De la démocratie au Moyen-Orient : aux origines de la révolte des Kurdes syrien-ne-s (1/2)

De la démocratie au Moyen-Orient : aux origines de la révolte des Kurdes syrien-ne-s (1/2)

Les Kurdes sont éparpillé×e×s dans près d’une dizaine de pays au Moyen-Orient, sans compter la diaspora dispersée ailleurs dans le monde. L’initiative entreprise par les révolutionnaires syrien×ne×s du Kurdistan a pour but de combler le vide engendré par l’affaissement du gouvernement central de la Syrie, alors que le pays est plongé dans la guerre civile. Pour pallier l’échec du projet étatique, les militant×e×s kurdes ont donc dû mettre sur pied leurs propres initiatives. Dans ce premier article sur la révolution au Rojava, nous présenterons les conditions socio-historiques et les circonstances ponctuelles qui ont préparé l’émergence du gouvernement autonome créé par le PYD, un vaste projet anti-autoritaire.

Les États-Unis ont soutenu le régime de Saddam Hussein et ont indirectement aidé le tyran de Bagdad à perpétrer le génocide de Halabja contre les Kurdes[1]. L’Union soviétique a, quant à elle, offert son soutien au régime des Assad, qui a également mené des politiques qui défavorisaient les Kurdes en son territoire. En effet, l’État avait mis en place, entre autres, des politiques d’arabisation et de colonisation interne afin de consolider l’« identité arabe »[2]. Dans les deux cas, ces pétrocraties ont adopté un modèle développementaliste aux hydrocarbures soutenu par une dictature militaire qui assurait le contrôle sur la population par une économie centralisée et une police secrète brutale[3].En Syrie, à l’occasion du printemps arabe, des milliers de syrien×ne×s se sont soulevé×e×s contre la dictature de Bachar Al-Assad. Le président avait alors envoyé les soldats pour mener une intervention musclée. Une partie de l’armée a alors déserté, après avoir refusé d’obéir aux ordres de tirer sur la foule. En dépit d’un certain nombre de déserteurs et déserteuses, des milliers de manifestant×e×s ont perdu la vie. Ces déserteurs et déserteuses ont formé l’Armée syrienne libre[4]. D’autres groupes qui se réclamaient d’une idéologie islamique ont profité de la situation pour prendre possession de lambeaux du territoire syrien déchiré. Dans un de ses textes, le sociologue syrien Yasser Munif, professeur au collège Emerson de Boston, a expliqué ce qu’il appelle « l’économie politique du pain [5] ». Il explique comment le régime d’Hafez Al-Assad avait assujetti la population syrienne au moyen d’une économie agroalimentaire centralisée et comment les militant×e×s révolutionnaires ont tenté de s’en affranchir. Pour les Kurdes, les circonstances qui ont entouré le printemps arabe se sont avérées propices à la mise en pratique d’un autre modèle de développement.

La révolution au Rojava

La révolution au Rojava, région désormais autonome au nord de la Syrie, s’inscrit dans une approche de développement communautaire parce qu’elle émane du bas vers le haut, en réponse à la situation du Kurdistan syrien post-printemps arabe, mais aussi devant l’échec désopilant du projet étatique syrien[6]. Uni×e×s non seulement par un sentiment d’appartenance à l’ethnie kurde, mais à toutes les minorités exclues et opprimées, les militant×e×s de cette région ont mis en application un mode de gestion participatif et horizontal[7]. Des initiatives solidaires innovantes ont ainsi pullulé au Kurdistan, lui permettant d’acquérir son autonomie politique. Le professeur Yasser Munif a d’ailleurs décrit comment l’État syrien, même après la révolution et la libération du territoire kurde, avait continué de payer les employé×e×s de ses moulins à grains afin de maintenir le contrôle sur la population. Voyant que cela ne fonctionnait guère, l’armée syrienne s’est mise à bombarder les files d’attente devant les boulangeries d’État pour couper les vivres aux rebelles. Plus tard, les communautés insurgées ont pris le contrôle des moulins pour « décontextualiser » et « déterritorialiser »[8] leur lutte contre l’économie politique du pain imposée par l’État syrien et auto-organiser leur propre initiative de développement. Yasser Munif a également décrit comment, par la suite, des groupes armés « islamistes » ont tenté de prendre possession de ces moulins pour se munir d’une certaine influence sur la population locale. Depuis lors, le territoire a été disputé entre les forces kurdes et les milices des différents mouvements d’inspiration religieuse. À l’instar de ces moulins, la révolution en Syrie et ailleurs dans le monde arabe a subi des tentatives de prise en otage par des mouvements « théofascistes »[9].

CRÉDIT PHOTO: Alberto Hugo Rojas

[1]Zunes, S. (26 octobre 2007). The United States and the Kurds: A Brief History. Récupéré sur Common Dreams : Breaking News & Views for the Progressive Community : http://www.commondreams.org/views/2007/10/26/united-states-and-kurds-bri…

[2]Sharnoff, M. (2009). The Syria-Soviet Alliance. Récupéré sur Jewish Policy Center : https://www.jewishpolicycenter.org/2009/02/28/the-syria-soviet-alliance/

[3]Cemgil, C., & Hoffmann, C. (2016). The ‘Rojava Revolution’ in Syrian Kurdistan: A Model of Development for the Middle East? Institute of Development Studies Bulletin. Doi : 10.19088/1968-2016.144

[4]Harress, C. (1er octobre 2015). What Is The Free Syrian Army? Russia Targets CIA-Trained Rebels Opposed To Assad Regime. Récupéré sur International Business Times : http://www.ibtimes.com/what-free-syrian-army-russia-targets-cia-trained-…

                O’Bagy, E. (2013). MIDDLE EAST SECURITY REPORT 9 : The Free Syrian Army. Washington D.C. : Institute for the Study of War.

[5]Munif, Y. (2015). The Geography of Bread and an Invisible Revolution. Emerson College, Boston : Manuscrit non publié.

[6]Charbonneau, J. (1998). Lien social et communauté locale : quelques questions préalables. Lien social et Politiques, 115-126.

[7]Dionne, H., Klein, J.-L., & Tremblay, P.-A. (1997). L’action collective et l’idéal communautaire : bases territoriales d’un nouveau type de mouvement social? Dans Collectif, Au-delà du néolibéralisme. (pp. 44-46). Sainte-Foy, Québec: Presses de l’Université du Québec.

