pour participer aux manifestations dans le cadre du G20, elle passe la nuit dans le gymnase de l’Université de Toronto. Aux alentours de sept heures du matin, elle est réveillée, un fusil pointé sur la tête. Encore endormie, Mme Palato ne comprend pas ce qui lui arrive : elle croit d’abord que l’opération policière en cours a pour but d’arrêter quelques manifestant·e·s ciblé·e·s durant le rassemblement de la veille par les forces de l’ordre. Rien ne lui laisse à penser qu’elle est en train d’assister à sa propre arrestation.
Ce n’est que trois ou quatre heures plus tard que toutes les personnes présentes dans le gymnase se font escorter par les policier·ère·s dans un centre de détention provisoire, emménagé pour l’occasion dans les locaux d’un ancien studio de cinéma. Les arrêté·e·s y passeront entre 24 et 70 heures, pour certain·e·s, sans pouvoir parler à un·e avocat·e ou appeler un·e prochevi.
Des cellules surpeuplées, climatisées alors que de nombreux·ses détenu·e·s ne portent que des vêtements légers, des infiltrations d’eau sur le sol, qu’elles et ils doivent arpenter sans chaussures… Les humiliations décrites par les arrêté·e·s contacté·e·s par L’Esprit libre, sont nombreuses : fouilles à nu, toilettes sans portes les contraignant à faire leurs besoins devant policier·ère·s et codétenu·e·s, commentaires sexualisants, racistes, dénigrants. Certaines personnes sont privées de leurs médicaments contre le diabète ou encore la schizophrénie.
« De l’abus de pouvoir », juge Mme Palato, qui est libérée le deuxième soir de son arrestation avec quatre autres personnes, laissées à elles-mêmes en périphérie de Toronto. Les accusations tenues contre elle ont été abandonnées l’année suivante. Plusieurs arrêté·e·s ont été accusé·e·s de complot pour commettre un acte criminel, un délit passible d’emprisonnement.
L’engagement de caution d’un détenu, obtenu par L’Esprit libre, stipule entre autres que la ou le prévenu·e ne doit « pas participer à des manifestations, à moins qu’il ne s’agisse de manifestations paisibles et légitimes, ou être présent[·e] sur les lieux, et que si cette manifestation devient illégale ou non paisible, [il ou elle doit] quitter les lieux immédiatement ».
Le risque de judiciarisation derrière elle, Mme Palato dit avoir eu pour réflexe le détachement. « Ce n’est que des années plus tard que je me suis rendu compte que ça a créé un traumatisme », affirme-t-elle. Au téléphone, elle raconte s’être réveillée en panique plusieurs nuits, alors que le sommet de Toronto célébrait à l’été 2020 son dixième anniversaire : « chaque nuit, je pensais qu’il y aurait quelqu’un qui m’attendrait avec un gun ».
Les symptômes post-traumatiques ne sont pas non plus étrangers à Guim Moro, qui a passé 27 heures au centre de détention provisoire avant d’être libéré, lui aussi sans accusions. Le musicien affirme avoir passé les trois quarts de son temps d’enfermement menotté. Lorsqu’il performe dans des festivals, où les bracelets en plastique sont souvent substitués aux billets d’entrée, il ressent encore le poids de ses menottes d’antan.
Des avis partagés
« J’ai vu comment ce type d’événements là peut casser des gens », affirme Guim Moro, tout en insinuant que le mouvement, lui, n’a pas été freiné par la répression policière.
D’où la nécessité d’un recours collectif qui « n’a pas été fait dans une optique d’avoir de l’argent, mais dans une optique d’avoir un précédent (judiciaire) » qui n’a, selon lui, été établi qu’à moitié. Si l’affaire s’était résolue par la voie d’un procès, le jugement aurait fait jurisprudence. Les conclusions d’une entente à l’amiable n’ont pas valeur juridique, ce que déplorent certain·e·s arrêté·e·svii.
« Moi ça ne m’aurait pas dérangé de faire un autre dix ans, que ça rentre en cours et que finalement il y ait un réel précédent, que le gouvernement et la police soient [reconnus] coupables et ne puissent pas refaire ce genre de trucs là », affirme Guim Moro. Il se dit déçu et attristé d’une entente « régressive » qui, survenue en parallèle du mouvement Black Lives Matter, aurait d’après lui pu mener à considérer un désinvestissement dans les services policiers.
