Communautés autochtones et projets pétroliers

Communautés autochtones et projets pétroliers

Les Premières Nations exigent le consentement plutôt qu’une simple consultation symbolique et proposent des solutions de rechange aux hydrocarbures.

La maison du développement durable accueillait le 23 février dernier la table ronde Projets d’hydrocarbures au Québec : quel rôle pour les communautés autochtones? Trois représentant-e-s des communautés mohawk, innue et mi’gmaq, qui sont directement touchées par différents projets d’hydrocarbures, étaient présent-e-s pour discuter des enjeux que ces projets pétroliers soulèvent, ainsi qu’un avocat spécialisé en droit autochtone. Au menu : des plaidoyers exigeant le consentement des Premières Nations plutôt qu’une simple consultation symbolique, et des propositions de solutions aux hydrocarbures.

Plus que consultation : consentement

Les trois représentant-e-s présent-e-s à la table ronde déplorent des « consultations superficielles », qui se limitent à l’écoute : « Actuellement, on est consulté-e-s, mais on ne le voit pas dans leurs décisions! », déplore Jean-Charles Piétacho, chef du Conseil des Innus d’Ekuanitshit.

Depuis 1982, l’obligation de consulter les Premières Nations figure à l’article 35 de la Loi constitutionnelle canadienne. Ce droit est toutefois plutôt flou : « Le contexte dictera ce qu’il faut faire pour respecter cette obligation et faire preuve d’honneur dans les transactions » (1)

Tanya Barnaby, directrice des ressources naturelles du secrétariat Mi’gmawei Mawiomi, s’insurge elle aussi qu’il soit monnaie courante pour l’industrie pétrolière et le gouvernement de ne pas prendre en considération la voix des habitant-e-s du territoire touché. Sa communauté a appris dans les nouvelles le projet de Train chaleur, qui passerait par le territoire mi’gmaq de Listuguj pour transporter le pétrole vers Belledune, au Nouveau-Brunswick. Le gouvernement du Nouveau-Brunswick refusait carrément toute consultation directe avec les Mig’maq de Listuguj, faisant fi du devoir constitutionnel. La cause est présentement en cour et un jugement devrait être rendu en mars 2016.

Serge Simon, grand chef du conseil mohawk de Kanesatake, a par ailleurs rappelé que les terres de nombreuses communautés autochtones au Québec n’avaient jamais été cédées : «  C’est à nous de faire le choix; […] on est des nations souveraines ». Lui aussi déplore les failles des instances de consultation, qui s’entêtent à refuser d’entendre les revendications autochtones. Il dénonce l’emprise de l’industrie pétrolière, qui contrôle même les instances de consultation, les rendant illégitimes à son avis.

Pour mieux se défendre, il mise sur une alliance qui regrouperait les communautés autochtones parsemées tout le long du tracé du pipeline projeté jusqu’en Colombie-Britannique. Selon lui, une telle solidarité renforcerait le poids des Premières Nations dans la prise de décision. Mais il n’hésite pas à lancer un appel à un ralliement plus général : « C’est le temps d’obtenir le soutien d’autres groupes. » À ses yeux, une unité plus vaste, qui inclurait les Premières Nations et d’autres groupes allochtones qui s’opposent aux projets d’hydrocarbures, renforcerait le pouvoir du peuple face à la puissante industrie pétrolière.

Des solutions proposées

Pour les représentant-e-s autochtones, il est « inconcevable » que des fonctionnaires dans des bureaux à Québec, Montréal ou Ottawa émettent des permis pour des projets qui comportent autant de risques pour l’environnement. Comme le souligne le grand chef Serge Simon, « les modes de vie sont reliés à nos terres [et] il n’y a pas de territoire B ». Les risques liés aux projets pétroliers sont incontestables, et leurs impacts sur les modes de vie traditionnels seraient dévastateurs.

Monsieur Simon dénonce le « développement très irresponsable » auquel on assiste présentement, soulignant qu’il existe des solutions de rechange au pétrole : « La technologie est là (ex : énergie tesla, hydrogène, etc.), mais tant que l’industrie pétrolière aura le pouvoir, il n’y aura pas de changement. » Il affirme qu’aux États-Unis, plus de 4 000 brevets pour des sources d’énergie autres que pétrolières ont été supprimés au nom de la « sécurité de la nation ».

Monsieur Piétacho martèle quant à lui qu’il n’est pas contre le développement, mais il plaide qu’il faut réfléchir : « Pour qui est ce développement? » Le chef innu exige que le développement sur son territoire soit durable et profitable à la population locale plutôt qu’à l’industrie pétrolière. Il faudrait donc un profond changement de la volonté politique pour donner une place aux sources alternatives d’énergie et mettre de l’avant le bien-être de la collectivité plutôt que les intérêts privés.

Monsieur Piétacho souligne toutefois la « lueur d’espoir » entrevue avec le nouveau gouvernement fédéral, qui semble un peu plus ouvert à accorder l’égalité que revendiquent les Premières Nations dans la prise de décision et la possibilité d’envisager des solutions à l’exploitation pétrolière traditionnelle. Espérons que le combat mené par les autochtones pour le consentement préalable aux projets d’hydrocarbures et pour la remise en question de l’industrie pétrolière servira d’inspiration aux allochtones qui s’opposent aussi en grande partie aux projets pétroliers, et que le peuple uni pourra amener un véritable changement.

(1) Gouvernement du Canada, Affaires autochtones et du Nord, « Consultation et accommodement des Autochtones – Lignes directrices actualisées à l’intention des fonctionnaires fédéraux pour respecter l’obligation de consulter ». Page consultée le 3 mars 2016.  https://www.aadnc-aandc.gc.ca/fra/1100100014664/1100100014675

CRÉDIT PHOTO: Frédéric Vissault 

De la fibre optique dans l’Arctique : la route sous-marine des millions à haute vitesse

De la fibre optique dans l’Arctique : la route sous-marine des millions à haute vitesse

Par Marie-Claude Belzile

Pendant que Stephen Harper tente de démontrer la souveraineté du Canada dans l’Arctique, Douglas Cunningham, un investisseur expert dans le marché de la technologie des télécommunications à fibre optique, dépose depuis cet été un câble géant dans l’océan présentement le plus convoité de la scène politico-économique internationale.

Douglas Cunningham, c’est l’homme à la tête de la compagnie torontoise Arctic Fibre. Sur le site web d’Investing.businessweek.com[i], on peut lire qu’il a lancé et financé plusieurs projets de télécommunications ces vingt dernières années, principalement dans les Antilles. On y apprend aussi qu’il a été analyste financier au Canada et a été considéré comme le numéro un entre  les années 1982 et 1993. Pour lui,  «Shrinking Arctic is creating a golden opportunity.[ii]», et c’est avec cette idée qu’il a amorcé le projet de réduire de 7000 km le chemin le plus court (réseau internet actuel reliant Londres à Tokyo) en empruntant la voie désormais navigable de l’Extrême-Arctique. C’est un projet avoisinant les 600 millions de dollars canadiens, et peut-être 1,5 milliards si tout ne va pas comme prévu, c’est-à-dire si les gouvernements fédéral et provincial passent à côté de l’opportunité d’investir dans le projet.

