Vivre éloigné, mais en proximité : discussion avec des habitant·e·s du Témiscamingue

Vivre éloigné, mais en proximité : discussion avec des habitant·e·s du Témiscamingue

Huit heures de route séparent Montréal du Témiscamingue, vaste région de l’ouest du Québec. Généralement associé à son voisin au nord, l’Abitibi, le Témiscamingue a pourtant des particularités propres qui le démarque des autres régions. L’Esprit libre est allé à la rencontre de fier‧ère‧s Témiscamien‧e‧s pour comprendre les aspects positifs et négatifs de la vie loin des grands centres urbains.

Même si je ne suis pas né dans une grande ville du Québec, j’ai toujours eu la chance d’être à proximité de certains grands centres urbains, tels Montréal et Sherbrooke. Ceci m’a permis de profiter des avantages de ces villes : restaurants, centres commerciaux, festivals, et j’en passe. Pourtant, en parcourant les routes sinueuses de la traverse de Mattawa, où j’ai dû avaler quelques Gravol au gingembre pour m’assurer de conserver mon sang-froid, une question me revenait constamment à l’esprit : comment et pourquoi vivre aussi loin des grands centres urbains? 

J’ai posé la question à cinq habitant‧e‧s du Témiscamingue impliqué‧e‧s dans leur communauté, et surtout, amoureux de leur région. 

« Quand tu arrives ici, il faut que tu repenses ton mode de vie »

Le Carrefour jeunesse emploi du Témiscamingue (CJET), situé au cœur de la ville de Ville-Marie, ville la plus populeuse de la région, est responsable de l’aide à l’emploi, mais également de l’accueil des nouveaux arrivant‧e‧s au Témiscamingue. Cherchant à faire prospérer leur région natale, ceux-ci misent sur des programmes de promotion de la région, mais également de rétention des habitant‧e‧s. J’ai pu discuter avec deux membres de cette organisation, Guillaume, agent de projet multiculturel et Marion, agente du programme Place aux Jeunes. 

« Moi, je suis arrivé au Québec de la France à 27 ans, j’ai fait 2 ans à Montréal, et là ça va faire 10 ans bientôt que je suis au Témiscamingue, m’explique Guillaume. Ma situation à Montréal, c’était un peu compliqué pour le travail, et là mon amie qui travaillait ici m’a dit « si tu veux, j’ai un emploi pour toi ». J’ai dit go je vais essayer, ça va changer de la dynamique de la ville, je vais essayer de vivre un autre Québec. Et bon, ça fera 10 ans dans deux semaines. » Il ne parle rien de moins qu’une « piqure » pour la région. 

Pourtant, celui-ci n’hésite pas à évoquer le changement de mentalité qu’il a dû faire face en arrivant dans la région :« Quand tu arrives ici, il faut que tu repenses ton mode de vie. » 

De son côté, Marion, originaire du Témiscamingue, le Témis comme disent les locaux, y a vécu toute sa vie et elle ne voit pas cet éloignement des centres urbains comme un obstacle. « On dirait que ça a comme toujours été mon mode de vie, que je n’ai jamais remis ça en question. », explique-t-elle. Quand un‧e nouvel‧le arrivant‧e arrive en ville, le CJET ne fait pas passer sous silence les défis de vivre à une telle distance. « Les gens commencent de plus en plus à réaliser qu’on est une région éloignée des grands centres. On les avertit, on n’a pas un Walmart à cinq minutes de chez nous, il faut voyager pour avoir accès à de grands centres, à de plus grands services. En même temps, on a tout ce qu’il faut pour bien vivre ici », mentionne Marion. 

Les huit heures de distance avec Montréal, les trois heures de Sudbury en Ontario, ou l’heure et demie qui les séparent de Rouyn-Noranda en Abitibi, n’est pas un frein pour les Témiscamien‧ne‧s à profiter des qualités des grandes villes. 

« C’est une sortie! Souvent on va y aller avec des amis, on va se jumeler avec d’autres personnes, finalement on va souper au restaurant. Ça nous fait une belle journée », avance Marion. 

Josée, chef d’équipe au lieu historique national d’Obadjiwan–Fort-Témiscamingue, abonde dans le même sens. « N’importe quand on peut prendre notre auto et aller à Montréal ou à Sherbrooke, rien ne nous en empêche. Tu as le meilleur des deux mondes, explique-t-elle. Parfois ça me pogne, quand il me manque de spectacles, qu’il me manque de restaurants, qu’il me manque de toutes sortes d’affaires. Alors, on va passer quelques jours à Montréal et après ça on revient. » À ce niveau, il faut simplement une plus grande planification, et quelques jours de libre. 

« On vit autrement, et vraiment plus simplement »

Hormis l’accessibilité aux services de commandes en ligne comme Amazon, qui facilitent l’achat de biens précis dans les régions éloignées, cette distance avec les centres commerciaux change également le rapport face à la consommation. Émilise, actuelle députée de Rouyn-Noranda–Témiscamingue, remarque que les régions éloignées comme le Témiscamingue, sa région natale, sont moins soumis à la présence publicitaire et commerciale. 

« Je trouve que c’est un lieu qui est formidable parce qu’on n’est pas soumis à des trucs vraiment agressants comme la publicité. Quand on se promène au Témiscamingue, il n’y a pas de panneaux publicitaires, explique-t-elle. On n’est pas confrontés aux grandes chaines des multinationales. Nous, on a un Subway et puis un Hart, c’est pas mal tout ce qu’on a comme bannières. » 

Quand elle n’est pas à l’Assemblée nationale à Québec, Émilise profite de cette simplicité que lui offre la région, notamment en travaillant sur son jardin et ses projets agricoles. 

Guillaume, ayant vécu à Montréal, voit également ce changement de mentalité s’opérer : « Notre rapport à la consommation change dans le sens où maintenant si je vais consommer, c’est avec un but, un objectif. Avant quand j’habitais Montréal, je pouvais aller à toutes les semaines dans les centres d’achat juste pour aller flâner. » Marion explique que cette réduction de la consommation se perçoit par une transformation des intérêts. « On est plus centrés sur autre chose, et cette autre chose-là? La nature. On change la consommation pour un autre bénéfice qui est différent. Au lieu de passer notre temps dans les centres d’achats, on va plutôt faire des balades », illustre-t-elle.  

« La nature et la grosse paix! »

Avec ses 16 000 habitant‧e‧s[i] et son territoire de 16 400 km2, la région du Témiscamingue est l’endroit parfait pour les amoureux de grands espaces et de tranquillité. Ses grandes forêts mixtes, avec la présence de nombreux pins, le différencie la région de l’Abitibi voisine, reconnue pour ses forêts boréales d’épinettes. Dans l’optique de mettre en valeur ses grands espaces, la SÉPAQ a inauguré en 2019 son tout dernier parc, le Parc national d’Opémican[ii]. En plus, la région abrite le lieu historique national d’Obadjiwan–Fort-Témiscamingue, vestige historique d’un poste de traite de pelleteries[iii]. J’ai pu discuter avec deux employées de ce lieu historique, ceux-ci travaillant au cœur de cette nature débordante. 

Josée, grande sportive et voyageuse, est une personne débordante d’énergie. Pour elle, le Témiscamingue est donc l’endroit parfait pour se relâcher : « Pour moi, ça ne va jamais assez vite. Ici, les gens disent qu’on est cool. On n’est pas toutes cools, moi je suis assez active. Mais ici ça me permet d’être comme ça : à mon beat. » En raison de la nature saisonnière de son poste de chef d’équipe, celle-ci profite des mois hivernaux pour voyager à travers le monde. Pourtant, elle finit toujours par revenir chez elle, au Témis.  

