Le mouvement PEGIDA : Un autre lundi mouvementé dans les rues de l’Allemagne

Le mouvement PEGIDA : Un autre lundi mouvementé dans les rues de l’Allemagne

Par Mathieu Catafard

Tous les lundis depuis plus de trois mois, la Bundesrepublik Deutschland connaît des manifestations d’envergure entre les partisans et les opposants du mouvement PEGIDA (Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident). Pour en savoir davantage sur le sujet, nous sommes allés directement sur le terrain, à la rencontre des manifestants des deux camps opposés.

Munich, 12 janvier 2015 – La place Sendlinger Tor se remplit à nouveau en ce début de soirée frisquet. L’organisation anti-PEGIDA München ist bunt (Munich est en couleur) et le BAGIDA (la branche bavaroise du PEGIDA) ont donné rendez-vous à leurs partisans à la même station de métro, pratiquement à la même heure. Le dispositif de sécurité des forces policières est très imposant : des clôtures ont été installées tout au long de la Sonnenstrasse et des centaines de policiers anti-émeute veillent au maintien de la frontière entre les deux groupes. Une foule de plus en plus imposante se forme du côté des anti-PEGIDA; l’ambiance est festive, il y beaucoup de jeunes dans la foule, mais aussi des familles et des retraités. Certains chantent ou jouent du tambour pendant que d’autres prennent la parole sur une scène installée devant la porte sud du Vieux-Munich. Plusieurs drapeaux arc-en-ciel et des drapeaux rouges du SPD (parti social-démocrate allemand) flottent au-dessus des têtes des gens qui sont venus dire non au mouvement PEGIDA. Frank, dans la quarantaine, se promène dans la foule avec sa pancarte où il est inscrit « Religion, Opinion, Presse = Liberté, Égalité, Fraternité». Pour lui, l’intolérance n’a pas sa place en Allemagne : « La haine n’engendre que la haine. Je suis ici pour parler avec les gens du PEGIDA; je veux tenter de leur faire comprendre que la religion musulmane n’est pas synonyme de terrorisme et que le mélange des cultures est bénéfique pour notre société.» Un peu plus loin, Monika avoue être inquiète pour le futur de son pays : « J’ai peur de la montée de l’extrême droite dans mon pays et en Europe en ce moment. Nous devons faire quelque chose contre cela, c’est pour ça que je suis ici ce soir.» L’attentat survenu au Charlie Hebdo l’a bouleversée; elle a peur que ce triste événement amène les gens à généraliser et à condamner les minorités ethniques : « Je pense que les partisans du PEGIDA vont interpréter cet acte [l’attentat au Charlie Hebdo] de manière erronée. Ils vont généraliser ce cas unique sur tout un groupe. À mon avis, ils ont un manque flagrant d’éducation et ils ont de l’agressivité en eux. Ils doivent déverser cette frustration sur quelqu’un et c’est le pratiquant musulman ou l’immigrant qui la subit.» Pour la dame d’une cinquantaine d’années, il est normal que la popularité du PEGIDA soit plus élevée à Dresde : « Les gens n’ont pas d’emploi là-bas, le taux de chômage y est élevé, ils doivent trouver un coupable à leurs problèmes, alors ils visent les immigrants. Pourtant, on le sait, les immigrants ne représentent qu’une infime minorité de la population dans cette région.»

18h30 : Les partisans de l’autre camp arrivent peu à peu ; certains commencent à scander le célèbre slogan des manifestants d’Allemagne de l’est en 1989 contre le régime communiste de la RDA : « Nous sommes le peuple ! ». Erika, une étudiante de 24 ans, est visiblement en colère à l’arrivée des militants du BAGIDA : « Je serai là tous les lundis, tant et aussi longtemps que ces fascistes voudront parader dans nos rues ! » Les pro-BAGIDA sont plus nombreux que prévu et ils font beaucoup de bruit. Ils n’étaient pourtant qu’une cinquantaine lors les dernières semaines, selon plusieurs habitués des manifestations du lundi. Sur leur pancarte, on lit entre autres : « Arrêtez l’islamisation de l’Europe » ou « Solidarité avec tous les chrétiens du monde ». Les partisans du BAGIDA sont peu enclins à parler aux médias. Il faut dire qu’un statut publié la veille de la manifestation sur la page Facebook du mouvement appelait ses membres à ne parler en aucun cas aux médias. J’ai cependant pu m’entretenir avec Klaus, un partisan du PEGIDA dans la trentaine. Klaus est venu marcher car il est inquiet pour le futur de sa nation: « L’attaque survenue contre Charlie Hebdo est la preuve que l’Allemagne court un réel danger dans le futur. J’ai peur pour ma famille. Il faut tout faire pour que ça ne se reproduise pas. Les islamistes intégristes sont beaucoup plus nombreux qu’on ne le pense, le danger d’une attaque terroriste est plus que possible en Allemagne. » Plusieurs partisans du PEGIDA ont des pancartes portant l’inscription « Je suis Charlie ». On peut lire sur l’une d’entre elles : « Vous, les rouges et les verts, vous êtes les haineux de la patrie. Vous n’êtes pas Charlie, Charlie est l’une des nombreuses victimes de votre idéologie! ». D’après Klaus, les gens qui viennent protester contre le PEGIDA sont naïfs et ne se rendent pas compte de la situation actuelle : « Ils sont complétement aveugles. Le danger d’une attaque terroriste est plus que possible dans notre pays, regardez ce qui s’est passé dans les locaux du journal d’Hambourg! » Rappelons que les locaux du quotidien allemand Hamburger Morgen ont été la cible d’un incendie criminel dans la nuit du samedi 10 janvier. Le journal d’Hambourg avait publié les caricatures de Mahomet provenant du magazine Charlie Hebdo au lendemain des attentats. Vers 19h, peu après mon entrevue avec Klaus, les deux camps vont se retrouver face à face, séparés par la ligne des policiers. Plusieurs insultes sont lancées de part et d’autre ; des opposants à PEGIDA scandent Nazis raus ! (Dehors les nazis !), l’autre camp brandit ses pancartes et ses drapeaux de l’Allemagne. Certains font des doigts d’honneur aux anti-PEGIDA. La dispute cesse à l’arrivée d’un important bastion de policiers.