Le projet

Arctic Fibre, supporté par AECOM (firme multinationale de design et d’ingénierie écoresponsable) et associé à diverses compagnies et organisations paragouvernementales au Nunavut, au Nord-du-Québec  et en Alaska, propose une solution de rechange au service internet par satellite qui dessert actuellement le Nord avec des technologies peu fiables, coûteuses et désuètes. C’est l’utilisation de la fibre optique qui est au centre du projet, soit un câble sous-marin de plus de 15 000 kilomètres, dont 31 seront acheminés par voie terrestre.  Le câble passera de la mer de Beaufort à la frontière Yukon-Alaska de l’extrême nord du Pacifique, à l’est de la mer de Baffin et au sud de la Baie d’Hudson et de la Baie James. La partie terrestre de 31 km sera acheminée sur la presqu’île de Boothia. Même si le projet est en cours depuis 2009 et que les premiers kilomètres de sondages des fonds océaniques ont lieu au Nunavut depuis la mi-août 2014, ce n’est pas avant 2016 qu’Arctic Fibre croit pouvoir fournir ses premiers lots de gigabytes. Ne désirant pas faire de vente au détail, c’est en fait aux compagnies de distribution déjà en place que des lots de bande passante seront vendus, et ces dernières les revendront à leurs clients, soit aux villageois du Grand Nord et aux entreprises locales.

Les instigateurs du projet

Si certains investisseurs du projet demeurent encore anonymes, il n’est pas sans intérêt de noter que le siège d’Arctic Fibre est situé dans l’un des paradis fiscaux les plus connus, soit aux Bermudes. Cunningham y a déjà séjourné auparavant pour s’occuper d’affaires externes à Arctic Fiber, concernant entre autres le câble BUS-1 géré par GlobeNet[iii], un projet de connexion à fibre optique similaire reliant les États-Unis, les Bermudes, la Colombie, le Venezuela et le Brésil. Les Bermudes, en tant que territoire outremer du Royaume-Uni, ne sont pas sans lien avec le fait que le marché boursier de Londres soit parmi les premiers bénéficiaires de l’installation d’Arctic Fibre. Réduire la distance du câble entre la City de Londres et la bourse de Tokyo équivaut à augmenter plus que substantiellement les gains des échangeurs de devises et des marchands boursiers.

L’apport du câble à fibre optique

Par rapport à la connexion satellite, le projet de fibre optique de Cunningham apporte avec lui de forts arguments pour s’attirer la part des investisseurs qui lui manque, soit les instances gouvernementales, les résidents des communautés nordiques et les compagnies de télécommunications. Arctic Fibre propose donc 1) de fournir un accès à 4G de bande passante en haute vitesse;  2) d’occasionner du même coup une augmentation des services gouvernementaux (à condition qu’ils prennent part au projet) dans le domaine de l’éducation et de la télémédecine; 3) de donner un accès aux services de streaming pour le marché de l’audiovisuel; 4) d’améliorer indirectement l’économie locale en offrant une connectivité moins coûteuse aux PME; 5) d’augmenter la rapidité des interactions boursières internationales (trois à quatre fois plus rapide que la connexion par satellite actuelle, et surtout, dix fois moins cher). En effet, la liste est alléchante.

La technique marketing est intéressante : promettre une meilleure autonomie, la création de nouveaux emplois, une amélioration de la qualité de vie et tout cela, grâce à un simple câble à fibre optique. Il est question d’empowerment politique[iv], de donner une vision d’autonomie arrivant au Grand Nord, alors qu’en réalité, ce grand projet semble créé pour les grandes compagnies pétrolières et minières et pour le monde des échanges boursiers. Parmi les stations d’atterrissage des installations du câble, certaines sont d’ailleurs à proximité de grandes pétrolières, dont la Deadhorse Prudhoe Bay Oil Field enAlaska, ou encore d’installations scientifiques et militaires gouvernementales, telle la Station de recherche du Canada dans l’Extrême-Arctique, qui se construit présentement à Cambridge Bay au Nunavut. Chasibi, dans le nord du Québec, a aussi été choisie en fonction de sa proximité avec le chemin de la Baie James et des infrastructures à proximité.

Ainsi, ce n’est qu’indirectement et que si le gouvernement investit (ce qu’il risque faire étant donné que son contrat actuel de connexion par satellite prend fin en 2016 et qu’Arctic Fibre sera prêt cette année-là) que les communautés pourront observer l’étendue des bienfaits de ce qu’offre Arctic Fiber. Si le gouvernement n’investit pas et si les compagnies de télécommunications désirent demeurer avec le satellite, malgré les frais et l’instabilité de la connexion, les bienfaits du projet pourraient ne jamais voir le jour. En fait, si Arctic Fibre n’attire pas dans son projet tous les investisseurs qu’il souhaite, seulement 52% des villageois des communautés de l’Arctique auront accès au service. Pour que 99% de la population soit comblée, il faudrait que les phases 2 et 3 du projet se concrétisent, éventualité encore incertaine à ce jour.

Qui gagnerait quoi?

En octobre 2013, dans sa proposition finale donnée à divers organismes paragouvernementaux et gouvernementaux, Arctic Fibre mentionne que jusqu’à présent, 480 personnes ont été consultées, mobilisées, sollicitées, depuis 2011. De ce lot, 160 résident au Nunavut, parmi lesquels des trappeurs, chasseurs et pêcheurs. Les consultations publiques avaient encore lieu cet été et elles risquent de se poursuivre encore pour les quelques mois à venir, alors que la saison froide ralentira les travaux et que certaines questions, craintes et insatisfactions se font encore sentir quant à la pose du câble.

Les fermes à serveurs numériques

L’informatique en nuage, plus connue sous le nom de cloud computing, est le fait de bien savoir utiliser la puissance de calcul et de stockage de serveurs informatiques éloignés les uns des autres à l’aide d’un réseau, tel internet. Ces serveurs ont une valeur marchande, loués à la demande, parfois au forfait ou à la tranche d’utilisation. Avec le câble sous-marin d’Arctic Fibre, plusieurs géants américains ont d’ailleurs énoncé publiquement le projet d’établir ces fermes dans le but de profiter du froid.- oui, du climat naturellement réfrigéré de l’Arctique – et d’une bande passante haute vitesse fiable. Facebook a déjà son propre serveur dans le nord de la Suède[v], alors que le Québec aimerait bien attirer de nouveaux clients sur ses terres arctiques. L’idée derrière la création de ces fermes est de réduire à zéro les coûts liés à la climatisation, technologie essentielle au bon fonctionnement des serveurs dans les pays où le climat est chaud ou tempéré. La méthode consiste à retirer l’air du bâtiment où sont déposés les serveurs et d’y faire pénétrer par aspiration l’air froid de l’extérieur, de manière mesurée, tout en gérant le taux d’humidité des bâtiments.