« La nature, moi c’est ça qui m’attire ici, la tranquillité, mentionne-t-elle. J’ai une place sur le bord de l’eau, c’est tranquille. » 

Sylvain, coordonnateur et préposé à l’entretien, a vécu dans de nombreuses villes au Québec avant de revenir dans sa région natale. Depuis son retour dans la région, celui-ci a mis sur pied une ferme maraichère dans la municipalité de Lorrainville, là où il vend légumes et pains aux locaux[iv]. Pour lui, les raisons de rester en région éloignée reviennent à une tranquillité, mais également un sentiment de sécurité et de confort. « La nature et la grosse paix! », dit-il en riant. 

« C’est le sujet de l’heure, c’est une catastrophe »

La distance vient toutefois avec ses enjeux. 

Josée ne mâche pas ses mots lorsqu’elle parle de la fermeture de la piscine de Ville-Marie, qui a fait beaucoup jaser au niveau local, une situation qu’elle qualifie de « catastrophe ». « Ce qu’il me manque, ces temps-ci, ce sont des infrastructures pour aller faire du sport! Par exemple, ici, on n’a plus de piscine. Ça, c’est assez pour que je déménage. »

Il y a également le sujet des services d’obstétriques de l’hôpital de Ville-Marie[v]. Depuis le mois d’avril 2021, les femmes enceintes du Témiscamingue n’ont pas d’autre option que d’accoucher dans la ville de Rouyn-Noranda, à une heure et demie de Ville-Marie. « Il y a clairement un déficit de compréhension de nos réalités locales, de nos réalités régionales à Québec, dans les hauts lieux décisionnels », explique Émilise, qui revendique constamment cette situation à l’Assemblée nationale. 

« On a tellement centralisé les décisions dans les dernières années que les décisions se prennent de manière tellement déconnectée avec les réalités du territoire. L’obstétrique c’est un bon exemple. » 

Toutefois, selon Marion et Guillaume du CJET, la résilience des Témiscamien‧ne‧s s’est fait sentir dans ses deux situations. « Quand il y a des coupures de service, les régions sont comme tout de suite pointées du doigt en disant « regardez ce qu’ils n’ont pas ». Mais, en même temps, ce que les gens ne savent pas, c’est toutes les actions qui sont prises pour remédier à la situation. » Au final, ceux-ci me font comprendre que les enjeux d’accessibilité de services au Témiscamingue sont des situations que vivent presque toutes les régions éloignées du Québec. 

« La chaleur des gens, leur accueil, l’espèce de solidarité qu’il y a, la fraternité »

Charles, étudiant à la maitrise en ergothérapie à l’Université de Montréal, est un petit nouveau de la région, celui-ci ayant décidé de s’installer officiellement dans la ville natale de sa copine il y a maintenant un an. Originaire de Valleyfield, il n’a jamais été bien loin de Montréal. Toutefois, quand on lui demande s’il se sent chez lui au Témiscamingue, il n’hésite pas à répondre à l’affirmative. « Moi, ce qui était vraiment important, c’était que je me trouve un cercle d’amis à la place où j’habite. Maintenant, c’est vraiment ça. J’ai une gang d’amis, qui eux, sont vraiment des Témiscamien‧ne‧s. » 

C’est d’ailleurs lui-même qui a fondé un club de balle molle dans la région afin de se créer un cercle d’amis. Il s’est senti accueilli « comme un des leurs », et ce, malgré sa peur de ne pas se conformer aux intérêts de certain‧e‧s Témiscamien‧ne‧s : « Je ne suis pas vraiment manuel dans la vie, et il y en a beaucoup qui parlent de skidoo, de quatre roues, de mécanique, je trouve ça intéressant, mais ça clash trop. Ça m’attire moins. » Il préfère toutefois en rire puisque ce n’était pas un frein à son intégration dans la région. Il affirme même aimer de plus en plus la chasse, ce qu’il avoue aurait joué sur ses nerfs lorsqu’il habitait à Valleyfield. 

Pour Guillaume, la présence d’une chaleur humaine a été le point décisif pour lequel il a voulu rester au Témiscamingue plutôt que de retourner à Montréal. « Ce sont les gens qui m’ont fait rester ici. Il y a un genre de chaleur humaine au Témiscamingue. Les gens sont accueillants partout au Québec, mais ici il y a un petit truc en plus qui est difficile à décrire. Il faut le vivre », décrit-il. Or, il associe l’attitude des Témiscamien‧ne‧s à « des personnes vivant sur une île. »

« Les Témiscamien‧ne‧s, ils ont un peu un caractère insulaire, comme s’ils avaient toujours été sur une île à part du reste du Québec. C’est toujours un territoire qui a été méconnu, et c’est toujours oublié. On parle de l’Abitibi [mais pas du Témiscamingue]. C’est comme si le Témiscamingue s’était toujours développé sans jamais attendre Montréal, Québec et tout le reste. »

Ainsi, la faible population et la solidarité qui s’installe entre les habitant‧e‧s font du Témiscamingue un endroit unique. Marion se permet de résumer le tout : « C’est plus petit, on est tissés serré, on est solidaires. » 

***

En reprenant le chemin inverse vers Montréal – refaire la traverse de Mattawa, reprendre mes Gravol au gingembre, repasser par les routes de l’Ontario – j’ai constaté que de vivre aussi loin, ça s’apprend, et ça a ses avantages. Moins de stress, moins de trafic, moins de distractions, et au final, plus de temps pour profiter de sa vie quotidienne. Les valeurs d’un‧e Témiscamien‧ne sont profondément incrustées dans ce constat. 

Pour les Témiscamien‧ne‧s, la distance n’a jamais été un frein à leur épanouissement personnel : Josée se permet de voyager pendant ses temps libres; Émilise fréquente les plus hautes instances du Québec; Sylvain présente l’exemple de son fils, celui-ci ayant fondé une entreprise de vente de plantes grasses et de cactus, lui permettant de se faire des contacts partout au monde; Charles complète sa maitrise et a pourra éventuellement travailler à Ville-Marie en ergothérapie. Au final, cela ne leur empêche pas de profiter des avantages des grandes villes; simplement un peu de route et de temps, et le tour est joué.  

crédit photo : Félix Beauchemin

[i] Ministre des Affaires municipales et de l’habitation du Québec, Région Administrative 08 : Abitibi-Témiscamingue, Québec : Affaires municipales et habitation, 2021, 6 p. 

https://www.mamh.gouv.qc.ca/fileadmin/cartes/region/08.pdf

[ii] Pierre-Marc Durivage, «  Opémican : un nouveau parc national plein de promesses », La Presse, 3 août 2019, https://www.lapresse.ca/voyage/quebec-et-canada/2019-08-03/opemican-un-nouveau-parc-national-plein-de-promesses.  

[iii] Parcs Canada, « Lieu historique national d’Obadjiwan–Fort-Témiscamingue », 23 juin 2020, https://www.pc.gc.ca/fr/lhn-nhs/qc/obadjiwan-temiscamingue/culture.  

[iv] « Bienvenue à la Ferme chez Lyne et Sylvain », 2021, https://www.chezlyneetsylvain.com/accueil-ferme.  

[v] Emily Blais, « La rupture du service en obstétrique est prolongée jusqu’au 30 août à Ville-Marie », Radio-Canada.ca, 30 juillet 2021,https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1813068/penurie-infirmieres-obstetrique-hopital-enceintes.  

L’accessibilité dans les grandes villes demeure problématique

L’accessibilité dans les grandes villes demeure problématique

L’accessibilité universelle demeure un sujet de débat dans notre société, mais elle est loin d’être une chose acquise pour tout le monde. Les grandes villes au Québec comme Montréal ont mis en œuvre des plans pour rendre la vie plus facile à la population à mobilité réduite, mais il existe encore beaucoup d’obstacles à franchir. 

Le quotidien des individus à mobilité réduite est rempli de défis et d’embuches. 