Fin de soirée sous haute tension : 13 arrestations

La situation va s’envenimer après le départ de la marche du BAGIDA, dont le but était de se rendre à la Marienplatz, la place centrale de Munich, surplombée par l’hôtel de ville. La marche ne durera finalement qu’une dizaine de minutes. Les anti-PEGIDA, beaucoup plus nombreux, vont encercler et bloquer le passage des 1 500 partisans du BAGIDA. Des actes de violences dans les deux camps mèneront à 5 arrestations du côté du BAGIDA et à 8 dans l’autre camp. Des projectiles seront lancés de part et d’autre et un groupe de manifestants de l’anti-PEGIDA tentera en vain de franchir le cordon de policiers. Les manifestants du BAGIDA, protégés par un nombre impressionnant de policiers anti-émeute, seront finalement escortés par ceux-ci jusqu’à la station de métro la plus proche. L’organisation anti-PEGIDA München ist bunt! a rassemblé plus de 20 000 personnes lors de cette manifestation. De son côté, le BAGIDA a réuni 1 500 personnes, soit la plus grande foule de son histoire à Munich jusqu’à maintenant. Après la manifestation, sur la page Facebook du BAGIDA, on pouvait lire que l’organisation était « très heureuse » de la marche, qui était qualifiée d’ « énorme succès. »

PEGIDA : Dresde isolé du reste de l’Allemagne ?

Le PEGIDA a connu un élan de popularité sans pareil à Dresde depuis sa naissance. Le 12 janvier dernier, une foule record de 25 000 personnes s’est rassemblée pour marcher contre l’islamisation dans la ville natale du mouvement. De plus, le mouvement allemand ne se limite pas aux frontières du pays : il est maintenant présent dans pas moins de cinq pays européens : la Suisse, la Norvège, la Suède, l’Autriche et maintenant l’Espagne. Plusieurs manifestations, organisées par les branches locales du mouvement, sont prévues prochainement dans les capitales de ces pays. Si le PEGIDA connaît un succès de plus en plus important à Dresde et, dans une moindre mesure, ailleurs en Europe, il semble néanmoins incapable pour l’instant de s’imposer dans les autres grandes villes allemandes. Le reste du pays se mobilise fortement contre ce mouvement, né l’automne dernier à Dresde; le 12 janvier dernier, 100 000 personnes à travers toute l’Allemagne ont marché pour s’y opposer. À l’occasion de la première marche du PEGIDA à Leipzig, dans l’est du pays, ils étaient 30 000 personnes à manifester contre les 4 800 partisans du PEGIDA. Dans les autres villes importantes d’Allemagne comme Berlin, Hambourg et Hanovre, il n’y avait que quelques centaines de partisans du PEGIDA devant des milliers de personnes en désaccord avec le mouvement. L’Europe est sous tension. L’attentat au Charlie Hebdo à Paris, l’incendie criminel dans les locaux du quotidien allemand Hamburger Morgen et, en Belgique, l’arrestation de treize personnes soupçonnées d’appartenir à une cellule terroriste amène un vent de panique sur le continent. Qu’adviendra-t-il du mouvement PEGIDA? Les prochaines semaines nous le diront. La manifestation du 19 janvier à Dresde a été interdite par les forces policières, qui craignent une attaque terroriste contre l’événement; signe incontestable que, pour l’instant, les autorités politiques allemandes sont toujours sur le qui-vive.

