par Rédaction | Mar 11, 2021 | Analyses, International
Par Adèle Surprenant
Depuis son empoisonnement au Novitchok, le 20 août 2020i, l’opposant russe Alexeï Navalny n’a cessé de faire parler de lui. Sa condamnation à trois ans et demi de prison, début février, a provoqué une vague de manifestations durement réprimées à travers le paysii. Qui est l’homme derrière le mouvement que le gouvernement de Vladimir Poutine s’évertue à faire taire?
L’opposant au Kremlin Alexeï Navalny, 44 ans, a été arrêté dès son arrivée à l’aéroport de Moscou, le 17 janvier dernieriii. Il revenait de plusieurs mois de convalescence en Allemagne, qui ont suivi la présumée tentative d’assassinat au puissant agent neurotoxique Novitchok dont il aurait fait l’objet à l’étéiv.
Peu avant son arrestation, attribuée au non-respect des conditions d’une peine avec sursis datant de 2014, Navalny déclarait : « Ici, c’est chez moi. Je n’ai pas peur […] car je sais que j’ai raison et que les affaires criminelles lancées contre moi sont fabriquées de toutes pièces. Je n’ai peur de rien et je vous appelle à n’avoir peur de rien »v.
Une arrestation contestée par les partisan·e·s de Navalny, qui sont descendu·e·s par milliers dans les rues de la capitale et d’ailleurs. Des manifestations relancées par la condamnation de l’opposant, le 2 février 2021, malgré la répression policière et la multiplication des interpellationsvi. Début février, plus de 5 000 personnes auraient été placées en détention en marge du deuxième week-end de protestation uniquement, d’après l’ONG Human Rights Watchvii.
La colère d’une partie de la population a été attisée par le jugement défavorable du tribunal à l’encontre de Navalny, mais aussi par la diffusion d’Un palais pour Poutine, réalisé par le Fonds de lutte contre la corruption (FBK) de l’opposant. Mis en ligne sur YouTube deux jours après son retour au pays, le documentaire met en lumière la corruption du régime de Poutine, principal angle d’attaque d’Alexeï Navalnyviii.
Qui est Navalny?
Avocat de formation, Alexeï Navalny est diplômé de l’université Lumumba de Moscou et titulaire d’une bourse de la prestigieuse université américaine Yaleix. En 2000, il rejoint le parti social-libéral Iablokox, dont il se fait expulser sept ans plus tard en raison de ses affinités avec la frange plus nationaliste de l’oppositionxi. S’il est aujourd’hui présenté comme un fervent démocrate et porte-étendard des valeurs libérales à l’occidentale, Navalny a maintes fois réitéré ses allégeances nationalistesxii.
Dès les années 2000, l’immigration illégale est son plus important cheval de bataille. Il compare les rebelles tchétchènes à des cafards, dénonce ce qu’il a qualifié de « criminalité ethnique »xiii et participe, en 2011, à l’évènement ultranationaliste réputé xénophobe des « marches russes »xiv. Il soutient également la campagne nationaliste « Stop Feeding the Caucasus », visant l’arrêt des subventions fédérales aux républiques du nord du Caucase aux gouvernements jugés corrompus et incompétentsxv. En 2014, à la suite de l’annexion de la Crimée par la Russie, Navalny aurait déclaré que « la Crimée est à nous », qu’elle fait désormais partie intégrante de la Fédération russexvi.
Son soutien à Poutine dans l’occupation militaire de la péninsule ukrainienne, contraire au droit international, révèle une ferveur nationaliste profonde, d’après le politologue et professeur émérite à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Jacques Lévesque. La popularité de l’homme fort du pays atteint alors des sommets inégalés, avec un taux de satisfaction de 87 % de la populationxvii, mais « le soutient de Navalny n’a rien d’opportuniste », soutient M. Lévesque, qui le comprend comme une réelle prise de position idéologique.
« Navalny n’a jamais renié ce positionnement et l’immigration était encore un sujet important de sa campagne municipale de 2013, mais ce discours s’est totalement effacé derrière d’autres engagements », affirme Benoît Vitkine, correspondant du quotidien Le Monde à Moscouxviii. Ces « engagements » sont désormais centrés sur la lutte contre la corruption et pour la démocratie, thèmes pour lesquels il commence à se faire connaitre à compter de 2010 grâce à la plateforme en ligne Rospilxix.
Devenu l’une des figures de proue de la contestation contre la falsification des résultats aux législatives en 2011, le « blogueur le plus célèbre de Russie » est brièvement incarcéré. La première d’une longue série de démêlés avec la justice.
« Nous avons tout pour nos amis et la loi pour nos ennemis »xx
Le dernier et seul scrutin auquel la figure de l’opposition est autorisée à participer remonte à 2013. Il arrive deuxième aux municipales de la capitale derrière le candidat du parti présidentiel Russie Unie, avec 27 % des suffragesxxi.
Présenté comme l’opposant principal au Kremlin par les médias occidentaux, Navalny est pourtant loin de faire l’unanimité en Russie. Peu de temps avant les plus récentes manifestations, un sondage du centre indépendantLevada révélait qu’un peu moins de la moitié des personnes interrogées connaissaient Navalny. Seuls 15 % des répondant·e·s croyaient qu’il avait véritablement été empoisonnéxxii.
Pour Jacques Lévesque, la scène politique russe est divisée entre les partisan·e·s de Navalny et celles et ceux qui ont été délaissé·e·s par les politiques de privatisation qui ont suivi la chute de l’URSSxxiii. La libéralisation menée par Boris Eltsine a eu des effets catastrophiques sur le pays, comme l’explique le politologue dans les pages du Devoir : « En l’espace de 10 ans, le produit national brut russe est tombé à 50 % de ce qu’il était et l’espérance de vie des hommes est passée de 68 à 59 ans. Plus de la moitié de la population est passée sous le seuil de la pauvreté », puis Vladimir Poutine arrive à la présidence et renationalise certaines ressources rentables. Pour ces déshérités du libéralisme, il apparaît alors comme un sauveurxxiv ».
DE son côté, l’opposition parlementaire principale, le Parti communiste de la Fédération de Russie (KPRF), peine à mobiliser. « Le Parti communiste est un parti qui ne fait pas la promotion de la prise du pouvoir par la révolution, il fonctionne à l’intérieur des règles électorales, donc il est beaucoup moins radical que Navalny, qui appelle au renversement même du pouvoir », explique M. Lévesque. Il affirme que les membres les plus jeunes du KPRF tendent à soutenir l’opposant, qui cherche quant à lui à unir les forces d’opposition, à travers une initiative comme le « vote intelligent », encourageant une coordination des votes stratégiques parmi les partisan·e·s de candidats d’opposition lors des municipales de Moscou en 2019xxv.
Alors que le pouvoir d’action de l’opposant risque d’être entravé par sa plus récente condamnation, Benoît Vitkine soutient que « quand on parle de “l’affaire Navalny”, ce n’est plus du politicien Navalny dont on parle, c’est des actions du pouvoir russexxvi ».
Au téléphone avec L’Esprit libre, M. Lévesque nous met en garde contre les potentielles dérives de la situation actuelle en Russie : « Si le pouvoir tendait à se dissoudre, il y aurait un coup de force des militaires, des services secrets pour rétablir un gouvernement, et un gouvernement nettement plus autoritaire que celui de Poutine actuellement », prévient-il. Il rappelle que, malgré l’empoisonnement suspect de Navalny et les séjours en prison successifs de militants d’opposition, la liberté d’expression en Russie n’est pas encore totalement réprimée.
Révision de fond: Alexandre Dubé-Belzile
Révision linguistique: Any-Pier Dionne
i « L’opposant russe Alexei Navalny condamné à trois ans et demi de prison », Radio-Canada, 2 février 2021. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1767689/alexei-navalny-comparution-russie-prison-poutine.
iiIbid.
iii Maxime Popov et Thibaut Marchand (AFP), « L’opposant Alexeï Navalny interpellé par la police à son retour en Russie », Le Devoir, 17 janvier 2021. https://www.ledevoir.com/monde/593458/retour-de-navalny-a-moscou.
iv Ibid.
v Ibid.
vi Radio-Canada, op.cit.
vii « Russie : Nouvelle vague d’arrestations de manifestants », Human Rights Watch, 1er février 2021. https://www.hrw.org/fr/news/2021/02/01/russie-nouvelle-vague-darrestations-de-manifestants.
viii François Bonnet, « « Un palais pour Poutine » : voici la version française », Médiapart, 9 février 2021. https://www.mediapart.fr/journal/international/090221/un-palais-pour-poutine-voici-la-version-francaise.
ix « Comment Alexeï Navalny est devenu la bête noire de Vladimir Poutine », Le Monde, 2 février 2021. https://www.lemonde.fr/international/article/2021/02/02/comment-alexei-navalny-est-devenu-la-bete-noire-de-vladimir-poutine_6068445_3210.html.
x Alexey Sakhnin, « How a Russian Nationalist Named Alexei Navalny Became a Liberal Hero », Jacobin, 31 janvier 2021. https://jacobinmag.com/2021/01/alexei-navalny-russia-protests-putin.
xi Le Monde, 2 février 2021, op.cit.
xii Alexey Sakhnin, op.cit.
xiii « Russie : » La foule qui se mobilise pour Alexeï Navalny est loin de suffire à faire trembler les fondations du régime » », Le Monde, 3 février 2021. https://www.lemonde.fr/international/article/2021/02/03/russie-la-foule-qui-se-mobilise-pour-alexei-navalny-est-loin-de-suffire-a-faire-trembler-les-fondations-du-regime_6068640_3210.html.
xiv Le Monde, 2 février 2021, op.cit.
xv Robert Coalson, « Is Alexei Navalny a Liberal or a Nationalist? », The Atlantic, 29 juillet 2013. https://www.theatlantic.com/international/archive/2013/07/is-aleksei-navalny-a-liberal-or-a-nationalist/278186/.
xvi « Alexei Navalny : Russia’s vociferous Putin critic », BBC News, 4 février 2021. https://www.bbc.com/news/world-europe-16057045.
xvii AFP, « Poutine plus populaire que jamais en Russie »,La Presse, 7 août 2014. https://www.lapresse.ca/international/europe/201408/07/01-4789968-poutine-plus-populaire-que-jamais-en-russie.php.
xviii Le Monde, 3 février 2021, op.cit.
xix Le Monde, 2 février 2021, op.cit.
xx Proverbe russe. « Tony Wood, Les opposants russes sont toujours corrompus… », Le Monde diplomatique, septembre 2019. https://www.monde-diplomatique.fr/2019/09/WOOD/60372.
xxi Le Monde, 3 février 2021, op.cit.
xxii Jacques Lévesque, « Où va la Russie? », Le Devoir, 13 février 2021. https://www.ledevoir.com/opinion/idees/595157/ou-va-la-russie.
xxiiiIbid.
xxiv Ibid.
xxv Ben Noble, « Alexei Navalny suspected poisoning : why opposition figure stands out in Russian politics », The Conversation, 21 août 2020. https://theconversation.com/alexei-navalny-suspected-poisoning-why-opposition-figure-stands-out-in-russian-politics-144836.
xxvi Le Monde, 3 février 2021, op.cit.
par Rédaction | Mar 9, 2021 | Environnement, International, Societé
Par Marine Fauche
Ce texte est d’abord paru dans notre recueil imprimé L’effondrement du réel : imaginer les problématiques écologiques à l’époque contemporaine, disponible dans notre boutique en ligne.
À l’Ouest de la côte méditerranéenne française, le littoral de l’Aude offre un ensemble de paysages contrastés, entre les basses plaines littorales, leurs étangs et stations balnéaires en collier et les petits massifs des Corbières et de la Clape auxquels elles s’adossent. Comme bien d’autres littoraux, ce territoire de faible altitude est confronté de plein fouet aux défis de l’adaptation aux changements rapides qui s’amorcent et, tout particulièrement, à l’élévation du niveau de la mer.
