par Coralie Laperrière | Avr 10, 2014 | Opinions
« Investir dans le pétrole pour créer de la richesse, c’est mettre le feu à la maison pour récolter l’argent des assurances. » Ainsi s’exprimait le scénariste Daniel Thibault sur son compte Facebook au sujet de l’exploration pétrolière sur l’île d’Anticosti, et il a tout à fait raison.
Encore récemment, plusieurs québécoises et québécois estimaient que leur province était un leader mondial dans la lutte contre les changements climatiques ; certains le pensent toujours. Cependant, ce n’est certainement pas le projet du Parti Québécois qui nous aurait mené dans la direction de la protection environnementale et encore moins celui du Parti Libéral. Quand les Conservateurs ont retiré le Canada du protocole de Kyoto, plusieurs (surtout les souverainistes) arguaient que le Québec, lui, serait resté ! Vraiment ?
Quelques faits : le Québec est le deuxième plus grand consommateur d’électricité au monde par habitant, après l’Islande. C’est sans compter les entreprises énergivores qui sont installées ici et qui consomment 44% de notre électricité. Bien que notre source d’énergie soit « propre », cette surconsommation est préoccupante et le climat froid n’est pas l’unique excuse à ces chiffres. Les Québécois s’inscrivent parmi les plus grands consommateurs d’eau au monde avec une moyenne de 795 litres par personne par jour (2006), et ce, sans même effleurer la question de la consommation des industries. Saviez-vous qu’il existe une stratégie québécoise d’économie d’eau potable ? Que si les objectifs ne sont pas atteints en 2017, le gouvernement pourrait introduire « une tarification adéquate après consultation du milieu municipal » ? Comment respecter les objectifs collectifs alors que les individus ne sont pas mis au courant de telles mesures ? C’est à se demander si le gouvernement veut réellement que la consommation d’eau potable des Québécois-es diminue.
Outre ces statistiques, il y a aussi notre surconsommation nord-américaine de biens, le gaspillage alimentaire, nos voitures, notre retard en matière recyclage, des organismes génétiquement modifiés (OGM) de plus en plus présents dans notre alimentation, etc.
Le Québec n’est pas aussi vert qu’on le croit, et avec ce qui s’en vient, il commence à brunir…
Le gouvernement Marois avait promis une réduction des gaz à effet de serre (GES) de 25% par rapport à 1990. Or, les émissions de GES augmentent (0,25% en 2010). Il faudrait donc élaborer un plan clair impliquant des changements radicaux pour arriver à cet objectif en 2020. Mais le véritable but de Québec est-il de lutter contre les changements climatiques ? Les décisions qu’endossent les dirigeants présentement reflètent tout le contraire. Le Québec s’apprête à devenir une véritable plaque tournante pour l’industrie du pétrole. Le projet d’inversement de l’oléoduc de la ligne 9-b d’Enbridge devait être discuté lors d’audiences publiques. L’ancien ministre de l’Environnement avait même promis une « évaluation environnementale sans compromis ». À l’automne, le tout était stratégiquement bien dissimulé sous l’encre que faisait couler la fameuse charte de la laïcité. À la dernière minute, le gouvernement lançait alors des consultations particulières sur le sujet, annulant ainsi ses promesses antérieures d’en discuter publiquement. Parmi les groupes invités à ces consultations, il n’y figurait qu’un seul groupe autochtone et seulement quatre organisations écologistes. Aucun regroupement citoyen n’était sur la liste. L’élite politique et économique, elle, était par contre conviée avec enthousiasme. Les représentants des compagnies pétrolières, des municipalités et des chambres de commerce étaient aussi les bienvenus. La Coalition Vigilance Oléoducs, un groupe citoyen, a cependant réussi à se faire entendre, convoquée à seulement 24 heures d’avis. Le 6 mars 2014, l’Office national de l’Énergie a donné le feu vert au projet d’Enbridge….le lendemain du déclenchement des élections.
Tous s’entendent pour dire que nous devons diminuer notre dépendance aux énergies fossiles. Cependant, on continue d’accepter des projets pétroliers et à financer en grandes pompes l’industrie du bitume. C’est comme si quelqu’un voulait arrêter de boire, mais qu’il s’achetait un vignoble. Ouvrir la porte à l’exploitation pétrolière sur l’île d’Anticosti en permettant son exploration est un pas dans la mauvaise direction.
