Le phénomène Macron

Le phénomène Macron

Par Jacques Simon

Cette élection présidentielle n’aura été qu’un enchaînement ininterrompu de surprises et de revirements de situation. Si une personne incarne le caractère imprévisible du monde politique français actuel, c’est Emmanuel Macron. Encore inconnu du grand public il y a trois ans, il est aujourd’hui président de la République française. Du privé à l’arrière-plan gouvernemental, de l’arrière-plan gouvernemental à un ministère, d’un ministère à la tête des sondages, et de la tête des sondages à l’Élysée, Emmanuel Macron est passé partout, sans y avoir vraiment été.

Cette ascension fulgurante vers le haut de la scène politique nationale ne s’est d’ailleurs pas faite sans accrocs, à droite comme à gauche. Macron fait partie de ces nouveaux politicien·ne·s qui sortent du privé pour tenter de secourir une sphère politique en crise. À ce titre, on peut le comparer à Donald Trump, à Beppe Grillo, ou encore à Pablo Iglesias, qui sont tous de récents arrivés dans la scène politique et qui rassemblent de larges foules de convaincu·e·s. Qui est donc ce benjamin de la présidentielle française, et qu’a-t-il proposé pour convaincre tant de monde?

L’homme

Malgré l’apparence d’outsider qu’il a su cultiver, Emmanuel Macron a connu le parcours d’un membre de l’élite de la société française.

Né le 21 décembre 1977 à Amiens dans une famille relativement aisée, il a commencé son éducation chez les Jésuites avant d’aller au Lycée Henri-IV de Paris – un établissement considéré comme le meilleur du pays. En 2001, il est diplômé de Science Po Paris, un établissement de renommée mondiale, après avoir suivi une formation de philosophie. Spécialisé dans la pensée de Machiavel, il a écrit une thèse sur la philosophie hégélienne du droit et a été l’assistant de Paul Ricœur, un philosophe connu en France. En 2004, il est diplômé de l’École Normale d’Administration (ÉNA), l’institution qui forme l’élite bureaucratique française et où sont passés quasiment tous les présidents [1].

Pour son premier emploi, il est inspecteur des finances à l’Inspection générale des finances, organe du gouvernement qui veille à la bonne utilisation des deniers publics. Assistant en 2004, il est promu en octobre 2005, et gravit les échelons pour se retrouver chef de son département en juin 2007.

En 2008, il accepte un poste à la banque d’investissement Rothschild. Malgré le fait qu’il n’arrive que dix jours avant que Lehman Brothers fasse faillite, il sait se démarquer assez pour se faire surnommer le « Mozart de la finance » [2]. Dans ce cadre, il s’occupe d’importantes transactions, si bien que ses bénéfices lui permettront, selon ses propres dires, d’être « à l’abri du besoin jusqu’à la fin de ses jours » [3].

Par le biais de l’économiste Jacques Attali, il rencontre un certain François Hollande. Celui-ci, qui sera élu président en 2012, lui propose de faire partie de son équipe gouvernementale. Macron accepte, et rentre à l’Élysée comme conseiller du nouveau président [4].

En août 2014, Hollande et Manuel Valls concrétisent leur tournant libéral, et font sortir du gouvernement trois ministres, dont Benoît Hamon et Arnaud Montebourg, le ministre de l’économie. Pour remplir le poste, l’équipe exécutive opte pour le renouveau. De leur poche, ils sortent un jeune homme ambitieux et inconnu du grand public : Emmanuel Macron prend poste dans un des ministères les plus importants.

Aux yeux des ténors du gouvernement, le bilan est mitigé. D’un côté Macron incarne parfaitement la nouvelle politique gouvernementale. Il signe de son nom un projet de loi [5] qui est pour le moins controversé. Parmi les propositions, la plus polémique concerne la légalisation partielle du travail le dimanche, jour traditionnellement consacré à la famille et aux loisirs en France. Hormis cela, la « loi Macron » envisageait de limiter les indemnités que touchent les travailleurs et travailleuses licencié·e·s [6], et a mis un terme au bonus que touchaient les entreprises qui avaient augmenté les salaires après deux ans de revenus positifs.

D’un autre côté, Macron se fait connaître comme l’électron libre du gouvernement, un trait qui déplait fortement à ses collègues. En août 2014, il se prononce contre les 35 heures hebdomadaires – une des politiques les plus fièrement revendiquées par la gauche française –, en janvier 2015 il explique que les entrepreneur·e·s ont la vie plus dure que les travailleurs et travailleuses, et en mai 2015 il lance à des manifestant·e·s en colère que la meilleure façon de se payer un costard est de bosser [7]. À tort ou à raison, Emmanuel Macron a passé son temps au gouvernement à faire polémique.

Le 6 avril 2016, le ministre de l’économie commence à se retourner contre l’équipe gouvernementale. En déplacement à Amiens, il lance son mouvement appelé « En Marche ! ». Cette formation, qui se veut « ni de droite, ni de gauche », cristallise les ambitions personnelles de Macron. Visiblement peu intéressé à faire retomber la tension entre lui et le gouvernement, il fait son premier meeting officiel le 12 juillet, soit deux jours avant que François Hollande ne soit interviewé pour la dernière fois dans le cadre des célébrations du 14 juillet. Et puis, le 30 août, un jour avant la rentrée, Emmanuel Macron démissionne.

C’est un peu plus de deux mois plus tard, le 16 novembre 2016, qu’il officialise sa candidature pour la présidence de la République. Depuis lors, Macron n’a qu’un objectif : siphonner les électeurs et électrices de la droite et de la gauche modérées, afin de se faire un nid au centre du spectre politique. C’est pari gagné.

Aidé par le fait que le Parti socialiste et les Républicains ont des candidat·e·s assez éloigné·e·s du centre, Macron a reçu le soutien de plusieurs cadres des deux partis, y compris d’un ministre en fonction. En plus des politicien·ne·s de renommée, Macron a su créer une réelle dynamique populaire. Des personnes de tous les horizons se sont impliquées corps et âme pour faire vivre son nouveau mouvement et le porter jusqu’à l’Élysée.

Le 23 avril dernier, à 20h heure de Paris, les résultats tombent. C’est la fin d’un mois de course électorale acharnée comme elle l’a rarement été. Elle a été emplie de scandales, de retournements de situation, et, surtout, s’est soldée par une course à quatre candidat·e·s qui étaient tou·te·s dans la marge d’erreur pour arriver au second tour. Finalement, Emmanuel Macron, arrivé en tête avec 24 %, affronte Marine Le Pen et ses 21 % en finale pour le deuxième tour [8]. L’humeur est partagée. Entre résignation et détresse, la plupart des Français·es se préparent à devoir voter pour un·e candidat·e dont ils et elles n’avait pas voulu.

La situation n’est pas inédite cependant. Il y a 15 ans, le 21 avril 2002, la France avait fait face à quelque chose de semblable : Jean-Marie Le Pen, le père de Marine, était arrivé au second tour face à Jacques Chirac du RPR (ancêtre de Les Républicains). Si à l’époque un front républicain s’était formé et avait mené, après deux semaines de manifestations et de rassemblements, à une victoire de 83 % [9] pour le candidat de droite modérée, le soulèvement populaire a été bien moindre cette fois-ci.

Entre les 23 avril et 7 mai 2017, les Français·es étaient moroses. Hormis celles et ceux qui avaient voté pour les deux finalistes, beaucoup peinaient à se convaincre d’aller aux urnes. Dans le camp Mélenchon, la gauche de la gauche, un sondage sur la plateforme internet de la campagne a révélé que l’électorat se divisait en trois parties quasi égales : un tiers voterait Macron, un autre s’abstiendrait, et un troisième voterait blanc (l’option « voter Le Pen » n’était pas proposée) [10]. Usé·e·s par la politique défensive, les Français·es semblaient peu motivé·e·s à faire barrage au Front National.

Pourtant, c’est avec 66,1 % qu’Emmanuel Macron a été élu président de la République Française le 7 mai 2017 [11]. Ce score, bien en deçà de celui obtenu par Chirac en son temps, est toutefois signe que le Front National continue à se heurter à un plafond de verre [12].

Bien que l’abstention se soit élevée à 25,44 % des inscrit·e·s et que 11,5 % des votes sont blancs ou nuls [13] (des taux jamais vus depuis 1969, quand le Parti Communiste Français, très influant à l’époque, avait appelé à s’abstenir devant les deux candidats de droite modérée qualifiés au second tour), Macron a bel et bien gagné l’élection présidentielle française.

Comment est-ce qu’un candidat avec si peu d’expérience politique a-t-il pu toucher tant de personnes? Que propose-t-il?

Économie

La vision d’Emmanuel Macron est surtout économique. Ayant occupé le ministère du même nom et issu du milieu des finances, sa grille de lecture est orientée dans ce sens. Pour lui, le mal principal de la France est la rigidité de son marché qui l’empêche de s’appliquer au particulier. Son analyse est avant tout pragmatique : les acquis sociaux ne sont pas mauvais en soi, mais ils alimentent l’antagonisme qui existe déjà naturellement dans le monde du travail. Macron aimerait libéraliser le code du travail afin que les relations employeurs et employeuses/employé·e·s soient façonnées par le dialogue et non par la lutte. Le projet est donc de créer un environnement dans lequel on peut « bien vivre de son travail et [où on peut] inventer de nouvelles protections » [14].

Pour ce faire, il faut amputer à la social-démocratie française un certain nombre de ses éléments. Macron prône donc la réduction des charges des entrepreneurs et entrepreneuses et la suppression du Régime social des indépendants (RSI), organisme qui protège les travailleurs et travailleuses indépendant·e·s [15]. Il souhaite aussi réduire les cotisations sociales payées par les employeurs et employeuses pour « réduire le coût du travail » [16] ainsi qu’exonérer les cotisations sur les heures supplémentaires.

La vision Macron n’est pas, à strictement parler, identique à celle de la droite libérale classique. Le souhait n’est pas de faciliter l’accumulation de capital dans les mains d’une élite en supposant qu’un surplus découlera sur la société. Plutôt, l’idée est de créer un rapport amical entre les individus qui se côtoient sur le marché du travail, afin que ces derniers puissent bâtir ensemble les règles qui encadrent leurs interactions.

Le meilleur exemple est son souhait de « redéfinir le dialogue social » [17]. Concrètement, cela implique de réduire les lois dans le code du travail et de faciliter l’adaptation du salaire, du temps de travail – des négociations en général – pour qu’elles soient adaptées au contexte spécifique de leur application : « par exemple, les horaires effectifs, où l’organisation du travail seront négociés au plus près du terrain [18]. »

Les travailleuses et travailleurs ne doivent pas être dépendant·e·s de l’État pour leur survie. Celui-ci doit être en effet conçu comme un filet de secours, une institution qui aide les plus défavorisé·e·s, sans toutefois engendrer l’assistanat. Les agriculteurs et agricultrices, par exemple, bénéficieront d’un investissement de cinq milliards d’euros ayant pour but « qu’ils [et elles] vivent de leur travail, plutôt que des aides publiques » [19].

Donner aux individus la capacité de vivre indépendamment des aides publiques passe aussi par l’éducation spécialisée. Dans ce sens, Macron promet la formation d’un million de jeunes et d’un million de demandeurs et demandeuses d’emploi peu ou pas qualifié·e·s pour qu’elles et ils puissent mieux intégrer le marché du travail. En général, il appelle à un « effort massif pour l’apprentissage » [20].

Société

Le côté « ni droite ni gauche », se ressent aussi dans le volet sociétal du programme de Macron. Y sont présents l’intérêt pour la sécurité et les forces de l’ordre de la droite en même temps que les valeurs libérales chères à la gauche.