Dans ce contexte, un acteur original s’est emparé de la problématique : il s’agit du Parc Naturel Régional (PNR) de la Narbonnaise en Méditerranée, fondé en 2003, dont le territoire littoral court de l’embouchure de l’Aude à Port-Leucate. Engagé sous l’impulsion des élu·e·s en 2018, le programme « La Mer monte » associe des recherches scientifiques, des approches sensibles et des médiations nouvelles pour parler de cette problématique. Comment une institution récente comme le PNR, qui ne dispose ni d’un pouvoir de réglementation (à l’inverse des Parcs Nationaux), ni des moyens de recherche d’un centre scientifique, parvient-elle à s’emparer de cette thématique? Et quels aspects parfois négligés par les expertises techniques ce PNR, au contact des habitant·e·s, peut-il faire émerger?
J’en rends compte en cinq actes, faisant de façon progressive la part belle aux imaginaires. L’analyse que je propose s’appuie sur des journées d’observation participante du programme « La Mer Monte », et des entretiens conduits auprès des personnes responsables et d’une association investie sur ces problématiques.
Calculer : Les prévisions et leurs limites
L’élévation du niveau des mers apparaît, d’abord, comme un problème global et scientifique, en lien direct avec les changements climatiques dont l’évolution est synthétisée par les travaux du Groupe Intergouvernemental d’Experts sur le Climat (GIEC), institution de référence fondée en 1988. Son premier « Rapport d’évaluation des incidences potentielles du changement climatique », en 1990, évoquait déjà cette élévation ; ses études en précisent depuis les causes et les effets, à partir de modèles dont les paramètres gagnent en précision. Dans son dernier rapport de 2018, on peut lire que l’élévation du niveau moyen des mers se poursuit et s’accélère1. Les modélisations prenant en compte l’expansion thermique des eaux induites par leur réchauffement et la fonte des glaciers et des couvertures glaciaires du Groënland estiment que cette hausse serait de 0,26 à 0,77 m en 2100, dans le cadre d’un réchauffement limité à 1,5°C, et de 0,1 m supplémentaire en cas de réchauffement limité à 2°C2. D’autres études, élaborées à l’échelle régionale de la Méditerranée, corroborent ces estimations et coïncident avec le scénario pessimiste du GIEC, à + 0,80 m3. La problématique est amenée à durer, car l’élévation se poursuivra au-delà de 2100, même si le réchauffement est limité à 1,5°C4. Elle est aussi en partie inéluctable, car les réactions du système climatique interviennent avec un temps de décalage, de sorte que même une réduction drastique des émissions n’empêcherait pas le phénomène de se poursuivre pour un temps. À l’échelle de l’action humaine et pour l’altitude des plaines littorales narbonnaises, ces projections sont vertigineuses. Elles sont aussi tissées d’incertitudes, ce qui complique leur transfert vers une échelle locale.
Ce passage à l’échelle locale est d’abord difficile sur le plan épistémologique parce que les incertitudes associées aux modèles globaux se multiplient au fil des transitions d’échelles opérées par les « downscaling », c’est-à-dire les changements d’échelle pratiqués sur les modélisations. Pour prévoir, à partir de projections mondiales, l’élévation marine en Méditerranée, la manière classique de procéder consiste, en effet, à forcer un modèle climatique régional avec les projections d’un modèle de circulation générale (à l’échelle du globe) pour étudier leurs répercussions sur un système plus précis. À ces deux facteurs d’incertitudes (celles induites par les modélisations et celles qui s’y ajoutent au fil des changements d’échelles), s’ajoutent encore celles qui tiennent aux trajectoires des émissions anthropiques à venir, qui se répercuteront sur l’élévation de la mer. Sur les territoires de basse altitude, à l’instar des plaines littorales comme celles de l’Aude, une telle incertitude implique qu’il faut se préparer à des scénarios complètement différents. Surtout, au niveau local, ce qui importe davantage que l’élévation moyenne, ce sont les phénomènes de submersion ponctuels lors des tempêtes, où les effets de la houle et de la surcote se combinent. Ainsi est-ce un aléa 2100 de 2,40 m qu’a choisi de retenir le schéma de cohérence territoriale (SCOT) du Grand Narbonne en vue de ces risques de submersions marines.
Par ailleurs, le transfert de ces projections à l’échelle locale pose des problèmes politiques, car, concrètement, l’élévation du niveau de la mer soulève la question de ce que l’on appelait un « repli stratégique » et que l’on appelle désormais une « recomposition spatiale » quant à la répartition des activités et des habitats. Ce qui est lourd d’enjeux économiques, dans un espace de tourisme balnéaire, mais aussi symboliques, pour un territoire déjà marqué par une histoire de dépossession récente dont nous allons parler. Aussi, anticiper l’élévation des eaux ne peut pas consister à déterminer cette recomposition en appliquant les projections du GIEC, quoique le PNR s’appuie sur ses travaux et relaie ses messages, mais doit surtout amener à envisager cette recomposition spatiale avec les habitant·e·s. C’est ce que fait en partie la portion scientifique du programme « La Mer Monte », qui étudie la salinisation des terres littorales, en association avec les agriculteurs et les agricultrices, et que prolongent les expériences de médiation du programme.
Faire parler : Les médiations du PNR
À l’origine de ces médiations se trouve un constat liminaire, partagé par les agents du PNR : la montée des eaux n’est pas un problème ou plutôt pas un sujet pour les habitant·e·s – si bien qu’au PNR, on parle de déni. Que cache ce déni? Espoir technologique, ignorance ou minoration du problème? C’est ce que la spécificité du phénomène, à savoir son invisibilité, invite d’abord à penser. Le lent et progressif grignotage des rivages est difficilement perceptible dans une expérience quotidienne du littoral, tout comme l’on prend difficilement conscience du grandissement d’un·e enfant que l’on côtoie. Pourtant, l’on aurait tort de mésestimer la connaissance des habitant·e·s du littoral et de ses modifications. Différents témoignages d’habitant·e·s de longue date, recueillis par Hélène Dattler, artiste dont nous parlerons plus bas, l’indiquent : « des endroits qui étaient hors d’eau sont un peu plus dans l’eau […] Les gros coups de mer se sont rapprochés. Avant, tu en avais un tous les dix ans. Là, en cinq ans, il y en a eu deux ou trois forts5 ». Les voix des habitant·e·s, leur conscience des changements de la configuration des rivages et des risques interdisent de voir dans les habitant·e·s du littoral des « profanes épistémologiques6 ». Si donc il ne s’agit pas de méconnaissance, de quoi peut-il s’agir? On peut imaginer une défiance fondée historiquement, sur ce littoral profondément marqué par une politique d’aménagement descendante, dont les habitant·e·s les plus ancien·ne·s gardent un souvenir de dépossession ou d’expropriation pure et simple, aux yeux d’un représentant de l’association Écolocal, impliquée sur ces mêmes sujets. La diffusion de ce ressenti, à la suite de la Mission Racine entre les années 1960 et 1980, est mise en perspective par les travaux de V. Andreu-Boussut, sur le littoral de l’Aude, à travers certaines publications littéraires : « Robert Lafont publie, en 1967, La révolution régionaliste, où il dénonce la dépossession des ressources touristiques et le processus de « colonisation intérieure », formule qui connaîtra un certain succès. En 1980, les éditions Denoël publient la fiction littéraire Malaïque ou l’étang de feu du journaliste et écrivain Pierre Bosc, qui évoque l’expulsion d’une communauté de pêcheurs et de pêcheuses, incarnée notamment par deux frères au caractère ombrageux, devant les projets d’aménagement touristique d’un littoral touché de plein fouet par le déclin de la pêche7 ». La mémoire collective de cette politique d’aménagement descendante pourrait alors, en partie, expliquer le sentiment de défiance vis-à-vis de nouvelles consignes d’aménagements émises par des institutions exogènes. C’est, à mon sens, ici que le travail de médiation du PNR, qui constitue un pan du programme « La Mer Monte », prend tout son intérêt.
Les dispositifs de médiation sont imaginés par le PNR d’une façon expérimentale. Un atelier de réflexion participative du programme auquel j’ai pu assister s’articulait ainsi autour de cinq problématiques prioritaires : « rendre visible et appréhendable la question de l’élévation du niveau de la mer et des lagunes », « vivre avec des milieux et ressources en évolution permanente », « engager de nouveaux rapports à la mer en encourageant de nouveaux comportements », « reconnaître l’importance des rôles et des fonctions des zones humides pour la résilience du territoire », « penser une recomposition spatiale de manière engageante et choisie ». Y furent imaginés puis testés des prototypes de médiations pour engager la parole des riverain·e·s : tracés de lignes bleues aux niveaux des élévations projetées, « happenings » de dégustation d’eau salée pour faire parler de la salinisation des aquifères ou encore sensibilisation aux zones humides et à leurs ressources proposées aux passagers et aux passagères d’un train longeant l’un des étangs. Au cours de l’atelier se manifestait régulièrement le souci de rendre ces dispositifs non anxiogènes : en ceci, le nom du programme est judicieusement choisi, car il évoque la mer qui monte comme on parlerait de la nuit qui tombe, comme d’un phénomène naturel, habituel, normal – et c’est le cas, pour qui considère les variations du trait de côte dans un temps long, géologique. Ce type d’actions est représentatif d’une mission propre aux PNR, à savoir celle d’expérimenter de nouvelles formes d’actions publiques et collectives. Reprenant, au titre d’objectif, la distinction conceptuelle de Guillaume Simonet8, le PNR ambitionne par ce programme de contribuer à passer « de l’adaptation silencieuse à l’adaptation choisie », en faisant parler les habitant·e·s du sujet pour le porter à la discussion publique.
S’allier : La revalorisation des zones humides
Dans ce contexte de bouleversements rapides où la mer se fait menace, les habitant·e·s du littoral peuvent compter sur de nouveaux alliés9. En effet, selon les rivages, l’élévation est distincte, d’abord du fait des mouvements tectoniques pouvant rehausser le terrain, ou, à l’inverse, de tassements des terres, d’origine naturelle ou en lien avec une forte urbanisation. Mais surtout, l’élévation se décline selon les différentes vulnérabilités et résiliences des littoraux. Ainsi, les îles du Pacifique, où les eaux de l’océan s’élèvent plus rapidement qu’ailleurs (au rythme de 12 mm par an depuis 1900), sont-elles particulièrement vulnérables du fait de leur faible altitude, mais aussi très résilientes grâce à leurs mangroves, végétation dense qui « atterrit » les rivages et les renforce10. De façon similaire, sur le littoral qui nous intéresse, l’élévation du niveau de la mer donne lieu à une mise en valeur forte des zones humides, marais couverts de salicornes, prés salés et roselières, requalifiées dans ce contexte comme des espaces pourvoyeurs de services d’atténuation et d’adaptation : par leur captation de carbone, pour le premier aspect, et par le rôle de tampon qu’elles jouent lors des tempêtes et des « coups de mer », phénomènes d’élévation temporaire menaçant les littoraux de submersion, pour le second. On peut voir dans cette revalorisation une stricte application du conseil émis par le GIEC, qui met en avant la restauration des milieux naturels côtiers comme technique d’adaptation à l’élévation marine. Pourtant, l’interpréter comme une simple application de directives scientifiques « venues d’en haut » serait négliger ce que ce choix implique de rupture avec les précédents dispositifs de « défense contre la mer », comme les appellent encore les textes datant de quelques décennies : construction de digues, de brise-lames, renforcement de plages par ré-ensablement. Le fait de compter non plus sur des techniques de maîtrise des aléas mais sur des espaces naturels comme des alliés initie un changement de représentations double : vis-à-vis de la persistance d’un espoir technologique, l’impossibilité assumée dans les messages du PNR d’une gestion par solutions techniques de « défense contre la mer » invite à une reconsidération de la maîtrise humaine sur l’élément marin. Vis-à-vis des entités naturelles, leur mise en avant comme autant de solutions ou de pourvoyeurs de services dans le cadre de la reconfiguration littorale qui s’amorce transforme le regard sur ces espaces longtemps négligés, malaimés. Ce changement des représentations est sans doute encore plus frappant dans une région dont l’aménagement est ancien, qui a longtemps consisté essentiellement en l’assèchement de ces zones humides inquiétantes, emplies de moustiques, parfois malodorantes, espaces de vide ou de maladies et qui se trouvent désormais requalifiées en tant qu’alliés.