De la désaffection à la protestation: la suite du 15-M en Espagne

De la désaffection à la protestation: la suite du 15-M en Espagne

Par Sylvia De-Benito

En avril 2006, plusieurs journaux partageaient les phénomènes suivants : la jeunesse française prenait la rue pour manifester contre la première réforme du travail ; au même moment, environ 25 000 jeunes espagnol-e-s se mobilisaient en organisant des « macro-botellón » (un grand rendez-vous pour boire dans la rue) pour saluer le printemps (1). Quelques années plus tard, on voyait une image complètement différente à la une des journaux internationaux : celle de millions d’espagnol-e-s qui manifestent pendant des semaines contre les conséquences de la crise économique. C’était l’image des «Indignés », c’était l’année de la perte de l’innocence.

Le 15 mai 2011, la société espagnole s’est réveillée et a connu des mobilisations sociales qu’on n’a pas vues depuis la Transition. Ces manifestations, spontanées au début, ont désarmé les partis politiques et les structures de pouvoir traditionnelles qui n’ont pas réussi à comprendre les causes et les conséquences de la rage des citoyen-n-es. Certains d’entre eux ont même essayé de délégitimer les protestations, affirmant que les responsables derrière celles-ci cherchaient à mettre fin à l’actuel modèle de démocratie. Au contraire, manifester contre la gestion et le modèle des institutions démocratiques doit être perçu différemment du fait de plaider contre la démocratie elle-même. Parmi les slogans les plus populaires figuraient d’ailleurs : « Nous ne sommes pas anti-système, nous sommes anti-vous », ou « démocratie réelle maintenant ». Outre l’utilisation de formes traditionnelles de protestation, de nouveaux éléments ont été introduits: des campements dans les endroits d’intérêt, des réunions dans la rue,  des « escraches », des blocages aux institutions, des marches à travers le pays ou des initiatives pour arrêter les expulsions (du logement) (2).

Trois ans plus tard, alors que la crise est toujours bien présente, beaucoup se demandent où est le 15-M (3) et où sont les « Indignés ». Qu’est-ce qui s’est passé avec la masse qui manifestait et occupait les places et les rues ? La réponse : elle est toujours là. Malgré le manque de notoriété dans les médias traditionnels et dans les journaux hors des frontières espagnoles, les mobilisations continuent. La grande masse de personnes s’est scindée, et maintenant il existe un tissu social composé de groupes de travail, d’assemblées de quartier, de plateformes et de nouvelles associations et organisations. Dans plusieurs villes et quartiers, les citoyen-n-es s’organisent pour fournir les services de base que plusieurs ne peuvent s’offrir : des crèches, des écoles de musique, des bibliothèques, des centres de culture, des restos sociaux, et surtout, de nombreuses banques alimentaires. Les citoyen-n-es agissent là où l’État providence n’est plus présent. Certaines plateformes font aussi la promotion du non-paiement de la dette et de la désobéissance civile.

L’influence du 15-M s’étend partout en Espagne, mais elle est aussi très présente sur le web. La désaffection générale provoquée par la crise en conjonction avec les possibilités offertes par l’Internet ont donné naissance à un grand nombre de projets et d’initiatives solidaires, tels que les banques du temps, la monnaie sociale, le « crowdfunding » et plusieurs nouveaux médias et instruments d’information. Le journaliste Juan Luis Sánchez, sous-directeur du journal « El diario », doute que ce projet ait pu voir le jour de sans l’existence du 15-M (4). Les nouvelles plateformes citoyennes utilisent les outils informatiques pour améliorer les mécanismes de participation civiques. C’est le cas notamment pour « Que font nos députés » (http://quehacenlosdiputados.net/). Le cas le plus significatif est sans doute la « 15Mpédie », une encyclopédie en ligne développée par le mouvement 15-M, recueillant avec détail tous les événements et actions autour de ce phénomène depuis sa naissance en mai 2011. (5)

Voici quelques mouvements nés depuis le 15-M et qui comptent parmi les plus actifs aujourd’hui :

Plateforme des Affectés par l’Hypothèque (Plataforma de Afectados por la Hipoteca, PAH).

En février de cette année, 400 personnes provenant des différentes PAHs espagnoles se sont donné rendez-vous à Barcelone pour célébrer le 5ème anniversaire de ce mouvement. Née à Barcelone au débout de 2009, la PAH est une organisation horizontale, pacifique et non-partisane qui, depuis l’éclatement de la bulle immobilière, revendique le droit au logement digne. Présente dans pratiquement toutes les grandes villes espagnoles, elle agit à travers ses sections locales qui s’occupent entre autres des cas d’expulsion de logement ainsi que de la négociation d’une amélioration des conditions de l’hypothèque avec les banques. La PAH s’organise à travers ses assemblées, où sont présentés les cas de personnes ayant des problèmes avec leur hypothèque. L’organisation met à disposition l’aide légale et les ressources humaines pour trouver une solution aux problèmes pratiques, mais aussi aux problèmes psychologiques, puisque depuis le début de la crise, le taux de personnes qui se suicident après avoir perdu leur logement n’a fait qu’augmenter. L’organisation a d’ailleurs créé différentes campagnes :