[8]Deleuze, G., & Guattari, F. (1972). Capitalisme et schizophrénie. Paris: Éditions de minuit.

                Paquette, J., & Lacassagne, A. (2013). Subterranean subalterns: Territorialisation, deterritorialisation, and the aesthetics of mining. Culture and Organization, 242-260.

[9]Bey, H. (2004). Jihad Revisited. Récupéré sur The Anarchist Library : https://theanarchistlibrary.org/library/hakim-bey-jihad-revisited

Le phénomène Macron

Le phénomène Macron

Par Jacques Simon

Cette élection présidentielle n’aura été qu’un enchaînement ininterrompu de surprises et de revirements de situation. Si une personne incarne le caractère imprévisible du monde politique français actuel, c’est Emmanuel Macron. Encore inconnu du grand public il y a trois ans, il est aujourd’hui président de la République française. Du privé à l’arrière-plan gouvernemental, de l’arrière-plan gouvernemental à un ministère, d’un ministère à la tête des sondages, et de la tête des sondages à l’Élysée, Emmanuel Macron est passé partout, sans y avoir vraiment été.

Cette ascension fulgurante vers le haut de la scène politique nationale ne s’est d’ailleurs pas faite sans accrocs, à droite comme à gauche. Macron fait partie de ces nouveaux politicien·ne·s qui sortent du privé pour tenter de secourir une sphère politique en crise. À ce titre, on peut le comparer à Donald Trump, à Beppe Grillo, ou encore à Pablo Iglesias, qui sont tous de récents arrivés dans la scène politique et qui rassemblent de larges foules de convaincu·e·s. Qui est donc ce benjamin de la présidentielle française, et qu’a-t-il proposé pour convaincre tant de monde?

L’homme

Malgré l’apparence d’outsider qu’il a su cultiver, Emmanuel Macron a connu le parcours d’un membre de l’élite de la société française.

Né le 21 décembre 1977 à Amiens dans une famille relativement aisée, il a commencé son éducation chez les Jésuites avant d’aller au Lycée Henri-IV de Paris – un établissement considéré comme le meilleur du pays. En 2001, il est diplômé de Science Po Paris, un établissement de renommée mondiale, après avoir suivi une formation de philosophie. Spécialisé dans la pensée de Machiavel, il a écrit une thèse sur la philosophie hégélienne du droit et a été l’assistant de Paul Ricœur, un philosophe connu en France. En 2004, il est diplômé de l’École Normale d’Administration (ÉNA), l’institution qui forme l’élite bureaucratique française et où sont passés quasiment tous les présidents [1].

Pour son premier emploi, il est inspecteur des finances à l’Inspection générale des finances, organe du gouvernement qui veille à la bonne utilisation des deniers publics. Assistant en 2004, il est promu en octobre 2005, et gravit les échelons pour se retrouver chef de son département en juin 2007.

En 2008, il accepte un poste à la banque d’investissement Rothschild. Malgré le fait qu’il n’arrive que dix jours avant que Lehman Brothers fasse faillite, il sait se démarquer assez pour se faire surnommer le « Mozart de la finance » [2]. Dans ce cadre, il s’occupe d’importantes transactions, si bien que ses bénéfices lui permettront, selon ses propres dires, d’être « à l’abri du besoin jusqu’à la fin de ses jours » [3].

Par le biais de l’économiste Jacques Attali, il rencontre un certain François Hollande. Celui-ci, qui sera élu président en 2012, lui propose de faire partie de son équipe gouvernementale. Macron accepte, et rentre à l’Élysée comme conseiller du nouveau président [4].

En août 2014, Hollande et Manuel Valls concrétisent leur tournant libéral, et font sortir du gouvernement trois ministres, dont Benoît Hamon et Arnaud Montebourg, le ministre de l’économie. Pour remplir le poste, l’équipe exécutive opte pour le renouveau. De leur poche, ils sortent un jeune homme ambitieux et inconnu du grand public : Emmanuel Macron prend poste dans un des ministères les plus importants.

Aux yeux des ténors du gouvernement, le bilan est mitigé. D’un côté Macron incarne parfaitement la nouvelle politique gouvernementale. Il signe de son nom un projet de loi [5] qui est pour le moins controversé. Parmi les propositions, la plus polémique concerne la légalisation partielle du travail le dimanche, jour traditionnellement consacré à la famille et aux loisirs en France. Hormis cela, la « loi Macron » envisageait de limiter les indemnités que touchent les travailleurs et travailleuses licencié·e·s [6], et a mis un terme au bonus que touchaient les entreprises qui avaient augmenté les salaires après deux ans de revenus positifs.

D’un autre côté, Macron se fait connaître comme l’électron libre du gouvernement, un trait qui déplait fortement à ses collègues. En août 2014, il se prononce contre les 35 heures hebdomadaires – une des politiques les plus fièrement revendiquées par la gauche française –, en janvier 2015 il explique que les entrepreneur·e·s ont la vie plus dure que les travailleurs et travailleuses, et en mai 2015 il lance à des manifestant·e·s en colère que la meilleure façon de se payer un costard est de bosser [7]. À tort ou à raison, Emmanuel Macron a passé son temps au gouvernement à faire polémique.

Le 6 avril 2016, le ministre de l’économie commence à se retourner contre l’équipe gouvernementale. En déplacement à Amiens, il lance son mouvement appelé « En Marche ! ». Cette formation, qui se veut « ni de droite, ni de gauche », cristallise les ambitions personnelles de Macron. Visiblement peu intéressé à faire retomber la tension entre lui et le gouvernement, il fait son premier meeting officiel le 12 juillet, soit deux jours avant que François Hollande ne soit interviewé pour la dernière fois dans le cadre des célébrations du 14 juillet. Et puis, le 30 août, un jour avant la rentrée, Emmanuel Macron démissionne.

C’est un peu plus de deux mois plus tard, le 16 novembre 2016, qu’il officialise sa candidature pour la présidence de la République. Depuis lors, Macron n’a qu’un objectif : siphonner les électeurs et électrices de la droite et de la gauche modérées, afin de se faire un nid au centre du spectre politique. C’est pari gagné.