Si donc les calculs des instances scientifiques permettent d’anticiper, dans la mesure du possible, le phénomène, les médiations du PNR, d’en faire parler et de le mettre en débat, et les zones humides, de le ralentir, quel rôle jouent les approches par l’imaginaire proposées par les artistes invités en résidence par le pôle culturel du PNR?
Styliser : Les mises en images d’Enrique Ramirez
L’idée des approches sensibles comme forme de médiation culturelle prend sens dans l’histoire institutionnelle du parc, marquée par le passage d’une productrice de radio dans la mise en place d’un pôle culturel fort. Les actions de ce pôle se structurent notamment autour de l’axe « Territoire réel, imaginaire, rêvé », un thème qui va bien au-delà d’une esthétisation de l’espace narbonnais ; il s’agit plutôt de proposer à des artistes de s’installer en résidence au Parc pour proposer une production qui sera un alliage de leur sensibilité propre et du territoire habité qui l’inspire. Dans le cadre de « La Mer Monte », la directrice du Pôle culturel a choisi d’inviter trois artistes, dont deux ayant déjà effectué leur résidence : le plasticien chilien Enrique Ramirez et l’architecte, comédienne et scénographe Hélène Dattler. J’ai pu entendre chaque personne parler de son travail. Quoiqu’elle et il affirment tout·e·s deux s’être senti·e·s pris·e·s au dépourvu, au premier abord, face à cette problématique « de scientifiques », elle et il ont cherché, chacun·e par leurs moyens d’expression, à ouvrir d’autres problèmes. Quelles sont ces pistes ouvertes par les imaginaires?
Enrique Ramirez, plasticien et cinéaste chilien, a été judicieusement invité par la responsable du pôle culturel du PNR, à la suite de son travail cinématographique Océan, fresque documentaire poétique et politique sur la traversée transatlantique d’un cargo, des rives chiliennes au nord de l’Europe en passant par le canal de Panama. Le thème de l’océan, récurrent dans le travail de Ramirez et intriqué à une biographie personnelle, trouvait alors en narbonnaise un site d’expression propice à l’occasion du programme La Mer Monte. « Comment rendre visible l’invisible? » : c’est la question qui a animé son travail, éminemment visuel, uni par une forte stylisation du phénomène. Le premier court métrage qu’il a proposé au public au Théâtre-Cinéma de Narbonne en novembre 2019, Chant pour el mar, livrait une prosopopée, celle d’une mer chantée par une famille en errance, semblant voguer à la dérive sur une chaloupe ancienne, dans l’un des étangs du territoire du PNR, étrangement immobile au large des rivages. Comme dans le long-métrage qui a conduit la responsable du pôle culturel à l’inviter, se lisait dans ce travail le délicat alliage d’une mer entendue poétiquement et politiquement, comme tout à la fois espace de liberté et d’errance prolongée, de migrations forcées auxquelles la Méditerranée est tristement associée aujourd’hui. Dans ses productions suivantes pour « La Mer Monte », les moyens et courts-métrages « Lauso la mare et tente’n a terro » et « Effacer le monde », présentés en exposition à la Chapelle des Pénitents Bleus de Narbonne en juillet et en août 2020, cette veine se précise. Dans la première de ces productions dont le titre reprend le proverbe provençal « Fais l’éloge de la mer et tiens-toi à terre », Enrique Ramirez propose un film en diptyque, rythmé par le basculement entre un discours scientifique tenu à l’ouverture et une approche stylisée. Dans les premières minutes, à l’abri d’une embarcation, ramant régulièrement, un personnage explique et commente l’élévation des eaux jusqu’à un temps de rupture où, troublant le rythme de son discours jusqu’alors rationnel et quasi pédagogique, il souffle : « on l’entend… elle approche. » Le film alors chavire et, dans le second temps, amorcé par un long plan « traveling » au-dessus d’une mer écumeuse, deux silhouettes, d’abord sur le rivage, puis de plus en plus englouties par l’eau, s’imaginent poissons, bateaux, parlent de froid mais aussi d’images maternelles portées par l’élément marin, puis font corps avec cet élément qui finit par les submerger, et sans doute, les réinventer métaphoriquement. À nouveau, son travail, que la musique, la technique et les textes poétiques animent et esthétisent, rendent l’événement poétique plutôt que tragique. C’est cette même idée de réinvention que nous montre « Effacer le monde », où, associée à la voix de Guillaume Simonet en fond sonore, est filmée une séquence d’effacements et de recréations lithographiques : une page disparaît sous l’écriture d’une autre, suggérant de donner à la disparition du rivage le sens d’un palimpseste, ces anciens parchemins sur lesquels les strates d’écriture se juxtaposent.
Écouter : La collecte de récits d’Hélène Dattler
Très différent et au plus proche des habitant·e·s est le travail d’Hélène Dattler, architecte de formation, comédienne, scénographe et membre (entre autres) du collectif artistique de l’Agence Nationale de Psychanalyse Urbaine (ANPU), familier des approches de l’espace par l’imaginaire. Elle a fait le choix d’explorer les relations intimes des habitant·e·s du littoral avec la mer, d’interroger le sens d’une vie menée, ou recommencée, à proximité du rivage : La mer qui monte en moi11, le livret qu’elle signe, est sous-titré Collecte de récits et laisses de soi. Ce travail a donné lieu à une ballade sonore, longtemps reportée du fait de la pandémie. Proposée aux visiteur·e·s du PNR le dimanche 13 septembre 2020, cette ballade associait l’écoute au casque de témoignages recueillis par l’artiste au cours de sa résidence, mis en musique, à la déambulation sur un sentier de basse altitude, donnant sur les anciens salins de la réserve naturelle régionale de Sainte-Lucie, lieu phare du territoire du PNR. Ce faisant, Hélène Dattler offrait aux habitant·e·s (car, pour plusieurs, celles et ceux qui avaient témoigné étaient présent·e·s) une mise en représentation de leur parole, qui connut un grand succès dans le public venu se livrer au jeu itinérant.
Quittant le temps de la prospective, l’abscisse implacable des projections modélisées, le temps des mandats et des aménagements, c’est dans un temps vécu, individuel, atavique parfois, que Datler situe son propos. Le point de départ demeure la peur de la submersion : « J’ai peur de la mer. J’ai toujours eu peur d’elle. Depuis que je sais qu’elle monte, ma peur ne cesse de grandir. Je l’imagine laper la pierre des maisons, croquer le béton, s’insérer dans chaque ouverture, chaque fenêtre, chaque fissure. Les habitants. La mer va manger leurs racines. Je les vois partir les bras remplis d’affaires, quelques souvenirs sauvés des eaux, la mine défaite, marchant vers un horizon renversé12 ». Pourtant, ce motif est rapidement écarté en faveur de thèmes plus positifs, cherchant ce que peut signifier, pour des vies humaines, de se lier intimement à l’élément marin. Aussi explore-t-on, au fil de mots confiés, le sens d’une « relation impérieuse » à la mer, construite en grandissant à ses côtés, ou celui d’un attachement transmis, avec joie ou regret, refoulé parfois, réapparu alors : « La mer et les bateaux, c’était tellement imprégné chez moi (sic) que j’ai quitté mon métier et qu’à cinquante-cinq ans, ce rêve s’est réalisé : avec mon fils, j’ai créé une activité de promenade en mer. Cette enfance près de la mer et ce contact avec l’eau se sont répercutés trente ans après13 ».
Apparait, surtout, ce que la mer apporte à une existence, de force, de mystère, de liberté : « La mer ne peut pas faire d’une personne qui vit avec elle une mauvaise personne. Elle est tellement ouverte… C’est un milieu, plus on s’enfonce dedans, moins il devient hostile. C’est aussi cela qui la fait grandiose14 ». L’attachement des habitant·e·s à ce milieu, qui borde leurs habitats, habite leurs vies, se trouve ainsi écouté avec une attention soutenue, archivé, rendu visible, esthétisé. Les histoires qu’elle recueille ne sont pas iréniques pour autant, qui livrent les échos de dynasties d’apnéistes, parfois victimes d’accidents, et explorent cette intensification du sentiment de liberté toujours conjoint à l’ampleur de la solitude et des risques, qui survient lorsque l’on est en mer. Les souvenirs des « coups de mer », ces hausses subites de la mer par gros temps, prennent des allures d’anticipation, par les images de submersion mais aussi d’isolement qu’ils livrent, car la topographie du territoire amène, dans les projections, certains espaces à se trouver en situation d’insularité : « La montée des eaux sur l’île de Sainte-Lucie, c’était après un coup de mer. Deux énormes cargos s’étaient échoués sur la plage de la Vieille Nouvelle. On est restés quinze jours coincés à Sainte-Lucie en autonomie complète. Il n’y avait plus de canal, plus de chemin de halage, plus d’étang de l’Ayrolle, plus d’étang de Bages, plus rien. C’était la mer15 ». Pourtant, à ces souvenirs à première vue angoissants, se joignent, dans les témoignages, la conscience profonde des aléas liés à la proximité du milieu marin et leur acceptation : « Pour moi, ce n’est pas nouveau. La mer a toujours envahi le village et les plages ici. On sait que cette entrée des eaux va être de plus en plus forte. Les ancien[·ne·]s et moi avons le sentiment profond que l’eau monte et que nous sommes fragiles sur la côte. On sait cela16 ». Cette conscience se tient à distance de l’orgueil d’une compréhension totale des mouvements de la mer (« On a vu des houles se former de manière brutale sans vent alors qu’on était en pleine mer. Tu ne sais pas d’où elles sortent. Quelques vagues de submersion sont arrivées. Qu’est-ce qu’on peut faire? On sera où on sera17 ») ainsi que d’une ingénierie littorale, qui prétendrait lutter contre l’élévation : « L’eau peut monter effectivement. Mais monter les sols de trois mètres pour être hors d’eau et faire des barrières partout : non! Il faut vivre avec son milieu et pas aller contre [lui]18 ». Ces témoignages, riches d’une connaissance sensible toute autre que celle des modélisations, de savoirs propres à une familiarité, une pratique des lieux, une temporalité autre que celles des prévisions, portent avec eux une autre vision de l’élévation des eaux. Il me semble qu’on peut comprendre son travail comme une maïeutique, un travail herméneutique dans l’expression de quelque chose comme une condition littorale, élaboré sur des médiations : souvenirs d’enfance, objets symboliques, répétitions familiales, rêveries face à l’horizon, autant d’objets transitionnels par lesquels l’artiste révèle les liens entre les habitant·e·s du rivage et cette immense présence, conduisant à cette furieuse nécessité de vivre sur un bord de mer. Car c’est la conclusion que tire Hélène Dattler de son travail : « Il faut beaucoup l’aimer pour accepter qu’elle monte19 ».
Ce à quoi le travail d’Hélène Dattler aboutit peut alors être rapproché des conclusions d’une anthropologue, qui, s’intéressant à la même problématique chez les habitants d’un parc naturel au Costa Rica, remarque que « les [habitant·e·s locales et] locaux, les rangers, les biologistes travaillant dans cet espace et même les visiteur·e·s ont remarqué que la mer monte chaque année. Certain·e·s en donnent une explication par le changement climatique, d’autres en disent simplement que “la mer reprend ce qui lui appartient”. La plupart de ces attitudes se fondent sur de l’empirisme. Ce sont des conclusions tirées de leurs expériences au fil du temps, comme ces personnes sont en lien avec la matérialité de leur environnement. […] Leur positionnement, dès lors, ne consiste pas à maîtriser ou administrer ces matérialités, mais est plutôt de l’ordre d’une observation à travers le temps, d’une coopération et, surtout, d’une adaptation à une terre et une mer qu’[elles et] ils savent être constamment changeantes20 ».