« La sécurité est la première de nos libertés » explique-t-il, et celle-ci passe par la police à en croire son programme [21]. En effet, il souhaite augmenter les effectifs policiers de 10 000 places, créer une « police de la sécurité quotidienne » chargée de « protéger et d’entreprendre », punir les « incivilités » (harcèlement des femmes, insultes, et… crachats) à l’aide « d’amendes immédiates et dissuasives », construire 15 000 nouvelles places de prison, ou encore, créer un « état-major permanent des opérations de sécurité intérieure, de renseignement et de lutte contre le terrorisme » [22].

Cette analyse stricte se retrouve aussi dans le volet « justice » de son programme. Là, il est question de s’assurer que toutes les peines soient exécutées et de limiter le phénomène d’aménagement des peines (proposer aux personnes sanctionnées de travailler, de suivre une formation, etc.). Cependant, la particularité de Macron est de faire cohabiter ce genre de propositions traditionnellement issues de la droite dure avec des mesures progressistes.

Son programme culturel, par exemple, va dans le sens de la démocratisation. Les bibliothèques seront ouvertes le soir et les week-ends, l’apprentissage d’une deuxième langue sera encouragée à l’école, et les jeunes recevront un « passe culture » de 500 euros pour leurs 18 ans. Les mêmes genres d’investissements se retrouvent dans le secteur de la santé, où il souhaite que l’État prenne en charge l’intégralité des frais liés aux lunettes et aux prothèses auditives et dentaires [23]. Macron est aussi favorable à la légalisation de la PMA (procréation médicalement assistée, ndlr) pour les femmes seules et les couples de lesbiennes, mais pas à la GPA (gestation pour autrui, ndlr) [24].

Relations internationales

Pour ce qui est des relations internationales, Macron est résolument Européen. Des quatre principaux candidats et candidate à la présidentielle, c’est le seul qui souhaite approfondir l’unité entre les pays membres, et accroître drastiquement leur interconnectivité.

En termes de nouveaux projets, Macron propose la création de deux nouveaux marchés uniques : celui du numérique et celui de l’énergie. Si le premier aura pour but de « financer le développement des startups européennes », le second aidera à transiter vers l’écologie, notamment en « fixant un prix plancher du carbone » [25]. Le tout sera encadré par un « Buy European Act » qui restreindra l’accès aux marchés uniques aux entreprises qui produisent au moins la moitié de leurs biens au sein de l’Union.

Pour Macron, l’Europe doit aussi être un organisme qui oriente et protège les politiques nationales. Pour ce faire, il souhaite voir apparaître un budget de la zone euro, voté par le parlement et mis en œuvre par un·e ministre de l’Économie et des Finances de la zone euro [26]. L’Europe doit assurer l’exemplarité de ses membres, notamment en combattant les évasions fiscales d’un pays à un autre.

L’Union sera aussi dotée d’une dimension militaire et protectrice. Un « Fond européen de la défense » sera ainsi créé pour financer un armement commun et un Quartier Général européen, auquel participeront les pays volontaires. En outre, le Président souhaite créer une force de quelque 5 000 gardes frontaliers européens [27].

À ce sujet, la politique internationale hors-UE se distingue par son absence. Mise à part l’augmentation des moyens de l’armée (avec tout de même de réelles propositions quant à l’utilisation des nouveaux fonds), Macron donne très peu d’indices par rapport à sa politique étrangère – une lacune étonnante étant donné la présence médiatique importante de ces sujets. Il analyse une présence de la France décroissante sur le plan mondial, une tendance qu’il souhaiterait inverser pour « défendre » les intérêts « climatiques », « économiques », et « sécuritaires » du pays [28]. Il se positionne également contre la Russie, et souhaite maintenir les sanctions existantes tant que les accords de Minsk (signés à la suite de l’invasion de la Crimée) ne seront respectés.

Génération Macron?

Sans nier ses réels atouts, il faut dire que l’élection de Macron relève d’un concours de circonstances assez imprévisible. Macron est en effet sorti d’un gouvernement historiquement impopulaire, dont le bilan était contesté – voire renié – jusqu’à l’intérieur du Parti socialiste. Ajoutez à cela un ras-le-bol généralisé du statu quo, et vous avez une recette explosive. L’avoir repéré et avoir su sauter sur l’occasion révèle d’ailleurs la finesse de l’analyse et l’agilité politique de Macron.

À droite, c’est François Fillon qui a gagné les primaires, incarnant une rigueur économique quasi-thatchérienne ainsi que l’honnêteté des élu·e·s. Ses positions radicalement libérales ont laissé l’aile gauche de son parti sans candidat·e, et les détournements de fonds dont il a été accusé ont refroidi plus d’un·e de ses sympathisant·e·s. À gauche, c’est Benoît Hamon qui a été choisi. Celui-ci se trouve largement à l’aile gauche du PS, à tel point qu’il a essayé de faire tomber le gouvernement de Hollande. La gauche du gouvernement s’est donc aussi retrouvée non-représentée dans l’élection. 

Les partis dont sont issus ces deux candidats (le PS et les Républicains) ont, traditionnellement, englobé la majorité du spectre politique, ne laissant donc une place à de potentiel·le·s contestataires qu’à leurs extrêmes respectifs. Or, cette fois-ci, un vide s’est formé au centre, vide qu’Emmanuel Macron a su occuper. Les électeurs et électrices modéré·e·s des partis traditionnels ont en effet été réceptifs et réceptives à son discours « ni droite, ni gauche ».

Il est donc logique que sa candidature en ait attiré plus d’un·e·. Pourtant, le fait qu’il ait été élu défie toute logique. En effet, en regardant l’offre politique présente durant cette élection, il ne fait aucun doute que la candidature d’Emmanuel Macron s’inscrivait dans une continuité relative par rapport au quinquennat de François Hollande. Comment donc expliquer qu’un président dont les politiques l’ont rendu le chef de l’exécutif le plus impopulaire de la 5ème République – à tel point qu’il a renoncé à se représenter – voit aujourd’hui son héritage idéologique se faire réélire? Comment expliquer, aussi, que des politiques qui ont provoqué les plus grandes manifestations depuis 1995 soient, aujourd’hui, réintroduites à l’Élysée? Ce qui est sûr, c’est que Macron y est pour quelque chose. Il a su parler aux Français·es, et a pu créer un dialogue avec eux et elles.

Et maintenant…?

Après s’être installé à l’Élysée, Macron devra affronter des défis de taille. En effet, sa stratégie d’accepter n’importe qui dans son mouvement s’est faite au détriment d’une unité idéologique cohérente. Aujourd’hui, les appuis à Macron vont de la droite traditionnelle à un ancien secrétaire général du Parti Communiste Français et ex-candidat à la présidentielle, en passant par tous les genres de sociaux-démocrates et d’écologistes. Créer un gouvernement cohérent à partir de cela risque de relever du défi herculéen.

Ensuite, il va falloir qu’il réussisse à se démarquer de François Hollande. Si le président sortant n’a pas réussi à convaincre avec ses politiques, Emmanuel Macron va devoir effectuer un travail de communication sans fautes. En plus de ses électeurs et électrices, il va devoir convaincre ses opposant·e·s, sans quoi il y a fort à parier qu’il aura aussi affaire à des mouvements sociaux importants.

Enfin, bon nombre de ses propositions demandent une unité sociétale au sens large, voire une unité européenne dans certains cas. Étant donné les fractures profondes qui y courent en ce moment, Macron va devoir faire un travail d’union de grande envergure s’il souhaite mener à bout son projet. Théoriquement, c’est possible. Une fois confronté aux faits, il se peut qu’il soit déçu.

Aujourd’hui, avant même d’être réellement entré en fonction, Macron s’engage dans un sentier peu connu et où il jouit d’un faible soutien. Pourtant, Emmanuel Macron se voit comme un acteur important de la cinquième République. À la Charles de Gaulle, il se présente comme quelqu’un d’en dehors du système, venu sauver la politique d’elle-même. La République française connaît en effet une période difficile; la relever ne sera pas tâche facile.

Aussi dans ce dossier sur les élections françaises 2017 :

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CRÉDIT PHOTO: Jeso Carneiro

1. Emmanuel Macron, « Biographie », https://en-marche.fr/emmanuel-macron , consulté le 19/04/2017.

2. Daniel Schneidermann, «Vive Macron, nouveau ministre de l’Économie ! », Nouvel Observateur, 27/08/2014, http://tempsreel.nouvelobs.com/rue89/rue89-le-915-darret-sur-images/2014… , consulté de 19/04/2017.

3. Ibid.

4. Ibid.

5.  République Française, « LOI no 2015-990 du 6 août 2015 pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques », Journal officiel de la République française, 06/08/2017, http://droit-finances.commentcamarche.net/download/start/telecharger-312… , consulté le 19/04/2017.

6. Cette proposition sera annulée par le conseil constitutionnel.

7. L’Obs, « 5 sorties d’Emmanuel Macron qui disent son mépris de classe », Le Nouvel Observateur, 30/05/2017, http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20160530.OBS1486/5-sorties-d-em… , consulté le 19/04/2017.

8. Ministère de l’Intérieur, « Élection présidentielle 2017 », République Française, http://elections.interieur.gouv.fr/presidentielle-2017/FE.html, consulté le 12/04/2017.

9. La France Insoumise, « Résultats de la consultation sur le second tour de l’élection présidentielle », La France Insoumise, 02/05/2017, https://lafranceinsoumise.fr/2017/05/02/resultats-de-consultation-second…, consulté le 09/05/2017.

10. Ministère de l’Intérieur, « Élection présidentielle 2017 », République Française, http://elections.interieur.gouv.fr/presidentielle-2017/FE.html, consulté le 12/04/2017.

11. Jacques Simon, « Le plafond de verre du Front National », L’Esprit Libre, 30/12/2016, http://revuelespritlibre.org/le-plafond-de-verre-du-front-national, repéré le 09/05/2017.

12. Ministère de l’Intérieur, « Élection présidentielle 2017 », République Française, http://elections.interieur.gouv.fr/presidentielle-2017/FE.html, consulté le 12/04/2017.

13. Emmanuel Macron, « Programme », https://storage.googleapis.com/en-marche-fr/COMMUNICATION/Programme-Emma… , consulté le 19/04/2017.

14. Ibid.

15. Ibid.

16. Ibid.

17. Ibid.

18. Ibid.

19. Ibid.

20. Ibid.

21. Ibid.

22. Ibid.

23. Emmanuel Macron, « Familles et société », https://en-marche.fr/emmanuel-macron/le-programme/familles-et-societe, consulté le 19/04/2017.

24. Emmanuel Macron, « Programme », https://storage.googleapis.com/en-marche-fr/COMMUNICATION/Programme-Emma… , consulté le 19/04/2017.

25. Ibid.

26. Ibid.

27. Emmanuel Macron, « International », https://en-marche.fr/emmanuel-macron/le-programme/international, consulté le 19/04/2017.

28. Ibid.

Plaidoyer pour la pluralité des voix

Plaidoyer pour la pluralité des voix

Par Pascale St-Onge

L’auteure est présidente de la Fédération nationale des communications de la CSN. 

Je suis inquiète pour l’avenir de l’information. Je suis inquiète pour la démocratie. Je suis inquiète pour les progrès qui ont marqué le dernier siècle en termes d’ouverture aux différences et d’avancées pour les droits de la personne. Les médias, les artistes et le milieu culturel ont indéniablement participé à faire connaître à la majorité des réalités méconnues et des situations d’injustices vécues par tant de personnes et de groupes opprimés et vulnérables. L’émergence, la solidité, l’abondance et la notoriété d’une presse libre et indépendante dans les pays occidentaux pendant cette période a incontestablement participé aux débats qui ont mené à l’émancipation des femmes, pour ne nommer que cet exemple probant, et à l’inclusion dans nos chartes québécoise et canadienne d’articles qui rejettent la discrimination en fonction de l’orientation sexuelle, du genre, de la race, de la religion, etc.

Cet article a été publié dans le recueil (in)visibilités médiatiques de L’Esprit libre. Il est disponible sur notre boutique en ligne ou dans plusieurs librairies indépendantes.