Par exemple, une visite au supermarché peut devenir un enfer s’il n’y a pas des accommodations comme des places de stationnements près de l’établissement. Dans le but de respecter la Loi2 qui stipule que toutes les municipalités de 15 000 habitants et plus doivent adopter un plan d’action pour réduire les obstacles à l’intégration des personnes à mobilité réduite, la Ville de Montréal s’est dotée du Plan d’action 2015-2018. [i] Ce plan est divisé en 4 axes : accessibilité architecturale et urbanistique, accessibilité des programmes, des services et de l’emploi, accessibilité des communications ainsi que sensibilisation et formation. Pour le premier point, une des actions recommandées est de rendre les immeubles existants accessibles ainsi que de prendre en compte les normes pour les bâtiments nouveaux. 

Cependant, la modification des anciens immeubles ne s’applique pas à tous les bâtiments de la métropole. Ce règlement concerne les emplacements publics comme les mairies d’arrondissements, les bibliothèques, les maisons de la culture, les arénas et les centres sportifs Pour Linda Gauthier, présidente du Regroupement des activistes pour l’inclusion au Québec (RAPLIQ), un organisme panquébécois qui défend les droits des personnes en situation de handicap[ii],: « il y a un énorme problème et cela est dû à un gros manque de volonté de la classe politique, que ce soit des municipalités ou de l’Assemblée nationale, c’est énorme », a-t-elle dit lors d’une entrevue téléphonique.

La situation problématique du métro 

Le manque d’accessibilité dans la majorité des stations de métro du territoire montréalais représente un problème important pour les usagers ayant une déficience motrice. Le réseau de métro de la Ville de Montréal compte actuellement 68 stations de métro dispersé un peu partout sur son territoire.[iii] Cependant, le constat est assez négatif lorsque vient le temps de compter le nombre de stations qui sont accessibles aux personnes en fauteuil roulant. Selon le site de la Société de Transport de Montréal (STM), seulement 17 stations sur les 68 sont munies d’ascenseurs et sont donc faciles d’accès pour les individus à mobilité réduite.[iv] Par exemple, les choses changent rapidement, alors que 14 emplacements comme ceux d’Atwater et d’Angrignon, sont en rénovation et comptent ajouter des ascenseurs.[v]

Woody Belfort est un homme ayant des limitations au niveau de la marche et qui utilise le système de métro lors de ses déplacements à Montréal. Il avoue qu’il a rapidement réalisé que les choses seraient compliquées : « Au moment où j’ai commencé à utiliser le métro, j’ai rapidement remarqué qu’il n’y avait pas beaucoup de rampes ou d’ascenseurs, ce qui est bizarre, car les gens amenaient des poussettes avec des enfants ou les personnes âgées avaient des marchettes », s’est-il confié en entrevue. Pour arriver à ses fins, l’athlète de 25,  ans né avec un type de paralysie cérébrale appelé diplégie spastique, doit physiquement descendre de son fauteuil pour monter ou descendre les escaliers lorsqu’il n’y avait pas d’ascenseur.[vi]  

M.Belfort se rappelle que l’une des stations qu’il a utilisées par le passé avait physiquement un ascenseur, mais qu’il fallait surmonter quelques marches pour y arriver. Malgré ce genre d’embuche, Woody voit une volonté de bien faire, mais qu’une révision de la manière de faire est requise : « Je vois qu’ils essaient, mais ils le font de la mauvaise façon ». Lorsqu’il est temps d’aborder la question de l’accessibilité générale dans les vieilles villes comme Montréal ou Québec, le joueur de basketball en fauteuil roulant dit que les choses sont « vraiment difficiles » parce que selon lui, les notions d’accessibilité et d’inclusivité n’étaient pas une priorité à l’époque. Cependant, les choses semblent aller dans la bonne direction, car selon lui, la population commence à être de plus en plus consciente que ce n’est pas tout le monde qui a la capacité de se déplacer librement ou sans complication. 

Le désir de rendre une ville plus facile d’accès ou plus inclusive pour une partie de sa population peut s’avérer plus difficile à réaliser que d’y penser ou mettre sur papier. Les ouvriers sur le terrain ainsi que les architectes doivent prendre en considération des facteurs architecturaux et extérieurs qui peut rendre la tâche difficile à réaliser.  

Une tâche difficile 

Les plans pour modifier et rendre les établissements plus accessibles pour tout le monde sont plus faciles à mettre sur papier que de concrétiser réellement. Selon Gérard Beaudet, professeur d’urbanisme et d’architecture de paysage à l’Université de Montréal, il est plus compliqué d’adapter les bâtiments qui sont plus anciens. Par exemple, les lieux de cultes sont très compliqués à rendre accessible, car ces lieux sont généralement situés en hauteur et requièrent une plus longue rampe. De plus, l’espace nécessaire pour insérer ces rampes n’est pas toujours disponible. 

En plus de devoir jouer avec le manque d’espace ou le terrain abrupt, M. Beaudet dit que les bâtisseurs doivent aussi penser à un plan d’évacuation adapté dans l’éventualité d’un incendie : « Si l’on donne accès à des personnes qui ont des difficultés d’accès, il faut être capable de les évacuer advenant un incendie. Évidemment, ce n’est pas les escaliers standards qu’on va pouvoir les évacuer ou sinon ça prend des zones de refuges(une zone sûres, protégées du feu pour les personnes en attente d’être évacuée en toute sécurité)[vii] où les pompiers pourront aller les chercher », dit-il dans une entrevue téléphonique avec l’Esprit libre.

Dans le but de rendre les déplacements plus faciles et plus agréables pour tout le monde, la STM s’est fixé l’objectif d’avoir 41 stations adaptées d’ici 2025.[viii]

crédit photo : flickr:/caroline de francqueville


[i] Ville de Montréal, Accessibilité universelle Plan d’action 2015-2018, Plan d’action, Montréal :Ville de Montréal , 28p. http://ville.montreal.qc.ca/pls/portal/docs/PAGE/ARROND_RDP_FR/MEDIA/DOCUMENTS/2015-10-06_PLAN%20ACCESSIBILIT%C9%20UNIVERSELLE%20-%20VILLE%20DE%20MONTR%C9AL.PDF

[ii] Regroupement des activistes pour l’inclusion au Québec, Notre mission, 9 aout 2021, https://rapliq.org/a-propos/

[iii] Métro de Montréal, Foire aux Questions, 8 aout 2021, https://www.metrodemontreal.com/faq/index-f.html

[iv] STM.info,Accès au métro par ascenseur,8 aout 2021, https://www.stm.info/fr/acces/acces-au-metro-par-ascenseur

[v] STM.info, L’accessibilité universelle dans le métro,7 aout 2021, https://www.stm.info/fr/a-propos/grands-projets/grands-projets-metro/accessibilite-universelle

[vi][vi] Huffpost Québec, publié sur Facebook,23 janvier 2019,consulté le 7 aout 2021. https://www.facebook.com/watch/?v=332323747382382

vii Société de transport de Montréal, « L’accessibilité dans le métro », consulté le 9 aout 2021, https://www.stm.info/fr/a-propos/grands-projets/grands-projets-metro/acc…

Marie-Claude Lortie, Personnalité de la semaine : Woody Belfort, La Presse, 28 avril 2019, https://www.lapresse.ca/actualites/2019-04-28/personnalite-de-la-semaine-woody-belfort

[vii] Gouvernement du Canada, La planification de la sécurité, consulté le 24 aout 2021, https://www.canada.ca/fr/emploi-developpement-social/programmes/invalidi…

GardaWorld, G4S, Securitas… bienvenue dans l’âge d’or de la sécurité privée

GardaWorld, G4S, Securitas… bienvenue dans l’âge d’or de la sécurité privée

Par Arthur Calone

Secteur en croissance effrénée depuis plusieurs années déjà, l’industrie de la sécurité privée assume aujourd’hui – et plus que jamais depuis le début de la crise sanitaire – un nombre croissant de responsabilités dans un monde de plus en plus privatisé, dérèglementé, et où la remise en cause du paradigme sécuritaire semble inexorable. 