La Station de recherche du Canada dans l’Extrême-Arctique (SRCEA)

Situé à Cambridge Bay, la SRCEA (CHARS en anglais) profiterait d’une connexion à fibre optique pour les activités de recherche qui y sont prévues dans les années à venir. Selon le site internet du gouvernement[vi], la SRCEA devrait «devenir un centre de sciences et de technologies de renommée internationale dans le Nord Canadien[vii]». Projetée depuis 2007, la station devrait ouvrir en 2017, soit pour le 150e anniversaire de la Confédération canadienne, qui est également l’année suivant la connexion officielle donnée par Arctic Fiber. Le projet officiel est d’attirer des scientifiques du monde entier pour faire travailler les résidents du Nord, mais l’idée est principalement d’assurer une forte présence scientifique et militaire dans l’Extrême Arctique et d’y raffermir la gérance gouvernementale canadienne. Cette présence, c’est aux pays de l’Arctic Five (autre que le Canada : les É-U, la Russie, la Norvège et le Danemark) que le gouvernement conservateur désire la démontrer. Cette station est un projet initié dans la «Stratégie pour le Nord Canadien» du gouvernement, qui a pour fin d’exercer la souveraineté canadienne sur 162 000 kilomètres des côtes et 40% des terres arctiques[viii]. Un tel projet exige une garantie sur la fiabilité de sa connexion internet et surtout, que celle-ci puisse être obtenue à moindre coût.

À la bourse

Le câble à fibre optique permet de fournir une bande passante dont la latence est faible[ix], plus faible que la transmission satellite, tout en transférant plus de données en moins de temps. La faible latence est importante pour les services de streaming, pour les communautés de jeux en ligne et les échanges d’algorithmes entre analystes financiers. Tous ces domaines demandent la meilleure qualité comme source de branchement à l’internet, ce qu’offre le câble en fibre optique. Par exemple, pour un client à la bourse, chaque milliseconde «perdue» occasionne cent millions d’opportunités perdues par an ; une différence de 3 millisecondes peut coûter 0,08 cents par action négociée[x]

Le trading haute fréquence (échanges de devises et d’actions à «haute vitesse») compte pour 70% des négociations faites sur les marchés américains, et cette proportion augmente en Europe et en Asie. Ce sont les investissements à court terme, réalisés dans le temps de quelques millièmes de seconde, qui fournissent le plus de liquidités aux marchés boursiers tout en assurant une forte probabilité de petits profits réguliers. Dans cet univers, le gain sur le temps se compte en millisecondes, et c’est justement ce que peut offrir le câble d’Arctic Fibre en empruntant le chemin le plus court suivant la plus petite circonférence du globe terrestre à la latitude septentrionale où il sera déployé. Aujourd’hui, les transactions les plus rapides se font en 230 millisecondes ; avec Artic Fiber, ce sera 170 millisecondes. Ce gain créera une sorte d’émulation sur les marchés boursiers et les analystes devront performer plus que jamais pour rivaliser d’un bout à l’autre de la planète, principalement à Tokyo et à Londres (3e et 4e plus grands stock exchange au monde).

L’Alaska et Quintillion Network

Basée à Anchorage, la compagnie Quintillion agit comme fournisseur de connexion internet haute vitesse aux résidents et aux entreprises locales. Ainsi, supportée financièrement par CALISTA et Futaris inc., lesquelles comptent parmi les 13 corporations régionales d’Alaska pour les autochtones (17 300 résidents), Quintillion organisera aussi la phase 2 d’Arctic Fibre en Alaska. La compagnie se chargera d’installer des câbles terrestres (micro-ondes principalement) et de répartir entre les villages de son État les branchements secondaires au câble sous-marin principal. La Arctic Slope Telephone Association Cooperative (ASTAC), coopérative de propriétaires de 9 communautés autochtones d’Alaska, s’inscrit aussi au nom des investisseurs participants. De son côté, Quintillion a aussi des ententes de partenariat avec l’industrie de la vidéo, laquelle désire créer du trafic sur son réseau. Les investisseurs du marché veulent plus de clients et Quintillion assurera la revente de la bande passante à moindre coût, ce qui attirera plus de clients; ainsi, tous en profiteront[xi].

Les entrepreneurs de la Deadhorse Prudhoe Bay Oil Field (pétrolière américaine numéro un de son domaine d’expertise en Amérique du Nord) investissent aussi dans le projet de câble optique. La firme est opérée par BP (British Petroleum), ExxonMobil (3e plus grande compagnie au monde dans son domaine, descendant directement de la légendaire Rockerfeller’s Standard Oil co.) et Conoco Phillips Alaska (qui est une compagnie d’État à Anchorage). De toute évidence, le monde du pétrole n’a pas hésité à choisir la fibre optique pour se connecter à internet.

Au Nunavut et au Nord-du-Québec

Même si Arctic Fiber compte parmi ses consultantes et consultants l’ancienne mairesse d’Iqualuit, Madelaine Redfer[xii], c’est sans contredit dans cette portion de l’Arctique (et elle n’est pas petite) que l’enthousiasme des résidents et des organismes locaux s’est fait le moins sentir.

Au Nunavut, Adamee Itorcheak, le vice-président du Nunavut Broadband Development Corporation (NBDC), croit que, comme la majorité des projets venus de l’extérieur, il n’y aura pas de phases 2 ou 3 pour l’implantation de fibre optique dans la région. Les seules communautés qui en bénéficient habituellement sont les 3 centres urbains majeurs, soit Iqualuit, Rankin Inlet et Cambridge Bay (lesquelles auront des stations d’atterrissage du câble principal). Il croit que le Nunavut n’a pas besoin d’Arctic Fiber, qu’il y a déjà suffisamment de support gouvernemental et provincial et qu’il vaut mieux conserver le service actuel (par satellite) qui promet de se moderniser[xiii]. Pour que le projet d’Arctic Fiber fonctionne, il y aurait un investissement de 192 millions de plus à faire pour lier les communautés voisines, et Itorcheak ne croit pas que le gouvernement devrait s’en mêler, du moins pas aux dépends des Nunavummiut. Il dit craindre la création d’une «division digitale» intercommunautaire entre les 52% connectés (ou les 92% si Arctic Fiber poursuit jusqu’à la phase 3) et le 48% (ou 8% si la phase 3 est achevée) restant[xiv].

Lors des rencontres de Cunningham avec les communautés du Nunavut et du Nord-du-Québec, plusieurs craintes ont été soulevées : que le gouvernement décide de ne pas investir dans le projet, laissant ainsi la phase 2 et 3 du projet avortée pour les communautés éloignées de câble principal; qu’il y ait des dommages environnementaux dans l’océan et près des stations d’atterrissage; que les profits soient faits sur le dos des résidents et au bénéfice des compagnies de câblodistribution ou encore qu’Arctic Fibre fasse son projet et se lave les mains de ses responsabilités face à la population lorsque le tout sera installé. Sur le site internet de Arctic Fibre, dans la section «Foire aux questions», on peut lire les diverses réponses données à ces craintes par M. Cunningham. De notre lecture, les réponses aux craintes énoncées dans ces lignes ne sont pas satisfaisantes.