  • Initiative Législative Populaire : la PAH présentait une ILP pour la dation en paiement et pour le logement social. Elle a recueilli un million et demi de signatures et a également obtenu le support des juges, du Parlement Européen et même des Nations Unies. Néanmoins, elle fut complètement ignorée par le gouvernement conservateur.
  • Stop expulsions : Cette plateforme mène des actions de désobéissance civile et de résistance passive devant les notifications et saisies d’expulsion, se concentrant à la porte des maisons touchées pour empêcher le passage des huissiers.
  • Œuvre Sociale : Compte tenu de la montée des saisies immobilières, cette plateforme propose de s’approprier des maisons vides qui appartiennent aux institutions financières. Dans les cas où les concentrations ne parviennent pas à mettre fin aux expulsions, la PAH s’occupe de reloger les familles qui ont été expulsées dans des logements squattés.
  • Dation en paiement : il s’agit de promouvoir la livraison du logement pour l’annulation de la dette hypothécaire en cas de résidence habituelle à des emprunteurs de bonne foi.

Le travail de la PAH a mérité le Prix Citoyen Européen 2013. Quelques mois plus tôt, en mars, le Tribunal Européen du Luxembourg avait déclaré que la législation espagnole en matière d’hypothèques est contraire aux droits fondamentaux. Jusqu’à présent, la PAH a arrêté 1135 expulsions et son Œuvre Sociale a relogé 1180 personnes (6).

Jeunesse sans Futur (Juventud Sin Futuro)

« Juventud Sin Futuro » est un mouvement sensible à  la situation précaire dans laquelle se trouve la jeunesse espagnole, et qui était présent pendant les premières manifestations du 15-M. L’organisation est née de l’initiative de divers groupes universitaires de Madrid qui ont constaté l’aggravation des conditions sociales des jeunes depuis les mesures prises par le gouvernement pour gérer la crise économique en Espagne. Son slogan : « sans boulot, sans maison, sans futur, sans peur » [http://wiki.15m.cc/wiki/Juventud_Sin_Futuro]. Avec une importante présence sur l’Internet, ce collectif s’est consacré à dénoncer la paupérisation des jeunes, la marchandisation du système éducatif, le manque de bourses pour financer les études, et la situation (taux, niveau) du chômage, qui touche 55,5% des jeunes de moins de 25 ans (7).

Selon eux, la réforme du marché du travail a transformé les jeunes en « travailleurs précaires pour la vie ». La réforme des retraites, qui allonge la durée de cotisation et retarde l’âge minimal de départ à la retraite, est également ciblée : « si je ne peux pas travailler, comment vais-je cotiser? ». Enfin, le groupe s’insurge contre la marchandisation de l’éducation nationale. « Vous nous avez trop pris, maintenant nous voulons tout », concluent-ils. Dernièrement, le mouvement s’est consacré à dénoncer l’exil forcé auquel beaucoup de jeunes sont condamnés chaque année. C’est précisément pour cette raison que l’organisation compte sur un grand soutien à l’étranger, où les jeunes exilés se sont organisés dans plusieurs villes pour continuer à exprimer leurs revendications. Leurs dernières campagnes : « Madrid n’est pas une ville pour les jeunes », en 2014  [noesciudadparajovenes.com] et « On ne s’en va pas, ils nous expulsent » en 2013. [nonosvamosnosechan.com]. Cette dernière est une initiative qui dénonce l’exil forcé de la jeunesse précaire et montre à travers une carte les nouvelles destinations à l’extérieur et à l’intérieur du pays.

Les marées de couleurs (Las Mareas de Colores)

Chaque marée a ses propres revendications et sa propre façon de s’organiser. Mais elles ont des formes d’action similaires : assemblées, coordination avec les écoles et hôpitaux, des renfermements, etc. Car à la fin de la journée, toutes les marées signalent le même problème : l’absence de démocratie dans le pays.

La marée rouge: le droit au travail digne.

Le rouge reste toujours la couleur des travailleur-euse-s, et les espagnol-e-s n’en peuvent plus. Le taux de chômage ne fait qu’augmenter et les conditions de travail sont de pire en pire. Cette marée rouge sert donc de catalyseur pour les revendications, et permet aussi aux travailleur-euse-s et chômeur-euse-s d’exprimer leur rage. La colère et l’impuissance des citoyen-ne-s sont mieux comprises dans le contexte des déclarations faites par certains membres du patronat qui, depuis le début de la crise économique, se sont consacrés à les mépriser et à les dédaigner. Ainsi, on a entendu Monica Oriol, présidente du Cercle des Entrepreneurs, dire que le droit aux prestations de chômage encourage le parasitisme chez les chômeur-se-s. Son homologue de la région de León se demandait aussi pourquoi ce ne sont pas les travailleur-se-s qui compensent l’entreprise lorsqu’ils sont licenciés. On trouve un autre exemple du manque de respect envers la classe ouvrière avec les événements survenus au cours d’une sélection pour un (seul) poste de travail, à travers laquelle les candidat-e-s devaient rattraper un billet de 50 euros pour gagner le poste vacant (8).