Il est de nos jours quasi-impossible de se déplacer dans un environnement urbain tel que le centre-ville de Montréal sans constater la présence d’agent·e·s de sécurité privée déployé·e·s par des entreprises comme GardaWorld, Securitas, ou encore G4S. Assurant principalement des missions de surveillance dans des lieux tels que des universités, des centres commerciaux, des banques ou encore des tours à bureaux, ces employé·e·s font partie d’une industrie-mère gigantesque, impliquée dans un nombre incalculable de secteurs tant privés que publics. 

Les pouvoirs publics dépendants 

« Depuis le début des années 80, l’industrie de la sécurité privée est en progression importante et constante en terme quantitatif [d’effectifs], mais devient aussi qualitativement de plus en plus diversifiée et sa présence est de plus en plus visible dans l’espace public », assure Massimiliano Mulone, professeur à l’École de criminologie à l’Université de Montréal, en entrevue téléphonique avec L’Esprit libre. « L’industrie a deux clients principaux : les grandes entreprises et l’État », ajoute-t-il. 

Depuis le début de la crise sanitaire, ces firmes ont largement été mises à contribution par l’État pour superviser les hôpitaux, les cliniques de dépistage et de vaccination, etc. Ces dépenses culminent, rien que dans le secteur de la santé, à 336,3 M$[i] pour l’année 2020-2021. Une hausse de 257 % en comparaison à l’année précédente, qui se justifie par l’explosion de la demande dans un contexte sanitaire inédit, mais également par la valeur des contrats, négociés à la hausse par les firmes de sécurité privée, à qui la pandémie a indubitablement profité. 

Une enquête menée par Le Journal de Montréal révélait à la fin août que parmi ces 336,3 M$ de fonds publics dépensés, près d’un tiers (100 M$) auraient été octroyés sans concurrence et principalement à la société GardaWorld. Celle-ci aurait raflé à elle-seule 11 contrats et empoché 49 M$ en bénéficiant de l’utilisation du décret d’urgence sanitaire utilisé maintes fois par Québec « pour obtenir sans appel d’offres des services d’agent[·e·]s de sécurité »[ii]. L’enquête indique également que malgré l’augmentation significative des tarifs appliqués par les entreprises de sécurité privée, la plupart des agent·e·s sur le terrain, considérablement exposé·e·s au virus, n’ont pas vu leur salaire augmenter. 

De son côté, le gouvernement fédéral a lui aussi sollicité cette industrie en mandatant la firme GardaWorld, dont les recettes ne cessent d’augmenter depuis le début de la crise sanitaire, pour faire respecter l’application de la Loi sur la quarantaine. À partir du 29 janvier 2021, l’entreprise a pris le relai de la Sûreté du Québec (SQ) dans ses missions d’inspections aux résidences des personnes revenant de voyages non essentiels. Un changement de garde qui a eu des résultats parfois douteux, comme l’évoque un article de Radio-Canada datant du 12 février[iii]. Plusieurs personnes ayant reçu la visite d’employé·e·s de GardaWorld y confient leurs doutes quant à la pertinence et la qualité de ces contrôles, visiblement mal effectués et sans protocole clair. 

Un paradigme sécuritaire en mutation 

Cette tendance à la sous-traitance de missions effectuées en temps normal par les services publics au secteur privé est appelée à s’intensifier dans les prochaines années, avant tout pour des raisons économiques. « Les États reconnaissent globalement que le modèle budgétaire des polices publiques n’est pas tenable, poursuit Massimiliano Mulone. Il y a une demande pour moins de police, tant du côté de la gauche sociale [notamment avec le mouvement Defund the Police] que de la droite économique, car ce n’est pas logique dans un monde néolibéral d’avoir une police qui coûte toujours plus cher ». 

Reddition de comptes, critères de performance… le chercheur explique que les services de police, sommés d’intégrer des logiques de plus en plus entrepreneuriales, subissent des pressions budgétaires inédites. Pressions auxquelles ils résistent cependant plutôt bien, notamment grâce à des syndicats coriaces, qui permettent aux policiers et aux policières de conserver d’excellents salaires et avantages sociaux, en comparaison au reste de la fonction publique. 

Le phénomène de la privatisation des services de police est mondialisé, mais touche particulièrement les pays qui disposent de systèmes de police décentralisés, notamment les États-Unis, où les attentats du 11 septembre 2001 ont propulsé la sécurité nationale au sommet des préoccupations politiques. Si, à l’exception du Royaume-Uni, la tendance est moindre en Europe continentale parce que les services y sont centralisés, celle-ci demeure tout de même importante[iv].

Paradoxalement, l’inverse de la sous-traitance existe aussi : il s’agit de la commercialisation policière, soit l’embauche de membres des forces de l’ordre par des entreprises privées, pour par exemple assurer des escortes motorisées ou modifier la circulation routière dans le cadre d’un tournage de film ou de série[v]. Il s’agit là d’une pratique commune à Montréal et dans « plusieurs grandes villes canadiennes et américaines », comme on peut lire sur le site du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Il s’agit cependant d’une solution très dispendieuse : près de 100 $ de l’heure par agent·e doivent être déboursés pour s’attacher ce type de service. 

Pour Massimiliano Mulone, il est clair que l’on assiste depuis les années 1990 à une « fragilisation de la frontière entre le privé et le public » en ce sens. Un phénomène accentué par « la multiplication des acteurs [et actrices] de la sécurité », mais également par la « fragmentation de l’espace public ». « Notre vie se passe de plus en plus dans des espaces privés […] qu’on croit souvent publics, on est presque toujours chez quelqu’un », indique-t-il, en citant l’exemple des centres commerciaux, mais aussi d’Internet, souvent considéré à tort comme un bien public.  

Aujourd’hui, l’industrie de la sécurité privée détient une dimension largement supérieure, en termes d’effectifs et de champs d’action, à celle des pouvoirs publics. Dans la plupart des pays du monde, il y a plus de deux fois plus d’agent·e·s de sécurité que de policier·ère·s (Prenzler, 2013 : 9)[vi] « C’est une force dont il faut tenir compte. D’autant plus que sur certaines formes de criminalité, comme la cybercriminalité, on peut considérer que l’industrie de la sécurité privée a un avantage sur la police. Par exemple, la police n’a pas les stratégies pour détecter et contrer la fraude aux casinos de Las Vegas », explique Massimiliano Mulone. 

Une sécurité à rabais

Junior* (le prénom a été changé) est employé chez GardaWorld depuis plusieurs années, et a eu le temps de travailler sur des missions relativement différentes les unes des autres. Pour lui, une très grande partie du travail des policiers et policières, ne nécessitant pas le pouvoir d’arrestation ou l’usage de la force, pourrait être assumée par des agent·e·s de sécurité comme lui. « On ne fait pas de répression, mais vis-à-vis de la population, on fait quasiment le même travail. On demande aux gens de suivre les règles », explique-t-il, lors d’un entretien téléphonique avec L’Esprit libre. 

Si celui-ci comprend l’écart entre son salaire et celui des agent·e·s de police, il considère que sa profession, qui ne lui procure aucune couverture ou avantage social, demeure sous-payée, au regard des risques qu’elle implique : « Parfois, tu arrives sur le terrain, tu ne sais pas ce que tu dois faire, et tu es le seul agent sur place parce que le client dit qu’il ne veut payer que pour un agent. Ça m’est arrivé plusieurs fois alors qu’il faisait nuit. Je me disais : et s’il m’arrive quelque chose, qui me viendra en aide? […] Ça peut être très dangereux et il y a un manque de considération [pour l’intégrité des agent·e·s] ».