Dans les approches sensibles que nous avons souhaité mettre en avant, l’objectivité du regard scientifique est doublement écartée. D’abord, par ce que ces artistes ont cherché : histoires de vie, de souvenirs, de rêves, d’humeurs, de pratiques ou d’images poétiques. Mais aussi par ce qu’elles et ils ont mis d’elles et eux-mêmes, dans cette recherche, ainsi que d’Hélène Dattler, qui consignant, co-signant, s’alliant aux récits des habitant·e·s, archive ce qu’aucun protocole scientifique ne saurait reproduire : « J’écoute, pour recueillir les fragments d’histoires individuelles, pour retenir un patrimoine intangible. Je prends de la distance, puis j’écoute encore, pour garder l’essentiel, pour inviter chaque lecteur [et chaque lectrice] à se rappeler ses premiers contacts avec la mer ». De même d’Enrique Ramirez, que sa façon de s’emparer du thème a conduit vers une stylisation méditative de l’errance, de la peur, de la disparition et de leurs autres sens possibles. L’association de leurs caractères artistiques distincts trouve une cohérence et ébauche une conclusion étrange, qui pourrait s’apparenter à une mise en avant de la vulnérabilité plutôt que de la force. À l’opposé d’une culture du risque, fondée sur les prévisions et l’agir technique, de telles initiatives initient une culture de la vulnérabilité, entendue comme condition existentielle, intriquée à l’expérience sensible et à l’attachement à un territoire, et participent à rendre cette culture commune, ce qui pourrait bien être de première importance pour notre condition contemporaine.
Crédit photo : EdWhiteImages, Pixabay, https://pixabay.com/fr/photos/de-d%C3%A9fense-contre-la-mer-digue-mer-48…
1 IPCC, « Chapter 3 : Impacts of 1.5°C of Global Warming on Natural and Human Systems », Special Report : Global Warming of 1.5°C, 2018, p. 225, www.ipcc.ch/site/assets/uploads/sites/2/2019/06/SR15_Chapter3_Low_Res.pdf ;
Concernant la Méditerranée, le récent rapport du MedECC (Mediterranean Experts on Climate and Environmental Changes) indique que « le niveau de la mer en Méditerranée a augmenté de 0,7 mm par an18 entre 1945 et 2000 et de 1,1 mm par an entre 1970 et 2006. On constate une accélération de l’élévation du niveau de la mer ces deux dernières décennies atteignant environ 3 mm par an. » ; MedECC, Les risques liés aux changements climatiques et environnementaux dans la région Méditerranée, 2019, p.8, www.medecc.org/wp-content/uploads/2018/12/MedECC-Booklet_FR_WEB.pdf
2 IPCC, « Summary for policy makers » Special Report : Global Warming of 1.5°C, section B.2.1, 2018, www.ipcc.ch/sr15/chapter/spm/
3 Fanny Adloff et coll., « Mediterranean Sea response to climate change in an ensemble of twenty first century scenarios », Climate Dynamics, 45(9‑10), 2015, 2775‑2802. C’est notamment sur ce travail que s’appuie le Groupe de Recherche sur les Evolutions du Climat en Provence-Alpes-Côte-d’Azur (GREC-PACA devenu GREC-SUD).
4 IPCC, op. cit., section B.2.2.
5 Hélène Dattler, La mer qui monte en moi : collecte de récits et laisses de soi, Sigean : Éditions du Parc Naturel Régional de la Narbonnaise en Méditerranée, 2019, p 71.
6 La notion de « profane épistémologique », conçue pour ressaisir la présupposition, de la part des experts, d’un public peu averti, est notamment employée par Nicolas Rocle, Bruno Bouet, Silvère Chasseriaud et Sandrine Lyser, 2016, « Tant qu’il y aura des « profanes »… dans la gestion des risques littoraux. Le cas de l’érosion marine à Lacanau », VertigO – la revue électronique en sciences de l’environnement, 16(2), 2016, doi.org/10.4000/vertigo.17646
7 Vincent Andreu-Boussut, La nature et le balnéaire – Le littoral de l’Aude, Paris : Éditions de L’Harmattan, 2008, p. 95.
8 La distinction est proposée par Guillaume Simonet, « De l’ajustement à la transformation : vers un essor de l’adaptation? », Développement durable et territoires, 7(2), 2016, doi.org/10.4000/developpementdurable.11320
9 J’emploie ce terme d’alliance en écho volontaire au titre de l’article de Baptiste Morizot, « Nouvelles alliances avec la terre. Une cohabitation diplomatique avec le vivant », Tracés, 33, 2017, doi.org/10.4000/traces.7001
10 Patrick D. Nunn, Augustine Kohler et Roselyn Kumar, « Identifying and assessing evidence for recent shoreline change attributable to uncommonly rapid sea-level rise in Pohnpei, Federated States of Micronesia, Northwest Pacific Ocean », Journal of Coastal Conservation, 21(6), 2017, 719‑730.
11 Hélène Dattler, op. cit. Ce livret, recueil de témoignages recueillis librement par l’artiste et organisés en sections, a été publié par le PNR dans la collection « Territoire réel, imaginaire, rêvé », en 2019, et a été performé lors des ballades sonores du 13 septembre 2020 à la Réserve Naturelle Régionale de Sainte-Lucie.
12 Hélène Dattler, ibid., p. 9.
13 Hélène Dattler, ibid., p. 15.
14 Hélène Dattler, ibid., p.37.
15 Hélène Dattler, ibid., p. 67.
16 Hélène Dattler, ibid.
17 Hélène Dattler, ibid.
18 Hélène Dattler, op. cit., p. 71.
19 Hélène Dattler, propos recueillis directement auprès de l’autrice.
20 Traduction libre de Marine Fauché pour Alessandra Baltodano Estrada, « A Matter of Time », Minding Nature, 13(1), 2020, p. 53. »It was no surprise, then, when I started asking people around the park what they imagined would happen to the place in a thousand or a million years, that their imaginaries were filled with a “reclaiming” sea. Local residents, rangers, biologists working in the area, and even visitors have noticed that the sea is rising every year. Some gave an explanation of rising seas as an effect of climate change; others simply used phrases like “the sea is taking what is his.” Most of these attitudes are based on empiricism. They are conclusions drawn from what these people have experienced over time as they relate to the materiality of their surroundings. They have to notice and care about what the sea and the rocks do because their craft, their profession, their knowledge about the world, and simply their daily lives are contingent on the trajectories of these things. Their position, therefore, is not of mastering or administering these materialities, but instead it is one of observation across time, cooperation, and, mainly, adaptation to a land and sea they know to be in constant change. »
par Rédaction | Mar 4, 2021 | International
Par Adèle Surprenant
Une série de manifestations antigouvernementales a eu lieu au Brésil à la mi-janvieri. Pour la première fois depuis l’entrée de Jair Bolsonaro à la présidence en janvier 2019, une partie de la droite a rejoint dans la rue ses opposant·e·s, jusqu’alors marqué·e·s à gaucheii. En cause, la gestion jugée catastrophique de la crise sanitaire par les autorités et la fin de l’aide financière d’urgence aux plus démuni·e·s, adoptée au début de la pandémieiii. Deux ans après son ascension fulgurante au pouvoir et à un an près de l’apparition du coronavirus, Bolsonaro est-il en train de creuser son cercueil politique?
C’est en « correata » que des Brésilien·ne·s sont descendu·e·s dans les rues les 24 et 25 janvier derniersiv. COVID-19 oblige, des convois de voitures ont circulé dans les rues de Brasilia et d’ailleurs pour montrer leur opposition au gouvernement de Jair Bolsonaro, qu’une partie de la population accuse notamment d’être responsable de la mort de plus de 210 000 de leurs concitoyen·ne·s depuis le début de la crise sanitairev.
À l’image de son allié, l’ancien résident à la Maison-Blanche, Donald Trump, le président brésilien s’est montré en opposition aux mesures de confinement et de distanciation sociale, a fait la promotion de l’hydroxychloroquine et s’est « érigé en héraut de la liberté individuelle de continuer à travailler », en dépit des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS)vi. Fort de l’appui de l’armée et d’une popularité qui semblait alors inébranlable, Bolsonaro a « présent[é] la lutte contre les recommandations scientifiques comme un combat justifiant une escalade autoritaire », alors que d’autres dirigeants aux inclinations dictatoriales ont, partout dans le monde, usé des mesures de confinement pour asseoir leurs pouvoirsvii.
Une stratégie qui semblait payer jusqu’au tournant de la nouvelle année, alors que le gouvernement est légalement contraint de mettre fin à l’aide d’urgence de 600 réaux, soit environ 140 dollars canadiens, qui permettait à une partie de la population de garder la tête hors de l’eauviii. Selon l’institut de sondage Datafolha, 40 % des Brésilien·ne·s ont, à la mi-janvier, une opinion négative de leur président, soit 8 % de plus qu’en décembre 2020ix.
Un contexte favorable
« Bolsonaro arrive au pouvoir [avec les élections d’octobre] 2018, mais c’est en fait le résultat d’un processus de dégradation du système politique brésilien qui commence déjà en 2013, donc après une dizaine d’années du gouvernement du Parti des travailleurs (PT) », explique Juan Durazo Hermann, professeur de politique comparée à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et président de l’Association canadienne des études latino-américaines et des Caraïbes.
L’ancien président travailliste Luiz Inácio Lula da Silva, dit « Lula », cumulait 40 % des intentions de vote et dominait la course électorale jusqu’à sa condamnation pour corruption « à la suite d’un procès douteux », qui le contraint à renoncer à sa candidaturex. Son successeur, Fernando Haddad, échoue à reprendre le flambeau du PT – ou du moins à le tenir assez haut pour empêcher le pays de plonger dans la noirceur. Jusqu’alors un acteur politique extrêmement marginal, Jair Bolsonaro rafle 46 % des suffrages au premier tour de la présidentielle, mettant fin au règne tumultueux, mais prolongé, de la gauchexi.
Qu’est-ce qui explique le passage aussi drastique d’un gouvernement socialiste au gouvernement d’extrême-droite du Parti social-libéral (PSL) et de son chef, connu pour ses sorties racistes, homophobes, misogynes et antidémocratiquesxii?
À la veille du scrutin de 2018, le Brésil est dans une situation peu enviable. La situation sécuritaire est catastrophique, avec plus d’un demi-million d’assassinats répertoriés entre 2006 et 2016, soit environ un tous les dix minutesxiii. Une récession se dessine à compter des années 2010, provoquée par la chute des exportations, ce qui fait craindre aux populations à risque l’augmentation de la précarité, de laquelle le PT avait pourtant promis de les sauverxiv. La classe moyenne et les élites commencent également à se mobiliser en 2013, « parce qu’elles sont préoccupées par la perte de privilèges qui vient avec les politiques redistributives du PT, qui menace leur position sociale plus qu’économique », commente M. Durazo Hermann, qui rappelle le rôle de la « tradition très profonde de hiérarchisation sociale et aussi raciale au Brésil » dans la montée du ressentiment.
« La crise économique prend une tournure politique » lorsque la présidente Dilma Roussef est destituée en 2016xv. La droite répond en plaçant au pouvoir le Parti du mouvement démocratique brésilien (PMDB) et son chef Michel Temer, sans élections. Ce dernier met en place des mesures d’austérité drastiques, qui achèvent de le défaire de sa légitimité déjà fragile, tout comme de la crédibilité de l’Étatxvi.
Même si les partis de droite battent de l’aile, c’est dans un climat très anti-gauche au sein de la population, dans les médias et sur les réseaux sociaux que se prépare la campagne de Bolsonaro, explique à L’Esprit libre M. Durazo Hermann. Comme Lula avant lui, l’ancien militaire profite des « effets de l’austérité et des précédents effets des chocs commerciaux en créant des programmes politiques qui parlaient aux électeurs qui ont perdu soit économiquement ou socialement de l’interaction entre ces chocs économiques », soutiennent les chercheurs Patricia Justino et Bruno Martorano dans un article paru sur The Conversationxvii.
En plus d’exploiter les retombées de la crise, Bolsonaro forme une alliance avec l’armée, avec des entrepreneurs avides de réformes néolibérales et avec des organisations de droite évangélique, dont l’adhésion est passée de 7 à 30 % entre 1980 et 2019xviii. « C’est une coalition difficile à articuler, à maintenir », poursuit M. Durazo Hermann, surtout lorsque les pressions se multiplient face à ce qu’il qualifie d’« incompétence crasse du gouvernement » dans la gestion de la pandémie.