La marée blanche: les soins médicaux pour tous.

Les médecins, les infirmier-ère-s, et le reste du personnel sanitaire ne capitulent pas devant les politiques libérales et manifestent fortement contre les coupures qui menacent l’universalité des soins santé. La réalité: des listes d’attente interminables et des patients décédés dans les couloirs d’hôpitaux en attendant un lit. Pour la plupart, le problème majeur demeure la ferme détermination du gouvernement en vue de privatiser le système, privilégiant ainsi les plus fortunés. Ainsi, dans la Région de Madrid, les grèves continues et une décision judiciaire défavorable ont finalement arrêté la mise en œuvre d’un plan de privatisation de 8 hôpitaux (9).

La marée verte: l’éducation.

En 2011, sous le slogan « éducation publique de tous, pour tous », la marée verte a été la première à prendre les rues pour éviter le démantèlement de l’école publique. Des professeur-e-s, des étudiant-e-s et des parents se sont exprimé-e-s contre la hausse des taxes scolaires, contre la réduction des bourses, contre l’augmentation du taux d’élèves par classe, contre le virement du personnel et contre  les réductions de salaire qui ont fortement réduit le pouvoir d’achat des professeurs. À l’origine de ce mouvement, on trouve des assemblées et plateformes de professeur-e-s et d’étudiant-e-s qui se sont rassemblé-e-s pour la cause : outre de nombreuses grèves générales ont été organisées, dans plusieurs régions, des réclusions dans les centres publics de même que des pétitions adressées aux différents gouvernements. Des professeur-e-s au chômage ont également donné des cours dans la rue. Ces revendications ne visent pas seulement à améliorer les conditions de travail des professeur-e-s, mais aussi à maintenir la qualité des services publics de plus en plus dégradés dans le contexte d’une crise économique brutale (10).

La marée violette: les féministes.

La crise économique a aussi touché les droits des femmes : les allocations familiales ont presque disparu, mais les femmes demeurent tout de même à la maison pour prendre soin du reste de la famille. En outre, les politiques conservatrices que les Espagnoles subissent depuis trois ans cherchent de manière très subtile à imposer une image et un modèle de conduite pour les femmes : c’est celui de l’épouse soumise qui reste au foyer, dont les seuls rôles et dont les seules aspirations sont d’élever ses enfants et de prendre soin de son mari. La décision du ministre de la Justice de modifier la Loi portant sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG) a été la goutte d’eau qui fait déborder le vase : son abrogation supposerait un énorme recul pour les droits sexuels et pour la santé reproductive des femmes et entraînerait un retour aux avortements clandestins, qui comportent de grands risques. Les dernières manifestations contre cette nouvelle loi, qui cherche pratiquement à supprimer le droit à l’avortement en Espagne, comptent parmi les plus imaginatives et les plus provocatrices: dans différentes villes espagnoles, plusieurs groupes de femmes se sont approchés des bureaux du Registre Foncier pour enregistrer leurs corps afin de protester contre « l’expropriation » continue qu’elles en subissent (11).

La marée grenat: les expatrié-e-s.

La couleur des passeports espagnols. La plupart de ceux et celles qui ont émigré vers autres pays n’ont pas choisi cet exil. Néanmoins, une fois à l’étranger, ils ont voulu s’organiser pour poursuivre la lutte, la protestation. Cette marée est née des convocations faites par Jeunesse Sans Futur dans plusieurs capitales européennes, en avril 2013, dans le cadre de sa campagne « On s’en va pas, ils nous expulsent » (12). À Londres, environ 300 personnes ont participé, et ont eu l’idée d’articuler un réseau international d’immigrant-e-s espagnol-e-s. À ce jour, des assemblées on lieu partout en Europe et en Amérique, notamment à Berlin, à Bruxelles, à Dublin, à Zurich, à Vienne, à Rome, à Paris, à Oslo, à Munich, à Milan, à Londres, à Lisbonne, à Montevideo, à Lima, à Mexico, à Bogotá, et à Montréal. Les assemblées de Londres et de Berlin comptent parmi les plus grandes et les mieux organisées. Les expatrié-e-s ont créé des réseaux solidaires pour accueillir ceux et celles qui arrivent et ont créé deux groupes de travail, le premier portant sur l’accès aux soins médicaux, et le deuxième sur le droit de vote depuis l’étranger  (13).