De la Baie James à Montréal

Afin de relier Montréal à cette fibre optique -car la métropole provinciale a elle aussi quelques dollars à y gagner- le chemin le plus court serait de prendre la sortie du câble à Chasibi et de le faire descendre jusqu’à Montréal, pour ensuite lui faire rejoindre New York et le New Jersey. Malheureusement, pour que cette portion des travaux soit simplement amorcée, il faudra d’abord restaurer la route qui mène jusqu’à Chasibi par le chemin de la Baie James, car cette route est actuellement trop risquée pour satisfaire aux besoins de circulation d’Arctic Fiber. Cunningham prétend que ce doit être à Hydro-Québec de payer la facture pour restaurer la route. De son côté, la société d’État veut que le gouvernement ou bien Arctic Fiber paient aussi pour leurs besoins. Hydro-Québec se dit prêt à couvrir une partie des frais, s’ils sont équitablement divisés avec les autres qui l’utiliseront, comme cela a été fait lors de la construction des barrages à la fin des années 1970 et 1980.  Cunningham croit que des investisseurs à Montréal devraient s’intéresser au projet s’ils veulent en avoir les bénéfices. Selon lui, si le marché montréalais attend le gouvernement, les travaux ne seront débutés qu’en 2019. Ce délai trop long pourrait faire dévier Arctic Fiber de son chemin et choisir Toronto plutôt que Montréal. Les coûts estimés pour les travaux de la route seraient de près de 200M$. C’est donc dans les mains des entreprises montréalaises que Cunningham laisse la question[xv],  La seule information  recueillie sur le web concernant la portion du projet concernant la vallée laurentienne laisse prévoir peu de travaux additionnels outre ceux projetés dans l’Arctique, sinon des associations avec les grandes compagnies qui distribuent le service internet actuellement, dont Bell Canada[xvi].

Par ailleurs, à Chasibi, des projets scientifiques d’antennes paraboliques semblent avoir déjà attiré les Allemands et les Suédois. Le Canada devrait y déposer la sienne avant 2020. [xvii] Arctic Fibre n’aurait pas choisi cet emplacement sans raison, n’est-ce pas?

L’Asie, une voie de contournement

Le câble crée une voie de contournement au système en place en passant par l’Arctique. Cela permettrait à plusieurs pays de passer ailleurs que par la mer Rouge et les câbles américains qui sont sous haute surveillance. Les centaines de millions d’individus utilisant internet haute vitesse en Asie permettraient à Arctic Fiber de faire 15 à 18 millions de $ par année (en profits)[xviii].

Les avantages… sans études d’impact environnemental

Bien que plusieurs études de préfaisabilité (à ce jour, une quinzaine de versions, rédigées par Arctic Fiber) aient été faites pour informer les diverses instances gouvernementales (Industrie Canada, le Ministère des Ressources Naturelles du Québec, les comités de villages, les mairies et leurs homologues américains), aucune étude de risque d’impact environnemental n’a été faite à ce jour. Une première étude devrait être conduite d’ici les deux prochaines années (2015) et ne prendrait tout au plus que six mois selon Cunningham. Malgré cette lacune importante, plusieurs éléments ont été pris en compte dans deux rapports remis à la Commission OSPAR (pour le Nunavik) et une réalisée par Salter Global Consulting inc. (SGC) à la demande d’Arctic Fibre.

Le câble serait sans effets sur l’air, sans émission de gaz à effet de serre (selon leur site web) et ne causerait aucune autre perturbation des sols que l’installation du câble. Cependant, la chaleur et le champ magnétique qui se dégageront du câble sont envisagés comme des agents perturbateurs de l’écosystème. On ne sait pas à quel point cela posera problème et il n’y a jusqu’à maintenant pas d’étude environnementale précédant les travaux qui permettent de connaître les données exactes à ce sujet.

Selon la 15e version de l’étude de SGC, publiée en 2013, le projet est considéré comme ayant un «impact significatif modéré à élevé». C’est un projet dit «transformatif» et il est jugé moins sévèrement que les projets miniers. Son grand bémol est que même si la capacité de la fibre optique est presque illimitée, la croissance des réseaux sera nécessairement limitée par les coûts d’interconnexion (liens micro-ondes ou satellitaires pour les villages qui n’ont pas un branchement direct au câble principal) et par les fournisseurs locaux qui revendent la connexion aux particuliers. SGC croit que le projet demeure réalisable et serait avantageux comparativement au système en place actuellement. Autrement, l’étude fait mention de plusieurs éléments environnementaux à prendre en considération en ce qui concerne les risques et impacts: 1) l’affouillement glaciaire créant un risque à l’intégrité des câbles par frottement; 2) la glace fixe qui est un risque majeur de bris de câble si deux plaques se rencontrent et se superposent; 3) le forage horizontal qui demande l’emploi d’un équipement lourd et bruyant au bord du rivage; 4) l’installation du câble dans les fonds marins qui perturbe la faune benthique (c’eat-à-dire du fond marin); 5) la cause de 90% des pannes envisagées, qui seront dues à des facteurs externes : ancres des navires, pêche, navigation; et 6) le temps requis pour réparer un bris dans l’hiver extrêmement long de la région concernée, considérant que 34% de la longueur du câble est enfouie dans des lieux inaccessibles sept mois par année[xix].

Selon la commission OSPAR, laquelle a pour mandat de protéger et préserver l’Atlantique du nord-est américain et ses ressources, les impacts écologiques de la fibre optique sont multiples. Sont abordées en premier lieu la turbidité accrue dans les fonds marins et la remise en mouvement de sédiments contaminés, ce qui est problématique pour certaines espèces sensibles tels les bivalves (huîtres, moules, pétoncles); les plus à risque étant les espèces benthiques mobiles, tels les crabes. Une obstruction des mécanismes de filtration par certains organismes des fonds marins pourrait aussi être engendrée par les sédiments remis en circulation. Le câble en lui-même amène l’introduction artificielle d’un substrat dur (l’armature du câble), ce qui peut occasionner un effet de récif en attirant des espèces étrangères à l’écosystème local.  Les émissions de chaleur sont à considérer sérieusement, car le fil conducteur du câble peut atteindre 90°C tandis que la gaine du câble peut atteindre 70°C. Cette énergie thermique peut s’étendre sur un rayon de quelques mètres en périphérie du câble; or, les organismes marins sont pour la plupart très réactif aux changements de température, même minimes. Ces modifications thermiques peuvent occasionner des effets d’éloignement et de rapprochement de différentes espèces, modifiant par la même occasion les comportements migratoires de celles-ci. OSPAR relève aussi que  cette augmentation de température pourrait modifier la physiologie, la reproduction et la mortalité des communautés benthiques. Le champ magnétique provenant du câble risque quant à lui de perturber le système d’orientation des poissons et des mammifères marins, ce qui affecterait en outre leur comportement migratoire, surtout chez les élasmobranches (raies et requins) qui perçoivent très bien ces champs. Enfin, le risque d’accident nucléaire n’est pas négligeable, puisque ce sont des brise-glaces à moteur nucléaire qui sont utilisés pour tracer la route maritime lors des sondages, et qui le seront éventuellement lors des travaux de construction et de maintien de la fibre optique.