L’État québécois compte investir 115 millions de dollars pour explorer le potentiel pétrolier de l’île d’Anticosti, potentiel qui ne sera connu qu’à l’été 2015. Pour faire avaler la grosse pilule noire, le gouvernement fait miroiter des chiffres alléchants. « Des jobs ! 45 milliards de retombées économiques! », alors que nous n’avons encore aucune idée de ce qui se cache dans le sous-sol de l’île. En guise de verre d’eau, il y aussi le « manifeste pour tirer profit collectivement de notre pétrole » signé par des noms crédibles, beaux sur une feuille, tels Bernard Landry (ancien premier ministre du Québec), Monique Jérôme-Forget (ancienne ministre des finances du Québec et conseillère spéciale chez Osler), Joseph Facal (ancien président du Conseil du Trésor du Québec et professeur au HEC) et Yves Thomas-Dorval (président du Conseil du patronat du Québec). Comment ne pas les prendre au sérieux ? EUX, ils doivent savoir ce qui est bon pour notre économie. D’ailleurs, le manifeste nous rappelle qu’on ne doit pas « rêver en couleurs : nous consommerons du pétrole pour encore longtemps! » Cette affirmation ne vient pas seule, elle est accompagnée de chiffres : de 1989 à 2009, la consommation de pétrole a augmenté de 4% au Québec. Ou encore : de 1996 à 2006 le nombre de véhicules circulant sur les routes au Québec est passé de 3,5 millions à 4,5 millions. Tant qu’à polluer, autant le faire pour de vrai ! Doit-on rappeler qu’il ne suffit pas d’exploiter (peut-être, éventuellement) le pétrole ? On doit également mettre en place les infrastructures nécessaires à son transport, et surtout à son exportation : des oléoducs, des ports, des raffineries. Alors, le gouvernement péquiste voulait-il vraiment protéger l’environnement ?
Il est cependant possible de changer les choses à long terme, que ce soit en modifiant sa consommation énergique individuelle, ou seulement en s’informant des conséquences de l’exploitation pétrolière au Québec et dans le monde. L’État québécois a le pouvoir et les ressources de ne pas aller dans la direction de l’énergie sale et d’ignorer la pression acharnée et absurde du marché international. Il suffit de ne pas nous laisser amadouer par les beaux discours économiques et réagir fortement contre l’industrie du bitume.
par Rédaction | Avr 1, 2014 | Analyses, Canada, Environnement, Québec
Par Jessica Céré
Dans l’imaginaire collectif occidental, on considère généralement que le pétrole est un facteur important de développement économique. De là nait l’engouement pour la construction d’un système de transport pétrolier au Canada permettant d’augmenter la production au pays. On aborde d’ailleurs davantage la question des oléoducs depuis l’accident de train à Lac Mégantic et un débat a lieu pour le choix entre un transport pétrolier par voie ferroviaire, que certains considèrent comme moins sécuritaire, ou par oléoducs. Mais ce débat détourne notre attention du véritable débat, à savoir s’il est pertinent pour le Canada et pour le Québec de continuer à exploiter ces énergies sales et, s’ils le font, à quel prix ?
Le sujet était sur la table depuis bien longtemps. Pauline Marois a décidé de prendre en charge les possibles réserves pétrolières cachées dans le sous-sol du Québec. Toutefois, l’engouement actuel pour le pétrole et pour les nouveaux gisements n’est pas nouveau au Canada. La compagnie TransCanada Corporation avait décelé ces possibilités dès sa création en 1951. Depuis le début des années 2000, l’entreprise a investi dans la création de tuyaux souterrains pouvant acheminer le pétrole d’un point A à un point B. Le premier projet fonctionnant bien et depuis 2010, la compagnie mise sur des avancements considérables : les projets Keystone XL pipeline et Énergie Est. Les groupes environnementaux sonnent l’alarme, mais les médias expliquent rarement les raisons qui sont à l’origine de ce cri d’alerte. En fait, le pétrole est une ressource énergétique sale, mais très utile et surtout très rentable. Le pétrole au Canada provient principalement des sables bitumineux et leur extraction est particulièrement dommageable pour l’environnement. Il faut donc se questionner sur le prix à payer pour pouvoir exploiter ces énergies, puisqu’elles ont le potentiel d’engendrer de graves conséquences sur notre environnement.