Aidé par le fait que le Parti socialiste et les Républicains ont des candidat·e·s assez éloigné·e·s du centre, Macron a reçu le soutien de plusieurs cadres des deux partis, y compris d’un ministre en fonction. En plus des politicien·ne·s de renommée, Macron a su créer une réelle dynamique populaire. Des personnes de tous les horizons se sont impliquées corps et âme pour faire vivre son nouveau mouvement et le porter jusqu’à l’Élysée.

Le 23 avril dernier, à 20h heure de Paris, les résultats tombent. C’est la fin d’un mois de course électorale acharnée comme elle l’a rarement été. Elle a été emplie de scandales, de retournements de situation, et, surtout, s’est soldée par une course à quatre candidat·e·s qui étaient tou·te·s dans la marge d’erreur pour arriver au second tour. Finalement, Emmanuel Macron, arrivé en tête avec 24 %, affronte Marine Le Pen et ses 21 % en finale pour le deuxième tour [8]. L’humeur est partagée. Entre résignation et détresse, la plupart des Français·es se préparent à devoir voter pour un·e candidat·e dont ils et elles n’avait pas voulu.

La situation n’est pas inédite cependant. Il y a 15 ans, le 21 avril 2002, la France avait fait face à quelque chose de semblable : Jean-Marie Le Pen, le père de Marine, était arrivé au second tour face à Jacques Chirac du RPR (ancêtre de Les Républicains). Si à l’époque un front républicain s’était formé et avait mené, après deux semaines de manifestations et de rassemblements, à une victoire de 83 % [9] pour le candidat de droite modérée, le soulèvement populaire a été bien moindre cette fois-ci.

Entre les 23 avril et 7 mai 2017, les Français·es étaient moroses. Hormis celles et ceux qui avaient voté pour les deux finalistes, beaucoup peinaient à se convaincre d’aller aux urnes. Dans le camp Mélenchon, la gauche de la gauche, un sondage sur la plateforme internet de la campagne a révélé que l’électorat se divisait en trois parties quasi égales : un tiers voterait Macron, un autre s’abstiendrait, et un troisième voterait blanc (l’option « voter Le Pen » n’était pas proposée) [10]. Usé·e·s par la politique défensive, les Français·es semblaient peu motivé·e·s à faire barrage au Front National.

Pourtant, c’est avec 66,1 % qu’Emmanuel Macron a été élu président de la République Française le 7 mai 2017 [11]. Ce score, bien en deçà de celui obtenu par Chirac en son temps, est toutefois signe que le Front National continue à se heurter à un plafond de verre [12].

Bien que l’abstention se soit élevée à 25,44 % des inscrit·e·s et que 11,5 % des votes sont blancs ou nuls [13] (des taux jamais vus depuis 1969, quand le Parti Communiste Français, très influant à l’époque, avait appelé à s’abstenir devant les deux candidats de droite modérée qualifiés au second tour), Macron a bel et bien gagné l’élection présidentielle française.

Comment est-ce qu’un candidat avec si peu d’expérience politique a-t-il pu toucher tant de personnes? Que propose-t-il?

Économie

La vision d’Emmanuel Macron est surtout économique. Ayant occupé le ministère du même nom et issu du milieu des finances, sa grille de lecture est orientée dans ce sens. Pour lui, le mal principal de la France est la rigidité de son marché qui l’empêche de s’appliquer au particulier. Son analyse est avant tout pragmatique : les acquis sociaux ne sont pas mauvais en soi, mais ils alimentent l’antagonisme qui existe déjà naturellement dans le monde du travail. Macron aimerait libéraliser le code du travail afin que les relations employeurs et employeuses/employé·e·s soient façonnées par le dialogue et non par la lutte. Le projet est donc de créer un environnement dans lequel on peut « bien vivre de son travail et [où on peut] inventer de nouvelles protections » [14].

Pour ce faire, il faut amputer à la social-démocratie française un certain nombre de ses éléments. Macron prône donc la réduction des charges des entrepreneurs et entrepreneuses et la suppression du Régime social des indépendants (RSI), organisme qui protège les travailleurs et travailleuses indépendant·e·s [15]. Il souhaite aussi réduire les cotisations sociales payées par les employeurs et employeuses pour « réduire le coût du travail » [16] ainsi qu’exonérer les cotisations sur les heures supplémentaires.

La vision Macron n’est pas, à strictement parler, identique à celle de la droite libérale classique. Le souhait n’est pas de faciliter l’accumulation de capital dans les mains d’une élite en supposant qu’un surplus découlera sur la société. Plutôt, l’idée est de créer un rapport amical entre les individus qui se côtoient sur le marché du travail, afin que ces derniers puissent bâtir ensemble les règles qui encadrent leurs interactions.

Le meilleur exemple est son souhait de « redéfinir le dialogue social » [17]. Concrètement, cela implique de réduire les lois dans le code du travail et de faciliter l’adaptation du salaire, du temps de travail – des négociations en général – pour qu’elles soient adaptées au contexte spécifique de leur application : « par exemple, les horaires effectifs, où l’organisation du travail seront négociés au plus près du terrain [18]. »

Les travailleuses et travailleurs ne doivent pas être dépendant·e·s de l’État pour leur survie. Celui-ci doit être en effet conçu comme un filet de secours, une institution qui aide les plus défavorisé·e·s, sans toutefois engendrer l’assistanat. Les agriculteurs et agricultrices, par exemple, bénéficieront d’un investissement de cinq milliards d’euros ayant pour but « qu’ils [et elles] vivent de leur travail, plutôt que des aides publiques » [19].

Donner aux individus la capacité de vivre indépendamment des aides publiques passe aussi par l’éducation spécialisée. Dans ce sens, Macron promet la formation d’un million de jeunes et d’un million de demandeurs et demandeuses d’emploi peu ou pas qualifié·e·s pour qu’elles et ils puissent mieux intégrer le marché du travail. En général, il appelle à un « effort massif pour l’apprentissage » [20].

Société

Le côté « ni droite ni gauche », se ressent aussi dans le volet sociétal du programme de Macron. Y sont présents l’intérêt pour la sécurité et les forces de l’ordre de la droite en même temps que les valeurs libérales chères à la gauche.