Arctic Fibre n’est pas seul

Arctic Fibre est un projet colossal dont on parle très peu. Nous pouvons imaginer que de nombreux débats s’animent autour de celui-ci et qu’une majorité des intéressés préfèrent garder l’anonymat d’ici à ce que toutes les formalités bureaucratiques et monétaires soient réglées.  Pour l’heure, il semble peu probable de voir ce projet tomber dans l’oubli malgré les craintes des résidents du Nord. C’est que de tels câbles ont déjà prouvé leur efficacité (du moins pour le monde des affaires) en Afrique et au Groenland ces dix dernières années. Par ailleurs, Arctic Link et Polarnet, câbles états-uniens et russes, sont aussi en marche dans leurs propres pays, lesquels partagent des frontières communes avec le Canada dans l’Arctique. Deux autres années doivront s’écouler avant que la phase 1 du projet soit complétée : l’histoire et ses développements sont donc à suivre.


[i]     http://investing.businessweek.com/research/stocks/private/person.asp?personId=40106574&privcapId=39103532&previousCapId=39103532&previousTitle=Windward%20Telecom%20Limited

[ii]    http://www.theglobeandmail.com/report-on-business/shrinking-arctic-ice-and-a-golden-fibre-optic-opportunity/article4714817/

[iii]   Pour en connaître davantage sur ce projet BUS-1, veuillez consulter le lien internet suivant : http://globenet.net/globenet-and-te-subcom

[iv]   L’empowerment politique se définit comme une «technique visant à fomer des individus ou des groupes à s’insérer dans des rapports concurrentiels marchands […] [L]a logique néolibérale cherche autant que possible à privatiser ces actions [la compétition remise entre les mains des citoyens] pas forcément dans le sens d’un transfert vers des entreprises privées à but lucratif, mais dans celui d’une prise en charge par ceux-là mêmes qui subissent l’action.» MCFALLS, Laurence. Les fondements rationnels et sociaux des passions politiquesVers une sociologie de la violence contemporaine avec Weber et Foucault, Anthropologie et Sociétés, vol. 32 n°3, 2008, p. 151-172. [v]    http://www.telegraph.co.uk/technology/facebook/8850575/Facebook-to-build-server-farm-on-edge-of-Arctic-Circle.html

[vi]   www.science.gc.ca/SRCEA

[vii]  www.science.gc.ca

[viii] idem

[ix]   La latence est le temps demandé pour recevoir les données envoyées en langage binaire (le bit est l’unité minimale de quantité d’information transmise). Une bonne latence est inversement proportionnelle au temps écoulé, ainsi une latence faible est désirée pour réduire les délais de communication.

[x]    http://www.reseaux-telecoms.net/actualites/lire-de-la-fibre-optique-sous-l-arctique-pour-accelerer-les-echanges-boursiers-24755.html

[xi]   http://arcticfibre.com/arctic-fibre-extends-network-to-northwest-alaskan-communities/

[xii]  Elle a été la première Inuit à recevoir un titre de fonctionnaire à la Cour supérieur du Canada dans les questions autochtones de sa nation.

[xiii] http://arcticfibre.com/nunavut-broadband-proponents-unsure-of-fibre/

[xiv] www.nnsl.com/frames/newspapers/2012-07/jul2_12fbr.html

[xv]  Idem que viii

[xvi] ftp://ftp.nirb.ca/01-SCREENINGS/COMPLETED%20SCREENINGS/2014/13UN035-Arctic%20Fibre%20Submarine%20Cable/01-APPLICATION/130326-13UN035-Revised%20Application-IA2E.pdf

[xvii] Idem que viii

[xviii] www.nnsl.com/frames/newspapers/2012-07/jul2_12fbr.html

[xix] http://www.krg.ca/images/stories/docs/Tamaani%20Reports/SGC%20Nunavik%20Final%20Report%20v15%20Public%20fre%2010_09%20rapport%20complet.pdf

Les sociétés d’investissement, une menace pour l’agriculture québécoise?

Les sociétés d’investissement, une menace pour l’agriculture québécoise?

Par Thomas Deshaies

Depuis quelques années, le phénomène de l’accaparement des terres sème la controverse. Au Québec, plusieurs intervenant-es se sont également demandés si nous étions vulnérables devant ce phénomène.  Le problème semble cependant se poser différemment ici, mais il provoque autant d’inquiétude chez les agriculteurs-trices. 

Préoccupation mondiale : l’accaparement des terres

Depuis la crise alimentaire de 2008, nous avons pu observer une nouvelle vague d’intérêt de la part des pays caractérisés comme « développés » pour les terres arables à l’étranger. Celle-ci vient répondre à un besoin de trouver de nouvelles terres pour y pratiquer l’agriculture. En fait, les gouvernements de certains États considèrent que les terres sur leurs propres territoires ne sont plus disponibles ou sont en quantité insuffisante pour répondre à leurs besoins (1). En contrepartie, l’International Institute for Environment and Development (IIED) estime que les trois quarts des 800 millions d’hectares disponibles en Afrique ne sont pas exploités (2). C’est donc le continent africain qui fait l’objet des plus grandes convoitises, mais aussi l’Amérique du Sud et l’Asie du Sud-Est.

L’expression « location de terres à grande échelle » est le terme plus objectif pour désigner le phénomène d’accaparement. On parle de location puisque dans la plupart des États, on ne peut à proprement dit acheter une terre. Le gouvernement national peut cependant généralement « louer » ces terres à une entreprise étrangère. On parle donc de baux pouvant aller de quelques années à 75 ans et plus.

Il est également important de mentionner que la manière d’effectuer ces investissements respecte une certaine logique et une vision commune du rôle de l’agriculture et des techniques agricoles dans nos sociétés. La productivité et la rentabilité sont au cœur des préoccupations, ce qui implique généralement que ces locations de terre soient effectuées selon les méthodes de l’agrobusiness. Par exemple, on cherchera à favoriser la monoculture pour des raisons productivistes et comme étant la manière logique de pratiquer l’agriculture suite à la libéralisation du rôle de la production alimentaire au cours des années 1960-1970. Il faut savoir que le nouveau paradigme considère la terre comme un bien d’échange faisant partie des circuits commerciaux (3).  C’est une marchandise comme une autre.

Bien qu’une majorité des contrats de location soit effectuée par des entreprises et non par des gouvernements, plusieurs entreprises nationales et privées bénéficient de mesures incitatives de la part de leur gouvernement afin d’investir à l’étranger (4). Ce qu’il faut comprendre, c’est que de nombreux États mettent en place des politiques afin d’externaliser une partie de leur production alimentaire. Il y a donc une volonté politique claire derrière cet enjeu et il ne faut pas en faire abstraction. Les gouvernements des pays « d’accueil » sont également, de manière générale, en faveur de ces investissements. Ils y voient la possibilité de se servir de cet engouement et des capitaux ensuite injectés comme un outil de développement national (5). D’ailleurs, plusieurs États africains vont placer l’agriculture au centre de leur stratégie pour sortir de la pauvreté (6). Ces politiques semblent avoir un impact notable depuis plusieurs années puisque ce n’est pas moins de 35 millions d’hectares qui ont été loués depuis 2009. C’est l’équivalent de quatre fois la superficie du Portugal (7).