Pourtant, entre se démener dans une usine au salaire minimum et devenir agent de sécurité, un emploi moins fatiguant physiquement et qui paie quelques dollars de plus, le choix était vite fait pour Junior : « Trois dollars de plus c’est minuscule, mais ça fait une différence et il n’y a pas beaucoup de prérequis ». Selon lui, la sécurité privée est une bonne porte d’entrée sur le marché du travail pour les immigrant·e·s fraichement arrivé·e·s, qui sont souvent éduqué·e·s et même diplomé·e·s dans leur pays d’origine, mais qui n’ont pas réussi à faire reconnaître leurs compétences au Québec. 

Généralement payé entre 15 $ et 18 $ de l’heure lors de ses contrats, Junior a envisagé un temps de devenir convoyeur de fonds pour GardaWorld, un poste qui rapporte quelques dollars de plus par heure, mais qui demande une formation spéciale, et implique le port d’une arme de service : « J’y ai réfléchi et je me suis dit que ça ne valait pas la peine : tu portes une arme, tu transportes des fonds et tu risques ta vie pour 19 $ de l’heure. »

Des freins à cette révolution

Malgré le potentiel économique évident que représente la sous-traitance du maintien de l’ordre, il demeure trop tôt pour parler d’un « remplacement » de la police par la sécurité privée à grande échelle, selon Massimiliano Mulone. « La sécurité privée ne remplacera pas la police tant que ses agents [et agentes] n’auront pas le pouvoir d’arrestation et la légitimité de celle-ci. On n’a pas appris à leur obéir, mais peut-être que plus la population sera habituée à voir des agent[·e·s] de sécurité dans l’espace public, plus elle les trouvera légitime. »

Il est également important de rappeler la nature de ces deux entités, qui disposent de logiques d’intervention diamétralement opposées. La légitimité et l’autorité dont jouit le corps policier auprès de la population est due au fait que la police prétend agir au service du bien commun, protéger et servir les citoyen·ne·s à tout prix. Les agent·e·s de sécurité privée, obéissant à l’unique volonté de leur employeur, ne sont pas soumis·e·s à ce serment, et ne sont pas en voie de le devenir. Une telle intégration du secteur privé dans l’espace public sera simplement pour des raisons éthiques, ce qui sera très difficile : en effet, comment développer de la confiance envers une force qui ne prétend même pas agir dans notre intérêt? 

Des inquiétudes quant à la sécurisation des données personnelles des voyageur·euse·s, controlé·e·s par les agent·e·s de GardaWorld à leur retour au Canada, ont également émergé dans l’article de Radio-Canada et rappelle un défi crucial dans les partenariats entre les pouvoirs publics et les sociétés privées aux yeux de Massimiliano Mulone. « Un des enjeux fondamentaux, c’est le partage de l’information. Car il est régi par plein de lois qui font qu’on ne peut pas partager n’importe quoi. Par exemple, une institution bancaire ne peut pas transmettre toutes les informations dont elle dispose à la police simplement parce que celle-ci lui demande », explique-t-il.

Il existe d’autres obstacles à la sous-traitance absolue. Effectivement, quelques fâcheuses expériences ont terni la crédibilité du secteur privé, comme le fiasco des Jeux olympiques de Londres en 2012[vii], pour lesquels la société britannique G4S, employant 660 000 salarié·e·s dans le monde, avait obtenu la gestion de la sécurité. L’entreprise avait alors été incapable de rassembler les 10 400 gardien·ne·s qu’elle s’était engagée à fournir, ce qui avait forcé le gouvernement britannique à mobiliser l’armée en catastrophe, quelques jours à peine avant l’événement. 

Que faut-il penser de ce phénomène? Il est certain que les pratiques actuelles en matière de sécurité publiques gagneraient à être analysées à l’aune de ces considérations, qui mettent en lumière certains des paradoxes les plus criants de nos sociétés de plus en plus surveillées. Il n’est jamais trop tôt pour s’interroger sur les risques liés à la sous-traitance et à l’effritement de cette frontière nécessaire entre le domaine public et le domaine privé, surtout lorsqu’il s’agit de défendre le droit d’accéder sans crainte à des espaces publics.

crédit photo : flickr:/futureatlas.com


[i] Pierre-Paul Biron, « Secteur de la santé: le recours au privé explose avec la pandémie », Le Journal de Montréal, 5 août 2021, https://www.journaldemontreal.com/2021/08/05/le-prive-plus-present-que-jamais

[ii] Nicolas Lachance et Charles Mathieu, « Des millions de dollars à Garda sans appel d’offres », Le Journal de Montréal, 21 août 2021, https://www.journaldemontreal.com/2021/08/21/des-millions–a-garda-sans-appel-doffres

[iii] Sarah Molkou, « GardaWorld mandatée par le fédéral pour faire respecter la quarantaine des voyageurs », Radio-Canada, 12 Février 2021, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1770226/quarantaine-voyageurs-gardaworld-sq-federal-canada-amendes

[iv] Rawlins Pace William, Kwon Sung-Wook, « Vers la privatisation des services de police : efficacité, imputabilité et décisions des tribunaux », Revue Internationale des Sciences Administratives, 2016/3 (Vol. 82), p. 613-631. DOI : 10.3917/risa.823.0613. URL : https://www.cairn.info/revue-internationale-des-sciences-administratives-2016-3-page-613.htm

[v]Site du Service de police de la Ville de Montréal, https://spvm.qc.ca/fr/Pages/Decouvrir-le-SPVM/Qui-fait-quoi/Module-Services-affaires

[vi] Gouvernement du Canada, Le recours aux services de sécurité privés pour assurer le maintien de l’ordre, 

[vii] Béatrice Debut, « Fiasco de la sécurité: le patron de G4S se répand en excuses », Agence France-Presse, dans La Presse, 17 juillet 2012, https://www.lapresse.ca/sports/londres-2012/201207/17/01-4556457-fiasco-de-la-securite-le-patron-de-g4s-se-repand-en-excuses.php

Le sport féminin évolue mais reste précaire

Le sport féminin évolue mais reste précaire

Le portrait de la place des femmes dans le sport et la possibilité de vivre de sa passion, pour les athlètes féminines affiche toujours une tendance inquiétante. Cependant, des débats se déroulent de plus en plus souvent dans la sphère publique et des organismes tentent de faire changer les choses. 

La situation des femmes dans le sport est préoccupante du point de vue de leur place dans les fédérations sportives. Des statistiques d’une étude la Chaire Claire-Bonenfant illustrent le manque de représentation de la population sportive féminine au poste de présidente ou à l’intérieur des conseils d’administration. Selon une étude de la Chaire Claire-Bonenfant, seulement 19 % des fédérations sportives au Québec avaient des femmes à leur tête. La représentation féminine au sein des conseils d’administration des fédérations sportives n’est guère plus reluisante, alors que 22 % des individus au sein de ces comités sont des femmes.[i]

Un phénomène d’abandon 

Les déboires du sport féminin ne se limitent pas au Québec, une étude de l’organisation Femmes et Sport au Canada (Canadian Women and Sport) a illustré qu’une fille sur trois âgée de 6 à 18 ans décidera d’abandonner la pratique du sport.[ii]

Le tout a commencé à l’âge de 10 ans alors qu’elle a fait la transition de la ringuette au hockey. 

Tout au long de son parcours, Mélodie a eu la chance de pratiquer son sport avec des garçons et des filles. Elle a décidé de prendre sa retraite du hockey professionnel après cinq saisons avec les Gee-Gees (ou Gris et Grenat) de l’Université d’Ottawa pour se concentrer sur sa carrière professionnelle et de se rapprocher de sa famille [iii].