« La sécurité est la première de nos libertés » explique-t-il, et celle-ci passe par la police à en croire son programme [21]. En effet, il souhaite augmenter les effectifs policiers de 10 000 places, créer une « police de la sécurité quotidienne » chargée de « protéger et d’entreprendre », punir les « incivilités » (harcèlement des femmes, insultes, et… crachats) à l’aide « d’amendes immédiates et dissuasives », construire 15 000 nouvelles places de prison, ou encore, créer un « état-major permanent des opérations de sécurité intérieure, de renseignement et de lutte contre le terrorisme » [22].

Cette analyse stricte se retrouve aussi dans le volet « justice » de son programme. Là, il est question de s’assurer que toutes les peines soient exécutées et de limiter le phénomène d’aménagement des peines (proposer aux personnes sanctionnées de travailler, de suivre une formation, etc.). Cependant, la particularité de Macron est de faire cohabiter ce genre de propositions traditionnellement issues de la droite dure avec des mesures progressistes.

Son programme culturel, par exemple, va dans le sens de la démocratisation. Les bibliothèques seront ouvertes le soir et les week-ends, l’apprentissage d’une deuxième langue sera encouragée à l’école, et les jeunes recevront un « passe culture » de 500 euros pour leurs 18 ans. Les mêmes genres d’investissements se retrouvent dans le secteur de la santé, où il souhaite que l’État prenne en charge l’intégralité des frais liés aux lunettes et aux prothèses auditives et dentaires [23]. Macron est aussi favorable à la légalisation de la PMA (procréation médicalement assistée, ndlr) pour les femmes seules et les couples de lesbiennes, mais pas à la GPA (gestation pour autrui, ndlr) [24].

Relations internationales

Pour ce qui est des relations internationales, Macron est résolument Européen. Des quatre principaux candidats et candidate à la présidentielle, c’est le seul qui souhaite approfondir l’unité entre les pays membres, et accroître drastiquement leur interconnectivité.

En termes de nouveaux projets, Macron propose la création de deux nouveaux marchés uniques : celui du numérique et celui de l’énergie. Si le premier aura pour but de « financer le développement des startups européennes », le second aidera à transiter vers l’écologie, notamment en « fixant un prix plancher du carbone » [25]. Le tout sera encadré par un « Buy European Act » qui restreindra l’accès aux marchés uniques aux entreprises qui produisent au moins la moitié de leurs biens au sein de l’Union.

Pour Macron, l’Europe doit aussi être un organisme qui oriente et protège les politiques nationales. Pour ce faire, il souhaite voir apparaître un budget de la zone euro, voté par le parlement et mis en œuvre par un·e ministre de l’Économie et des Finances de la zone euro [26]. L’Europe doit assurer l’exemplarité de ses membres, notamment en combattant les évasions fiscales d’un pays à un autre.

L’Union sera aussi dotée d’une dimension militaire et protectrice. Un « Fond européen de la défense » sera ainsi créé pour financer un armement commun et un Quartier Général européen, auquel participeront les pays volontaires. En outre, le Président souhaite créer une force de quelque 5 000 gardes frontaliers européens [27].

À ce sujet, la politique internationale hors-UE se distingue par son absence. Mise à part l’augmentation des moyens de l’armée (avec tout de même de réelles propositions quant à l’utilisation des nouveaux fonds), Macron donne très peu d’indices par rapport à sa politique étrangère – une lacune étonnante étant donné la présence médiatique importante de ces sujets. Il analyse une présence de la France décroissante sur le plan mondial, une tendance qu’il souhaiterait inverser pour « défendre » les intérêts « climatiques », « économiques », et « sécuritaires » du pays [28]. Il se positionne également contre la Russie, et souhaite maintenir les sanctions existantes tant que les accords de Minsk (signés à la suite de l’invasion de la Crimée) ne seront respectés.

Génération Macron?

Sans nier ses réels atouts, il faut dire que l’élection de Macron relève d’un concours de circonstances assez imprévisible. Macron est en effet sorti d’un gouvernement historiquement impopulaire, dont le bilan était contesté – voire renié – jusqu’à l’intérieur du Parti socialiste. Ajoutez à cela un ras-le-bol généralisé du statu quo, et vous avez une recette explosive. L’avoir repéré et avoir su sauter sur l’occasion révèle d’ailleurs la finesse de l’analyse et l’agilité politique de Macron.

À droite, c’est François Fillon qui a gagné les primaires, incarnant une rigueur économique quasi-thatchérienne ainsi que l’honnêteté des élu·e·s. Ses positions radicalement libérales ont laissé l’aile gauche de son parti sans candidat·e, et les détournements de fonds dont il a été accusé ont refroidi plus d’un·e de ses sympathisant·e·s. À gauche, c’est Benoît Hamon qui a été choisi. Celui-ci se trouve largement à l’aile gauche du PS, à tel point qu’il a essayé de faire tomber le gouvernement de Hollande. La gauche du gouvernement s’est donc aussi retrouvée non-représentée dans l’élection. 

Les partis dont sont issus ces deux candidats (le PS et les Républicains) ont, traditionnellement, englobé la majorité du spectre politique, ne laissant donc une place à de potentiel·le·s contestataires qu’à leurs extrêmes respectifs. Or, cette fois-ci, un vide s’est formé au centre, vide qu’Emmanuel Macron a su occuper. Les électeurs et électrices modéré·e·s des partis traditionnels ont en effet été réceptifs et réceptives à son discours « ni droite, ni gauche ».

Il est donc logique que sa candidature en ait attiré plus d’un·e·. Pourtant, le fait qu’il ait été élu défie toute logique. En effet, en regardant l’offre politique présente durant cette élection, il ne fait aucun doute que la candidature d’Emmanuel Macron s’inscrivait dans une continuité relative par rapport au quinquennat de François Hollande. Comment donc expliquer qu’un président dont les politiques l’ont rendu le chef de l’exécutif le plus impopulaire de la 5ème République – à tel point qu’il a renoncé à se représenter – voit aujourd’hui son héritage idéologique se faire réélire? Comment expliquer, aussi, que des politiques qui ont provoqué les plus grandes manifestations depuis 1995 soient, aujourd’hui, réintroduites à l’Élysée? Ce qui est sûr, c’est que Macron y est pour quelque chose. Il a su parler aux Français·es, et a pu créer un dialogue avec eux et elles.

Et maintenant…?