Je suis inquiète parce que les bases économiques qui soutiennent les médias qui nous ont tant renseignés-es, éclairés-es et informés-es sur le monde sont fragilisées au point où le tiers des emplois dans la presse écrite a disparu en cinq ans (de 2010 à 2015), que la télévision traditionnelle et généraliste a amorcé un déclin qui entraîne de nombreuses restructurations et pertes d’emplois, et que la plupart des radios ont depuis longtemps délaissé ou rationalisé leurs vaillantes salles de nouvelles afin de diminuer leurs coûts de production.

Un événement inédit au Québec s’est produit au printemps dernier. La Fédération nationale des communications (FNC-CSN) a organisé en partenariat avec la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), le Conseil de presse du Québec (CPQ) et le Centre d’études sur les médias de l’Université Laval (CEM), un colloque qui a réuni dans une même salle des patrons-nes de presse, des journalistes, des syndicalistes, des chercheurs et chercheuses en journalisme et en communication, des étudiants-es et même des représentants-es du gouvernement afin de faire le point sur la situation et de discuter de pistes de solutions. Au terme de ce colloque, dans les semaines et les mois qui ont suivi, plusieurs voix, incluant celles de dirigeants-es de syndicats et d’entreprises réputées, ont réclamé des gouvernements provincial et fédéral des allégements fiscaux afin de permettre aux entreprises de la presse écrite de se sortir la tête de l’eau. Jamais de telles démarches n’ont été faites par le passé, car la presse écrite a toujours été jalouse de son indépendance face aux pouvoirs publics. Entendez-vous le signal d’alarme?

Je suis inquiète, car l’information a perdu une grande part de sa valeur commerciale et que, jusqu’à aujourd’hui, ni les gouvernements, ni les annonceurs, ni le public ne semblent massivement disposés à préserver leurs organes de presse. En fait, je ne crois pas que nous soyons tous et toutes pleinement conscients-es de la valeur du service public que ces derniers garantissent en surveillant les pouvoirs officiels (exécutif, législatif et judiciaire). Par conséquent, je m’inquiète pour l’avenir de l’information, pour la démocratie et pour les avancées sociales et humaines, car dans l’obscurité et le silence, l’imputabilité n’existe pas.

À la défense de nos médias d’information

Nos médias ne sont pas parfaits et ne l’ont jamais été. Sont-ils équitables dans leur façon de couvrir des sujets qui touchent certaines minorités? Engagent-ils suffisamment de personnel représentatif de la diversité de nos communautés? Accordent-ils la parole autant aux plus démunis-es et vulnérables de nos sociétés qu’aux élites? Sont-ils toujours justes dans leur façon de traiter des sujets explosifs ou accordent-ils plus d’importance aux points de vue qui semblent partagés par la majorité de leur public et qui plaisent aux annonceurs? À mon avis, il est sain de se poser ces questions et de tenter d’y répondre (ce que je ne me risquerai pas à faire dans le cadre de cet article). Cependant, quelques notions sont à considérer avant toute chose.

Tout d’abord, on ne peut imposer à un seul média, aussi grand et réputé soit-il, le fardeau de représenter toutes les réalités, tous les points de vue et toutes les opinions imaginables. Le plus grand danger qui guette une presse libre et indépendante est le monopole et la concentration entre trop peu de mains de nos organes d’information. La pluralité des sources d’information et la diversité des voix sont essentielles pour que les médias se complètent, se défient, se regardent, se critiquent. Avec l’addition des sources, le public peut se faire une idée globale du monde qui l’entoure plutôt que de ne connaître que la vision d’un seul média ou d’un-e unique journaliste qui présente des sujets choisis et abordés selon ses valeurs, ses idées, ses critères. Une lanterne isolée n’éclaire qu’une petite partie à la fois d’une vaste chambre. Un ensemble de lanternes peut illuminer la pièce tout entière et permettre d’y découvrir tout ce qui s’y trouve. 

Ensuite, la capacité d’un média de couvrir en profondeur l’actualité, de chercher la vérité même lorsqu’elle est habilement camouflée par de puissants intérêts ou qu’elle requiert des semaines d’enquêtes pour être découverte, de s’intéresser à la fois à ce qui est près et loin de nous, d’amener à notre attention des réalités qui nous sont totalement étrangères, dépend autant de sa solidité financière que de la volonté des propriétaires et de ses artisans-es. Produire de l’information de qualité coûte cher.

L’industrie de l’information, depuis sa naissance, a évolué vers une presse professionnelle, avec de rigoureux critères journalistiques, des codes de déontologie contraignants, des formations spécifiques à la profession. Le Québec s’est même doté d’un tribunal d’honneur, le Conseil de presse du Québec, qui reçoit les plaintes du public sur la couverture journalistique, et d’organismes de réglementation tels que le CRTC. Comme société, nous nous sommes donné des médias publics, privés, communautaires, scientifiques, spécialisés, de niches, etc. En somme, malgré l’opinion qu’on peut avoir d’un média ou d’un autre, nous avons un univers médiatique de grande valeur, crédible et varié qu’il nous est permis de critiquer et dont nous pouvons exiger ce qu’il y a de mieux.

Cet univers médiatique est devenu possible entre autres parce que l’information avait une valeur commerciale. Concrètement, les médias produisent de l’information et l’offrent à un public. Les médias vendent ensuite aux annonceurs du temps d’attention de leurs lecteurs-trices aux entreprises. Ces annonceurs paient d’ailleurs beaucoup d’argent pour annoncer leurs produits et services à ce public, dont l’esprit est disponible grâce à l’intérêt suscité par la nouvelle. En puisant leurs revenus de deux principales sources, soit les abonnements et la publicité, tant que cela a été rentable, les médias ont pu se constituer des salles de nouvelles remplies de journalistes, de professionnels-les de l’information et de nombreux autres types d’employés-es qui, grâce à leurs conditions de travail décentes, ont pu consacrer leur carrière professionnelle à creuser et à raconter des histoires d’intérêt public.

À cette étape-ci, il m’est nécessaire de rappeler que le métier de journaliste n’a pas toujours été glorieux. Au tout début, la paie était tellement maigre que nombre de « nouvellistes » (on les appelait comme cela à l’époque) arrondissaient leur fin de mois en acceptant des enveloppes brunes d’entreprises, de politiciens ou autres, pour rédiger des papiers favorables. Ou encore, elles et ils occupaient d’autres emplois qui pouvaient miner leur indépendance et n’accordaient pas autant de temps et d’énergie à fouiller des histoires. Pour les femmes, dès qu’elles se mariaient, elles devaient quitter leur travail qui, de toute façon, les avait confinées à la presse dite « féminine ». Par exemple, on pouvait leur demander de rédiger un texte sur le nouveau modèle de malaxeur! De plus, les journalistes étaient soumis-es à l’arbitraire du patron qui, parfois, brandissait des menaces de congédiement pour orienter les articles et les sujets selon ses propres intérêts.

Exaspérés-es de vivre dans la précarité et de voir leur autonomie professionnelle constamment sous pression, les journalistes se sont organisés-es en syndicats. Au fil d’épiques luttes syndicales teintées à l’occasion de violences, de grèves et de lockouts, elles et ils ont peu à peu réussi à améliorer leurs conditions de travail et leurs clauses professionnelles afin de protéger leur indépendance et l’éthique journalistique. Ce fut le cas pour les journalistes syndiqués-es, à tout le moins, puisque la situation est tout à fait déplorable pour une large majorité de pigistes, contractuels-les et journalistes indépendants-es, dont les tarifs au feuillet ont cessé d’augmenter depuis plus de 30 ans, alors que le coût de la vie, lui, grimpe toujours. Cela est sans parler de leurs droits d’auteur-e et moraux qu’elles et ils sont de plus en plus contraints-es de céder aux employeurs et employeuses, les privant ainsi des recettes de leurs œuvres. Il est d’ailleurs grand temps que le gouvernement accède à la demande de l’Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ), soit de les doter d’une loi similaire à celle sur le Statut de l’artiste qui leur permettrait de négocier des conditions de pratiques minimales et décentes.

Aujourd’hui, ces gains qui ont permis aux médias d’exister et d’être viables sont de plus en plus menacés. Avec l’avènement d’Internet, des réseaux sociaux, des moteurs de recherche et autres plateformes de diffusion, le public s’est habitué à trouver de tout gratuitement. Il est donc de moins en moins enclin à payer pour être informé. Du côté des annonceurs, l’univers numérique a provoqué l’éclatement des possibilités publicitaires et ils peuvent aujourd’hui rejoindre leur clientèle sur d’autres plateformes efficaces et économiques.

En effet, les Facebook, Google, Twitter et autres géants mondiaux du Web, américains pour la plupart, ont développé des outils très précis pour aider les annonceurs à cibler et à rejoindre leur clientèle. Ces compagnies ne développent aucun contenu (ou presque pas et encore moins en matière d’information), ne connaissent aucune frontière physique géographique et possèdent une structure de coût d’exploitation minime par rapport au potentiel de revenus. Elles ont fait chuter dramatiquement le coût de la publicité en offrant des prix avec lesquels les médias traditionnels ne peuvent rivaliser, eux qui sont limités par la taille de leur marché et par leurs coûts de production très élevés. Donc non seulement ces applications reproduisent-elles gratuitement le contenu produit à grands frais par d’autres, mais en plus, elles empochent le pactole en termes de revenus publicitaires. Pour ajouter à la problématique de l’argent que ces compagnies engrangent chez nous, elles n’en redonnent à peu près pas à nos communautés, car elles emploient peu de gens chez nous, ne retournent pratiquement aucune taxe et ne paient aucun impôt.

Ceci étant dit, on n’arrêtera pas le progrès! Les médias doivent composer avec cette réalité contemporaine et ils doivent trouver des solutions. Rien n’indique cependant que la majorité d’entre eux sont à l’aube de trouver une nouvelle façon de rentabiliser leurs activités. Certains expérimentent de nouveaux modèles, mais aucune nouvelle source de revenus n’a été mise en place. Au contraire, certains médias dépendent aujourd’hui plus que jamais des revenus publicitaires ayant rendu leur contenu gratuit, et d’autres, ayant de moins en moins d’annonceurs, dépendent de plus en plus de la générosité de leur public prêt à payer pour être abonné ou à faire des dons de charité.

C’est ainsi que depuis au moins deux décennies, nous assistons à des rondes de restructurations, à des ventes, à des rachats, à des mises à pied, à des reculs dans les conditions de travail, à la précarisation des emplois, à la disparition de certains métiers et de certaines expertises. Certains médias en sont désormais à l’étape de fermeture. Dernièrement, nous avons vu disparaître au Québec des médias régionaux, plusieurs médias communautaires, spécialisés et de niches. Pensons au Canal Argent du Groupe TVA, la seule chaîne spécialisée en économie, ou encore à plusieurs journaux hebdomadaires qui ont fermé leurs portes à la suite du rachat par Transcontinental des propriétés de Québecor, etc. Jusqu’ici, nos gros piliers ont été épargnés, mais pour combien de temps encore si rien ne change? Et qu’en est-il de la diversité avec la disparition de voix alternatives?

On me dira que la nature a horreur du vide et que de l’hypothétique mort de nos médias traditionnels naîtra autre chose. Cette autre chose m’effraie. Les médias se sont structurés ainsi car ils doivent avoir les reins solides pour exposer les côtés les plus sombres de nos sociétés, et parfois les plus lumineux, et ainsi les faire évoluer. Parler librement demande une indépendance économique et une capacité à se défendre devant les tribunaux en cas de poursuite. (Pensons par exemple à la publication satirique Le Journal de Mourreal qui est impuissant pour se défendre face à l’empire Québecor.) Ce ne sont pas les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) qui feront ce travail. Ce n’est pas leur mission. De toute manière, voudrait-on confier à des entreprises américaines le soin de nous informer chez nous?