Les projets Keystone
Le projet Kesytone a débuté avec, en première phase, un oléoduc transportant le pétrole d’Alberta vers les États-Unis, en passant par Régina, Saskatoon, Steele City, Nebraska et d’autres régions au Sud. Ce premier oléoduc est actif depuis 2010 et trois phases de son développement sont déjà complétées. Le nouveau projet, Keystone Pipeline XL, commencerait aussi en Alberta, mais aurait un trajet plus rapide vers les États-Unis. Toutefois, la controverse entourant la construction de cet oléoduc est de plus en plus palpable.
L’opposition environnementale
Des groupes environnementaux, dont certaines ONG’s se prononcent, surtout depuis l’incident de Lac Mégantic, sur le danger du transport de pétrole par oléoduc, un danger qui serait dû à la possibilité de fuites et de dispersion du pétrole dans le sol. Il est cependant difficile pour les citoyens-nes de prendre position, puisque l’essentiel des recherches scientifiques demeure inconnu ou est volontairement détourné à des fins politiques. Le danger de fuite n’est pas négligeable, mais les effets les plus nocifs jusqu’à ce jour proviennent de l’extraction même du pétrole. Selon plusieurs environnementalistes, le pétrole extrait des sables bitumineux serait de trois à quatre fois plus nuisible que le pétrole conventionnel. Malheureusement, cette exploitation demeure l’extraction principale au Canada. Plusieurs environnementalistes et journalistes restent sceptiques sur le niveau de dégât réellement engendré, puisque les méthodes de calcul sont bien différentes d’une étude à une autre. Il n’en demeure pas moins que l’exploitation des sables bitumineux est une pratique dangereuse et qui contribue de façon significative à l’augmentation de la température mondiale selon les rapports de L’Agence internationale d’énergie. Greenpeace a par ailleurs rédigé un rapport sur les conséquences environnementales de l’exploitation des sables bitumineux : «En 2020, l’émission de gaz à effet de serre des 14 projets mentionnés dans cette étude – dans le cas ou leur développement se maintiendrait – augmenterait l’émission globale de CO2 issue des carburants fossiles de 20%, maintenant le monde sur le chemin d’un réchauffement climatique de cinq à six degrés Celsius » (traduction libre). Un tel réchauffement s’avèrerait catastrophique pour plusieurs communautés à travers le monde. De plus, L’Agence internationale de l’énergie a effectué plusieurs recherches qui mènent à des conclusions similaires: «Selon L’Agence internationale de l’énergie (IEA), l’émission mondiale de CO2 a augmenté de 5% en 2010, confirmant le plus important record enregistré. 3% d’augmentation se sont ajoutés en 2011, excédant les pires cas imaginés et menant à un réchauffement à long terme de cinq à six degrés Celsius » (traduction libre). Greenpeace propose donc d’interrompre la construction d’infrastructures destinées à l’exploitation des sables bitumineux : « Pour éviter de nous contraindre à un réchauffement catastrophique, la construction de nouvelles infrastructures liées aux carburants fossiles doit s’arrêter d’ici cinq ans, imposant la confrontation des projets d’énergies sales versus un climat viable » (traduction libre). Le développement de plus en plus nombreux et important de projets liés à l’extraction du pétrole montre que les recommandations de Greenpeace ne sont pas entendues par les élus-es. À maintes reprises, nous lisons et entendons des acteurs politiques clamer que, selon de nombreuses études, il y aurait très peu de conséquences environnementales liées à la construction de pipelines. Il n’est pas dans mon intention de détailler les recherches de ces études. Par contre, il est important de se rappeler que certaines d’entre elles ont été menées dans le seul but de légitimer des nouveaux projets d’exploitation pétrolière. En octobre 2011, The New York Times questionnait les analyses faites par le contracteur Cardno Entrix, une firme offrant des consultations sur les projets reliés à l’exploitation des ressources naturelles. La compagnie aurait été mandatée par une firme qui comptait TransCanada parmi ses clients les plus importants pour le matériel de marketing. Il semble donc y avoir une situation de conflit d’intérêts.