Les Marches de la Dignité

Le 22 Mars 2014 ont eu lieu les Marches de la Dignité dont le slogan était « Pain, travail et toit pour tous et toutes ». Il s’agissait de manifestations provenant des différentes régions de l’Espagne et qui ont convergé vers la capitale, Madrid. Parmi les revendications se démarquaient le refus du paiement de la dette publique, le rejet des coupures budgétaires et des slogans contre la troïka (Fonds Monétaire International, la Banque Centrale Européenne et la Commission Européenne) [le Manifeste : http://marchasdeladignidadmadrid.wordpress.com/category/manifiesto-2/]. Les manifestant-e-s appelaient aussi à la démission du gouvernement et dénonçaient la situation extrême « d’urgence sociale » dans laquelle se situe une grande partie de la population espagnole. Encore une fois les manifestant-e-s ont eu recours à l’ironie et à l’humour pour montrer leur mécontentement. Sur les affiches on lisait des affirmations significatives : « ma fille serait ici mais elle a émigré», ou « d’est en ouest, du nord au  sud, la lutte continue malgré tout »  (14). Malgré les difficultés rencontrées dans l’organisation des manifestations, malgré la violence policière, malgré le silence médiatique, les marches furent considérées comme un succès par les organisateurs-trices, qui comptaient, selon des estimations, environ deux millions de participant-e-s. Néanmoins, le cri du cœur et le mécontentement des citoyen-ne-s réuni-e-s furent ignorés par le gouvernement et par la plupart des médias de masse, qui sont déterminés à ignorer et à minimiser l’importance des mouvements sociaux qui s’organisent pourtant partout à travers le pays.

Mais le soir du 22 mars, les marches de la dignité nous ont laissé une image complètement différente de celle que l’on avait le matin même, alors que les manifestant-e-s exprimaient leurs revendications de manière pacifique et civilisée. Aux fins d’une série d’affrontements violents entre la police et les manifestant-e-s, plusieurs policiers blessés ont dû avoir recours à des soins médicaux. A l’extérieur, des protestataires blessé-e-s priaient les unités d’urgence, complices des manifestant-e-s, de ne pas secourir les policiers blessés (15). Les moments de tension vécus cette nuit-là témoignent de l’ampleur du problème qui traverse la société espagnole. Le degré de confrontation entre le peuple et le gouvernement est si extrême et la situation politique, économique et sociale est tellement désespérée qu’il a été possible d’assister à des moments qui nous font douter de notre propre humanité, de notre condition humaine.  


1)      Olmos, Juan Ramón, 18/03/11, Ideal, http://www.ideal.es/granada/20110318/local/granada/fiesta-primavera-granada-personas-201103181401.html, 29/05/2014
2)      Aloso, Zamora et Llop, 23/04/2014, Agora Blog, http://agora.vv.si/2014/04/en-profundidad-inseguridad-ciudadana-de-que-nos-protegen/, 26/05/2014
3)  Le mouvement des Indignés (Indignados en espagnol) ou Mouvement 15-M est un mouvement assembléiste et non violent né sur la Puerta del Sol, en Espagne, le 15 mai 2011, rassemblant des centaines de milliers de manifestants dans une centaine de villes. Bien que les manifestants forment un groupe assez hétérogène, ils ont en commun un désaveu des citoyens envers la classe politique, la volonté d’en finir avec le bipartisme politique entre le Parti populaire (PP) et le parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), ainsi qu’avec la corruption.
4)      Raúl Magallón Rosa , 01/07/2013, Blog Participasion, http://participasion.wordpress.com/2013/07/01/hijs-del-15-m-tecnologias-civicas-y-participacion-ciudadana/, 26/05/2014
5)      http://wiki.15m.cc/wiki/Portada, 18/05/2014
6)      http://afectadosporlahipoteca.com/, 16/05/2014
7)      Datos Macro, http://www.datosmacro.com/paro-epa/espana, 20/05/2014
8)      Jorge Moruno Danzi, 24/04/2013, Publico, http://blogs.publico.es/jorge-moruno/2014/04/24/parasitos/, 28/05/2014
9)      27/01/2014, Marea Blanca, http://mareablancasalud.blogspot.fr/, 12/05/2014
10)      http://mareaverdemadrid.blogspot.fr/, 12/05/2014
11)   http://mareavioleta.blogspot.fr/, 13705/2014
12)   Clara Blanchar, 27/05/2013, El País, http://ccaa.elpais.com/ccaa/2013/05/26/catalunya/1369595046_737060.html, 28/05/2014
13)   http://mareagranate.org/, 28/05/2014
14)  Agence, 23/03/2014, El Huffington Post, http://www.huffingtonpost.es/2014/03/22/marchas-dignidad-directo_n_5012996.html, 29/05/2014
15)  Lorenzo Silva, 24/03/2014, El Mundo, http://www.elmundo.es/espana/2014/03/24/532f6856ca4741116a8b457a.html, 15/05/2014  

Le Kosovo, 15 ans plus tardLe Kosovo, 15 ans plus tard

Le Kosovo, 15 ans plus tardLe Kosovo, 15 ans plus tard

Par Sylvia de-Benito

2014 sera l’année d’importants anniversaires: le centenaire de l’éclatement de la Première Guerre mondiale, les 25 ans de la chute du Mur de Berlin et ce sera également le 15e anniversaire de la Guerre du Kosovo (1999). La conclusion  dite historique des accords entre la Serbie et le Kosovo d’avril 2013 nous invite à examiner en détail la situation actuelle du pays et à faire le bilan de la dernière décennie. Mentionnons la présence des organisations internationales, les rapports entre Pristina et Belgrado, les tensions ethniques, le processus d’intégration européenne, les indices de criminalité et de corruption et j’en passe. En fait, le Kosovo, le pays le plus jeune de l’Europe, n’est pas sans soucis.