Ce n’est pas non plus le public qui « s’auto-informera », car malgré les nombreuses occasions pour la population générale de s’exprimer et de se raconter sur le Web, il ne peut remplacer le travail d’un-e journaliste qui y consacre sa vie professionnelle. Qui a le temps, l’argent et l’énergie nécessaires pour débusquer et mettre à jour les grands scandales de notre époque? Bien que certains événements ponctuels peuvent être rapportés par les membres du public et que cela a certes une valeur informative, seuls des médias de masse avec d’importantes ressources économiques ont pu, par exemple, enquêter sur la corruption et la collusion dans le monde de la construction et ont forcé le gouvernement à mettre sur pied la Commission Charbonneau. D’autant plus que comme ces médias monopolisent en grande partie l’espace médiatique, ces informations cruciales pour la vie démocratique risquent de demeurer dans l’ombre si elles étaient révélées par de petits médias. En ce sens, le rôle des médias est sans doute appelé à changer et à aller toujours plus vers l’enquête et l’analyse plutôt que le scoop ou l’événementiel, mais encore une fois, cela coûte cher. Il est paradoxal de constater que la tendance actuelle est plutôt à l’inverse car les médias cherchent encore le scoop et le sensationnel pour obtenir le plus de clics possibles. 

Je mentionnais plus tôt l’importance de la pluralité des voix. Si peu s’indignent des fermetures récentes de médias, je me dois de rappeler qu’à chaque fois que l’un d’entre eux s’éteint, ce sont des histoires qui ne seront jamais racontées. C’est une portion de la réalité qui ne sera jamais connue par d’autres que celles et ceux qui la vivent. C’est une prise de conscience collective d’une injustice, une réparation et un changement qui n’auront pas lieu. Bref, c’est un brin de démocratie qui s’envole.

Le salut par les réseaux sociaux et Internet?

Les plus récentes études démontrent que les citoyens-nes trouvent de plus en plus leurs informations en ligne, sur les réseaux sociaux et les moteurs de recherches. Les statistiques indiquent que les jeunes particulièrement ont adopté massivement ces habitudes de consommation. Analysons un peu plus ce que cela veut dire.

D’une part, l’information qui se retrouve sur ces réseaux est en majeure partie celle produite par nos médias traditionnels et c’est encore à cette information que le public fait le plus confiance. Même s’ils la découvrent sur d’autres plateformes, les gens se réfèrent encore aux marques qu’ils respectent. Par contre, les études démontrent également que sur ces réseaux, les gens distinguent difficilement l’information véritable des rumeurs, opinions, commentaires, parodies, publicités ou contenus commandités. Cela attise peut-être un certain cynisme ou scepticisme envers les médias.

D’autre part, l’information qui est présentée aux usagères et aux usagers de ces réseaux sociaux apparaît sur les fils d’actualité à la suite d’algorithmes programmés par ces géants du Web. En plus d’être la plupart du temps secrets ou sinon incompréhensibles pour le commun des mortels, ces algorithmes existent non pas pour servir l’intérêt public, mais d’abord et avant tout pour servir l’intérêt commercial de ces entreprises. Grâce aux données que ces applications accumulent sur leurs usagères et usagers, elles peuvent cerner de façon toujours plus précise leurs intérêts, leurs habitudes de consommation, de vie et d’information et les gaver toujours plus de ce qui les intéresse déjà.

En effet, les médias sociaux servent à conforter les gens et non pas à les exposer à des choses qu’ils ne connaissent pas ou qui les amèneraient à remettre leurs croyances en question. Le terme le dit : réseaux sociaux. Donc des endroits qu’on choisit pour socialiser, pour être entre amis-es. Ce ne sont pas des médias d’information avec des règles et une mission démocratique. Si les médias traditionnels ont réussi à exposer des masses à des réalités particulières, on peut douter que les réseaux sociaux remplissent cette fonction parce que leur objectif est avant tout d’être rentables financièrement; leur mission n’est pas reliée à informer les utilisatrices et utilisateurs.

En plus de poser de sérieux défis aux concepts de vie privée et de sécurité, on est en droit de se demander jusqu’à quel degré ces réseaux sociaux participent à la polarisation des idées. Alors que de plus en plus de gens disent s’informer uniquement par les réseaux sociaux dont les algorithmes ne favorisent pas la diversité des points de vue, on voit actuellement de grandes portions de la population s’ancrer dans leurs positions. Sans oublier que n’importe qui dit à peu près n’importe quoi sur ces plateformes. La liberté d’expression à son meilleur et à son pire.

Des pistes de solution?

D’immenses efforts doivent être mis du côté de l’éducation populaire et une importante mobilisation de l’industrie médiatique est à bâtir. Les médias d’information doivent mieux expliquer, défendre et promouvoir leur rôle. Les journalistes doivent constamment rappeler l’importance de leur travail et démontrer en quoi il est à la base de nos sociétés modernes. Nous ne pouvons présumer que tous et toutes sont familières et familiers avec ces concepts et nous avons trop à perdre du déclin de nos médias. À la modestie doit substituer la fierté de participer à rendre nos sociétés plus aptes à faire des choix collectifs éclairés. 

De surcroît, la population doit mieux connaître le fonctionnement des réseaux sociaux et le rôle des algorithmes. Elle doit être en mesure de distinguer le vrai du faux, de savoir que ce qu’elle voit sur ses fils d’actualité n’est qu’une petite partie du monde, qu’une facette d’elle-même et de son environnement immédiat. Le milieu scolaire a certainement un rôle à jouer là-dedans. L’école sert aussi à former des citoyens-nes capables de comprendre la société dans laquelle elles et ils évoluent, pas seulement des travailleuses et des travailleurs. Les médias d’information devraient faire partie des outils intégrés au cursus scolaire. Il devrait également y avoir une formation de base sur le rôle des médias et sur leur fonctionnement pour que les élèves puissent s’en servir pour élargir leur apprentissage, développer l’habitude de s’informer chez les professionnels-les de l’information, et former leur esprit critique par rapport à ce qui est rapporté. 

Les médias ont aussi la responsabilité de trouver leur place dans l’univers numérique. Ils doivent se réinventer pour aller rejoindre leur public là où il se trouve, tout en préservant ce qui fait d’eux des références respectées. En quelque sorte, ils ont la difficile mission de trouver la recette entre la flexibilité technologique des nouvelles entreprises du Web tout en préservant les principes, l’éthique et la rigueur des médias traditionnels. Pas évident quand l’information n’a plus la valeur commerciale pour attirer les revenus qu’elle a eus par le passé. 

En ce sens, je crois que les médias doivent apprendre à travailler ensemble, et vite, pour assurer leur avenir, car les développements technologiques nécessitent d’importants investissements qui ne sont pas à la portée de tous et de toutes. Si chacun de son côté continue d’engloutir des sommes colossales dans la conception de nouvelles applications et plateformes, que reste-t-il pour le contenu? Je pense que si les médias doivent mettre en commun quelques ressources pour s’entraider, c’est sur la technologie, la distribution numérique de leurs contenus. Qu’arrivera-t-il lors de la prochaine grande avancée technologique? Qui aura les moyens de faire un nouveau La Presse+ en réalité virtuelle par exemple?

Les gouvernements doivent aussi agir et sans tarder. Comme ils l’ont fait par le passé pour favoriser l’émergence d’une culture québécoise et canadienne, ils doivent mettre en place des mesures fiscales et réglementaires qui permettront à nos industries de survivre malgré la forte compétition mondiale. Ils ont entre les mains plusieurs pistes de solution qui leur ont été présentées par nombre de joueurs de l’industrie. La FNC-CSN a soumis plusieurs mémoires et études qui démontrent que des mesures fiscales transitoires qui garantissent la séparation entre l’État et les médias sont nécessaires. La plus importante consisterait en la mise en place d’un crédit d’impôt sur la masse salariale. Cela permettrait aux entreprises de maintenir leurs effectifs et peut-être même de les augmenter.

Nos gouvernements ont aussi le pouvoir de dompter les géants du Web qui ne participent en rien à l’économie de notre pays et qui ne contribuent aucunement au foisonnement de notre industrie. Il s’agit d’avantages fiscaux illégaux dont ne bénéficie pas notre industrie qui, elle, paie ses taxes, ses impôts et qui est fortement réglementée. Comment pouvons-nous espérer sauver nos entreprises dans ce contexte ?

Enfin, une grande part de la solution est entre les mains du public. L’information n’est pas gratuite. Si on ne paie plus au moyen des abonnements ou encore par l’achat de publicité dans nos médias locaux, alors, il faudra accepter de payer autrement, que ce soit par le biais de taxes ou de redevances. C’est le coût d’une société démocratique. Un pays sans médias, sans information produite par des sources indépendantes, est une dictature.

Comme je l’ai mentionné d’entrée de jeu, on doit se questionner sur la représentation et la place des groupes et des idées minoritaires dans les médias de masse, mais ce qui participe en quelque sorte à une plus grande variété dans nos médias est la pluralité des voix. Alors que notre industrie est grandement fragilisée, que les signaux d’alarme ont été lancés, que des solutions ont été proposées, je suis inquiète du manque d’empressement à les mettre en place. Je suis inquiète pour notre ouverture sur le monde. Je suis inquiète pour la place au débat, pour l’exposition aux idées contraires. Je suis inquiète pour nos droits acquis et pour les injustices qui restent à dénoncer. Je suis inquiète pour l’avenir de l’information. Je suis inquiète pour notre démocratie. 

CRÉDIT PHOTO: Revue L’Esprit libre – Caroline Chéadé 

François Fillon, candidat-téflon?

François Fillon, candidat-téflon?

Par Théophile Vareille

(DOSSIER) PORTRAIT DES CANDIDAT·ES À LA PRÉSIDENTIELLE FRANÇAISE (5 de 5)

En cette période électorale, L’Esprit libre vous fait le portrait des cinq candidat·e·s majeur·e·s à la présidentielle française dont le premier tour aura lieu ce dimanche 23 avril. 

François Fillon devrait être un homme à terre. « Qui imagine le général de Gaulle mis en examen? » s’interrogeait-t-il en août passé. François Fillon a été  mis en examen en mars1. Cette pique contre Nicolas Sarkozy, alors candidat à la primaire de la droite et du centre, s’est retournée contre François Fillon, au contraire de son électorat. Alors que les accusations pleuvent et que les affaires juridiques font surface les unes après les autres, François Fillon reste à un niveau stable dans les intentions de vote2. Sa base électorale semble ne pas pouvoir s’effriter. Faute aux affaires, on ne parle alors plus du programme de François Fillon. Un programme qui ne paraît pas taillé pour séduire au-delà de son parti, Les Républicains. François Fillon, se retrouve en difficulté dans une élection imperdable pour la droite de gouvernement étant donné l’impopularité du président Hollande.

Cette victoire est aujourd’hui incertaine, car François Fillon est au coude-à-coude dans les intentions de vote avec Marine Le Pen, Emmanuel Macron, et Jean-Luc Mélenchon3. Cette indécision est en partie due à une campagne phagocytée par le candidat. Fin janvier, le Canard Enchaîné, journal satirique réputé en France, affirme que Pénélope Fillon, l’épouse galloise de François Fillon, aurait été rémunérée par son mari, en tant qu’assistante parlementaire, ceci pendant huit ans, à partir de 19984. Rien d’illégal à ceci, mais le Canard avance que Pénélope Fillon n’a jamais travaillé aux côtés de son mari, il s’agirait d’un emploi fictif.

S’en suit un grand déballage sur le passé de celui qui se voulait le candidat de la droiture autant que de la droite, et dont la version des faits évoluera dorénavant avec l’actualité. « En trente ans, mon nom n’a jamais été associé à une affaire ou à un comportement contraire à l’éthique», affirmait-il en novembre 20145. Il aura fallu attendre qu’il se présente aux présidentielles pour en entendre parler. Il est aujourd’hui difficile de garder compte de ces affaires. Sud-Ouest en dénombre six: rémunération de sa femme en tant qu’attachée parlementaire, et en tant que conseillère littéraire auprès de la Revue des deux mondes; rémunération de ses enfants comme collaborateurs parlementaires; prêt de 50 000 euros sans intérêts souscrit auprès du milliardaire Marc Ladreit, propriétaire de la Revue des deux mondes; se faire offrir deux costumes pour une valeur de 13 000 euros; mettre en relation un des clients de sa société de conseil avec Vladimir Poutine6. France Info en ajoute quatre : l’embauche par Marc Ladreit d’une collaboratrice de François Fillon; les activités opaques de sa société de conseil; des «“commissions occultes”» touchées au Sénat; le reversement à leurs parents par les enfants Fillon du salaire qu’ils touchaient de leur père7.