L’une des premières organisations à avoir considéré comme problématiques les investissements massifs est l’ONG Grain. Celle-ci publia le rapport « main basse » en 2008 afin de dénoncer ce qu’elle qualifie comme du « néo-colonialisme » (8). Il s’agirait selon l’auteur du rapport de pratiques tout à fait semblable à celles qui ont eu lieu à l’époque de la colonisation. Elles consistent en la prise de contrôle des ressources naturelles d’un pays afin de répondre aux besoins de sa propre population sans se soucier des impacts locaux de sa présence. Le problème réside également, selon lui, dans le développement agroindustriel, qu’il considère comme étant destructeur pour l’économie locale. Depuis la publication de ce rapport, plusieurs ONGs prirent elles aussi position contre les locations de terres à grande échelle. Finalement, certains groupes financiers acquièrent de grandes superficies de terres afin d’effectuer de la spéculation foncière. Des ONGs paysannes comme Via campesina ont mis sur pied une campagne de mobilisation internationale. Olivier De Schutter, rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation, a par ailleurs publié un rapport conseillant aux États de prendre les mesures nécessaires pour contrer les impacts négatifs des locations de terres à grande échelle.

Pas de risques significatifs d’accaparement étranger pour le moment au Québec

Au Québec, il semble que les risques que nous assistions à un accaparement massif des terres agricoles par des entreprises étrangères soit pour le moment minimes. C’est d’ailleurs la conclusion de plusieurs récents rapports comme celui du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (9), qui affirme qu’il n’y a qu’une infime partie des terres qui est possédée par des non-agriculteurs au Québec. Selon Jean-Pierre Juneau, conseiller en Affaires publiques à l’Union des Producteurs Agricoles du Québec (UPA) et rejoint en entrevue, le problème se pose davantage dans l’Ouest canadien qu’au Québec. D’ailleurs, selon lui, plus de 95% des terres québécoises sont possédées par des agriculteurs.

Le gouvernement du parti québécois de 2012 a par ailleurs procédé à l’adoption du projet de loi 46 visant à prévenir un tel accaparement étranger en imposant des balises et en obligeant les possibles acheteurs à avoir l’intention de résider pendant au moins trois ans au Québec. Monsieur Juneau considère que cette nouvelle loi est un pas dans la bonne direction, mais que le véritable problème n’est pas étranger, mais local. En fait, depuis seulement quelques années, des hommes d’affaires québécois ont mis sur pied de nouvelles sociétés d’investissement agricole visant à acquérir des terres arables au Québec. Ce sont ces sociétés qui constituent une menace selon lui.

Les nouvelles sociétés privées d’investissement agricole au Québec

Il existe plusieurs sociétés d’investissement agricole au Québec dont PANGEA, qui a bénéficié d’une importante exposition médiatique puisque son fondateur est nul autre que Charles Sirois, codirigeant de la Coalition pour l’avenir du Québec, ancêtre de la CAQ. Leur mission officielle est « d’assurer la pérennité des fermes familiales tout en contribuant à la revitalisation du secteur agricole ».  Mais que proposent-ils vraiment? En fait, PANGEA propose d’acquérir la moitié (49%) d’une terre agricole en partenariat avec un-e agriculteur-trice afin de l’aider à augmenter le nombre d’hectares cultivés. En investissant des capitaux, PANGEA affirme donc pouvoir aider des agriculteurs qui n’en auraient autrement pas les moyens.

La société Partenaires agricoles propose aussi cette formule, mais achète (ou rachète) également de nouvelles terres et en assure elle-même la gestion. Selon son fondateur Clément C. Gagnon, rejoint en entrevue téléphonique par l’équipe de l’Esprit libre, il y a beaucoup de terres arables qui ne sont pas allouées dans la province, menant donc à une sous-utilisation des terres. D’un point de vue économique, Monsieur Gagnon rappelle par ailleurs le côté lucratif de l’agriculture au Québec et son rôle important dans l’économie québécoise. Il considère que sa société propose un nouveau modèle révolutionnaire. Il nous a par ailleurs confié avoir rencontré l’ambassadeur du Bénin qui souhaite exporter ce modèle sur son territoire.

Ces sociétés d’investissement affirment  être essentielles pour augmenter et sécuriser notre production alimentaire. Selon elles, la conjoncture fait en sorte que les agriculteurs-trices ont besoin d’aide de manière urgente.  Il y a, dans un premier temps, un déficit clair de relève agricole et le vieillissement de la population ne fait qu’aggraver la situation. Il y a donc un risque que notre production alimentaire perde de sa vigueur. De plus, ce sont les agriculteurs-trices québéois-es qui sont les plus endettés au Canada. Ces sociétés d’investissement prétendent donc pouvoir supporter le développement de l’agriculture au Québec en palliant au déficit de relève et au manque de fonds en injectant massivement des capitaux

Risque de dérives

À première vue, l’émergence de ces nouvelles sociétés d’investissement agricoles au Québec semble une heureuse nouvelle. Qui peut être contre la vertu? En entrevue téléphonique, l’enthousiasme de Clément Gagnon et l’importance qu’il accorde au rôle de l’agriculture semblait véritable et sincère. Cependant, quelques voix s’élèvent contre ce nouveau modèle et d’autres demeurent sceptiques quant aux résultats. Les critiques ne portent pas sur l’intention des fondateurs de ces sociétés, mais bien sur la vision du modèle d’agriculture qui y est préconisé et sur les effets de ce modèle à long terme.

De son côté, Patrice Juneau est très clair et rejette ces initiatives privées: « (…) avec des groupes comme PANGEA, on retourne un peu à l’époque féodale, ce ne sont plus des propriétaires (agriculteurs), mais de simples locataires! ». Pour l’UPA, bien que 95% des terres soient possédées actuellement par des familles d’agriculteurs, il demeure important d’œuvrer à la préservation de ce modèle. Ces sociétés sont une menace à l’agriculture familiale puisqu’elles tendent à augmenter le nombre d’hectares possédés par un seul groupe ou bien à carrément empêcher la gestion de certains hectares par des familles, car ils seraient dorénavant entre les mains de la société d’investissement. Ceux qui accepteraient un partenariat ne pourraient d’ailleurs plus exercer pleinement le contrôle sur leurs terres puisqu’ils devraient se soumettre aux impératifs des investisseurs.

Ces impératifs peuvent également diverger de ceux de la ferme familiale. Après tout, l’objectif de ces hommes d’affaires est également de faire du profit. À quel point sont-ils prêts à augmenter la productivité des terres au détriment de la diversité des aliments ou de la qualité de ceux-ci? L’exemple des cas d’accaparement des terres en Afrique où l’agro-industrie a préféré pratiquer une monoculture pour des questions de rentabilité tout en sachant qu’elle « assècherait » la terre nous montre que la maximisation des profits peut occasionner certaines dérives. Est-ce que ce sera également le cas ici? Quelles garanties avons-nous, autres que les bonnes intentions des sociétés d’investissement?