« C’est beaucoup d’insatisfaction que les gens peuvent vivre, c’est clair. Si on était allé·e·s jusqu’au bout et qu’on était allé·e·s en procès, on aurait gagné, on aurait eu une reconnaissance écrite et complète de la violation de nos droits. Pour plusieurs personnes, ça aurait été vraiment significatif », renchérit Jacinthe Poisson, membre de la Ligue des droits et libertés, juriste et militante. Aussi arrêtée durant le G20 de Toronto, elle se dit pourtant satisfaite de l’entente. « Je ne sentais plus brûler en moi la souffrance et l’injustice que j’ai vécues il y a dix ans », explique-t-elle, ajoutant également qu’un long processus judiciaire aurait pu réactiver les traumatismes.
Impunité policière
« C’est normal qu’il y ait un article dans notre Code criminel qui dit que c’est interdit de comploter […], soutient Mme Poisson. Ce n’est pas l’existence de cet article-là qui est un problème, dit-elle, mais comment la police l’a appliqué. » Avec brutalité et sans discernement, à en croire différents témoignages.
Mme Poisson souligne néanmoins l’impunité des corps policiers, à l’issue de l’entente à l’amiable : « On le savait tous qu’à travers le recours collectif nous n’allions jamais obtenir de punition pour les policiers [et policières] ou des chefs politiques qui sont derrière les décisions qui ont été prises. » Peu de policier·ère·s ont été sanctionné·e·s sur une base individuelle, et seulement un haut gradé s’est vu retirer 60 jours de vacances payéesviii. Le policier qui a donné l’ordre d’arrêter les Québécois·es dans le gymnase a pris une retraite préventive et s’est soustrait à tout processus disciplinaire, selon Mme Poisson.
Bill Blair, chef du Service de police de Toronto au moment du G20, a quant à lui été nommé ministre fédéral de la Sécurité publique et de la Protection civile en 2019.
« Ça a été une vraie guerre d’usure », commente la juriste, qui se dit maintenant prête à tourner la page. Pour Guim Moro, l’héritage des évènements de 2010 et de la bataille du recours collectif qui a suivi, lui, n’est pas près de disparaître. Un évènement charnière, selon lui, qui a permis d’introduire sur la place publique des questionnements sur le rôle de la police, la répression des personnes racisées ou encore des peuples autochtones.
« Regardez, au Canada aussi ça arrive des choses comme ça. Historiquement, c’est arrivé, même si on n’en parle pas trop qu’il y a eu des répressions depuis le début de la colonisation », dit le musicien. Interrogé sur l’impact de la médiatisation de la répression policière, il souligne que la représentation médiatique du G20 a effectivement été plus importante que celle d’autres mouvements, ce qu’il explique par le fait que les personnes arrêtées à Toronto étaient majoritairement blanches.
Même s’il estime qu’il n’y a pas de réelle volonté de repenser et de réformer les services policiers, Guim Moro croit que le G20 a permis d’entamer un processus de prise de conscience collective, toujours en cours.
i « G20 de Toronto : règlement de 16,5 millions dans un recours collectif contre la police »,Radio-Canada, 17 août 2020. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1727120/g20-recours-collectif-police-toronto-reglement.
ii Ibid.
iii Jacinthe Poisson, « G20 de Toronto : l’impunité policière persiste et signe », Ligue des droits et libertés, 29 octobre 2020. https://liguedesdroits.ca/carnet-g20-toronto-impunite-police/.
iv Ibid.
v Wendy Gillis, « “We regret thet mistakes were made” : Toronto police acknoledge “unacceptable” mass arrests at 2010 G20 protests », Toronto Star, 19 octobre 2020. https://www.thestar.com/news/gta/2020/10/19/we-regret-that-mistakes-were-made-toronto-police-acknowledge-unacceptable-mass-arrests-at-2010-g20-protests.html.
vi Jacinthe Poisson, op.cit.
vii Ibid.
viii Ibid.