Une campagne prise en otage

Les affaires auront parasité la campagne, et monopolisé l’attention médiatique8. François Fillon se défend et contre-attaque, il dénonce un « assassinat politique », remet en cause l’indépendance et la légitimité de la justice9. Il attise les conspirations en décriant l’existence d’un « cabinet noir », une cellule de renseignement secrète, au sein de l’Élysée, là ou siège le président de la République10. François Fillon fait diversion, il noie l’information sous ces déclarations polémiques. Homme du système, François Fillon se peint pourtant en victime du système. Il se sert des accusations portées à son encontre et des démarches juridiques entreprises pour nourrir dans son bastion un sentiment anti-élites, un esprit de siège.

Celles et ceux qui le soutenaient, d’ailleurs, le lâchent, et l’appellent à se retirer. La campagne de Fillon, vainqueur de la primaire de la droite et du centre en novembre 2016, avec près de trois millions de voix au second tour, repose sur les militant·e·s. Celles et ceux qui l’appuyaient le quittent par centaines, son directeur de campagne y compris11. « I could stand in the middle of Fifth Avenue and shoot somebody and I wouldn’t lose any voters » [Je pourrais me tenir au milieu de la cinquième avenue et tirer quelqu’un sans perdre un seul vote, traduction libre] proclamait Donald Trump en janvier 201612, lucide. François Fillon aujourd’hui n’est plus inquiété par les affaires : il avait promis de retirer sa candidature s’il était mis en examen, il ne l’aura pas fait13. Le dimanche 5 mars 2017, quelques jours après être mis en examen, François Fillon réunit 200 000 personnes, selon lui, 40 000 selon la presse, sous la pluie au Trocadero : « Ils pensent que je suis seul, ils veulent que je sois seul, merci pour votre présence, vous qui avez su braver les intempéries, les injonctions, les caricatures et parfois même les invectives »14.

Quatre décennies de carrière politique

Né le 4 mars 1954 au Mans, François Fillon obtient un diplôme d’études approfondies en droit public en 1976, et débute la même année comme assistant parlementaire du député gaulliste Joël Le Theule, après avoir hésité à entrer en journalisme. L’année suivante, il rejoint le Rassemblement pour la République de Jacques Chirac. En 1981, il est élu député, reprenant le siège de Joël Le Theule, décédé l’année précédente. Il est à 27 ans le benjamin de l’Assemblée générale. Il se lie à Philippe Séguin et son gaullisme social, une ligne politique qui se veut transpartisane. En 1983, il est élu maire de Sablé-sur-Sarthe, et président du conseil général de Sarthe en 1992. Toujours député, il s’est entre temps opposé au Traité de Maastricht, traité père de l’Union européenne. Il entre en 1993 au gouvernement Balladur, cohabitant avec la présidence de François Mitterrand, en tant que ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Aux élections présidentielles de 1995 il choisit le mauvais cheval avec Balladur, contre Chirac, mais reste tout de même au gouvernement, ministre des Technologies, de l’Information et de la Poste. Il est réélu député en 1997.

En 1998, il est élu président du conseil régional des Pays de Loire. En 1999, il apporte son soutien à Nicolas Sarkozy, président par intérim du RPR (ancêtre des Républicains d’aujourd’hui, ndlr) après le retrait de Séguin. Il tente d’accéder à la présidence du parti la même année mais échoue. Il se rapproche alors de Jacques Chirac et travaille avec lui à la création de l’Union pour un Mouvement Populaire, nouvelle machine électorale englobant tous les partis de droite. En 2002, il devient numéro 3 du gouvernement Raffarin, derrière Sarkozy à l’intérieur (le ministère de la police, ndlr), et se retrouve ministre des Affaires sociales, du Travail et de la Solidarité. En 2004, il perd la présidence du conseil régional de la Sarthe à la gauche mais est nommé ministre de l’Éducation nationale. Il est aussi élu sénateur. Il propose une réforme du baccalauréat mais renonce face à une forte mobilisation des lycéens et lycéennes. Il apporte son soutien à Nicolas Sarkozy dès 2005, qui le nomme premier ministre le 17 mai 2007. François Fillon servira pendant cinq ans de faire-valoir à l’hyper-président Sarkozy. En 2012, il concourt à la présidence de l’UMP, mais perd face à François Copé. Dans de forts soupçons de fraude, il va jusqu’à créer son propre groupe à l’Assemblée, avant de se ré-amarrer au groupe UMP (ancêtre des Républicains d’aujourd’hui, ndlr).

En 2016, il est enfin le vainqueur surprise d’une primaire de la droite et du centre qui devait couronner Alain Juppé, représentant une droite modérée contre la droite plus conservatrice de François Fillon. Fillon se fait le candidat de cette droite catholique qui a battu le pavé sous l’étendard de la « Manif pour tous », au début du quinquennat Hollande, contre le mariage entre personnes de même sexe.

Un programme anti-électoraliste

Le programme de François Fillon est ainsi celui d’une droite traditionnelle, conservatrice sur les questions sociétale, libérale et économique15.

François Fillon veut la fin de la semaine de 35 heures; les entreprises décideront du temps de travail. Il désire réduire les charges pour les entreprises et « simplifier » le code du travail. Ce sont 100 milliards de dépenses publiques en moins qu’il prévoit, et 500 000 fonctionnaires non-remplacé·e·s à leur départ, en cinq ans. 500 000 fonctionnaires en moins, sans que les domaines concernés ne soient spécifiés. Il ambitionne aussi de réformer les institutions de l’État, instaurant notamment de « nouvelles règles sur la transparence de la vie publique », dont de meilleurs « mécanismes de contrôle de déontologie » pour les assemblées, et la « publication obligatoire des liens de parenté entre les parlementaires et les collaborateurs ».

L’impôt de solidarité sur la fortune, soit l’impôt pour les plus riches, sera supprimé. Il sera remplacé par un taux d’imposition unique sur le patrimoine de 30%. La taxe sur la valeur ajoutée, taxe indirecte sur la consommation, sera elle augmentée de deux points pour financer les baisses de charges pour les entreprises. La retraite sera repoussée à 65 ans, et le compte pénibilité, permettant de partir en retraite plus tôt pour celles et ceux effectuant un travail contraignant, sera supprimé. Les petites pensions seront révisées à la hausse. Révisées, ses propositions pour la santé l’ont aussi été. Alors qu’il semblait avancer une « santé à plusieurs vitesses », privatisant les « petits soins », l’assurance publique se concentrant sur «les affections graves ou de longue durée », François Fillon est revenu au statu quo. Il ne propose plus que quelques amendements au système de santé français, dont la suppression de l’aide médicale d’État pour les sans-papiers16.

En faveur d’une allocation sociale unique et d’une allocation familiale universelle, François Fillon s’oppose à l’adoption par les couples homosexuels. Il s’oppose aussi à la procréation médicalement assistée pour les femmes en couple ou seules. François Fillon s’engage à avoir un gouvernement paritaire et à faire de l’égalité homme-femme une priorité. Il insiste aussi sur la laïcité, qu’il oppose au communautarisme et qu’il veut appliquer plus grandement, notamment dans le financement des cultes et la gestion des lieux de cultes. Il s’engage à « lutter contre le totalitarisme islamique avec la plus grande fermeté », incluant « au premier chef les représentants du culte musulman ».

Pour l’éducation, Fillon veut y « réaffirmer le sens de l’effort et le respect de l’autorité », mais aussi abroger la réforme du collège, mesure socialiste sous Hollande, et redonner une autonomie aux lycées. Enfin, l’éducation est un vecteur de propagation du roman national, il ne faut pas que l’élève ait « honte » de son pays, honte par exemple de cette « France [qui] n’est pas coupable d’avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Nord », comme l’a déclaré François Fillon lors d’un discours en août dernier17.

Question immigration, François Fillon veut la « réduire au strict minimum », contexte économique oblige. Il souhaite aussi renégocier l’espace Schengen afin de rétablir des contrôles inopinés aux frontières. Il compte « réserver la nationalité française aux étrangers clairement assimilés ». Enfin, il veut « mettre fin à la crise migratoire » au niveau européen.

Lui qui d’ailleurs fait le diagnostic d’un projet européen « à l’arrêt », veut une zone Euro plus forte au sein de l’Union européenne et est contre l’accord de libre-échange avec les États-Unis. Des États-Unis, il voudrait que la France devienne indépendante, se rapprochant de la Russie, dont lui-même est proche à titre personnel. Faisant de la lutte contre le terrorisme international sa priorité, François Fillon avait déclaré lors de la primaire qu’il fallait se « tourner vers les Russes et le régime syrien pour éradiquer les forces d’État islamique ». L’attaque au gaz de sarin d’Assad sur ses citoyen·ne·s l’a mené à réévaluer sa position, mais il conditionne encore un départ d’Assad à l’accord de Moscou18. Il se donne pour objectif à long-terme d’atteindre les 2% du PIB pour le budget de la défense, comme prévu par l’OTAN.

S’il progresse au second tour, François Fillon sera alors favori face à Marine Le Pen, dont la présence y est fort probable. Lui est à la peine dans les intentions de vote, d’habitude précises en France. S’il est défait, il ne bénéficiera pas de l’inviolabilité présidentielle, le protégeant de toute poursuite. François Fillon aura ré-ancré la droite dans sa tradition conservatrice, tout autant qu’il aura durablement mis à mal la crédibilité de la justice et des institutions françaises. Quelle que soit l’issue du scrutin, les législatives suivant la présidentielle, en juin, retiendront sûrement toute son attention, ou du moins celle de son parti : Les Républicains. Le parti y briguera la majorité, alors que les trois formations lui faisant face aujourd’hui, Front National, En Marche ! et France insoumise, n’ont aujourd’hui qu’une très faible ou aucune représentation à l’Assemblée nationale.

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CRÉDIT PHOTO: UMP

(1) Geoffroy Clavel, « “Le général de Gaulle mis en examen” François Fillon président des arroseurs arrosés », Huffington Post, 1er mars 2017, http://www.huffingtonpost.fr/2017/03/01/le-general-de-gaulle-mis-en-exam…, consulté le 18 avril 2017.

(2) Les décodeurs, « Que disent les sondages de la présidentielle 2017 », Le Monde, 12 avril 2017, http://abonnes.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/visuel/2017/04/12…, consulté le 18 avril 2017.

(3) «Présidentielle: ce que les sondages disent à cinq jours du premier tour», France Info, 18 avril 2017, http://www.francetvinfo.fr/elections/sondages/infographie-presidentielle…, consulté le 18 avril 2017.

(4) « Révélations du Canard Enchaîné, Mme Fillon était rémunérée comme attachée parlementaire de son mari », France Inter, 25 janvier 2017, https://www.franceinter.fr/politique/revelations-du-canard-enchaine-mme-…, consulté le 18 avril 2017.

(5) Alexandre Lemarié, « François Fillon, le candidat de “l’honnêteté”, touché en plein coeur », Le Monde, 27 janvier 2017, http://abonnes.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/01/2…, consulté le 18 avril 2017.

(6) Vincent Romain, « François Fillon: les six affaires qui empoisonnent sa campagne », Sud Ouest, 22 mars 2017, http://www.sudouest.fr/2017/03/22/francois-fillon-les-six-affaires-qui-e…, consulté le 18 avril 2017.