Le sport féminin est sur la bonne voie 

L’ancienne Gee-Gees estime que le développement du sport connait une bonne progression, mais qu’il reste encore beaucoup de chemin à faire. Elle pense qu’il est « définitivement possible » pour une athlète de vivre de son sport au Québec. 

Elle a le souhait de voir le hockey féminin prospérer et devenir un moyen de vivre confortablement sa vie pour les sportives de la province : « C’est quelque chose j’aime penser qui pourrait se réaliser dans  le hockey féminin. C’est d’ailleurs sur la bonne voie avec la PWHPA (Professional Woman Hockey Players Association). »  La PWHPA est une organisation à but non lucratif qui a pour but de défendre les intérêts des joueuses de hockey professionnelles[iv].

Bruno Vachon, président par intérim d’Égale Action, va dans la même voie lorsqu’il soutient que si une athlète espère vouloir vivre de sa passion pour son sport, elle devra quitter le Québec pour rejoindre d’autres ligues ou poursuivre son entrainement dans un milieu plus adapté. « Au Québec, c’est présentement très dur de vivre de son sport pour une athlète féminine. Généralement, les athlètes [féminines] qui réussissent ont un 2e emploi pour subvenir à leurs besoins. »  

Un changement qui se fait attendre

C’est dans l’espoir de faire changer les choses que l’organisation Égale Action a été fondée en 2001.

L’organisation ayant Bruno Vachon à sa présidence a comme mission de rendre le système sportif québécois équitable ainsi qu’égalitaire pour la communauté féminine. L’organisme a aussi comme but d’aiderer les filles et les femmes dans le développement de leur plein potentiel. Selon une étude parue en 2014, il y a une grande disparité entre l’attention portée aux sports féminins et  ceux de leurs confrères. Cette étude a révélé que moins de 5 % de la couverture sportive canadienne concernait des femmes.[v]

Pour la Septilienne, il y a beaucoup de changements à apporter dans la promotion des sports adressés aux filles ou aux femmes au Québec. Elle a confié qu’elle voudrait voir une égalité entre la place accordée aux sports masculin et féminin : « J’aimerais voir les sports féminins à la télévision comme ceux des hommes. » a-t-elle mentionnée lors d’une entrevue à distance. 

L’équipe de hockey des Canadiens de Montréal est le centre d’attention des médias de la province, mais Mélodie Bouchard souhaite qu’une partie de cette attention soit tournée vers des athlètes féminines de haut niveau : « Nous avons des filles comme Marie-Philip Poulin, Mélodie Daoust, Anne-Renée Desbiens [et plusieurs autres] qui sont des athlètes de haut niveau et qui jouent au niveau professionnel où le niveau de jeu est d’un calibre très élevé », a-t-elle mentionné lors d’une entrevue réalisée à distance. 

Selon M. Vachon, président par intérim d’Égale Action, la place du sport féminin au Québec a évolué dans les dernières années, mais il est nécessaire de continuer à faire avancer les choses en continuant le dialogue et à poser des actions concrètes. 

La tête dirigeante de l’organisme québécois affirme que le changement doit se produire au niveau organisationnel : « Il y a des encore des barrières intrapersonnelles (estime de soi, image corporelle), mais principalement, c’est la culture organisationnelle et les biais inconscients qui créent des barrières (support financier, discrimination, stéréotypes, préjugés, harcèlement, conciliation famille-travail, plan de développement, etc.) » a-t-il dit en entrevue avec l’Esprit libre. 

Un manque d’opportunité pour les athlètes au Québec 

Il existe un bassin de talents féminins dans le monde du sport au Québec, mais il existe un nombre limité de ligues. L’équipe de hockey féminine les Canadiennes de Montréal a vu ses rencontres interrompues au sein de la Ligue canadienne de hockey féminin [LCHF] alors que la ligue a cessé ses activités pour des raisons économiques[vi]. La ligue a expliqué l’interruption des opérations en raison du modèle d’affaire qui n’était pas rentable.  

Quoi qu’il semble difficile de subvenir à ses besoins en tant que joueuse de hockey, il est possible de se rendre dans les compétitions mondiales et ainsi avoir la chance de représenter son pays à l’international comme la québécoise Mélodie Daoust l’a fait.  

Crédit photo :  flickr:/Christos Tsoumplekas


[i] Julie Roy, Femme et sport : Encore du chemin à faire, Journal de Montréal,10 mars 2021, https://www.journaldemontreal.com/2021/03/10/femmes-et-sport–encore-du-…

[ii] Canadian Women & Sport, Les filles canadiennes abandonnent le sport selon une étude nationale, https://womenandsport.ca/fr/filles-canadiennes-abandonnent-le-sport/#:~:….

[iii] Fabrice Samedy, La fin d’une ère pour Mélodie, La Rotonde, 5 avril 2020, http://www.larotonde.ca/la-fin-pour-melodie/

[iv] Zoë Hayden, Women’s Hockey : What’s a Union? (plus, a note on our coverage), The Victory Press, 29 mai 2019 , https://victorypress.org/2019/05/29/womens-hockey-whats-a-union-plus-a-n…

[v] Sébastien St-onge, Peu de place pour le sport féminin à la télévision québécois, L’exemplaire, 18 octobre 2018, https://www.exemplaire.com.ulaval.ca/sports/peu-de-place-pour-le-sport-f…

[vi] Alexandra Piché, La ligue canadienne de hockey féminin fermera ses portes, Radio-Canada, 31 mars 2019,  https://ici.radio-canada.ca/sports/1161614/hockey-feminin-ligue-canadienne-lchf-fermeture

La dure réalité de l’industrie musicale québécoise pendant la pandémie

La dure réalité de l’industrie musicale québécoise pendant la pandémie

Par Fabrice Samedy

La pandémie de la COVID-19 a bouleversé les activités de l’industrie de la musique québécoise. Les artistes ont été contraint·e·s d’annuler leurs concerts et d’innover dans leur manière de se faire connaitre par le public. Et la pente est encore plus abrupte pour les artistes émergent·e·s de la province. 

Depuis plus d’un an, la pandémie de COVID-19 bouleverse le quotidien de la population québécoise. Du jour au lendemain, les habitudes ont été chamboulées et de larges pans de la population se sont vus contraints au travail à distance ou ont perdu leur emploi. Selon un sondage de la Guilde des musiciens et musiciennes du Québec (GMMQ), plus de la moitié des personnes (57%) pratiquant la musique de façon professionnelle a envisagé d’abandonner sa carrière ou y a déjà pensé. De plus, la moitié des répondant·e·s à ce sondage indique faire face à des problèmes financiers en lien avec la crise de la COVID-19.[i]   

C’est donc la réalité des artistes québécoi·e·s et de l’industrie musicale en entier qui a dû se transformer pour survivre. 

La vente déjà déclinante des disques a chuté encore plus avec les périodes de confinement

Selon une étude de l’Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ), le nombre d’albums physiques vendus en 2020 a baissé de 45,8 % par rapport à 2019. L’an dernier, 1,24 millions d’albums ont été vendus, en comparaison avec les 2,29 millions de copies distribuées en 2019.[ii] Il semble que la plateforme Spotify ait aussi été touchée par la crise, alors que la compagnie suédoise a annoncé avoir essuyé une perte nette trois plus importante en 2020 que l’année précédente.[iii]

Une autre complication pour l’industrie musicale de la province a consisté dans la fermeture des salles de spectacles et des bars, ainsi que dans l’annulation des festivals pendant une longue période. 

Avec cet obstacle, non seulement les artistes perdent un autre moyen de subventionner à leurs besoins, mais ils et elles perdent l’opportunité de se faire connaitre d’un plus grand public. 