Problèmes sociaux

L’absence de neige cette année à Pristina nous a permis de constater et d’admirer les progrès au cœur de  la reconstruction de la capitale, si bien que tous les travaux ont très stratégiquement été inaugurés la veille des dernières élections municipales de novembre. Les efforts visant à rapprocher culturellement Pristina des autres capitales européennes sont remarquables : le bon café, le WiFi dans les restaurants, les boutiques, les bars et clubs, les chauffeurs de taxi qui parlent l’anglais. Bref, un glissement volontaire vers une culture plus « ouest-européenne ». Néanmoins, les coupures d’eau qui se produisent tout au long de la journée nous rappellent des problèmes non résolus qui se cachent sous la surface de cette belle carte postale qu’est Pristina. Si on l’observe de plus près, on remarque que les jeunes remplissant les terrasses à midi attendent uniquement de trouver un emploi et de sortir de la précarité. Le Kosovo, avec une population dont l’âge moyen est de 27 ans, a un taux de chômage d’environ 73% chez les jeunes. La jeunesse du Kosovo est comme leur pays: dans l’attente. Dans l’attente d’une reconnaissance internationale, luttant jour après jour pour sortir d’une situation de pauvreté et de corruption à laquelle ce pays est condamné depuis sa déclaration d’indépendance.

Reconnaissance du nouvel État

Pour l’instant, 108 des 193 membres de l’Organisation des Nations Unies ont reconnu la souveraineté du Kosovo. D’autre part, le Ministère des Affaires étrangères s’est consacré depuis quelques années à la diplomatie digitale. Aujourd’hui, la reconnaissance du pays sur internet s’avère aussi importante que sur papier, et la plus douce victoire s’est réalisée l’année dernière grâce à la compagnie multimillionnaire Facebook : à partir de décembre 2013, les utilisateurs de ce site ont en effet pu choisir le Kosovo comme pays d’origine.

Au sein de l’Union européenne, cinq pays s’y opposent toujours – l’Espagne, la Slovaquie, la Roumanie, la Grèce et Chypre – et ce, malgré les pressions de Bruxelles et la Résolution du Parlement européen du 18 avril 2013 appelant les cinq pays à la reconnaissance du pays Balkanique. Néanmoins, il est à prévoir que tôt ou tard, la totalité des membres de l’Union européenne devra reconnaître le nouvel État. Une décision de la Commission européenne autorisait malgré tout en juin dernier l’ouverture des négociations entre l’Union européenne et le Kosovo pour le Pacte de Stabilisation et Association, qui sera complété ce printemps. Fait à souligner, la Serbie qui souhaite devenir membre de l’UE s’est vu imposer comme condition de stabiliser ses relations avec le Kosovo. L’Union a également initié une coopération avec le Kosovo afin de soutenir le développement socio-économique et de répondre aux besoins de renforcement des institutions publiques. À travers plusieurs instruments, tels que l’Office d’aide humanitaire de la commission européenne (ECHO), l’Instrument européen pour la démocratie et les droits de l’homme (IEDDH) ainsi que l’Instrument pour la stabilité, l’UE a investi des millions d’euros en assistance macro financière.

La Mission « État de droit » de l’Union européenne (EULEX)

Cependant, le plus grand projet de l’UE dans cette région est la Mission d’État de droit de l’Union européenne au Kosovo (EULEX). Il s’agit de la plus grande initiative jamais lancée dans le cadre de la Politique de sécurité et de défense commune (PSDC). Son objectif principal est d’aider et de soutenir les autorités du Kosovo dans le cadre de l’établissement d’un État de droit, posant donc un accent particulier sur le pouvoir judiciaire. Depuis 2008, EULEX agit dans les champs de la  justice, de la police et des douanes.

Elle est aussi la mission la plus controversée. L’opinion populaire fait mauvaise presse à l’EULEX. On critique vivement les salaires élevés des officiels européens, leurs voitures imposantes, et le fait que malgré leur statut permanent dans le pays depuis plusieurs années, très peu d’entre eux ont fait l’effort d’apprendre ne serait-ce qu’une seule des langues nationales. Mais la critique la plus fréquente repose sur le fait que l’EULEX soutient le gouvernement corrompu de Hashim Thaçi. Le premier ministre est accusé d’avoir financé les activités de l’Armée de libération du Kosovo (UÇK) en participant à un trafic d’héroïne et de cocaïne à destination de l’Europe de l’Ouest. Aussi, un rapport du Conseil de l’Europe publié en décembre 2010 questionne son implication, à la même époque, dans un trafic d’organes prélevés sur des prisonniers serbes. Ces accusations ont fortement affecté la population, et ont largement contribué à engendrer le début du désenchantement par rapport aux nouvelles institutions. Un coup dur pour la légitimité du gouvernement et par le fait même, de l’État.