(7) Simon Gourmellet, « Les huit affaires qui plombent la campagne de François Fillon », France Info, 1er février 2017http://www.francetvinfo.fr/politique/francois-fillon/penelope-fillon/les…, consulté le 18 avril 2017.

(8) Yohan Blavignat, « Le CSA point en février un temps de parole “anormalement élevé” de François Fillon », Le Figaro, 8 mars 2017, http://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/2017/03/08/35003-201703…, consulté le 18 avril 2017.

(9) Clémence Bauduin, « François Fillon dénonce un “assassinat politique” », RTL, 1er mars 2017, http://www.rtl.fr/actu/politique/francois-fillon-denonce-un-assassinat-p…, consulté le 18 avril 2017.

(10) « “Cabinet noir”: François Fillon assure avoir des preuves contre Hollande et promet des poursuites », Le Parisien, 6 avril 2017, http://www.leparisien.fr/elections/presidentielle/presidentielle-je-pour…, consulté le 18 avril 2017.

(11) « Le compteur des lâcheurs de Fillon », Libération, 9 mars 2017, http://www.liberation.fr/apps/2017/03/compteur-lacheurs-fillon/, consulté le 18 avril 2017.

(12) Reuters, « Donald Trump: ‘I could shoot somebody and I wouldn’t lose any voters’ », The Guardian, 24 janvier 2016, https://www.theguardian.com/us-news/2016/jan/24/donald-trump-says-he-cou…, consulté le 18 avril 2017 .

(13) Geoffrey Bonnefoy, « “Mis en examen, je ne serai pas candidat”: quand Fillon contredit François », L’Express, 1er mars 2017, http://www.lexpress.fr/actualite/politique/elections/mis-en-examen-je-ne…, consulté le 18 avril 2017.

(14) « François Fillon en meeting au Trocadéro: “Je vous dois des excuses” », RFI, 5 mars 2017, http://www.rfi.fr/france/20170305-francois-fillon-meeting-trocadero-excu…, consulté le 18 avril 2017.

(15) François Fillon, « Mon projet pour la France », Fillon 2017, https://www.fillon2017.fr/projet, consulté le 19 avril 2017.

(16) François Béguin, « Sur la santé, François Fillon dévoile un programme plus consensuel », Le Monde, 21 février 2017, http://abonnes.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/02/2…, consulté le 18 avril 2017.

(17) « Pour François Fillon la colonisation visait à “partager sa culture” », L’Express, 1er septembre 2016, http://www.lexpress.fr/actualite/politique/pour-francois-fillon-la-colon…, consulté le 18 avril 2017.

(18) Alexandre Lemarié, « Syrie : François Fillon continue de regarder vers la Russie », Le Monde, 7 avril 2017. http://abonnes.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/04/0…, consulté le 20 avril 2017.

Benoît Hamon… la fin d’une ère?

Benoît Hamon… la fin d’une ère?

Par Jacques Simon

(DOSSIER) PORTRAIT DES CANDIDAT·ES À LA PRÉSIDENTIELLE FRANÇAISE (3 de 5)

En cette période électorale, L’Esprit libre vous fait le portrait des cinq candidat·e·s majeur·e·s à la présidentielle française dont le premier tour aura lieu ce dimanche 23 avril. On vous présente ici Benoît Hamon du Parti socialiste. 

On ne peut pas dire que Benoît Hamon ait la vie facile en ce moment. Vainqueur surprise de la primaire socialiste, il se retrouve aujourd’hui en position de faiblesse. Il hérite en effet du nom d’un parti qui est accusé de tous les maux de la France à la suite du quinquennat de François Hollande qui a été miné par l’incompréhension, les mouvements sociaux, et une politique centriste qui n’a plu ni à la droite ni à la gauche. Hamon, qui plus est, peine à se situer sur l’échiquier politique. À sa droite, il a le populaire Emmanuel Macron, qui parvient à faire ce qu’Hollande n’a su accomplir : unir la droite et la gauche modérée. À sa gauche, il a le dynamique Jean-Luc Mélenchon, qui occupe largement la gauche de la gauche du monde politique français.

Qui est donc Benoît Hamon, quel est son programme, et pourquoi peine-t-il tant, comme semblent le montrer les sondages, à convaincre les Français·es?

L’homme

Né le 26 juin 1967, Hamon[i] partage son enfance entre sa Bretagne natale et le Sénégal où il passe quelques années. C’est dans ce pays qu’il est confronté à la diversité sociale et culturelle qui l’entraineront, plusieurs années plus tard, à se retrouver dans la campagne antiraciste « touche pas à mon pote » organisée par SOS Racisme en 1985.

À vingt ans, en 1987, il rejoint le PS après avoir participé à une série de manifestations étudiantes. En 1993, il est élu au poste de président du Mouvement des Jeunes Socialistes tout en suivant une formation d’historien. Dès lors, son investissement politique est étroitement lié au PS. En 1997, il est aux côtés de Martine Aubry au ministère de l’Emploi et de la Solidarité. De 2004 à 2009, il est eurodéputé, issu d’une liste socialiste. En 2008, il présente une motion de gauche au congrès du parti[ii], texte qui est soutenu par un certain Jean-Luc Mélenchon. En 2012, il est élu député de Trappes, situé à l’ouest de la métropole parisienne. C’est alors qu’il fait son entrée au gouvernement d’abord en tant que ministre délégué à l’économie sociale et solidaire, puis en tant que ministre de l’éducation à partir de 2014.

Certes, Benoît Hamon a côtoyé le monde politique et le PS depuis trente ans, mais c’est vraiment lorsqu’il occupe un poste clef dans le gouvernement Valls, sous Hollande, qu’il se forme une vraie carrure. Aux côtés d’Arnaud Montebourg, il se trouve sur l’aile gauche du gouvernement, et sait la faire entendre. Le clivage est de plus en plus prononcé, les prises de positions de plus en plus médiatisées. Le 25 août 2014, alors que Valls essaie d’épurer son gouvernement des contestataires, Hamon est remercié.

Il retrouve alors l’unique siège qu’il lui reste : celui dans l’hémicycle de l’assemblée nationale. Dès lors, il intègre un groupe qu’on appelle « les frondeurs ». Il est constitué de députés socialistes, qui se positionnent à la gauche du gouvernement. Dans ce cadre, il militera contre plusieurs projets controversés du gouvernement, notamment la Loi Macron, la déchéance de nationalité, ou encore la loi travail El-Khomri[iii].

L’opposition entre lui et ses anciens collègues de gouvernement devient si féroce qu’il signe une motion de censure qui, si elle avait été ratifiée par 2/3 de l’assemblée, aurait déclenché de nouvelles élections. Cette motion avait été déposée par des parlementaires de gauche en réaction à la « Loi travail » présentée par le gouvernement Hollande.

Le 16 août 2016, il est un des premiers socialistes à présenter sa candidature à la primaire du parti. À ce moment, Hollande n’avait pas encore renoncé à briguer un second mandat – il se présente donc, a priori, contre le président de la république. Assez largement à la traine, il arrive à se créer une campagne efficace.

S’il commence aux alentours de 10% fin juin 2016, les sondages lui donnent la seconde place avec presque 30% des voix à la veille de l’élection. À la surprise générale, il devance largement le premier ministre Manuel Valls avec 36,51%. Au second tour, il ne déçoit pas ses partisan⸱e⸱s : avec presque 60% des voix, il s’assure une large victoire.

Le symbole est fort : Benoît Hamon, ministre évincé du gouvernement pour avoir trop ouvert sa bouche, prend le devant du grand Parti Socialiste. S’il restait des doutes, l’affaire est dorénavant close. Le quinquennat de François Hollande n’a pas convaincu, ni à l’intérieur ni à l’extérieur de son parti. Mais le symbolique ne se traduit pas toujours par du concret. Une fois tournée la page « Hollande », les électeurs et électrices semblent aussi vouloir tourner la page « PS ».

Son ascension fulgurante est coupée court. Aujourd’hui, Benoît Hamon ne dépasse même plus les 10% d’intentions de votes.

Économie

Économiquement, Hamon fait partie d’une tendance qu’on peut appeler la « nouvelle gauche ». Héritière de la gauche d’antan qui analysait la société en termes de lutte des classes, cette nouvelle tendance cherche plutôt à absorber les progrès issus du capitalisme, et en rependre les bénéfices par l’intermédiaire d’un État-providence fort. La plupart des mesures phare du programme de Hamon vont dans ce sens.

Le projet clef du programme est la création d’un revenu universel d’existence[iv] (RUE, souvent connu sous le nom de « revenu minimum garanti » au Québec). Initialement prévu pour tou·te·s, il a été maintes fois modifié par le candidat, pour adopter une forme qui est aujourd’hui plus limitée. Pour être éligible à ce versement mensuel, une personne devra montrer que ses revenus sont inférieurs à 1,9 fois le salaire minimum, soit 2 185 euros net (environ 3 000 dollars canadiens). Selon l’équipe de campagne de Benoît Hamon, quelques 19 millions de Français·es seraient concerné·e·s, soit 30% de la population nationale[v].

Le revenu est fixé à 600 euros par personne, qui vient se déduire à l’impôt que chacun·e doit payer. Ainsi, si, dans une situation théorique, une personne est éligible pour le RUE mais ne doit pas payer d’impôt, elle recevra un chèque de 600 euros. À l’inverse, si une personne est éligible, mais doit payer 900 euros d’impôts, elle ne percevra aucune augmentation de revenu, mais verra sa feuille d’imposition baisser à 300 euros.

Cette proposition avait, initialement, intéressé beaucoup d’électeurs et électrices potentiel·le·s. Mais au fur et à mesure que le candidat change des éléments du RUE, de moins en moins de personnes s’y retrouvent, et, surtout, elles font moins confiance à Hamon pour réellement bâtir cette « cinquième branche » de la sécurité sociale. Pour les plus philosophes[vi], la proposition telle qu’elle est aujourd’hui ne représente plus rien d’intéressant, puisqu’elle ne permet plus de séparer le revenu du travail.

Autre proposition issue directement de la vision « nouvelle gauche », la taxe sur les robots[vii]. En effet, pour combattre la robotisation qui remplace de plus en plus d’emplois, Hamon souhaite imposer la richesse créée par les machines, afin qu’elles puissent contribuer, tout comme les humains, à financer les dépenses de l’État. Cette idée, si intéressante soit-elle, reste peu développée : à quelle hauteur s’élèvera cette taxe? Combien est-ce que l’État français peut espérer toucher? Comment est-ce que ce revenu sera utilisé[viii]?

En règle générale, c’est dans cette même direction que vont les propositions de Benoît Hamon. Il propose d’augmenter le salaire minimum ainsi que les minimas sociaux. Il propose de revenir sur la Loi El-Khomri, celle qui avait provoqué des manifestations monstres[ix] en 2016, afin de la remplacer par une version modifiée qui « encouragera la poursuite de la réduction collective du temps de travail ». En somme, le programme du candidat PS vise à conserver les acquis sociaux dans un monde où la raréfaction du travail est de plus en plus une réalité. Pour ce faire, il stipule que les solutions du passé doivent être revues, voire même abandonnées.

Société

Fidèle à son héritage de gauche, Benoit Hamon est libéral sur les questions sociales.

En un premier temps, il propose des mesures qui vont dans le sens d’un regain de participation citoyenne dans la sphère politique. Une de ses propositions phares est la création d’un « 49-3 citoyen » (nommé ainsi en référence à l’article de la constitution qui permet au gouvernement de faire passer une loi de force, sans la soumettre au congrès), qui donne le pouvoir au peuple d’enclencher un référendum ou « d’inscrire [une loi] à l’ordre du jour du parlement » dès lors qu’une pétition est signée par 1% du corps électoral. Il propose aussi de mieux protéger les lanceurs et lanceuses d’alerte, de mettre en place un budget participatif dans lequel les citoyen·ne·s auraient leur mot à dire, et de passer à une 6ème République qui viserait à fluidifier les relations entre l’élite politique et le peuple[x].