Selon Dominic Trudel, président du Conseil québécois de la musique, tout le monde de la scène du jazz, du classique et du folklore québécois ressent les conséquences, mais certain·e·s plus que d’autre : 

« Toutes les difficultés que les artistes établis rencontrent en raison de la pandémie, c’est multiplié par dix pour les artistes émergents parce qu’ils ont plus de difficulté à faire leur place ». 

Les festivals sont touchés, mais pas tous

En plus de faire une croix sur les concerts, l’industrie du spectacle a été contrainte d’annuler plusieurs festivals au cours de l’été. Deux éditions d’Osheaga et d’ÎLESONIQ ont été annulées en raison de la pandémie. Les spectacles musicaux plus petits s’en sont sortis un peu mieux, mais eux ont été aussi frappés par la situation sanitaire alors que le coup d’envoi du festival de musique country Lasso Montréal a été remis à l’été 2022.[iv]

Cependant, ce ne sont pas tous les festivals qui ont été forcés de mettre la clé sous la porte temporairement. Le Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue (FME) a continué ses opérations, mais avec un modèle différent des autres années. Autre exemple, le site du FME annonce que le festival se tiendra à Rouyn-Noranda du 2 au 5 septembre, mais que Montréal aura aussi sa chance d’accueillir des artistes émergent·e·s canadien·ne·s, puisque le Festival de musique émergente de l’Avent s’est tenu du 6 au 8 août prochains.[v]

Un des changements les plus importants se trouve au niveau de la liste d’artistes qui auront l’opportunité de se produire sur scène, au moment où cette édition sera centrée sur le talent canadien. 

Ainsi, une soixantaine d’artistes du pays auront l’opportunité de dévoiler leur talent au public. 

En ce qui a trait à la gestion pratique de ces événements, les restrictions sanitaires ont forcé les organisateurs à revoir le nombre de spectateurs et de spectatrices à la baisse, en plus d’instaurer plusieurs mesures de distanciation. Magali Monderie-Larouche, directrice générale du Festival de musique émergent, s’attend à accueillir une foule d’environ 10 000 personnes pendant les trois jours d’activités. Ce nombre représente une augmentation par rapport aux 4 500 spectateurs de l’édition précédente, mais le compte est bien loin des 30 000 et plus que le festival avait l’habitude d’attirer lors des années sans COVID.  

Malgré toutes les embûches rencontrées en cours de parcours, Mme. Monderie-Larouche trouve que la scène émergente au Québec a bien tiré son épingle du jeu : « On a l’impression que les artistes n’ont pas chômé, ils (ou elles) ont vraiment travaillé sur de nouveaux projets. On est très content, on trouve que c’est vraiment foisonnant », a-t-elle mentionné dans une entrevue téléphonique avec L’Esprit libre. Cependant, la directrice générale a affirmé que l’année dernière a été très difficile pour que les créateurs ou créatrices puissent se réunir et pratiquer leur art. Afin de minimiser les dégâts, les artistes ont dû se réinventer afin de continuer leur carrière. Par exemple, les chanteur·euse·s diffusent des concerts virtuels sur les réseaux sociaux pour rester connectés avec leur public et attirer une nouvelle vague d’admirateur·trice·s.[vi]

Une perte de revenus constants pour les compagnies 

Les artistes ne sont pas les seuls à avoir subi les contrecoups de la pandémie alors que des compagnies comme PURCOM Entertainment Group ont aussi ressenti les pressions des derniers mois. Cette entreprise se spécialise dans plusieurs branches du show business comme la relation publique, la production de concerts, la conception de disques et autres.[vii]

Tandis que les choses allaient de bons trains pour la compagnie de M. Pierre-Paul Boisvert, président et fondateur de PURCOM, on notera que le 13 mars 2020 a été le début d’une période très difficile pour l’entreprise, les artistes et les employé·e·es. La pandémie a forcé la fermeture des studios d’enregistrement et l’annulation des tous les contrats en cours. M. Boisvert a affirmé que son entreprise était en pleine ascension pendant les mois qui ont précédé le début de la pandémie et que du jour au lendemain, tout a complètement été chamboulé : « Pour nous, cela a été très (très) difficile comme la plupart des entreprises, tu pars d’un chiffre d’affaires énorme à zéro », a-t-il laissé savoir dans une entrevue téléphonique. Il est encore trop tôt pour quantifier spécifiquement les pertes, mais M. Boisvert chiffrerait les pertes à plusieurs milliers de dollars par mois depuis maintenant un an. Les affaires reprennent tranquillement depuis janvier 2021. 

Une conséquence silencieuse 

Il est beaucoup question des conséquences tangibles de la pandémie sur l’industrie comme la perte de revenus ainsi que l’annulation de concerts ou de festivals, mais il faut aussi tenir compte des dommages psychologiques que les artistes et les entrepreneur·euse·s ont subi ou continuent de subir pendant ces temps incertains. Selon M. Boisvert, les derniers mois ont amené beaucoup de questionnements pour certain·e·s artistes qui travaillent à faire de leur pratique musicale une carrière à temps plein. 

L’entrepreneur avec une vingtaine d’années d’expérience ne s’est pas caché que les derniers mois n’ont pas été évidents : « J’ai eu peur. Je me suis dit : c’est incroyable, j’ai travaillé depuis vingt ans pour atteindre ce niveau-là et là un virus va tout mettre à terre en quelques heures, je n’en revenais 

pas. »  

Pour les amateurs ou amatrices du FME, la programmation pour l’édition du 2 au 5 septembre prochain est disponible sur leur site Internet. 

crédit photo : flickr/Jeanne Menjoulet


[i] Radi0-Canada, « Précarité : 57% des musiciens et musiciennes pourraient changer de métier », Radio-Canada, 31 octobre 2020(mis a jour le 2 novembre 2020),https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1745981/musiciens-pandemie-precarit…

[ii] Philippe Rezzonico, « La pandémie fait plonger encore davantage les ventes de disques », Radio-Canada,28 janvier 2021, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1766492/chute-ventes-disques-quebec…

[iii] Agence France-Presse, « Spotify triple sa perte en 2020, mais compte toujours plus d’abonnés », La Presse, 3 février 2021,https://www.lapresse.ca/affaires/entreprises/2021-02-03/spotify-triple-s…

[iv] Radio-Canada, « Les festivals Osheaga, ÎLESONIQ et Lasso Montréal annulés cette année », Radio-Canada, 22 avril 2021,  https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1786965/annulation-festivals-osheaga-ile-soniq-lasso-montreal-2021

[v] FME, « FME de l’Avent », consulté le 30 juillet 2021, https://www.fmeat.org/avent/

[vi],  Cecile Gladel, « COVID-19 : 10 prestations musicales à découvrir en direct (ou non) ) sur le web », Radio-Canada, 24 mars 2020, https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1685338/covid-19-10-prestations-mus…

[vii] Purcom Entertainment Group, « Profil », Consulté le 25 aout 2021, https://purcomgroup.com/?fbclid=IwAR0wNl2LXjMzieYeMeDqZbJ9P1zUx4N3hmDMbb…

Les universités en région : un impact sur plusieurs fronts

Les universités en région : un impact sur plusieurs fronts

Ce ne sont pas toutes les villes qui offrent la possibilité d’avoir une université située à proximité du centre-ville, ou dans sa région. Cependant, lorsqu’une ville en dehors des grandes métropoles se dote d’un établissement d’éducation supérieure, il semblerait que ce coin de pays subira un impact important. 

D’un point de vue économique, l’implantation d’une université dans une ville éloignée des grands centres, comme Montréal ou Québec, peut rapporter un montant non négligeable de revenus dans les coffres de la ville et des entreprises locales. Si l’on se fie aux données de la Chambre de commerce et d’industrie de Sherbrooke, les retombées locales engendrées par l’université et les dépenses de ses étudiant.e.s seraient estimées à 855,3 millions de dollars en 2019. 