Bien que PANGEA se soit publiquement défendu d’avoir occasionné une augmentation du prix des terres après l’achat de lots en Abitibi-Témiscamingue, l’UPA persiste à affirmer qu’ils en sont la cause. C’est-à-dire que puisqu’ils possèdent plus de moyens, ils ont pu acheter des terres à un prix beaucoup plus élevé que la normale, occasionnant une augmentation généralisée aux alentours. Cette augmentation restreindrait l’accès à la propriété foncière pour les petits agriculteurs. La crainte chez l’UPA concerne également les risques de spéculation foncière. Elle consisterait en une prise de possession des terres par des individus malintentionnés ne cherchant pas à les cultiver, mais à en faire croitre la valeur pour ensuite les revendre. Partenaires agricoles de même que PANGEA affirment ouvertement lutter contre la spéculation. Cependant, il n’en demeure pas moins que dans certains projets, ce sont des non-agriculteurs qui s’occupent de la gestion des terres. En connaissant moins le travail d’agriculteurs, certaines de leurs décisions pourraient être défavorables à la production de denrées alimentaires de qualité et abordables.

Alternatives

Un rapport de l’Institut de recherche en économie contemporaine (IRÉC) paru il y a un mois affirme que le surendettement des agriculteurs-trices au Québec que l’on brandit comme une menace n’est peut-être pas si alarmant (10). En effet, selon les chercheurs-euses de l’IRÉC, les agriculteurs-trices sont plus endettés, mais parce qu’ils investissent massivement pour acquérir du nouveau matériel à la fine pointe de la technologie. Le fait qu’ils investissent plus que leurs confrères et consœurs de l’Ouest canadien s’explique par la bonne santé du marché québécois et par la confiance qu’ils ont en celui-ci. Ils et elles sont donc davantage confiants de pouvoir rentabiliser leur production et donc investissent à long terme quitte à s’endetter.

C’est d’ailleurs pourquoi Patrice Juneau affirme que les sociétés comme PANGEA ne sont pas essentielles au développement des fermes agricoles et que sans leurs capitaux, les agriculteurs-trices peuvent tout de même acquérir du matériel de qualité. Par ailleurs, chez l’UPA, on préconise la création d’une Société d’investissement et d’aménagement au Québec (SADAQ). Inspiré du modèle français, cet organisme d’État veillerait à gérer les nouvelles acquisitions de terres par des non-agriculteurs et à supporter financièrement les agriculteurs. Ils ne s’ingéreraient pas dans les transactions de terres entre producteurs agricoles. Selon Monsieur Juneau, ce serait une initiative formidable afin d’empêcher tout accaparement étranger et de mettre un frein aux investisseurs privés locaux comme PANGEA et Partenaires agricoles. Clément Gagnon croit quant à lui que personne ne veut de cette société chez les agriculteurs-trices.

Menace pour l’agriculture familiale?

Il est encore trop tôt pour avoir l’heure juste sur le travail de ces sociétés privées d’investissement agricole. Ce qui est cependant clair, c’est qu’elles suscitent beaucoup d’inquiétude dans le milieu agricole. Mais le plus important à noter, c’est que le modèle traditionnel familial d’agriculture est remis en question par ces hommes d’affaires. Leurs initiatives ont la possibilité de changer radicalement le visage de l’agriculture québécoise, pour le meilleur ou pour le pire.  


(1) Polack, E., Cotula, L. et Côte, M. Reddition de comptes dans la ruée sur les terres d’Afrique : quel rôle pour l’autonomisation juridique ? IIED/CRDI, Londres/Ottawa. 2013, p.8

(2) International Institute for Environment and Development (IIED), Projet Claims. 2006. Modes d’accès à la terre, marchés fonciers, gouvernance et politique foncières en Afrique de l’Ouest. Union Européenne. Rédigé par Jean-Pierre Chauveau et al. 97p.

(3) Paquette, Romain. Rapaysannisation dans les pays en développement, prolongement de l’expérience vécue. Cahiers de géographie du Québec, volume 54, numéro 151, 2010, p.154

(4) Brondeau, Florence. Les investisseurs étrangers à l’assaut des terres agricoles africaines. EchoGéo, Volume 14, 2010. 12p.

(5) IBID

(6) Action for Large-scale Land Acquisition (ALLAT), 2013. Who is beniffiting ? Freetown. Rédigé par Joan Baxter. P.32

(7) Land Matrix. 2013. GRAIN. En ligne. « http://www.landmatrix.org/en/ » . Consulté le 1er avril 2014.

(8) Grain, 2008. Mais basses sur les terres agricoles en pleine crise alimentaire et financière. Espagne. p.2

(9) CIRANO, Meloche, Jean-Philippe. Acquisitions des terres agricoles par des non-agriculteurs au Québec. (10) http://www.irec.net/index.jsp?p=120

Un tuyau pour le Québec et le Canada

Un tuyau pour le Québec et le Canada

Par Jessica Céré

Dans l’imaginaire collectif occidental, on considère généralement que le pétrole est un facteur important de développement économique. De là nait l’engouement pour la construction d’un système de transport pétrolier au Canada permettant d’augmenter la production au pays. On aborde d’ailleurs davantage la question des oléoducs depuis l’accident de train à Lac Mégantic et un débat a lieu pour le choix entre un transport pétrolier par voie ferroviaire, que certains considèrent comme moins sécuritaire, ou par oléoducs. Mais ce débat détourne notre attention du véritable débat, à savoir s’il est pertinent pour le Canada et pour le Québec de continuer à exploiter ces énergies sales et, s’ils le font, à quel prix ?

Le sujet était sur la table depuis bien longtemps.  Pauline Marois a décidé de prendre en charge les possibles réserves pétrolières cachées dans le sous-sol du Québec. Toutefois, l’engouement actuel pour le pétrole et pour les nouveaux gisements n’est pas nouveau au Canada.  La compagnie TransCanada Corporation avait décelé ces possibilités dès sa création en 1951. Depuis le début des années 2000, l’entreprise a investi dans la création de tuyaux souterrains pouvant acheminer le pétrole d’un point A à un point B. Le premier projet fonctionnant bien et depuis 2010, la compagnie mise sur des avancements considérables : les projets Keystone XL pipeline et Énergie Est. Les groupes environnementaux sonnent l’alarmemais les médias expliquent rarement les raisons qui sont à l’origine de ce cri d’alerte. En fait, le pétrole est une ressource énergétique sale, mais très utile et surtout très rentable. Le pétrole au Canada provient principalement des sables bitumineux et leur extraction est particulièrement dommageable pour l’environnement. Il faut donc se questionner sur le prix à payer pour pouvoir exploiter ces énergies, puisqu’elles ont le potentiel d’engendrer de graves conséquences sur notre environnement.

Les projets Keystone

Le projet Kesytone a débuté avec, en première phase,  un oléoduc transportant le pétrole d’Alberta vers les États-Unis, en passant par Régina, Saskatoon, Steele City, Nebraska et d’autres régions au Sud. Ce premier oléoduc est actif depuis 2010 et trois phases de son développement sont déjà complétées. Le nouveau projet, Keystone Pipeline XL, commencerait aussi en Alberta, mais aurait un trajet plus rapide vers les États-Unis. Toutefois, la controverse entourant la construction de cet oléoduc est de plus en plus palpable.