Ressources vertes et énergie propre
Depuis plusieurs années, les pays se sont engagés à développer une économie d’énergie propre, mais on réalise bien que les projets mis de l’avant par le gouvernement canadien (notamment) sont en discorde avec ce modèle économique et énergétique. Qu’en est-il du leadership du changement climatique ? En 2008, le président des États-Unis Barack Obama avait énoncé le souhait d’une imminente cessation de l’emprise pétrolière : «Soyez la génération qui libérera enfin l’Amérique de la tyrannie du pétrole» (traduction libre). Chacun se montre d’accord pour vaincre les changements climatiques, mais personne n’est prêt à accomplir les actions nécessaires. En fait, le pétrole demeure l’énergie la plus lucrative sur un court laps de temps. Aucune énergie propre ne peut rapporter autant de bénéfices économiques pour le moment. Le premier ministre canadien Stephen Harper, confronté à la contestation de plus en plus criante des citoyens-nes devant le projet des pipelines Keystone, met de la pression sur la population en martelant que de toute façon, si les projets d’oléoducs ne se concrétisaient pas, le transport du pétrole se ferait autrement (par train ou par transport routier). C’est d’ailleurs ce que Russ Girlking, président de TransCanada, nous confirme: « Il ne s’agit pas d’un débat sur pétrole versus les énergies alternatives. C’est un débat sur le choix d’un pétrole qui provient du Canada, du Venezuela ou du Nigeria » (traduction libre). Harper s’est ouvertement prononcé sur ce qui adviendra du développement du projet Keystone: «Ce ne sera pas terminé tant que le projet ne sera pas approuvé, et nous continuerons de faire pression», a exprimé le premier ministre canadien.
Et le Québec !?
Le projet pipeline Keystone XL ne touche pas le Québec, mais notre province demeure concernée par le développement des oléoducs. Le projet Énergie Est de la compagnie TransCanda, qui permettrait le transport de pétrole de l’Alberta jusqu’au Québec, est aussi en discussion. La compagnie souhaite construire des pipelines débutant en Alberta, passant par le Québec pour aboutir à Saint-John. Les mêmes problématiques environnementales sont exploitées ici et des frustrations ont déjà été exprimées. Plusieurs articles diffusés dernièrement, entre autres, dans Le Devoir, évoquent les conséquences environnementales que la concrétisation Énergie Est au Québec pourrait engendrer: « Selon un rapport de l’Institut Pembina […] « la production de brut nécessaire pour remplir Énergie Est pourrait générer annuellement jusqu’à 32 millions de tonnes de gaz à effet de serre en plus». Thomas Muclair, chef de l’opposition officielle à la chambre des communes du Canada, rapporte que le principe devrait être d’amener le pétrole d’ouest en est, et ce tout en respectant les normes environnementales : «M. Harper a complètement éviscéré les lois environnementales et les lois d’évaluation environnementale. En l’absence d’un processus crédible complet, le public ne peut pas croire ce qu’on va lui dire sur quelque projet que ce soit». TransCanada présentera dans les prochains mois tous les détails du projet Énergie Est. Il faudra donc rester à l’affut de son développement prochain, surtout que le gouvernement de Pauline Marois a déjà manifesté son intérêt pour le projet. Par ailleurs, le Québec lancera l’exploration pétrolière sur l’île d’Anticosti l’été prochain et nous pouvons aisément croire que le prochain gouvernement Libéral ou Péquiste concrétisera ce projet. Il s’agit d’une démarche supplémentaire qui tourne le dos au développement des énergies propres et qui est orchestrée par des compagnies puissantes de concert avec le gouvernement provincial et fédéral. Chaque parti fait cependant face à un défi. Les compagnies et les gouvernements devront légitimer leur projet auprès de la population tandis que les groupes environnementaux et tous ceux qui s’opposent à de tels développements devront démontrer qu’il n’est pas dans l’intérêt de nos communautés d’aller dans cette direction. Il nous apparait primordial que les citoyennes et les citoyens puissent obtenir suffisamment d’informations sur cet imposant virage afin de faire des choix collectifs éclairés.