Après s’être installé à l’Élysée, Macron devra affronter des défis de taille. En effet, sa stratégie d’accepter n’importe qui dans son mouvement s’est faite au détriment d’une unité idéologique cohérente. Aujourd’hui, les appuis à Macron vont de la droite traditionnelle à un ancien secrétaire général du Parti Communiste Français et ex-candidat à la présidentielle, en passant par tous les genres de sociaux-démocrates et d’écologistes. Créer un gouvernement cohérent à partir de cela risque de relever du défi herculéen.

Ensuite, il va falloir qu’il réussisse à se démarquer de François Hollande. Si le président sortant n’a pas réussi à convaincre avec ses politiques, Emmanuel Macron va devoir effectuer un travail de communication sans fautes. En plus de ses électeurs et électrices, il va devoir convaincre ses opposant·e·s, sans quoi il y a fort à parier qu’il aura aussi affaire à des mouvements sociaux importants.

Enfin, bon nombre de ses propositions demandent une unité sociétale au sens large, voire une unité européenne dans certains cas. Étant donné les fractures profondes qui y courent en ce moment, Macron va devoir faire un travail d’union de grande envergure s’il souhaite mener à bout son projet. Théoriquement, c’est possible. Une fois confronté aux faits, il se peut qu’il soit déçu.

Aujourd’hui, avant même d’être réellement entré en fonction, Macron s’engage dans un sentier peu connu et où il jouit d’un faible soutien. Pourtant, Emmanuel Macron se voit comme un acteur important de la cinquième République. À la Charles de Gaulle, il se présente comme quelqu’un d’en dehors du système, venu sauver la politique d’elle-même. La République française connaît en effet une période difficile; la relever ne sera pas tâche facile.

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CRÉDIT PHOTO: Jeso Carneiro

1. Emmanuel Macron, « Biographie », https://en-marche.fr/emmanuel-macron , consulté le 19/04/2017.

2. Daniel Schneidermann, «Vive Macron, nouveau ministre de l’Économie ! », Nouvel Observateur, 27/08/2014, http://tempsreel.nouvelobs.com/rue89/rue89-le-915-darret-sur-images/2014… , consulté de 19/04/2017.

3. Ibid.

4. Ibid.

5.  République Française, « LOI no 2015-990 du 6 août 2015 pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques », Journal officiel de la République française, 06/08/2017, http://droit-finances.commentcamarche.net/download/start/telecharger-312… , consulté le 19/04/2017.

6. Cette proposition sera annulée par le conseil constitutionnel.

7. L’Obs, « 5 sorties d’Emmanuel Macron qui disent son mépris de classe », Le Nouvel Observateur, 30/05/2017, http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/20160530.OBS1486/5-sorties-d-em… , consulté le 19/04/2017.

8. Ministère de l’Intérieur, « Élection présidentielle 2017 », République Française, http://elections.interieur.gouv.fr/presidentielle-2017/FE.html, consulté le 12/04/2017.

9. La France Insoumise, « Résultats de la consultation sur le second tour de l’élection présidentielle », La France Insoumise, 02/05/2017, https://lafranceinsoumise.fr/2017/05/02/resultats-de-consultation-second…, consulté le 09/05/2017.

10. Ministère de l’Intérieur, « Élection présidentielle 2017 », République Française, http://elections.interieur.gouv.fr/presidentielle-2017/FE.html, consulté le 12/04/2017.

11. Jacques Simon, « Le plafond de verre du Front National », L’Esprit Libre, 30/12/2016, http://revuelespritlibre.org/le-plafond-de-verre-du-front-national, repéré le 09/05/2017.

12. Ministère de l’Intérieur, « Élection présidentielle 2017 », République Française, http://elections.interieur.gouv.fr/presidentielle-2017/FE.html, consulté le 12/04/2017.

13. Emmanuel Macron, « Programme », https://storage.googleapis.com/en-marche-fr/COMMUNICATION/Programme-Emma… , consulté le 19/04/2017.

14. Ibid.

15. Ibid.

16. Ibid.

17. Ibid.

18. Ibid.

19. Ibid.

20. Ibid.

21. Ibid.

22. Ibid.

23. Emmanuel Macron, « Familles et société », https://en-marche.fr/emmanuel-macron/le-programme/familles-et-societe, consulté le 19/04/2017.

24. Emmanuel Macron, « Programme », https://storage.googleapis.com/en-marche-fr/COMMUNICATION/Programme-Emma… , consulté le 19/04/2017.

25. Ibid.

26. Ibid.

27. Emmanuel Macron, « International », https://en-marche.fr/emmanuel-macron/le-programme/international, consulté le 19/04/2017.

28. Ibid.

François Fillon, candidat-téflon?

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Par Théophile Vareille

(DOSSIER) PORTRAIT DES CANDIDAT·ES À LA PRÉSIDENTIELLE FRANÇAISE (5 de 5)

En cette période électorale, L’Esprit libre vous fait le portrait des cinq candidat·e·s majeur·e·s à la présidentielle française dont le premier tour aura lieu ce dimanche 23 avril. 

François Fillon devrait être un homme à terre. « Qui imagine le général de Gaulle mis en examen? » s’interrogeait-t-il en août passé. François Fillon a été  mis en examen en mars1. Cette pique contre Nicolas Sarkozy, alors candidat à la primaire de la droite et du centre, s’est retournée contre François Fillon, au contraire de son électorat. Alors que les accusations pleuvent et que les affaires juridiques font surface les unes après les autres, François Fillon reste à un niveau stable dans les intentions de vote2. Sa base électorale semble ne pas pouvoir s’effriter. Faute aux affaires, on ne parle alors plus du programme de François Fillon. Un programme qui ne paraît pas taillé pour séduire au-delà de son parti, Les Républicains. François Fillon, se retrouve en difficulté dans une élection imperdable pour la droite de gouvernement étant donné l’impopularité du président Hollande.

Cette victoire est aujourd’hui incertaine, car François Fillon est au coude-à-coude dans les intentions de vote avec Marine Le Pen, Emmanuel Macron, et Jean-Luc Mélenchon3. Cette indécision est en partie due à une campagne phagocytée par le candidat. Fin janvier, le Canard Enchaîné, journal satirique réputé en France, affirme que Pénélope Fillon, l’épouse galloise de François Fillon, aurait été rémunérée par son mari, en tant qu’assistante parlementaire, ceci pendant huit ans, à partir de 19984. Rien d’illégal à ceci, mais le Canard avance que Pénélope Fillon n’a jamais travaillé aux côtés de son mari, il s’agirait d’un emploi fictif.