En ce qui concerne les rapports entre le gouvernement kosovar et l’Union européenne, plusieurs acteurs de la société civile ont accusé l’UE de se soucier seulement de la stabilité et de la sécurité de la région, plutôt que de s’occuper des problèmes liés à l’état de la démocratie et du renforcement de l’état de droit au Kosovo. Ce n’est pas un secret : le Kosovo joue un rôle important dans les Balkans occidentaux, une région que l’UE veut intégrer, mais qui reste très instable à l’intérieur de ses propres frontières. Une augmentation des tensions au Kosovo pourrait affecter les pays voisins, notamment la Serbie, le Monténégro et la Macédoine, et ainsi ruiner les efforts des 15 dernières années.

En 2012, la Cour de Comptes de l’UE a publié un rapport dans lequel on considérait que l’assistance financière au Kosovo n’avait pas été suffisamment efficace. Selon le Tribunal, « les niveaux de corruption et la criminalité organisée restent alarmants au Kosovo. Le pouvoir judiciaire continue de souffrir de l’ingérence politique, de l’inefficacité du manque de transparence et le respect de ses résolutions. Tout progrès réalisé dans l’établissement de l’État de droit dans le nord du Kosovo reste mineur ». Selon Gijs de Vries, membre de la Cour et auteur du rapport, les autorités du Kosovo accordent une priorité insuffisante à l’État de droit, et le soutien de l’Union devrait être mieux encadré.

L’avenir de la mission européenne

Le futur de la mission et le mandat de l’EULEX après juin 2014 seront déterminés par les États de l’UE, en étroite coopération avec les autorités du Kosovo, et ce, sur la base d’une évaluation commune de la situation. La tenue d’élections municipales au nord du pays a été l’occasion de questionner une nouvelle fois l’efficacité de la mission. Organisées en étroite collaboration avec l’OSCE, les élections locales de novembre 2013 ont été importantes, car, pour la première fois, les quatre municipalités du nord du Kosovo ont participé à des scrutins nationaux. Néanmoins, la violence et l’intimidation vécues le jour du vote laissent planer le doute sur le degré de stabilisation du Nord du pays.

Dans le reste du Kosovo, les hauts niveaux de corruption et l’inefficacité du gouvernement font de l’implantation du cadre légal un défi pratiquement insurmontable à court ou moyen long terme. Pour certains, tant que la question du statut légal du pays ne sera pas résolue, les autres problèmes devront attendre. Sans siège aux Nations Unies, le Kosovo ne pourra ratifier aucun traité ni faire partie d’aucune organisation. C’est également pour cette raison que la Constitution de 2008 a tenté d’intégrer un certain nombre de traités internationaux destinés à fournir et à garantir certains droits à ses citoyens. Sur papier, la Constitution du Kosovo est sans doute l’une des plus complètes. Néanmoins, cette protection assurée n’est jamais passée de la théorie à la pratique.

L’une des promesses les plus troublantes de la constitution est la protection des communautés minoritaires. L’article 22 inclut dans le système juridique national la Convention pour l’élimination de la discrimination raciale ainsi que la Convention pour la Protection des minorités nationales du conseil de l’Europe. Pourtant, la discrimination des communautés minoritaires est quotidienne et a des impacts notables sur la vie des citoyennes et citoyens. Il s’agit aussi d’un problème qui empêche la normalisation des relations entre les différentes communautés qui composent le pays. On en trouve un exemple dans le système éducatif. La loi assure à chaque communauté l’accès à l’éducation dans sa langue maternelle. Pourtant, pour les Serbes qui habitent Pristina, il est impossible de trouver des livres en serbe, tout simplement parce qu’il n’en existe pas. Les problèmes de chômage, de manque d’accès aux services minimaux, de cas de ségrégation et de double marginalisation à l’égard des femmes s’ajoutent au lot de difficultés.

Plusieurs problèmes demeurent à analyser, et le jeune pays des Balkans a un long chemin à parcourir : d’un côté le Kosovo devra parvenir à normaliser son statut international et de l’autre, il doit résoudre un grand nombre de questions internes. Le gouvernement, avec le soutien de Bruxelles et dans ses rapports avec la Serbie, cherchera une manière d’intégrer les municipalités du nord du Kosovo (à majorité serbe) et d’y exercer un réel contrôle. En ce qui concerne les hauts niveaux de corruption et de criminalité, en l’absence de mécanismes plus effectifs et d’un changement de culture politique, le pays ainsi que les missions internationales risquent de briller par leur inefficacité et de perdre en légitimité aux yeux des citoyennes et citoyens du pays.