L’opposition environnementale

Des groupes environnementaux, dont certaines ONG’s se prononcent, surtout depuis l’incident de Lac Mégantic, sur le danger du transport de pétrole par  oléoduc, un danger qui serait dû à la possibilité de fuites et de dispersion du pétrole dans le sol. Il est cependant difficile pour les citoyens-nes de prendre position, puisque l’essentiel des recherches scientifiques demeure inconnu ou est volontairement détourné à des fins politiques. Le danger de fuite n’est pas négligeable, mais les effets les plus nocifs jusqu’à ce jour proviennent de l’extraction même du pétrole. Selon plusieurs environnementalistes, le pétrole extrait des sables bitumineux serait de trois à quatre fois plus nuisible que le pétrole conventionnel. Malheureusement, cette exploitation demeure l’extraction principale au Canada. Plusieurs environnementalistes et journalistes restent sceptiques sur le niveau de dégât réellement engendré, puisque les méthodes de calcul sont bien différentes d’une étude à une autre. Il n’en demeure pas moins que l’exploitation des sables bitumineux est une pratique dangereuse et qui contribue de façon significative à l’augmentation de la température mondiale selon les rapports de L’Agence internationale d’énergie. Greenpeace a par ailleurs rédigé un rapport sur les conséquences environnementales de l’exploitation des sables bitumineux : «En 2020, l’émission de gaz à effet de serre des 14 projets mentionnés dans cette étude – dans le cas ou leur développement se maintiendrait – augmenterait l’émission globale de CO2  issue des carburants fossiles de 20%, maintenant le monde sur le chemin d’un réchauffement climatique de cinq à six degrés Celsius » (traduction libre). Un tel réchauffement s’avèrerait catastrophique pour plusieurs communautés à travers le monde. De plus, L’Agence internationale de l’énergie a effectué plusieurs recherches qui mènent à des conclusions similaires: «Selon L’Agence internationale de l’énergie (IEA), l’émission mondiale de CO2  a augmenté de 5% en 2010, confirmant le plus important record enregistré. 3% d’augmentation se sont ajoutés en 2011, excédant les pires cas imaginés et menant à un réchauffement à long terme de cinq à six degrés Celsius » (traduction libre). Greenpeace propose donc d’interrompre la construction d’infrastructures destinées à l’exploitation des sables bitumineux : « Pour éviter de nous contraindre à un réchauffement catastrophique, la construction de nouvelles infrastructures liées aux carburants fossiles doit s’arrêter d’ici cinq ans, imposant la confrontation des projets d’énergies sales versus un climat viable » (traduction libre).  Le développement de plus en plus nombreux et important de projets liés à l’extraction du pétrole montre que les recommandations de Greenpeace ne sont pas entendues par les élus-es. À maintes reprises, nous lisons et entendons des acteurs politiques clamer que, selon de nombreuses études, il y aurait très peu de conséquences environnementales liées à la construction de pipelines. Il n’est pas dans mon intention de détailler les recherches de ces études. Par contre, il est important de se rappeler que certaines d’entre elles ont été menées dans le seul but de légitimer des nouveaux projets d’exploitation pétrolière. En octobre 2011, The New York Times questionnait les analyses faites par le contracteur Cardno Entrix, une firme offrant des consultations sur les projets reliés à l’exploitation des ressources naturelles. La compagnie aurait été mandatée par une firme qui comptait TransCanada parmi ses clients les plus importants pour le matériel de marketing. Il semble donc y avoir une situation de conflit d’intérêts.

Ressources vertes et énergie propre

Depuis plusieurs années, les pays se sont engagés à développer une économie d’énergie propre, mais on réalise bien que les projets mis de l’avant par le gouvernement canadien (notamment) sont en discorde avec ce modèle économique et énergétique. Qu’en est-il du leadership du changement climatique ?  En 2008, le président des États-Unis Barack Obama avait énoncé le souhait d’une imminente cessation de l’emprise pétrolière : «Soyez la génération qui libérera enfin l’Amérique de la tyrannie du pétrole» (traduction libre). Chacun se montre d’accord pour vaincre les changements climatiques, mais personne n’est prêt à accomplir les actions nécessaires. En fait, le pétrole demeure l’énergie la plus lucrative sur un court laps de temps. Aucune énergie propre ne peut rapporter autant de bénéfices économiques pour le moment. Le premier ministre canadien Stephen Harper, confronté à la contestation de plus en plus criante des citoyens-nes devant le projet des pipelines Keystone, met de la pression sur la population en martelant que de toute façon, si les projets d’oléoducs ne se concrétisaient pas, le transport du pétrole se ferait autrement (par train ou par transport routier). C’est d’ailleurs ce que Russ Girlking, président de TransCanada, nous confirme: « Il ne s’agit pas d’un débat sur pétrole versus les énergies alternatives. C’est un débat sur le choix d’un pétrole qui provient du Canada, du Venezuela ou du Nigeria » (traduction libre). Harper s’est ouvertement prononcé sur ce qui adviendra du développement du projet Keystone: «Ce ne sera pas terminé tant que le projet ne sera pas approuvé, et nous continuerons de faire pression», a exprimé le premier ministre canadien.

Et le Québec !?

Le projet pipeline Keystone XL ne touche pas le Québec, mais notre province demeure concernée par le développement des oléoducs. Le projet Énergie Est de la compagnie TransCanda, qui permettrait le transport de pétrole de l’Alberta jusqu’au Québec, est aussi en discussion. La compagnie souhaite construire des pipelines débutant en Alberta, passant par le Québec pour aboutir à Saint-John. Les mêmes  problématiques environnementales sont exploitées ici et des frustrations ont déjà été exprimées. Plusieurs articles diffusés dernièrement, entre autres, dans Le Devoir, évoquent les conséquences environnementales que la concrétisation Énergie Est au Québec pourrait engendrer: « Selon un rapport de l’Institut Pembina […] « la production de brut nécessaire pour remplir Énergie Est pourrait générer annuellement jusqu’à 32 millions de tonnes de gaz à effet de serre en plus». Thomas Muclair, chef de l’opposition officielle à la chambre des communes du Canada, rapporte que le principe devrait être d’amener le pétrole d’ouest en est, et ce tout en respectant les normes environnementales : «M. Harper a complètement éviscéré les lois environnementales et les lois d’évaluation environnementale. En l’absence d’un processus crédible complet, le public ne peut pas croire ce qu’on va lui dire sur quelque projet que ce soit». TransCanada présentera dans les prochains mois tous les détails du projet Énergie Est. Il faudra donc rester à l’affut de son développement prochain, surtout que le gouvernement de Pauline Marois a déjà manifesté son intérêt pour le projet. Par ailleurs, le Québec lancera l’exploration pétrolière sur l’île d’Anticosti l’été prochain et nous pouvons aisément croire que le prochain gouvernement Libéral ou Péquiste concrétisera ce projet. Il s’agit d’une démarche supplémentaire qui tourne le dos au développement des énergies propres et qui est orchestrée par des compagnies puissantes de concert avec le gouvernement provincial et fédéral. Chaque parti fait cependant face à un défi. Les compagnies et les gouvernements devront légitimer leur projet auprès de la population tandis que les groupes environnementaux et tous ceux qui s’opposent à de tels développements devront démontrer qu’il n’est pas dans l’intérêt de nos communautés d’aller dans cette direction. Il nous apparait primordial que les citoyennes et les citoyens puissent obtenir suffisamment d’informations sur cet imposant virage afin de faire des choix collectifs éclairés.