S’en suit un grand déballage sur le passé de celui qui se voulait le candidat de la droiture autant que de la droite, et dont la version des faits évoluera dorénavant avec l’actualité. « En trente ans, mon nom n’a jamais été associé à une affaire ou à un comportement contraire à l’éthique», affirmait-il en novembre 20145. Il aura fallu attendre qu’il se présente aux présidentielles pour en entendre parler. Il est aujourd’hui difficile de garder compte de ces affaires. Sud-Ouest en dénombre six: rémunération de sa femme en tant qu’attachée parlementaire, et en tant que conseillère littéraire auprès de la Revue des deux mondes; rémunération de ses enfants comme collaborateurs parlementaires; prêt de 50 000 euros sans intérêts souscrit auprès du milliardaire Marc Ladreit, propriétaire de la Revue des deux mondes; se faire offrir deux costumes pour une valeur de 13 000 euros; mettre en relation un des clients de sa société de conseil avec Vladimir Poutine6. France Info en ajoute quatre : l’embauche par Marc Ladreit d’une collaboratrice de François Fillon; les activités opaques de sa société de conseil; des «“commissions occultes”» touchées au Sénat; le reversement à leurs parents par les enfants Fillon du salaire qu’ils touchaient de leur père7.

Une campagne prise en otage

Les affaires auront parasité la campagne, et monopolisé l’attention médiatique8. François Fillon se défend et contre-attaque, il dénonce un « assassinat politique », remet en cause l’indépendance et la légitimité de la justice9. Il attise les conspirations en décriant l’existence d’un « cabinet noir », une cellule de renseignement secrète, au sein de l’Élysée, là ou siège le président de la République10. François Fillon fait diversion, il noie l’information sous ces déclarations polémiques. Homme du système, François Fillon se peint pourtant en victime du système. Il se sert des accusations portées à son encontre et des démarches juridiques entreprises pour nourrir dans son bastion un sentiment anti-élites, un esprit de siège.

Celles et ceux qui le soutenaient, d’ailleurs, le lâchent, et l’appellent à se retirer. La campagne de Fillon, vainqueur de la primaire de la droite et du centre en novembre 2016, avec près de trois millions de voix au second tour, repose sur les militant·e·s. Celles et ceux qui l’appuyaient le quittent par centaines, son directeur de campagne y compris11. « I could stand in the middle of Fifth Avenue and shoot somebody and I wouldn’t lose any voters » [Je pourrais me tenir au milieu de la cinquième avenue et tirer quelqu’un sans perdre un seul vote, traduction libre] proclamait Donald Trump en janvier 201612, lucide. François Fillon aujourd’hui n’est plus inquiété par les affaires : il avait promis de retirer sa candidature s’il était mis en examen, il ne l’aura pas fait13. Le dimanche 5 mars 2017, quelques jours après être mis en examen, François Fillon réunit 200 000 personnes, selon lui, 40 000 selon la presse, sous la pluie au Trocadero : « Ils pensent que je suis seul, ils veulent que je sois seul, merci pour votre présence, vous qui avez su braver les intempéries, les injonctions, les caricatures et parfois même les invectives »14.

Quatre décennies de carrière politique

Né le 4 mars 1954 au Mans, François Fillon obtient un diplôme d’études approfondies en droit public en 1976, et débute la même année comme assistant parlementaire du député gaulliste Joël Le Theule, après avoir hésité à entrer en journalisme. L’année suivante, il rejoint le Rassemblement pour la République de Jacques Chirac. En 1981, il est élu député, reprenant le siège de Joël Le Theule, décédé l’année précédente. Il est à 27 ans le benjamin de l’Assemblée générale. Il se lie à Philippe Séguin et son gaullisme social, une ligne politique qui se veut transpartisane. En 1983, il est élu maire de Sablé-sur-Sarthe, et président du conseil général de Sarthe en 1992. Toujours député, il s’est entre temps opposé au Traité de Maastricht, traité père de l’Union européenne. Il entre en 1993 au gouvernement Balladur, cohabitant avec la présidence de François Mitterrand, en tant que ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Aux élections présidentielles de 1995 il choisit le mauvais cheval avec Balladur, contre Chirac, mais reste tout de même au gouvernement, ministre des Technologies, de l’Information et de la Poste. Il est réélu député en 1997.

En 1998, il est élu président du conseil régional des Pays de Loire. En 1999, il apporte son soutien à Nicolas Sarkozy, président par intérim du RPR (ancêtre des Républicains d’aujourd’hui, ndlr) après le retrait de Séguin. Il tente d’accéder à la présidence du parti la même année mais échoue. Il se rapproche alors de Jacques Chirac et travaille avec lui à la création de l’Union pour un Mouvement Populaire, nouvelle machine électorale englobant tous les partis de droite. En 2002, il devient numéro 3 du gouvernement Raffarin, derrière Sarkozy à l’intérieur (le ministère de la police, ndlr), et se retrouve ministre des Affaires sociales, du Travail et de la Solidarité. En 2004, il perd la présidence du conseil régional de la Sarthe à la gauche mais est nommé ministre de l’Éducation nationale. Il est aussi élu sénateur. Il propose une réforme du baccalauréat mais renonce face à une forte mobilisation des lycéens et lycéennes. Il apporte son soutien à Nicolas Sarkozy dès 2005, qui le nomme premier ministre le 17 mai 2007. François Fillon servira pendant cinq ans de faire-valoir à l’hyper-président Sarkozy. En 2012, il concourt à la présidence de l’UMP, mais perd face à François Copé. Dans de forts soupçons de fraude, il va jusqu’à créer son propre groupe à l’Assemblée, avant de se ré-amarrer au groupe UMP (ancêtre des Républicains d’aujourd’hui, ndlr).

En 2016, il est enfin le vainqueur surprise d’une primaire de la droite et du centre qui devait couronner Alain Juppé, représentant une droite modérée contre la droite plus conservatrice de François Fillon. Fillon se fait le candidat de cette droite catholique qui a battu le pavé sous l’étendard de la « Manif pour tous », au début du quinquennat Hollande, contre le mariage entre personnes de même sexe.