Crise sanitaire, crise autoritaire
Au moment d’écrire ces lignes, l’État brésilien détient quelque 6 millions de doses du vaccin contre la COVID-19, pour une population de 213 millionsxix. Le président Jair Bolsonaro a annoncé en décembre dernier qu’il ne se ferait pas vacciner – rien d’étonnant pour le dirigeant, qui balaie du revers de la main toutes les mesures préconisées par l’OMS pour tenter d’endiguer la propagation du virus, qui fait pourtant des ravages au Brésilxx.
La campagne de vaccination a débuté le 17 janvier 2021, alors que la situation sanitaire est hors de contrôle dans plusieurs régions du pays, à commencer par l’Amazonasxxi. À Manaus, la capitale de la région amazonienne, 50 à 60 personnes meurent quotidiennement de la COVID-19. Des chiffres sous-estimés, selon le journaliste Jean-Mathieu Albertini en reportage pour Médiapart, qui accuse le manque de tests disponibles et l’absence d’examens post-mortem systématiquesxxii. Une hausse des décès est liée à la nouvelle variante du virus, encore plus contagieuse que la précédente, mais aussi à la pénurie de bonbonnes d’oxygène, dont le ministre de la Santé, Eduardo Pazuello, a été averti dès le 8 janvierxxiii. Le personnel de la santé et la population de Manaus dénoncent l’inaction du ministre et de son gouvernement, qui a d’ailleurs imposé une augmentation des impôts sur l’importation des bonbonnes d’oxygènes en décembre 2020, contribuant à l’augmentation des prix de la précieuse denréexxiv. Devenues quasi-impossible à se procurer, les bonbonnes d’oxygène se trouvent désormais sur le marché noir pour des prix délirants allant jusqu’à 2 300 dollars canadiens l’unitéxxv.
Le cas de Manaus n’est qu’un exemple de l’échec du gouvernement à prendre en charge la pandémie de COVID-19. La campagne de vaccination cristallise elle aussi bien des frustrations, d’après M. Durazo Hermann, qui soutient que « le gouvernement fédéral n’a absolument rien fait pour s’assurer d’avoir accès au vaccin ». À la mi-janvier, le ministre Pazuello a annoncé un voyage en Inde visant à aller récupérer en main propre des doses du vaccin AstraZeneca, un voyage auquel New Delhi a coupé court en annonçant ne pas en avoir suffisamment en stockxxvi.
Le gouverneur de São Paulo et rival politique de Bolsonaro, João Dona, a quant à lui sécurisé quelques millions de doses du vaccin de production chinoisexxvii. Celui dont la candidature est pressentie pour la présidentielle de 2022 a déclaré, lors de la vaccination des premiers travailleur·se·s de la santé, que « le vaccin est une leçon pour vous, autoritaires, qui méprisent la vie et manquez de compassionxxviii ». Un pied de nez au gouvernement de la part de M. Dona mais aussi de la Chine, qui chercherait à « punir » Brasilia, estime M. Durazo Hermann : « Bolsonaro a appuyé la politique de la ligne dure contre la Chine de Trump, tout en ignorant que le principal partenaire commercial du Brésil est la Chine », explique-t-il, donnant à titre d’exemple l’interdiction chinoise d’exporter « l’ingrédient pharmaceutique actif pour le seul vaccin qui est produit au Brésil, ce qui accentue de ce fait la rareté du vaccin ».
Sans support à Washington et avec le délitement de sa popularité au sein de la population brésilienne, Jair Bolsonaro pourrait-il se retrouver, comme ses prédécesseurs, exilé du pouvoir? Dans la dernière année et demie, plus de 60 demandes de destitution ont été déposées au Congrès, notamment par des élu·e·s de droite. Une démarche qui dépend en partie du président de la Chambre des députés, à qui la responsabilité incombe d’entamer ou non les procédures en destitution. Le 1er février dernier, Arthur Lira, allié de Bolsonaro, a été élu à ce postexxix.
À ce jour, seulement 110 député·e·s sont favorables à la destitution de Bolsonaro, 232 de moins qu’il en faut pour que le vote ne soit effectifxxx. Pour Juan Durazo Hermann, même s’il est trop tôt pour anticiper une possible destitution du président, « le simple fait qu’on commence à en parler montre déjà l’affaiblissement du gouvernement ».
i Bruno Meyerfeld, « Pour la première fois, une partie de la droite manifeste contre le président Bolsonaro au Brésil », Le Monde, 25 janvier 2021. https://www.lemonde.fr/international/article/2021/01/25/bresil-pour-la-premiere-fois-une-partie-de-la-droite-manifeste-contre-le-president-bolsonaro_6067465_3210.html.
ii Ibid.
iii Ibid.
iv Ibid.
v Ernesto Londoño, Manuela Andreoni et Letícia Casado, « Bolsonaro Talked Vaccines Down. Now Brazil has Too Few Doses », The New York Times, modifié le 25 janvier 2021. https://www.nytimes.com/2021/01/18/world/americas/brazil-covid-variants-vaccinations.html?searchResultPosition=2.
vi André Singer, « La cavalcade autoritaire de Jair Bolsonaro », Le Monde diplomatique, juillet 2020. https://www.monde-diplomatique.fr/2020/07/SINGER/61943.
vii Ibid.
viii Bruno Meyerfeld, op.cit.
ix Ibid.
x Renaud Lambert, « Le Brésil est-il fasciste? », Le Monde diplomatique, novembre 2018. https://www.monde-diplomatique.fr/2018/11/LAMBERT/59236.
xi Ibid.
xii Ernesto Londoño et Manuela Andreoni, « Brazil Election: How Jair Bolsonaro Turned Crisis Into Opportunity », The New York Times, 29 octobre 2018. https://www.nytimes.com/2018/10/29/world/americas/jair-bolsonaro-brazil-profile.html.
xiii Renaud Lambert, op.cit.
xiv Ibid.
xv Ibid.
xvi Ibid.
xvii « Both Lula and Bolsonaro exploited the effects of austerity and previous effects of trade shocks by building political agendas that appeale to those voters who had lost out either economically or socially from the interaction between these economic shocks », citation originale. Patricia Justino et Brun Martorano, « Populism in Brazil : how liberalisation and austerity led to the rise of Lula and Bolsonaro », The Conversation, 30 septembre 2020. https://theconversation.com/populism-in-brazil-how-liberalisation-and-austerity-led-to-the-rise-of-lula-and-bolsonaro-146780.
xviii Singer, op.cit.
xix Ernesto Londoño, Manuela Andreoni et Letícia Casado, op.cit.
xx Ibid.
xxi Jean-Mathieu Albertini, « Manaus, ville martyre du Covid-19, une nouvelle fois frappée », Médiapart, 27 janvier 2021. https://www.mediapart.fr/journal/international/270121/manaus-ville-martyre-du-covid-19-une-nouvelle-fois-frappee?page_article=2.
xxii Ibid.
xxiii Ibid.
xxiv Ibid.
xxv Ibid.
xxvi Ernesto Londoño, Manuela Andreoni et Letícia Casado, op.cit.
xxvii Ibid.
xxviii « The vaccine is a lesson for you, authoritarians, who disregard life, who lack compassion », citation originale, Ibid.
xxix Thierry Ogier, « Brésil : renforcé au Congrès, Bolsonaro voit s’éloigner les risques de destitution », Les Échos, 2 février 2021. https://www.lesechos.fr/monde/ameriques/bresil-jair-bolsonaro-renforce-apres-lelection-a-la-presidence-des-deux-chambres-du-congres-1286440.
xxx Bruno Meyerfeld, op.cit.
par Rédaction | Fév 9, 2021 | Analyses, Environnement, International
Par Alexandre Dion-Degodez
La prise en charge politique des problèmes liés aux changements climatiques propulse les recherches en écologie à l’échelle internationale. À travers une analyse du discours militant écologiste de Greta Thunberg, on constate que le modèle linéaire des rapports entre science et politique du climat est problématique et nécessite une révision.
Les négociations internationales du climat dominées par le modèle linéaire
La science des changements climatiques est la pierre angulaire des négociations internationales sur le climat. Le Groupe d’expert[·e·]s intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) est un acteur incontournable du régime climatique1. Il mobilise les meilleur·e·s chercheurs et chercheuses chargé·e·s d’évaluer l’état des connaissances sur les changements climatiques et de transmettre cette évaluation à travers des rapports écrits. Le GIEC se compose de trois groupes de travail, qui ont pour mandat d’évaluer respectivement l’évolution du climat, ses impacts sur les sociétés et les stratégies d’adaptation et d’atténuation. Comme son nom l’indique, le Groupe d’expert·e·s est intergouvernemental, ce qui signifie qu’il est chapeauté par les différents gouvernements des États ayant ratifié la Convention-cadre sur les changements climatiques en 1992. En ce sens, les gouvernements choisissent les chercheur·e·s selon leurs propres critères d’expertise. Les rapports du GIEC sont également soumis à une révision hautement politisée lorsqu’il est temps de rédiger les « résumés pour décideurs ». Dans ces documents dirigés à l’attention des gouvernements, chaque ligne, mot et virgule sont négociés par les corps diplomatiques des États et la rédaction scientifique. Les « résumés pour décideurs [et décideuses] » impliquent une synthèse et une sélection du savoir scientifique et transforment les rapports complets et complexes du GIEC en des documents « lénifiants, sans arêtes, ni dramatisation2 ». Cette traduction du savoir scientifique a pour but d’établir un consensus politique sur la formulation du problème climatique.
Le processus décrit ci-dessus, où la science précède l’action politique, est communément décrit dans la littérature comme un « modèle linéaire ». On attribue à la science les connaissances, le savoir, les faits tandis que la politique est investie des décisions, des valeurs et des croyances. Ce modèle établit une frontière imaginaire entre science et politique3. Cette frontière est maintenue de manière conventionnelle pour éviter toute politisation de la science ou à l’inverse, toute scientifisation du politique. Les expert·e·s scientifiques acceptent et revendiquent même cette linéarité dans le but de préserver leur autonomie des pouvoirs politiques, des intérêts externes et des lobbies. Cette règle garantit en retour la crédibilité, la légitimité et l’autorité du travail scientifique en société. Une « bonne science » est donc celle qui respecte cette séparation entre valeurs et faits.
Le GIEC s’est toujours revendiqué de ce modèle linéaire. Son credo, « policy-relevant but not policy-prescriptive4 » illustre l’observation stricte de la séparation entre science et politique. Sa proximité avec les gouvernements et sa participation à l’élaboration des « résumés pour décideurs [et décideuses] », pour ne citer que ces exemples, rendent toutefois la rhétorique de « science-speaks-truth-to-power5 » problématique. Le mandat et l’activité du GIEC, malgré ces affirmations de « neutralité scientifique », sont beaucoup plus complexes et hybrides en pratique que laisse présager la théorie du modèle linéaire. La sociologie des sciences et techniques (Science and Technology Studies, STS) défend d’ailleurs depuis plus de vingt ans un modèle dit de « coproduction6 ». Penser les rapports entre science et politique dans le cadre dominant du modèle linéaire amène son lot de limites et de difficultés pour comprendre et appréhender les changements climatiques. En ce sens, la rhétorique de Greta Thunberg peut nous permettre de comprendre comment le modèle linéaire se maintient dans le discours militant écologiste.
La perspective linéaire du discours militant écologiste de Greta Thunberg
Greta Thunberg est une jeune étudiante originaire de Stockholm. Son militantisme écologique a officiellement débuté le 20 août 2018, devant le Parlement suédois. Ce qui devait être une grève scolaire pour le climat jusqu’aux élections législatives s’est rapidement transformée en une mobilisation d’envergure nationale et internationale. En l’espace de trois semaines, Greta Thunberg a mobilisé, avec l’aide d’autres militant·e·s de diverses organisations de défense du climat, des personnes de partout en Suède, mais aussi d’Allemagne, de Finlande, de Grande-Bretagne, des Pays-Bas et de Norvège. De quelques milliers en septembre 2018, Thunberg et le mouvement Fridays for Future ont rallié des millions de militant·e·s en l’espace d’un an. La jeune militante faisait d’ailleurs partie des nôtres à l’occasion de la marche mondiale pour le climat le 27 septembre 2019 qui est, soit dit en passant, la plus grande manifestation de l’histoire du Québec. Son implication pour lutter contre la crise climatique est non-négligeable. Au-delà des manifestations, Thunberg est fréquemment invitée à prononcer des discours sur le climat devant l’élite politique mondiale. Le Forum économique mondial, le Parlement européen et la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques sont quelques exemples des tribunes dont elle bénéficie. Greta Thunberg mérite considération, notamment parce qu’elle a su mobiliser un public imposant sur plusieurs continents, mais aussi parce qu’elle dispose de forums internationaux de premier plan.