De ce chiffre, 704,5 millions de dollars provenaient des activités économiques de l’université elle-même, mais ce montant est complété par les 150,8 millions de dollars dépensés par les étudiant.e.s.[i]

De plus, le fait d’avoir une institution qui forme la génération de demain dans plusieurs domaines représente un atout important pour les entreprises de la région. À Sherbrooke, ce sont en effet plusieurs dizaines de milliers d’étudiant·e·s qui fréquentent les huit facultés de l’université, ce qui représente autant de candidat·e·s potentiels pour les compagnies locales qui chercheraient à recruter dans les prochaines années. 

Il y a maintenant cinq ans, l’UdeS a fondé le groupe de partenariat d’affaire, qui a pour but d’aider les entreprises à trouver le chercheur idéal ou la chercheuse idéale, afin d’obtenir le financement nécessaire pour relever les défis en innovation. Depuis la création de ce programme jusqu’en 2019, ce sont 850 entreprises qui ont eu recours à l’expertise de l’université.[ii]

Jusqu’à présent, l’exemple de l’université de Sherbrooke a permis de démontrer que le fait d’avoir une université dans sa ville engendre un impact considérable sur l’économie de la ville, mais celui-ci ne se limite pas uniquement à des avantages économiques. Les universités en région ont aussi un très grand impact sur l’innovation, alors qu’elles favorisent l’épanouissement de projets. 

Une créatrice d’innovation

Frédéric Laurin, professeur d’économie à l’École de gestion de l’Université du Québec à Trois-Rivières, affirme qu’une université comme l’UQTR a aussi un impact au niveau du développement régional et de l’innovation, en plus de produire un impact sur l’économie d’une région située en dehors des grands centres. Par exemple, il se souvient avec joie du moment ou un de ses collègues a aidé une étudiante à trouver une façon de réutiliser le sable qui est répandu sur le sol pendant les mois de gel. Dans des cas comme celui-là, les impacts positifs se font ressentir parmi tous les joueurs impliqués : « Pour la ville, ça ne coûte [presque] rien, c’est le travail d’étude d’un étudiant qui est crédité ; pour le professeur, ça permet de mieux comprendre son domaine de recherche et pour la ville, c’est une belle contribution », dit-il en entrevue avec l’Esprit libre.[iii]   

La recherche dans les universités peut avoir un impact sur la vie quotidienne d’une région ou d’une localité, mais aussi sur la province dans son ensemble. Des inventions comme une batterie au lithium solide capable de fonctionner à température ambiante, ont été développé à l’université de Sherbrooke et ont le potentiel de faciliter la vie d’une grande quantité [KK1] de personnes en-dehors des murs d’une institution consacrée à l’enseignement supérieur.[iv]

Diffusion du savoir

Si la vocation première d’une université est d’éduquer et de former les générations futures dans leur domaine, ces établissements ont aussi des impacts sur l’accès à de l’information de qualité de la part de la population. Les études des chaires de recherche associées avec des universités comme la Chaire Claire-Bonenfant et l’Université Laval sont fréquemment citées dans les médias. Avec la diffusion de ces rapports ou de ces études dans les médias, la diffusion du savoir s’effectue à grande échelle et l’absence du travail universitaire constituerait un obstacle important dans la quête du savoir. 

Cependant, dans certains cas, le choix de poursuivre ses études dans une autre région représente une expérience plus que positive, qui peut même s’avérer nécessaire pour parfaire son parcours académique. 

Ce fut le cas de William Subranni, qui a décidé de joindre les rangs de l’Université Bishop.  

Le pouvoir de la communauté

William est un ancien étudiant en comptabilité et un joueur de football qui a décidé de suivre un programme à l’Université Bishop de janvier 2017 à mai 2021. L’ancien joueur des Gaiters de Bishop a décidé de s’inscrire dans cet établissement d’études supérieures, car il voulait avoir l’opportunité de continuer sa carrière d’athlète en même temps qu’il complèterait le programme qu’il avait à cœur de suivre. 

Cet athlète récemment diplômé a trouvé son passage à l’Université Bishop fantastique : « La communauté était très serrée, je rencontrais des gens que je connaissais lorsque j’allais à l’épicerie ou lorsque j’allais m’entraîner, ce qui rendait le tout agréable puisque je ne connaissais personne quand je suis arrivé » révèle-t-il dans un entretien pour l’Esprit libre. 

Comme à la maison

M. William Subranni ne s’est pas senti déstabilisé pendant la transition qui l’a amené à quitter son domicile familial pour suivre des études à l’université. Dans son cas, ce passage s’est fait plus facilement que s’il avait dû quitter sa région natale à la faveur d’une grande métropole. Il a effectivement trouvé plusieurs bienfaits à la vie dans une plus petite ville, comme le fait de ne pas avoir à se soucier du trafic routier, ni de la difficulté à laquelle il se serait heurté à trouver du stationnement dans une ville comme Montréal. 

L’athlète a aussi beaucoup apprécié la proximité qu’il avait avec d’autres étudiant·e·s, car c’est ainsi qu’il a trouvé de la motivation nécessaire pour accomplir ses tâches : 

« Le fait d’habiter près [de tout le monde] et de partager les mêmes buts que les personnes que je côtoyais rendait [le] tout plus intense, puisque nous nous motivions toujours à dépasser nos limites personnelles, autant comme athlète que comme étudiant » – William Subranni   

Le fait de vivre dans un coin de pays plus reculé a aussi eu des effets sur les activités de William en dehors de l’école, car la proximité dont il bénéficiait avec les autres étudiant.e.s rendait ses fins de semaine plus agréables, parce que des activités et des fêtes avaient souvent lieu un peu partout sur le campus. 

Finalement, l’éducation a été différente à l’Université Bishop qu’elle ne l’aurait été dans une université plus grande, car les cohortes d’étudiant·e·s étaient plus restreintes. Selon son expérience, les classes de William comptaient environ une trentaine d’étudiant·e·s, ce qui rendait l’expérience d’enseignement plus personnelle. Les professeur·e·s connaissaient les noms de tous leurs étudiant·e·s, et ils ou elles étaient toujours accessibles pour discuter.[v]

Au final, les universités régionales ont des impacts économiques considérables, car elles permettent une circulation importante de capitaux au sein des communautés locales. Il y a ensuite la chance de puiser dans l’expertise de la communauté universitaire à prendre en considération. Dans le même ordre d’idées, la communauté universitaire permet de favoriser l’innovation en faisant venir des chercheur·euse·s compétent·e·s dans la ville qui héberge l’établissement d’études supérieures qui a embauché ces travailleur·euse·s qualifié·e·s, en plus de faire circuler le savoir académique à l’extérieur des murs de l’institution avec la publication régulière d’études auxquelles le grand public a accès à travers les médias. 

Ces retombées positives se font aussi ressentir au sein de la communauté étudiante, comme cela a été avec le cas de William, si l’on tient compte du plaisir qu’il a ressenti pendant ses études, où il a eu la possibilité de consolider ses deux passions au sein d’un même environnement, dans une ambiance bon enfant qui lui a rappelé son chez-soi. 

crédit photo : flickr/Camille Stromboni


[i] Chambre de commerce et industrie de Sherbrooke, Impact économique de l’Université de Sherbrooke (consulté le 21 aout 2021).

[ii] Louise Bourgault, propos recueillis par Fabrice Samedy le 20 aout 2021.

[iii] Frédéric Laurin, propos recueillis par Fabrice Samedy le 20 aout 2021

[iv] Radio-Canada, « Une batterie au lithium solide développée à l’Université de Sherbrooke », Radio-Canada,18 aout 2021. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1817442/pile-voitures-electriques-recherche-universitaire

[v] William Subranni, propos recueillis par Fabrice Samedy le 22 aout 2021.


 [KK1]Suggestion : « d’un grand nombre de personnes »