Un programme anti-électoraliste

Le programme de François Fillon est ainsi celui d’une droite traditionnelle, conservatrice sur les questions sociétale, libérale et économique15.

François Fillon veut la fin de la semaine de 35 heures; les entreprises décideront du temps de travail. Il désire réduire les charges pour les entreprises et « simplifier » le code du travail. Ce sont 100 milliards de dépenses publiques en moins qu’il prévoit, et 500 000 fonctionnaires non-remplacé·e·s à leur départ, en cinq ans. 500 000 fonctionnaires en moins, sans que les domaines concernés ne soient spécifiés. Il ambitionne aussi de réformer les institutions de l’État, instaurant notamment de « nouvelles règles sur la transparence de la vie publique », dont de meilleurs « mécanismes de contrôle de déontologie » pour les assemblées, et la « publication obligatoire des liens de parenté entre les parlementaires et les collaborateurs ».

L’impôt de solidarité sur la fortune, soit l’impôt pour les plus riches, sera supprimé. Il sera remplacé par un taux d’imposition unique sur le patrimoine de 30%. La taxe sur la valeur ajoutée, taxe indirecte sur la consommation, sera elle augmentée de deux points pour financer les baisses de charges pour les entreprises. La retraite sera repoussée à 65 ans, et le compte pénibilité, permettant de partir en retraite plus tôt pour celles et ceux effectuant un travail contraignant, sera supprimé. Les petites pensions seront révisées à la hausse. Révisées, ses propositions pour la santé l’ont aussi été. Alors qu’il semblait avancer une « santé à plusieurs vitesses », privatisant les « petits soins », l’assurance publique se concentrant sur «les affections graves ou de longue durée », François Fillon est revenu au statu quo. Il ne propose plus que quelques amendements au système de santé français, dont la suppression de l’aide médicale d’État pour les sans-papiers16.

En faveur d’une allocation sociale unique et d’une allocation familiale universelle, François Fillon s’oppose à l’adoption par les couples homosexuels. Il s’oppose aussi à la procréation médicalement assistée pour les femmes en couple ou seules. François Fillon s’engage à avoir un gouvernement paritaire et à faire de l’égalité homme-femme une priorité. Il insiste aussi sur la laïcité, qu’il oppose au communautarisme et qu’il veut appliquer plus grandement, notamment dans le financement des cultes et la gestion des lieux de cultes. Il s’engage à « lutter contre le totalitarisme islamique avec la plus grande fermeté », incluant « au premier chef les représentants du culte musulman ».

Pour l’éducation, Fillon veut y « réaffirmer le sens de l’effort et le respect de l’autorité », mais aussi abroger la réforme du collège, mesure socialiste sous Hollande, et redonner une autonomie aux lycées. Enfin, l’éducation est un vecteur de propagation du roman national, il ne faut pas que l’élève ait « honte » de son pays, honte par exemple de cette « France [qui] n’est pas coupable d’avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Nord », comme l’a déclaré François Fillon lors d’un discours en août dernier17.

Question immigration, François Fillon veut la « réduire au strict minimum », contexte économique oblige. Il souhaite aussi renégocier l’espace Schengen afin de rétablir des contrôles inopinés aux frontières. Il compte « réserver la nationalité française aux étrangers clairement assimilés ». Enfin, il veut « mettre fin à la crise migratoire » au niveau européen.

Lui qui d’ailleurs fait le diagnostic d’un projet européen « à l’arrêt », veut une zone Euro plus forte au sein de l’Union européenne et est contre l’accord de libre-échange avec les États-Unis. Des États-Unis, il voudrait que la France devienne indépendante, se rapprochant de la Russie, dont lui-même est proche à titre personnel. Faisant de la lutte contre le terrorisme international sa priorité, François Fillon avait déclaré lors de la primaire qu’il fallait se « tourner vers les Russes et le régime syrien pour éradiquer les forces d’État islamique ». L’attaque au gaz de sarin d’Assad sur ses citoyen·ne·s l’a mené à réévaluer sa position, mais il conditionne encore un départ d’Assad à l’accord de Moscou18. Il se donne pour objectif à long-terme d’atteindre les 2% du PIB pour le budget de la défense, comme prévu par l’OTAN.

S’il progresse au second tour, François Fillon sera alors favori face à Marine Le Pen, dont la présence y est fort probable. Lui est à la peine dans les intentions de vote, d’habitude précises en France. S’il est défait, il ne bénéficiera pas de l’inviolabilité présidentielle, le protégeant de toute poursuite. François Fillon aura ré-ancré la droite dans sa tradition conservatrice, tout autant qu’il aura durablement mis à mal la crédibilité de la justice et des institutions françaises. Quelle que soit l’issue du scrutin, les législatives suivant la présidentielle, en juin, retiendront sûrement toute son attention, ou du moins celle de son parti : Les Républicains. Le parti y briguera la majorité, alors que les trois formations lui faisant face aujourd’hui, Front National, En Marche ! et France insoumise, n’ont aujourd’hui qu’une très faible ou aucune représentation à l’Assemblée nationale.

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CRÉDIT PHOTO: UMP

(1) Geoffroy Clavel, « “Le général de Gaulle mis en examen” François Fillon président des arroseurs arrosés », Huffington Post, 1er mars 2017, http://www.huffingtonpost.fr/2017/03/01/le-general-de-gaulle-mis-en-exam…, consulté le 18 avril 2017.

(2) Les décodeurs, « Que disent les sondages de la présidentielle 2017 », Le Monde, 12 avril 2017, http://abonnes.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/visuel/2017/04/12…, consulté le 18 avril 2017.

(3) «Présidentielle: ce que les sondages disent à cinq jours du premier tour», France Info, 18 avril 2017, http://www.francetvinfo.fr/elections/sondages/infographie-presidentielle…, consulté le 18 avril 2017.

(4) « Révélations du Canard Enchaîné, Mme Fillon était rémunérée comme attachée parlementaire de son mari », France Inter, 25 janvier 2017, https://www.franceinter.fr/politique/revelations-du-canard-enchaine-mme-…, consulté le 18 avril 2017.

(5) Alexandre Lemarié, « François Fillon, le candidat de “l’honnêteté”, touché en plein coeur », Le Monde, 27 janvier 2017, http://abonnes.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/01/2…, consulté le 18 avril 2017.