Greta Thunberg a d’abord écrit Rejoignez-nous7, un manifeste qui appelle à l’action climatique. Ses discours prononcés en 2019 à l’occasion de grands rassemblements se retrouvent également dans son livre No One is Too Small To Make a Difference8. Ces idées sont aussi traduites dans un livre rédigé avec sa famille, particulièrement sa mère, Malena Ernman, intitulé Scènes du cœur9.
Pour l’adolescente, qui avait seize ans en 2019, l’enjeu est que la crise climatique représente « […] la principale question à laquelle l’humanité doit faire face et qu’elle est totalement ignorée depuis plus de trente ans10 ». Elle lance un message, comme l’exprime l’intitulé : « Une lettre à tous ceux [et celles] qui ont la possibilité d’entendre11 ». Ce message est simple et clair : « Nous voulons que vous vous investissiez pour de bon dans cette crise de durabilité aiguë qui fait rage autour de vous. Et nous voulons que vous commenciez à appeler les choses par leur nom.12 » Ce « nous » renvoie aux jeunes générations existantes, mais aussi aux générations futures. Celles qui naissent et grandissent avec les changements climatiques. Le « vous » s’adresse plutôt aux générations antérieures. Celles qui ont ignoré les premiers cris d’alarme sur les changements climatiques, il y a trente ans, en poursuivant leur « business as usual13 ». En opposant un « nous, les jeunes non-responsables » à un « vous, adultes irresponsables », Thunberg touche à un aspect crucial des changements climatiques, soit celui des responsabilités différenciées et intergénérationnelles de la crise. Il demeure qu’interpeller toute une génération au travers d’une déclaration reste plutôt vague et limité en termes de revendications politiques. Son intention se précise dans son manifeste.
Nous savons que les hommes et les femmes politiques ne veulent pas nous parler. Très bien, nous ne voulons pas leur parler non plus. À la place, nous voulons qu’ils parlent aux scientifiques, qu’ils les écoutent enfin. Parce que nous ne faisons que répéter ce qu’ils disent et redisent depuis des décennies. Nous voulons que vous respectiez l’Accord de Paris et les préconisations des rapports du GIEC. Nous n’avons aucun autre manifeste politique ou demande que celle-là : écoutez la science14!
Dans son manifeste, la militante écologiste invite les dirigeant·e·s politiques à écouter la science des changements climatiques. Les termes sont d’autant plus forts dans la version originale de son discours, prononcé devant le Comité économique et social européen : « Nous n’avons aucun autre manifeste politique ou demande que celui-là : unissez-vous derrière la science.15 » Thunberg réitère cet appel à l’unisson devant plusieurs tribunes, au point de faire de la science « le cœur de la politique et de la démocratie ».
Lorsque j’invite les politicien.ne.s à prendre part maintenant, ils me répondent généralement qu’ils ne peuvent changer les choses drastiquement, de crainte de perdre des votes aux prochaines élections. Je leur donne raison, évidemment, car la plupart des gens ne sont mêmes pas conscients que ces changements sont nécessaires. C’est pourquoi je leur répète de s’unir derrière la science. Il faut permettre à la science d’être au cœur de la politique et de la démocratie.16
Ces extraits montrent que pour Thunberg, le nœud du problème est politique et la solution réside dans la confiance accordée à la science. Les politicien·ne·s doivent cesser d’ignorer la crise actuelle et respecter les recommandations de la communauté scientifique. Thunberg agit comme messagère. Elle répète le message des scientifiques sur des tribunes auxquelles ils et elles n’ont pas nécessairement accès.
De plus, la méconnaissance générale de la crise climatique explique le statu quo politique. Cette idée se répète à plusieurs reprises dans Scènes du cœur, notamment lorsqu’elle justifie sa grève pour le climat : « La grève scolaire pour le climat va être complètement incompréhensible pour tous ceux [et toutes celles] qui ne perçoivent pas la gravité de la situation […]. Et puisque presque personne ne sait, presque personne ne comprendra. On va me détester comme pas permis!17 », ou encore « Si on n’a pas de connaissances solides en matière de crise climatique, je suis évidemment complètement incompréhensible et je sais bien que presque personne ne se doute de l’existence de cette crise.18 » L’absence d’actions politiques s’explique donc, selon elle, par la méconnaissance générale qu’a la société de la crise actuelle.
Face à cette ignorance commune, la stratégie de la jeune militante suédoise consiste à vulgariser et à transmettre publiquement les connaissances scientifiques sur le climat dans l’objectif de rallier l’opinion publique à son mouvement et de faire ainsi pression sur la classe politique pour opérer des changements concrets. D’après la mobilisation qu’elle et son mouvement Fridays for Future ont entraînée, Thunberg a su inscrire le problème global des changements climatiques dans l’espace public, et ce, à une échelle internationale. C’est, d’ailleurs, ce qui lui a valu le titre de personnalité de l’année par le magazine Times19.
Cette analyse du discours écologiste de Greta Thunberg permet de cerner les causes, l’amplitude et les composantes qui ont mené à l’inscription de la crise climatique dans l’espace public. Elle permet aussi de soulever l’écart entre science et politique. Pour Thunberg, le déficit de connaissances doit être comblé de manière linéaire. La science doit motiver la politique à agir en réponse aux connaissances qu’elle lui fournit. Le modèle linéaire est explicite lorsqu’elle exprime : « C’est comme si les politiques devaient toujours être capables de répondre aux questions et ne jamais avoir le droit de dire qu’ils ne savent pas. Même quand ils n’y connaissent rien20. »
Les limites du modèle linéaire dans l’appréhension des changements climatiques
Le modèle linéaire, tel qu’il se retrouve dans la rhétorique de Greta Thunberg, s’oppose à plusieurs difficultés lorsqu’il est mis en pratique face aux réalités des changements climatiques. Dans le cadre de ce texte, je me limite à deux difficultés : le modèle linéaire est à la fois réducteur et déterministe, en plus de politiser la science et de dépolitiser la politique. Ces difficultés ont un impact certain sur l’appréhension des changements climatiques.
Dans ses premiers rapports, le GIEC définit les changements climatiques comme un excès de CO2 dans l’atmosphère. Cette définition cadre l’enjeu comme un problème environnemental global. Elle se fait toutefois taxer de « réductionnisme physico-chimique21 » et de « déterminisme environnemental22 » par des géographes des sciences. Par ces termes, celles et ceux-ci pointent du doigt la domination des sciences de la nature au sein du groupe d’expert·e·s, au détriment des sciences sociales. Les dimensions sociales, culturelles et économiques des changements climatiques sont effacées au profit d’une définition physique et chimique. Cette définition s’avère d’autant plus problématique lorsque performée par et dans le modèle linéaire.
La politologue Silke Beck montre, en 2010, qu’une définition strictement environnementale et globale du problème a longtemps marginalisé les thèmes de l’adaptation et des vulnérabilités au sein du GIEC et, conséquemment, à l’intérieur des négociations internationales23. Parce qu’il doit fournir l’état des connaissances aux politicien·ne·s, le Groupe d’expert·e·s a, dès son entrée en fonction, opté pour une approche explicative qui s’appuie sur des études présentant d’abord les faits capables d’être interprétés par les politiques (evidence-based policy). Cette approche linéaire a, comme corollaire, la division du GIEC en trois groupes de travail distincts : le groupe I présente l’évolution des gaz à effet de serre dans l’atmosphère, le groupe II mesure les impacts de cette évolution sur les populations et le groupe III établit les réponses possibles à ces impacts. La définition physique et chimique des changements climatiques du groupe I vient toutefois restreindre le mandat des groupes II et III.
Dans ses premiers rapports, le GIEC mise sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre en réponse aux impacts des changements climatiques. L’adaptation et les vulnérabilités des populations sont relayées au second plan. Une politique qui prend en compte ces deux dimensions cherche à augmenter la résilience des populations les plus vulnérables aux impacts des changements climatiques. Cette politique est toutefois considérée en dernière mesure, notamment lorsque les États échouent à mettre en œuvre des politiques ambitieuses de réductions de gaz à effet de serre. La définition environnementale du groupe I, jointe au modèle linéaire d’expertise, a marginalisé cette dimension du problème, et ce, jusqu’à ce que les pays du Sud global, plus vulnérables aux impacts des changements climatiques, fassent pression pour obtenir une définition du problème qui tienne compte des questions de développement et d’équité Nord-Sud. Le GIEC a opéré une réorganisation majeure des groupes de travail à l’occasion de la publication du troisième rapport de synthèse24. Les impacts, l’adaptation et les vulnérabilités sont désormais traités au sein d’un seul et même groupe de travail, amorçant à la fois le traitement central de l’adaptation et le décloisonnement des changements climatiques de leur dimension strictement environnementale.
La politique, en s’appuyant de manière linéaire sur la science, s’expose à un traitement scientifique des changements climatiques. Le GIEC n’est pas immunisé face aux rapports de pouvoirs reliés à la production de savoirs scientifiques. L’issue du problème est directement influencée par la forme et le type de savoir mobilisés pour y faire face. Une solution à cette difficulté est d’ouvrir la production de connaissances à ces autres formes et types de savoirs. L’idée n’est pas de supprimer les sciences dites « dures » du climat (climatologie, physique, chimie, mathématique, etc.), mais bien d’ajouter des disciplines complémentaires (anthropologie, géographie, science politique, sociologie, etc.), voire de nuancer les connaissances existantes. Une telle intégration a le potentiel de redéfinir le problème des changements climatiques en évitant les angles morts, comme l’illustre la marginalisation de l’adaptation et des vulnérabilités dans les premiers rapports du GIEC. Une recherche interdisciplinaire permet de construire un dialogue entre disciplines qui fait ressurgir un type de savoir susceptible de mener à des solutions à la hauteur d’enjeux aussi complexes que les changements climatiques.
Une deuxième complication du modèle linéaire consiste à politiser la science et à dépolitiser la politique en créant des débats sur la science des changements climatiques. Le modèle linéaire suppose que plus de recherches scientifiques de meilleures qualités mèneraient nécessairement à un savoir plus fiable et crédible et permettraient au politique d’atteindre un consensus. Or, en matière de changements climatiques, cette promesse demeure inachevée.
Le politique, en basant ses décisions sur les recommandations scientifiques, induit le fardeau de la preuve sur les épaules des experts scientifiques. Les politicien·ne·s attendent des preuves scientifiques unanimes et certaines. Or, la sociologie des sciences a depuis longtemps montré que l’incertitude et les débats scientifiques font partie inhérente de la production de savoir scientifique25. À ce titre, le GIEC s’est longtemps attardé à construire une compréhension partagée de la détection et de l’attribution des changements climatiques reliés aux activités humaines. Même si ce stade semble atteint à l’échelle internationale, cette compréhension demeure matière à débat dans certains États. Aux États-Unis par exemple, l’industrie du pétrole forme l’un des lobbys les plus puissants du pays et finance certains instituts scientifiques dans le but de contredire d’autres positions scientifiques26. Le débat politique sur les changements climatiques devient, dans ce cas précis, un débat scientifique et épistémologique où différentes interprétations de la science s’affrontent. Plutôt que de conseiller le politique tel que promis par le modèle linéaire, la science se voit elle-même débattue par la politique.
Certain·e·s voient dans ces controverses une opportunité pour l’expertise de fabriquer des réponses scientifiquement inattaquables27. Le débat scientifique encourage, en ce sens, un travail toujours plus rigoureux afin de réduire les marges d’incertitudes. Ce travail va de pair avec une révision des attentes du politique vis-à-vis de la recherche scientifique. Le politique ne peut blâmer la science pour des situations auxquelles elle ne peut répondre. Sur un sujet aussi complexe que les changements climatiques, le politique doit apprendre à négocier avec l’incertitude, tout comme il compose déjà avec les certitudes.