Autre projet qui attire les jeunes : Benoît Hamon prône la légalisation du cannabis. La plante serait donc vendue, réglementée et taxée. Les bénéfices de l’imposition serviraient à « mieux prévenir la consommation de drogues ».

Question immigration, le candidat PS est aussi relativement libéral par rapport à ses adversaires. Il ne souhaite pas durcir les conditions d’accueil pour les migrant·e·s, ni renforcer le contrôle aux frontières de l’Union européenne (UE). Il souhaite aussi instaurer un « visa humanitaire » qui faciliterait l’arrivée de personnes particulièrement nécessiteuses.

Relations internationales

Si jusqu’à présent le programme de Benoît Hamon a été très similaire à celui de Jean-Luc Mélenchon, c’est au niveau des relations internationales que les deux candidats divergent de façon assez marquée.

Sur la question européenne, Hamon souhaite effectuer un changement de l’intérieur, modifier les traités, plutôt qu’en sortir. Pour lui, « face aux défis que les Européen[·ne·]s doivent relever, la solution ne peut venir ni du retour à des États-nations divisés, ni de la poursuite de l’austérité économique et de son pendant, le déficit démocratique[xi]». Il faudrait donc renforcer l’UE pour qu’elle soit à même de répondre aux défis et aux problématiques contemporaines.

Pour ce faire, Hamon propose de tourner le dos à l’Europe qui a imposé l’austérité aux pays ayant des problèmes économiques. Il souhaite voir un plan d‘investissement d’une valeur de 1 000 milliards d’euros. En parallèle, il demande à ce que l’Europe prenne en charge une partie de la dette des États en difficulté, commence un « Buy European Act » pour améliorer la compétitivité européenne et harmoniser les normes comme celle du salaire minimum. Enfin, il souhaite lancer une « Europe de l’énergie » qui serait orientée vers l’écologie.

Pour ce qui est des relations hors-Europe, Hamon souhait reconnaître la Palestine et ainsi emboîter le pas à la Suède. Contrairement à Mélenchon, il ne s’inscrit pas dans la lignée de politiciens de gauche qui soutiennent l’intervention russe en Syrie ou en Ukraine. Globalement, c’est aux organisations internationales telles l’ONU qu’il laisse le soin de s’occuper des conflits militaires.

Quelles chances?

Soyons clairs : les chances de Benoît Hamon sont faibles. S’il a surpris lors de la primaire socialiste, il y a fort à parier que ça ne se reproduira pas. Pour certain·e·s, il n’est même plus un candidat majeur. Largement affaibli par le quinquennat de Hollande qui a mené beaucoup à tourner le dos au PS, il n’a pas réussi à se séparer de cette image de candidat mainstream. Un comble pour quelqu’un qui incarnait le renouveau au sein de son parti.

Il a, un temps, été en position de force face à Jean-Luc Mélenchon et lui avait proposé de retirer sa candidature afin de faire lutte commune. Aujourd’hui, les tables ont tourné et c’est le candidat de la France insoumise (FI) qui est beaucoup plus haut dans les sondages. De ce fait, certain·e·s militant·e·s demandent à Hamon de se désister en faveur de son collègue de gauche. Mises à part les réelles différences dans leurs programmes respectifs, des difficultés techniques[xii] viennent aggraver la situation, la plus problématique étant la question financière : le PS a déjà déboursé quelque 14 millions d’euros pour cette campagne, remboursable uniquement s’il dépasse 5% dans les suffrages. Se retirer maintenant signerait, de fait, la fin du parti.

Mais Benoît Hamon n’est pas forcément à blâmer pour cette situation. Le PASOK grec et le PSOE espagnol en témoignent, les temps sont durs pour les partis socio-démocrates dans le sud de l’Europe. Indépendamment de cette campagne, le PS n’était pas dans une position de force. Si la tendance continue, il se peut qu’il n’y ait plus de candidat du Parti socialiste pour l’élection de 2022.

Aussi dans ce dossier sur les élections françaises 2017 :

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CRÉDIT PHOTO:  Philippe Grangeaud/Solfe Communications

[i]Benoît Hamon, « Biographie », https://www.benoithamon2017.fr/biographie/, consulté le 10/04/2017.

[ii]Dans ce contexte, une « motion » est une ligne politique qu’adopte le parti lors de son congrès.

[iii]Ces trois projets de lois sont à la source de la série d’immenses manifestations qu’a connu la France en 2016.

[iv]Benoît Hamon, « projet », https://www.benoithamon2017.fr/wp-content/uploads/2017/03/projet-web1.pdf, consulté le 05/04/2017.

[v]Ibid.

[vi]Usul2000, « Le Salaire à Vie (Bernard Friot) », Youtube, 29/06/2017, https://www.youtube.com/watch?v=uhg0SUYOXjw, consulté le 10/04/2017

[vii]Benoît Hamon, « projet », https://www.benoithamon2017.fr/wp-content/uploads/2017/03/projet-web1.pdf, consulté le 05/04/2017

[viii]Vincent Michelon, « Quelle est donc cette « taxe robots » proposée par Benoît Hamon ? », La chaîne parlementaire, 09/03/2017, http://www.lci.fr/elections/quelle-est-donc-cette-taxe-robots-proposee-p…, consulté le 18/04/2017

[ix]Loi Travail, « carte des mobilisations », http://loitravail.lol/rassemblements/, consulté le 11/04/2017

[x]Aujourd’hui, et depuis 1958, la France est sous le modèle de la « 5ème république ». Celle-ci est largement critiquée pour la largesse des pouvoirs qu’elle attribue au président.

[xi]Benoît Hamon, « projet », https://www.benoithamon2017.fr/wp-content/uploads/2017/03/projet-web1.pdf, consulté le 05/04/2017.

[xii]Thibaut Le Gal, « Frais de campagne, temps de parole… Pourquoi le retrait de Hamon pour Mélenchon est improbable », 20 minutes, 12/04/2017, http://www.20minutes.fr/elections/presidentielle/2048415-20170412-frais-…, consulté le 13/04/2017.

Bleu Marine, la prochaine couleur de la France?

Bleu Marine, la prochaine couleur de la France?

Par Jacques Simon

(DOSSIER) PORTRAIT DES CANDIDAT·ES À LA PRÉSIDENTIELLE FRANÇAISE (2 de 5)

Marine Le Pen, c’est un classique de la politique contemporaine. Tout le monde la connaît, tout le monde a son avis sur elle, tout le monde est vaguement au courant de ses positions. Et pourtant, personne ou presque n’a lu son programme.

Qui est donc cette politicienne hors-pair qui attire les regards du monde entier, et qui fait trembler les Français·es modéré·e·s? D’où vient-elle, et que propose-t-elle? Comme se positionne-t-elle sur l’échiquier politique français, et où se situe-t-elle par rapport aux autres partis d’extrême droite européens.

Tentons d’approfondir un peu notre connaissance du phénomène bleu Marine.

La femme

Née en 1968 dans une famille portant le nom de l’extrême droite française, Marine Le Pen a baigné dans la politique depuis sa plus tendre enfance.

Le 5 octobre 1972, son père Jean-Marie Le Pen participe à la création du Front national pour l’unité française, parti dont il prendra la tête l’année suivante. Au départ, c’est un groupuscule rassemblant des tendances néofascistes et pétainistes, ayant une volonté commune de conserver l’Algérie française[i]. Avec une base militante solide et convaincue, la tendance est propulsée au cœur de la sphère politique française lorsqu’en 1986, les élections législatives à la proportionnelle donnent 35 sièges parlementaires au parti. Depuis lors, le Front national (FN) est resté un acteur politique au succès variable, mais à la visibilité continue[ii].

C’est d’ailleurs cet événement qui servira d’entrée en jeu politique à la jeune Marine, alors âgée de 18 ans. Douze ans plus tard, en 1998, elle abandonne sa formation d’avocate pour se consacrer pleinement au parti familial en devenant conseillère régionale du Nord-Pas-de-Calais. En parallèle, elle fait aussi partie du service juridique du FN entre 1998 et 2003, et est cheffe de l’organisation Génération Le Pen. Cette organisation a pour vocation de « dédiaboliser » le Front national, un effort qui anime toujours la politicienne.

En 2004, elle devient conseillère régionale d’Île-de-France (la région parisienne), puis rentre au parlement européen la même année. Pourtant, Marine Le Pen voit bien plus grand : elle se veut cadre de la haute hiérarchie frontiste, et se rêve meneuse d’un mouvement politique qu’elle est convaincue de pouvoir porter au pouvoir.

En 2007, elle est directrice stratégique de la campagne présidentielle de son père, qui se solde par un résultat décevant : le parti reçoit à peine plus de 10%, soit plus de six points de moins qu’en 2002, lorsque Jean-Marie Le Pen était parvenu au second tour. Malgré de nombreuses contestations à l’interne venant de l’aile droite, elle continue de pousser vers la direction du parti. Ce vœu la portera à se présenter à la succession de son père lors du congrès du Front national à Tours en 2010. Elle gagne le scrutin face à Bruno Gollnisch, un cadre historique du parti, avec 67,65% des voix[iii].

Désormais le parti sera le sien, et elle fera tout pour le rebâtir de l’intérieur comme le redorer de l’extérieur.

Le plus gros de son travail sera axé sur la dédiabolisation du parti. Au grand dam de militant·e·s vieux-jeux, elle essaye à tout prix de se séparer des racines xénophobes et pétainistes du FN (ou au moins de mieux les cacher) qui en formaient le socle idéologique historique. Elle met de l’eau dans son vin lors de ses interventions publiques, elle est intransigeante[iv] sur la responsabilité privée des élu·e·s quand des images d’elles et d’eux faisant des saluts nazis sortent dans la presse, et elle décide, pendant un moment, de poursuivre en justice celles et ceux qui qualifient son parti d’« extrême droite ».

Ce blanchissage médiatique arrive à son apogée le 20 août 2015 lorsque le bureau exécutif du Front national décide d’exclure[v] du parti Jean-Marie Le Pen, qui avait gardé le statut de président d’honneur, à la suite de propos douteux[vi] sur le génocide juif. Cette décision amplifie la scission déjà présente à l’intérieur du parti. L’aile droite du FN est furieuse, et certain·e·s membres du parti, dont Jean-Marie Le Pen, menacent de quitter l’organisation politique, devenue trop modérée à leur goût.

Cette dédiabolisation est à la fois ce qui permet à Marine Le Pen d’acquérir un score toujours croissant aux élections, sans néanmoins parvenir à faire gagner le parti. En effet, à en juger par sa démarche, la politicienne souhaite unir deux étiquettes à priori irréconciliables : être hors système, tout en se déplaçant petit à petit vers le centre de l’échiquier politique. Chaque pas vers l’extrême droite lui fait perdre de potentiels déserteurs et déserteuses de Les Républicains (LR, le parti de la droite traditionnelle), mais chaque pas vers la droite du gouvernement lui fait perdre un vote de la droite identitaire dure. Heureusement pour elle, l’électorat n’a pour l’instant pas vraiment d’alternative sur laquelle se rabattre, et a donc tendance à continuer à voter FN[vii].

Depuis qu’elle est à la tête du parti, on peut clairement parler d’un succès électoral. Lors des élections présidentielles de 2012, elle arrive troisième du scrutin avec 17,9%[viii], le meilleur score de l’histoire du parti. Si les résultats des élections législatives deux semaines après sont moins impressionnants, trois candidat·e·s sont néanmoins élu·e·s, faisant ainsi rentrer le parti à l’assemblée nationale pour la première fois depuis les élections de 1997.

En 2014, les élections municipales se soldent par un succès résonnant du Front national, propulsé par la popularité en chute libre de François Hollande. Plus d’un million d’électeurs et d’électrices votent bleu Marine au premier tour, et le parti finit avec 1600 sièges municipaux[ix], contre 71 en 2008.

Les élections européennes se tiennent la même année. Avec presque un quart des voix, le Front national obtient le meilleur score de tous les partis, donnant ainsi naissance au slogan « Le Front national, premier parti de France ». Au total, ce sera 24 sièges que le FN gagnera à Strasbourg, ville où siège le parlement européen. Malgré cette victoire de poids, des disputes entre les partis d’extrême droite européens mettent la tendance dans l’incapacité de former un groupe parlementaire crédible. Aux élections régionales de 2015, le Front national sera présent au second tour dans toutes les régions de la métropole, mais, pour des raisons approfondies ici[x], ne parviendra à en gagner aucune.

Marine Le Pen, c’est donc quelqu’un qui maîtrise l’art de la politique. Après avoir pris contrôle du parti familial, elle a su le transformer et l’amener vers des succès électoraux que la base militante n’aurait même pas espéré quinze ou vingt ans plus tôt.

Quid de ses positions concrètes ?

Économie

Certain·e·s obervateur·trice·s considèrent que l’économie est le talon d’Achille du FN. Ses électeurs et électrices étant surtout motivé·e·s par des questions de souveraineté nationale, les questions budgétaires et financières ont longtemps été mises au second plan. Aujourd’hui cependant, avec l’arrivée du parti dans la sphère des politiques mainstream, l’économie ne peut plus être négligée.

Historiquement, le combat du Front  national est celui de la sortie de l’euro[xi]. Signe de la supranationalisation des pouvoirs politiques, la monnaie unique a été traitée de tous les noms par les frontistes.

L’article 35 du programme propose le « rétablissement d’une monnaie nationale » qui serait « adaptée » à l’économie française. Concrètement, il s’agit de revenir au franc, initialement établi à parité avec l’euro, pour ensuite subir une dévaluation d’environ 25%. Cette politique aurait notamment pour effet d’augmenter le prix des importations, et celui de la dette française, à rembourser en euro et non en franc.

Si cette proposition était auparavant au cœur du programme frontiste, elle est aujourd’hui plus discrète et souffre notamment d’un manque de clarté vis-à-vis sa mise en place. Dernièrement[xii], il semblerait que le FN envisage la tenue d’un référendum sur la question.

Le deuxième volet majeur du programme économique du Front national est celui du « patriotisme économique ». Ce « protectionnisme intelligent », comparé par certains commentateurs[xiii] à celui de Donald Trump, est issu d’une analyse antimondialiste chère à l’extrême droite.

L’idée est de fermer les frontières économiques pour favoriser l’achat et la consommation de produits français, ainsi que de limiter l’arrivée de travailleurs étrangers et travailleuses étrangères sur le territoire national. Par rapport à cette dernière proposition, le FN veut notamment instituer une loi de préférence nationale qui forcerait les entreprises à embaucher les citoyen·ne·s français·e·s lorsqu’ils sont en compétition avec des immigré·e·s[xiv].

Société

Sans surprises, l’aspect sociétal est dominant dans le discours du Front national. Comme tous les partis d’extrême droite, le FN lie ethnicité, nation et société. La France est présentée comme un pays judéo-chrétien de race blanche dont les valeurs et le style de vie doivent être conservés. L’immigration est présentée comme un fléau. Les étrangers et étrangères, notamment venu·e·s d’Afrique du nord, seraient porteurs de valeurs irréconciliables avec celles de la république française et doivent donc être exclu·e·s ou assimilé·e·s  dans la communauté nationale.

À la droite du parti, on trouve des personnes comme Renaud Camus, théoricien du grand remplacement, qui militent pour une politique de séparation des individus selon leur origine ethnique. Ces tendances, minoritaires dans le parti, sont néanmoins présentes et sont soutenues par certains cadres de la vieille école.

Le gros de la politique sociale du Front national repose sur les questions d’immigration. Dans un premier temps, le parti souhaite réduire les entrées à un vingtième de leur taux actuel (10 000 par an au lieu des 200 000 actuelles)[xv]. Pour ce faire, il faudra sortir la France de la zone Schengen (le traité européen qui permet la libre circulation des personnes). Celles et ceux qui rentreront illégalement seront expulsé·e·s « systématiquement »[xvi]. En outre, les organisations ou les soutiens publiques aux sans papiers seront interdits. Le regroupement familial et le droit du sol seront effacés de la loi. Toutes ces mesures sont mises en place par un « grand ministère de l’Intérieur, de l’immigration, et de la laïcité »[xvii].

La lutte contre l’immigration passe aussi par une laïcité et un anti-communautarisme intransigeant[xviii]. Cette dernière vise à limiter toute possibilité de créer une communauté à caractère autre que français sur le sol national. Ainsi, le FN propose d’inscrire dans la constitution le fait que « la République ne reconnaît aucune communauté ». Cela passe aussi par l’extension de la neutralité religieuse à tous les niveaux : on parle notamment d’interdiction du voile dans les lieux publics.

Les 10 000 personnes qui rentreraient en France annuellement seraient sujettes à un effort considérable d’assimilation « républicaine ». Le FN est ouvertement en faveur d’un système judiciaire à deux vitesses : une préférence nationale[xix] pour les Français·es est envisagée dans les secteurs comme l’emploi ou le logement.

Ces efforts tendent vers la création d’une « unité de la France et son identité nationale ». On retrouve là les bases classiques de l’idéologie d’extrême droite. Le peuple se doit d’être à l’image de la nation : il n’a pas vocation à être pluriel.

Relations internationales

Le Front national est chef de file européen des partis eurosceptiques. Historiquement, cette tendance se traduisait par une sortie immédiate de l’Union. Aujourd’hui néanmoins, il est question d’un « référendum sur […] l’appartenance [de la France] à l’Union européenne », ainsi qu’un dialogue avec les pays membres portant sur la construction d’une Europe « respectueuse de l’indépendance de la France »[xx]. Les teneurs concrètes de ce projet restent floues. Ce qui est clair, c’est qu’il s’agit d’un démantèlement de la construction européenne historique, avec un retour des frontières, le rétablissement des monnaies nationales, et un rapatriement général des pouvoirs politiques vers Paris.

Comme les États-Unis de Donald Trump, le Front national veut se battre contre la « mondialisation sauvage », interprétée comme étant à la source de tous les maux contemporains. En termes de politique étrangère, cela est synonyme d’une fermeture des frontières et d’un retrait de toutes les instances supranationales.

Le parti de Marine Le Pen milite pour une sortie de la France de l’OTAN, ainsi qu’un soutien quasi aveugle à la Russie en ce qui concerne la Crimée et le conflit syrien. Récemment, la présidente du FN a été accueillie[xxi] en grande pompe à la Duma, pour une rencontre privilégiée avec le président russe Vladimir Poutine.

Elle souhaite aussi augmenter le budget militaire pour qu’il soit de l’ordre de 3% du produit intérieur brut avant la fin de son quinquennat. Ces fonds supplémentaires serviraient à augmenter les effectifs de l’armée, à construire un nouveau porte-avion, et à remettre en place un service militaire de trois mois. Cette concentration de ressources vers l’armée semble paradoxale étant donné que son programme de politique extérieure est caractérisé par un désinvestissement de la France dans les conflits.

Pourquoi en sommes-nous là, et où va-t-on ?

Le succès électoral de l’extrême droite ne date pas d’hier. Pourtant, le Front national a le vent en poupe en ce moment. Les facteurs sont multiples, mais parmi les plus marquants, on peut noter la crise des migrant·e·s, la crise de l’euro, ou l’échec du quinquennat de François Hollande, faits qui accentuent la xénophobie, l’europhobie, et l’anti-establishment en France.

La démographie[xxii] de l’électorat frontiste est assez similaire à celle des électeurs et électrice·s trumpistes : ce sont surtout les hommes blancs, pauvres et peu éduqués qui sont séduits par son discours. Globalement, on peut postuler que ce sont ceux et celles qui se sentent victimes d’une mondialisation qui promettait la prospérité mais qui a surtout apporté le chômage et la hausse des prix.

Si le FN vit ses meilleurs jours depuis sa formation, les institutions électorales françaises risquent de ne pas lui permettre de recevoir la clef de l’Elysée. Et pourtant, ce postulat ne cesse de s’affaiblir avec le temps qui passe. Conserver le FN dans l’opposition dépendra surtout de la capacité des autres partis à se séparer de leur image d’élite détachée du peuple, et d’en regagner la confiance. 

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CRÉDIT PHOTO: Blandine Le Cain

[i]François Durpaire et Farid Boudjellal, « La présidente », 2015, édition imprimée.

[ii]Ibid.

[iii]Ibid.

[iv]« L’élu FN faisant le salut nazi sur une photo a été exclu du parti », Libération, 19/04/2011, http://www.liberation.fr/france/2011/04/19/l-elu-fn-faisant-le-salut-naz…, consulté le 15/04/2017.

[v]« Jean-Marie Le Pen exclu du Front National », Le Monde, 20/08/2015, http://abonnes.lemonde.fr/politique/article/2015/08/20/jean-marie-le-pen…, consulté le 15/04/2017.

[vi]BFMTV, « Jean-Marie Le Pen persiste sur les chambres à gaz », BFMTV, 02/04/2015, https://www.youtube.com/watch?v=Rt8WYVoSkQQ, repéré le 15/04/2017.

[vii]Il ne faut pas non plus négliger l’importance des cadres de l’aile droite du parti. Les Gilbert Collard, Wallerant de Saint-Just, et autres Marion Maréchal-Le Pen permettent aussi de conserver les sympathisant·e·s plus radicales et radicaux.

[viii]Gouvernement Français, « Les élections présidentielles depuis 1958 », Vie Publique, 08/02/2017, http://www.vie-publique.fr/decouverte-institutions/institutions/approfon…, repéré le 15/04/2017.

[ix]Gouvernement Français, « Résultats des élections municipales et communautaires 2014 », Ministère de l’Intérieur, 30/03/2014, http://www.interieur.gouv.fr/Elections/Les-resultats/Municipales/elecres…(path)/MN2014/, repéré le 15/04/2017.

[x]Jacques Simon, « Le plafond de verre du Front National », L’Esprit Libre, 30/12/2016, http://revuelespritlibre.org/le-plafond-de-verre-du-front-national, repéré le 15/04/2017.

[xi]Front National, Les 144 engagements présidentiels, Front National, http://www.frontnational.com/le-projet-de-marine-le-pen/, repéré le 15/04/2017.

[xii]Florian Philippot, « On n’est pas couchés », YouTube, 18/03/2017, https://www.youtube.com/watch?v=JSexjCH6u7k&t=3463s, repéré le 15/04/2017.

[xiii]Mediapart, « Le Pen au scanner. Patriotisme économique, la version Donald Trump », YouTube, 22/03/2017 https://www.youtube.com/watch?v=K2lQf49Ovjg, repéré le 15/04/2017.

[xiv]Évidement, cette loi s’applique uniquement lorsque les deux partis sont à compétence égale.

[xv]Front National, Les 144 engagements présidentiels, Front National, http://www.frontnational.com/le-projet-de-marine-le-pen/, repéré le 15/04/2017.

[xvi]Ibid.

[xvii]Ibid.

[xviii]À l’image du Québec, la laïcité en France a tendance à se traduire par un sentiment anti-religieux, plus que par une neutralité vis-à-vis des différentes confessions.

[xix]Mediapart, « Le Pen au scanner. La « priorité nationale », contraire à la République », YouTube, 22/03/2017, https://www.youtube.com/watch?v=bt_By0BlrUk, repéré le 15/04/2017.

[xx]Front National, « Les 144 engagements présidentiels », Front National, http://www.frontnational.com/le-projet-de-marine-le-pen/, repéré le 15/04/2017.

[xxi]« Marine Le Pen rencontre le président russe Vladimir Poutine », Radio-Canada, 24/03/2017, http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1024176/marine-le-pen-rencontre-pres…, repéré le 15/04/2017.

[xxii]Boris Manenti, Election régionales : qui a voté FN ?, Nouvel Observateur, 08/12/2015, http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/elections-regionales-2015/20151…, repéré le 15/04/2017