En attendant cette révision des attentes du politique, la politisation des débats scientifiques met la science du climat sur la défensive28. Celle-ci se concentre alors à produire des preuves suffisamment convaincantes afin de répondre aux idéologies récalcitrantes, les sceptiques en matière de changements climatiques, par exemple. Ce scepticisme doit être nuancé. S’il semble opportun de développer et de maintenir en société un certain regard critique vis-à-vis de l’exercice de production de connaissances scientifiques, il en va autrement pour l’exercice d’un scepticisme idéologique et mal informé, induit par des lobbys qui ne cherchent qu’à détourner l’attention des enjeux communs. En effet, ce scepticisme rend inopérant le modèle linéaire. Le débat scientifique, chargé idéologiquement, se substitue au débat politique. La science ne peut alors remplir sa promesse de résoudre les controverses politiques et générer un consensus.
Ce problème s’est présenté assez tôt dans l’histoire du GIEC. Afin de répondre aux différentes interprétations et désaccords sur la science des changements climatiques, notamment ceux des pays en développement, les États à la Convention-cadre ont créé l’Intergovernmental Negotiating Comittee (INC, 1990), ainsi que l’Organe subsidiaire d’évaluation scientifique et technique (SBSTA, 1995). Ces organes intergouvernementaux, ralliant négociateurs, négociatrices et scientifiques, sont tous chargés de se saisir des questions politiques propres à la science des changements climatiques. C’est dans l’enceinte du SBSTA que s’est décidé, par exemple, l’enjeu méthodologique des inventaires nationaux d’émissions de gaz à effet de serre29. La création de ces organisations hybrides montre que science et politique peuvent apprendre et grandir conjointement au sein des controverses scientifiques dans l’arène climatique. Le risque pour la science de devenir un substitut au débat politique demeure néanmoins présent et problématique, non seulement parce qu’il vient politiser la science, mais aussi parce qu’il dépolitise la politique.
Vers un autre type de rapport à l’expertise scientifique
Malgré tout, ce serait tomber dans le piège du modèle linéaire que d’attribuer l’échec des négociations climatiques à cet écart entre la science et la politique du climat. S’il est raisonnable de dire que les expert·e·s scientifiques sont le pivot du régime climatique, il s’agit d’une utopie scientiste que de faire reposer entièrement sur leurs épaules la charge du débat politique. Certain·e·s sociologues des sciences font consensus : « L’impossibilité de s’en remettre entièrement aux sciences et techniques pour clore définitivement les débats est une caractéristique générale de notre époque, voire une constante à travers l’histoire30 ». Le débat sur les changements climatiques fait introduire d’autres hiérarchies, croyances et valeurs, qui dépassent largement la capacité des expert·e·s scientifiques, aussi compétent·e·s soient-elles et ils, à répondre aux demandes du politique.
Une science plus réflexive permettrait néanmoins de faire avancer les négociations sur le climat. Certains éléments d’un nouveau rapport à l’expertise scientifique ont été soulevés dans ce chapitre. La nécessité de créer un savoir interdisciplinaire qui permet de prendre en considération certains aspects occultés par les sciences dominantes du climat. Le besoin du politique de rectifier ses attentes envers les sciences du climat, notamment en rapport avec l’incertitude reliée à l’activité scientifique. Une autre piste de réflexion se situe dans la création « d’espaces dialectiques ouverts31 », où les expert·e·s scientifiques peuvent débattre et témoigner publiquement du comment et du pourquoi leurs connaissances privilégiées sont pertinentes au processus de décision politique. Plusieurs chercheuses en sciences sociales en appellent à une science « civique32 », qui répondrait davantage aux demandes sociétales et démocratiques. Car, s’il a été question majoritairement du rapport entre science et politique, il importe de préciser que toute solution démocratique aux changements climatiques passe par la volonté générale de la population, d’où l’importance de miser sur la communication de la recherche scientifique et sa vulgarisation, notamment au travers de revues influentes comme Nature et Science33. Paradoxalement, c’est ce que Greta Thunberg réalise en centrant l’attention médiatique sur l’enjeu climatique. Ce chapitre invite simplement à se méfier du piège du modèle linéaire qui, en promouvant un discours d’union des politiques derrière la science, tend plutôt à masquer les responsabilités du politique sous le spectre d’une science du climat surdéterminée.
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1 Le régime climatique repose sur un « système complexe d’arènes et d’institutions qui réunit des acteurs et des partenaires de plus en plus nombreux (scientifiques, ONG, think tanks, acteurs du monde des affaires, etc.), mobilise des instruments (comptabilité carbone, indicateurs de réchauffement, mécanismes de développement propre) et voit s’affronter des intérêts économiques et des enjeux politiques variés. […] [I]l ne se réduit pas au régime juridique des relations internationales, mais établit des relations spécifiques nouvelles entre sciences, politique et marché. » Cité dans Stefan C. Aykut et Amy Dahan, Gouverner le climat ? : 20 ans de négociations internationales, Paris : Presses de Sciences Po, 2015, p. 17.
2 Ibid., p. 77.
3 Par politique, j’entends à la fois la et le politique dans le sens où le politique renvoie au lieu où se déroule l’activité politique, c’est-à-dire l’État et ses institutions. La politique s’inscrit, quant à elle, dans une « démarche raisonnée où l’action est pensée en vue d’un projet politique, d’une transformation de l’ordre institué ou de son maintien. » (Deslandes et al., 2012, p. 13) Le politique demeure toutefois sujet à changement selon la politique. Le politique est à repenser selon les savoirs, les expériences et les relations étudiées. C’est pourquoi il décrit également les institutions internationales ou encore les comités de citoyens. La/le politique s’inscrivent dans un rapport dynamique de définition. Charles Deslandes, Guide de méthodologie en science politique : normes méthodologiques et stratégies de recherche destinées aux étudiants et étudiantes de premier cycle, 4e éd., Montréal: Centre Paulo-Freire, 2012, p. 13.
4 Robert T. Watson, « Turning Science into Policy : Challenges and Experiences from the Science Policy Interface », Philosophical Transactions of the Royal Society B: Biological Sciences, 360(1454), 2005, 471-477. doi.org/10.1098/rstb.2004.1601
5 David Collingridge et Colin Reeve, Science Speaks to Power, New York : St Martin’s Press.
6 Sheila Jasanoff et Brian Wynne, « Science and Decisionmaking »,. dans Human Choice and Climate Change (p.1-87), Batelle Press : Colombus, 1998 ; Sheila Jasanoff, States of Knowledge: The co-production of science and social order, London ; New York : Routledge, 2004 ; Stefan C. Aykut et Amy Dahan, op. cit.
7 Greta Thunberg, Rejoignez-nous : #grevepourleclimat, Paris : Kero, 2019.
8 Greta Thunberg, No One is Too Small To Make a Difference, London : Penguin Random House, 2019.
9 Greta Thunberg et coll., Scènes du cœur, Paris : Kero, 2019.
10 Ibid., p. 303.
11 Ibid., p. 120.
12 Ibid., p. 121.
13 Ibid., p. 133.
14 Greta Thunberg, Rejoignez-nous : #grevepourleclimat, op. cit., p. 20.
15 Dans le texte original: We don’t have any other manifestos or demands – you unite behind the science, that is our demand. ; Greta Thunberg, Penguin Random House, op. cit., p. 35.
16 Dans le texte original: When I tell politicians to act now, the most common answer is that they can’t do anything drastic because it would be too unpopular among the voters. And they are right, of course, since most people are not even aware of why those changes are required. That is why I keep telling you to unite behind the science. Make the best available science the heart of politics and democracy. ; Ibid., p. 51-52.
17 Greta Thunberg, Scènes du cœur, op. cit., p. 282.
18 Ibid., p.298-299
19 Charlotte Alter, Suyin Haynes et Justin Worland, « 2019: Person of the Year », Time Magazine, 11 décembre 2019. www.time.com/person-of-the-year-2019-greta-thunberg.
20 Greta Thunberg, Scènes du cœur, op. cit., p. 310.
21 David Demeritt, « The Construction of Global Warming and the Politics of Science », Annals of the Association of American Geographers, 91(2), 307‑337. doi.org/10.1111/0004-5608.00245
22 Mike Hulme, Why We Disagree About Climate Change: Understanding Controversy, Inaction and Opportunity. Cambridge : Cambridge University Press, 2009.
23 Silke Beck, « Moving beyond the Linear Model of Expertise? IPCC and the Test of Adaptation », Regional Environmental Change, 11(2), 2011, 297‑306. doi.org/10.1007/s10113-010-0136-2.
24 James J. McCarthy, Osvaldo F. Canziani, Neil A. David, J. Dokken et Kasey S. White, Climate Change 2001 : Impacts, Adaptation, and Vulnerability, Contribution of Working Group II to the Third Assessment Reportof the Intergovernmental Panel on Climate Change, Intergovernmental Panel on Climate Change, 2001.
25 Thomas S. Kuhn, La structure des révolutions scientifiques, Montréal: Flammarion: 2018 [1962].
26 Naomi Oreskes et Erik Conway, Merchants of Doubt: How a Handful of Scientists Obscured The Truth On Issues from Tobacco Smoke to Global Warming, New York. Bloomsbury Press, 2010.
27 Sandrine Bony, « Comment le débat scientifique fait progresser l’expertise sur les rétroactions atmosphériques », dans Hervé Le Treut, Jean-Pascal Van Ypersele, Stéphane Hallegatte et Jean-Charles Hourcade (dir.), Science du changement climatique : Acquis et Controverses (p. 37-38), Paris : Iddri, 2004, 104 p.
28 Silke Beck, op. cit.
29 Stefan C. Aykut et Amy Dahan, op. cit., p. 82.
30 Ulrich Beck, La société du risque. Sur la voie d’une autre modernité, Paris : Aubier : 2001 ; Bruno Latour, Nous n’avons jamais été modernes. Essai d’anthropologie symétrique, Paris : La Découverte : 1991. Cité dans Stefan C. Aykut et Amy Dahan, op. cit., p. 428.
31 Philippe Roqueplo, Climats sous surveillance : limites et conditions de l’expertise scientifique, Paris : Economica, 1993.
32 Karin Bäckstrand, « Civic Science for Sustainability: Reframing the Role of Experts, Policy-Makers and Citizens in Environmental Governance », Global Environmental Politics, 3(4), 2003, 24‑41 ; Amanda Machin, Negotiating Climate Change: Radical Democracy and the Illusion of Consensus, New York : Zed Books, 2013 ; Isabelle Stengers, Une autre science est possible !. Manifeste pour un ralentissement des sciences, Paris : Empêcheurs de penser en rond, 2013.
33 Lutz Bornmann, Robin Haunschild, et Werner Marx, « Policy documents as sources for measuring societal impact: how often is climate change research mentioned in policy-related documents? », Scientometrics, 109(3), 2016, 1477‑1495.
par Rédaction | Jan 4, 2021 | Analyses, International
Par Adèle Surprenant
Plus de deux mois après le début des affrontements au Tigré, la situation sécuritaire en Éthiopie est incertaine. Le premier ministre Abiy Ahmed a déclaré avoir repris le contrôle de la zone rebelle, proclamant une victoire militaire après avoir mené une opération qui, selon ses dires, n’a pas fait de victimes civiles. Rien n’est moins sûr, alors que la région du Tigré est plongée dans le noir : l’accès aux télécommunications y est restreint, les journalistes ne sont pas autorisé·e·s à se rendre sur place et le travail des ONG est limité, faisant craindre aux Nations Unies une crise humanitaire à grande échelle1. Même s’il est difficile de savoir ce qui s’y passe réellement, ce qui s’est passé permet de mettre en lumière une partie du conflit actuel.
Le 4 novembre dernier, Abiy Ahmed a accusé le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) d’avoir mené des attaques contre une base militaire située à Mekele, la capitale tigréenne, et dans la ville de Dansha, à l’ouest de la région2. Par la même occasion, le dirigeant a annoncé une riposte militaire immédiate contre les forces rebelles, opération qui serait officiellement terminée depuis le 28 novembre, date de la prise de Mekele par l’armée fédérale3.
Les tensions sont au plus fort entre le TPLF et Addis Abeba depuis l’annonce du report des élections générales prévues en août 2020, pour cause de crise sanitaire4. Une décision qui a été jugée antidémocratique par le parti tigréen, qui considère qu’Abiy Ahmed a utilisé la pandémie comme prétexte pour s’accrocher au pouvoir et manquer à la Constitution5. À titre de protestation, les tigréen·ne·s ont décidé unilatéralement de mener des élections à l’échelle régionale en septembre, suite à quoi le gouvernement a coupé tout financement et toutes relations avec le Tigré6, qui héberge environ 6 % de la population du pays de 110 millions d’habitant·e·s7.
Les troupes du TPLF pourraient atteindre un effectif de 250 000 personnes8, et possèdent une expérience militaire historique : elles ont pris le pouvoir d’entre les mains du dictateur Mengitsu Haile Mariam par les armes et ont mené une guerre contre l’Érythrée (1998-2000) qui a fait 80 000 mort·e·s9.
Aux racines du conflit
Afin de situer le conflit dans l’histoire récente, il faut remonter à l’arrivée au pouvoir d’Abiy Ahmed en avril 2018, désigné au poste de premier ministre suite à un processus d’arbitrage interne à la coalition du Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF). À la tête du pays depuis 1991, l’EPRDF est une coalition de partis partageant la même ligne politique d’inspiration marxiste-léniniste et dominée par le TPLF. Avec la mort du fondateur de la coalition Meles Zenawi (1955-2012), l’EPRDF « commence à craquer sous la pression des disparités régionales10 », notamment économiques. En 2015, le maintien au pouvoir sans opposition de la coalition est contesté par une frange de la population et en particulier par la communauté oromo, ethnie majoritaire d’un pays qui en compte 8011. Alors que l’Éthiopie traversait une période de croissance économique et industrielle importante perçue comme le « miracle éthiopien », la jeunesse oromo se sent délaissée et ne bénéficie pas suffisamment à son goût des retombées de ce développement. Des manifestations éclatent partout en Oromia, un mouvement populaire auquel se rallie l’Organisation démocratique des peuples Oromo (OPDO), qui siège au sein de la coalition gouvernementale.
« Il y a eu une dynamique interne de reconfiguration des équilibres du pouvoir où le parti — le front tigréen qui avait dominé et exercé un contrôle absolu sur la politique éthiopienne depuis près de trente ans — considérait que se maintenir au pouvoir mettait en danger la stabilité de la fédération éthiopienne, et donc il était temps de passer la main à une nouvelle élite dirigeante issue des Oromos », explique Éloi Ficquet, anthropologue, historien et maître de conférence à l’EHESS. Abiy Ahmed est nommé, lui qui n’est jusqu’alors qu’une figure politique secondaire. La coalition « croyant sans doute qu’en le plaçant au pouvoir fédéral, ils pourraient continuer à en tenir les ficelles », poursuit M. Ficquet, rappelant qu’Abiy Ahmed est relativement jeune et peu expérimenté au moment de sa nomination.
La transition que devait assurer le nouveau premier ministre jusqu’aux élections ne s’est pas déroulée comme prévu. Abiy Ahmed a entrepris une série de réformes, à la fois sur le plan national et international, plutôt que d’assumer passivement le pouvoir transitionnel. C’est dans ce cadre que s’est déroulée la réconciliation avec l’Éthiopie voisine, qui lui a valu le prix Nobel de la paix en 201912. Une réconciliation à double tranchant selon Patrick Ferras, qui soutient que « lors de la guerre, l’Érythrée a reçu une leçon militaire sur le terrain et ne l’a toujours pas digérée. Aujourd’hui, affirme le président de l’association Stratégies africaines et docteur en géopolitique, les Tigréens reprochent à Abiy Ahmed sa proximité avec l’Érythrée, et notamment avec son dirigeant Isaias Afwerk, qui n’a pas eu l’occasion de se venger des Tigréens et laisse Abiy Ahmed le faire13 ».
En parallèle, les réformes mises en place par le nouveau dirigeant ont permis le retour de l’opposition politique, contrainte à l’exil par l’autoritarisme du précédent gouvernement. Mais, d’autre part, la scène politique se polarise de plus en plus : « la difficulté de l’Éthiopie depuis quelques années, c’est que tous les foyers de tension se sont rallumés en même temps parce qu’on est entré dans une sorte de compétition politique généralisée, où tous les acteurs régionaux — avec ces nouveaux acteurs politiques revenant au pays après l’exil — avaient intérêt à faire monter les enchères et à mobiliser leurs partisans avant les échéances électorales qui, en quelque sorte, siffleraient la fin de la partie », explique M. Ficquet. Abiy Ahmed consomme sa rupture avec l’EPRDF en créant le Parti de la prospérité en décembre 2019, délaissant la démocratie révolutionnaire pour un libéralisme économique teinté de religiosité14.
Vers une régionalisation du conflit?
À l’automne 2020, les tensions sont multiples et d’assez haute intensité lorsque la crise se déclenche. Déjà, en juin dernier, l’assassinat du chanteur populaire oromo Hachalu Hundessa a entraîné des émeutes et violences communautaires qui ont fait plus de 230 mort·e·s15. Ces violences sont symptomatiques de la fragilité de l’équilibre démocratique et intercommunautaire que prétend assurer Abiy Ahmed, soutenu par la communauté internationale. Le fédéralisme ethnique à la base du système politique éthiopien était déjà pipé depuis les années 1990 par la domination de la minorité tigréenne, alors qu’il doit plutôt garantir une certaine autonomie aux différentes communautés. En théorie, chaque région peut s’auto-administrer, souvent en fonction des critères de l’ethnie régionale dominante : les Oromos en Oromia ou les Amharas en Amhara, par exemple16. Mis en place pour faciliter l’intégration des multiples ethnies au projet national éthiopien, le fédéralisme ethnique permet peu à peu la montée des revendications et groupes ethno-nationalistes, qui alimentent les foyers de tensions. Le règne d’Abiy Ahmed semble accélérer la déliquescence de cet équilibre de façade17.
Ce fragile équilibre s’effondre donc avec l’annonce du report des élections, fixées au 5 juin 202118, très mal reçue par l’élite politique tigréenne qui y voit une atteinte à la constitution dont elle-même fut l’instigatrice, nous explique Éloi Ficquet. La décision du TPLF d’organiser ses propres élections au Tigré provoque l’ire du pouvoir central et légitime l’opération militaire, entreprise début novembre par Addis Abeba.
À la fin du mois de décembre, le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) estimait à 50 000 le nombre d’Éthiopien·ne·s parti·e·s se réfugier au Soudan19. À l’intérieur des frontières de l’Éthiopie, les plus de 63 000 déplacé·e·s internes et autres civils touché·e·s par le conflit sont à risques, selon l’ONU, d’être privé d’accès aux ressources fournies par les organisations humanitaires20.
L’implication de l’armée érythréenne aux côtés d’Abiy Ahmed a également été confirmée par une source gouvernementale américaine21, alors que l’accès à l’information sur la situation au Tigré est toujours limité. Plus de 95 000 Érythréen·e·s résident pourtant dans des camps de réfugié·e·s au Tigré, dont l’accès aurait été refusé à l’ONU et dont certain·e·s résident·e·s auraient été rapatrié·e·s de force, rapporte RFI22.
L’Éthiopie, considérée comme un pôle de stabilité dans la Corne de l’Afrique, pourrait-elle être le nouveau brasier de la région? La question reste en suspens, alors que la victoire autoproclamée d’Addis Abeba reste à confirmer et que l’implication érythréenne n’a pas pleinement été mise en lumière. Les autorités soudanaises s’inquiètent quant à elles que la présence supplémentaire de réfugié·e·s sur leur territoire ne vienne déstabiliser l’équilibre politique nouvellement acquis suite au mouvement social, qui a chassé le président Omar el-Béchir en avril 2019.
David Ambrosetti, chercheur au CNRS, met en garde contre ce qui pourrait apparaître comme une fausse solution au conflit : « les travaux sur les questions de conflits armés ont quand même souvent montré que l’organisation de scrutins en situation de conflit pouvait conduire non pas à la pacification, non pas à la stabilisation, mais à la radicalisation d’une scène politique23 ».
1 Organisation des Nations Unies (ONU), « Une crise humanitaire à grande échelle se déroule en Éthiopie, prévient le HCR », 17 novembre 2020. https://news.un.org/fr/story/2020/11/1082472.
2 Le Monde avec AFP, « Ethiopie : le premier ministre annonce une riposte après l’attaque d’un camp militaire dans le Tigré », 4 novembre 2020. https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/11/04/ethiopie-le-premier-ministre-annonce-une-riposte-apres-l-attaque-d-un-camp-militaire-dans-le-tigre_6058436_3212.html.
3 Romain Gras, « Éthiopie : après la prise de Mekele, l’avenir incertain du conflit dans le Tigré », Jeune Afrique, 1er décembre 2020. https://www.jeuneafrique.com/1083405/politique/ethiopie-apres-la-prise-de-mekele-lavenir-incertain-du-conflit-dans-le-tigre/.
4 Nina Soyez, « Éthiopie : les racines du conflit au Tigré », TV5 Monde, 16 novembre 2020. https://information.tv5monde.com/afrique/ethiopie-les-racines-du-conflit-avec-le-tigre-383788.
5 Ibid.
6 Le Monde avec AFP, op.cit.
7 France 24, « Éthiopie : la poudrière du Tigré », Le monde dans tous ses états, 7 décembre 2020. https://www.france24.com/fr/%C3%A9missions/le-monde-dans-tous-ses-%C3%A9tats/20201207-%C3%A9thiopie-la-poudri%C3%A8re-du-tigr%C3%A9.
8 Ibid.
9 Soyez, op.cit.
10 Gérard Prunier, « Éthiopie-Érythrée, fin des hostilités »,Le Monde diplomatique, novembre 2018. https://www.monde-diplomatique.fr/2018/11/PRUNIER/59209.
11 Les Oromos représentent environ un tiers de la population de l’Éthiopie. France 24, op.cit.
12 Soyez, op.cit.
13 Ibid.
14 Abiy Ahmed s’auto-attribuerait une figure quasi-messianique, d’après Éloi Ficquet.
15 Le Monde avec AFP, « Éthiopie : “les émeutes après le meurtre d’un chanteur oromo ont fait plus de 230 morts », Le Monde, 8 juin 2020. https://www.lemonde.fr/afrique/article/2020/07/08/ethiopie-les-emeutes-apres-le-meurtre-d-un-chanteur-oromo-ont-fait-plus-de-230-morts_6045608_3212.html.
16 Ecofin Hebdo, « Ethiopie : l’échec d’un système politique basé sur le fédéralisme ethnique », 28 juin 2019. https://www.agenceecofin.com/la-une-de-lhebdo/2806-67379-ethiopie-l-echec-d-un-systeme-politique-base-sur-le-federalisme-ethnique.
17 Prunier, op.cit.
18 France 24, « L’Ethiopie fixe la date du 5 juin 2021 pour ses élections », 25 décembre 2020. https://www.france24.com/fr/afrique/20201225-l-%C3%A9thiopie-fixe-la-date-du-5-juin-2021-pour-ses-%C3%A9lections.
19Ibid.
20 UNHCR, « Ethiopian refugee numbers in Sudan cross the 40, 000 mark », 24 novembre 2020. https://www.unhcr.org/news/briefing/2020/11/5fbcccbf4/ethiopian-refugee-numbers-sudan-cross-40000-mark.html.
21 Léonard Vincent, « Éthiopie : l’implication des Érythréens dans le conflit au Tigré se confirme », RFI, 10 décembre 2020. https://www.rfi.fr/fr/afrique/20201210-%C3%A9thiopie-l-implication-des-%C3%A9rythr%C3%A9ens-dans-le-conflit-au-tigr%C3%A9-se-confirme.
22 Ibid.
23 David Ambrosetti interrogé par Julie Gascon, « La guerre en Éthiopie est-elle vraiment finie? », France Culture, 9 décembre 2020. https://www.franceculture.fr/emissions/les-enjeux-internationaux/les-enjeux-internationaux-emission-du-mercredi-09-decembre-2020.