(6) Vincent Romain, « François Fillon: les six affaires qui empoisonnent sa campagne », Sud Ouest, 22 mars 2017, http://www.sudouest.fr/2017/03/22/francois-fillon-les-six-affaires-qui-e…, consulté le 18 avril 2017.

(7) Simon Gourmellet, « Les huit affaires qui plombent la campagne de François Fillon », France Info, 1er février 2017http://www.francetvinfo.fr/politique/francois-fillon/penelope-fillon/les…, consulté le 18 avril 2017.

(8) Yohan Blavignat, « Le CSA point en février un temps de parole “anormalement élevé” de François Fillon », Le Figaro, 8 mars 2017, http://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/2017/03/08/35003-201703…, consulté le 18 avril 2017.

(9) Clémence Bauduin, « François Fillon dénonce un “assassinat politique” », RTL, 1er mars 2017, http://www.rtl.fr/actu/politique/francois-fillon-denonce-un-assassinat-p…, consulté le 18 avril 2017.

(10) « “Cabinet noir”: François Fillon assure avoir des preuves contre Hollande et promet des poursuites », Le Parisien, 6 avril 2017, http://www.leparisien.fr/elections/presidentielle/presidentielle-je-pour…, consulté le 18 avril 2017.

(11) « Le compteur des lâcheurs de Fillon », Libération, 9 mars 2017, http://www.liberation.fr/apps/2017/03/compteur-lacheurs-fillon/, consulté le 18 avril 2017.

(12) Reuters, « Donald Trump: ‘I could shoot somebody and I wouldn’t lose any voters’ », The Guardian, 24 janvier 2016, https://www.theguardian.com/us-news/2016/jan/24/donald-trump-says-he-cou…, consulté le 18 avril 2017 .

(13) Geoffrey Bonnefoy, « “Mis en examen, je ne serai pas candidat”: quand Fillon contredit François », L’Express, 1er mars 2017, http://www.lexpress.fr/actualite/politique/elections/mis-en-examen-je-ne…, consulté le 18 avril 2017.

(14) « François Fillon en meeting au Trocadéro: “Je vous dois des excuses” », RFI, 5 mars 2017, http://www.rfi.fr/france/20170305-francois-fillon-meeting-trocadero-excu…, consulté le 18 avril 2017.

(15) François Fillon, « Mon projet pour la France », Fillon 2017, https://www.fillon2017.fr/projet, consulté le 19 avril 2017.

(16) François Béguin, « Sur la santé, François Fillon dévoile un programme plus consensuel », Le Monde, 21 février 2017, http://abonnes.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/02/2…, consulté le 18 avril 2017.

(17) « Pour François Fillon la colonisation visait à “partager sa culture” », L’Express, 1er septembre 2016, http://www.lexpress.fr/actualite/politique/pour-francois-fillon-la-colon…, consulté le 18 avril 2017.

(18) Alexandre Lemarié, « Syrie : François Fillon continue de regarder vers la Russie », Le Monde, 7 avril 2017. http://abonnes.lemonde.fr/election-presidentielle-2017/article/2017/04/0…, consulté le 20 avril 2017.

Benoît Hamon… la fin d’une ère?

Benoît Hamon… la fin d’une ère?

Par Jacques Simon

(DOSSIER) PORTRAIT DES CANDIDAT·ES À LA PRÉSIDENTIELLE FRANÇAISE (3 de 5)

En cette période électorale, L’Esprit libre vous fait le portrait des cinq candidat·e·s majeur·e·s à la présidentielle française dont le premier tour aura lieu ce dimanche 23 avril. On vous présente ici Benoît Hamon du Parti socialiste. 

On ne peut pas dire que Benoît Hamon ait la vie facile en ce moment. Vainqueur surprise de la primaire socialiste, il se retrouve aujourd’hui en position de faiblesse. Il hérite en effet du nom d’un parti qui est accusé de tous les maux de la France à la suite du quinquennat de François Hollande qui a été miné par l’incompréhension, les mouvements sociaux, et une politique centriste qui n’a plu ni à la droite ni à la gauche. Hamon, qui plus est, peine à se situer sur l’échiquier politique. À sa droite, il a le populaire Emmanuel Macron, qui parvient à faire ce qu’Hollande n’a su accomplir : unir la droite et la gauche modérée. À sa gauche, il a le dynamique Jean-Luc Mélenchon, qui occupe largement la gauche de la gauche du monde politique français.

Qui est donc Benoît Hamon, quel est son programme, et pourquoi peine-t-il tant, comme semblent le montrer les sondages, à convaincre les Français·es?

L’homme

Né le 26 juin 1967, Hamon[i] partage son enfance entre sa Bretagne natale et le Sénégal où il passe quelques années. C’est dans ce pays qu’il est confronté à la diversité sociale et culturelle qui l’entraineront, plusieurs années plus tard, à se retrouver dans la campagne antiraciste « touche pas à mon pote » organisée par SOS Racisme en 1985.

À vingt ans, en 1987, il rejoint le PS après avoir participé à une série de manifestations étudiantes. En 1993, il est élu au poste de président du Mouvement des Jeunes Socialistes tout en suivant une formation d’historien. Dès lors, son investissement politique est étroitement lié au PS. En 1997, il est aux côtés de Martine Aubry au ministère de l’Emploi et de la Solidarité. De 2004 à 2009, il est eurodéputé, issu d’une liste socialiste. En 2008, il présente une motion de gauche au congrès du parti[ii], texte qui est soutenu par un certain Jean-Luc Mélenchon. En 2012, il est élu député de Trappes, situé à l’ouest de la métropole parisienne. C’est alors qu’il fait son entrée au gouvernement d’abord en tant que ministre délégué à l’économie sociale et solidaire, puis en tant que ministre de l’éducation à partir de 2014.

Certes, Benoît Hamon a côtoyé le monde politique et le PS depuis trente ans, mais c’est vraiment lorsqu’il occupe un poste clef dans le gouvernement Valls, sous Hollande, qu’il se forme une vraie carrure. Aux côtés d’Arnaud Montebourg, il se trouve sur l’aile gauche du gouvernement, et sait la faire entendre. Le clivage est de plus en plus prononcé, les prises de positions de plus en plus médiatisées. Le 25 août 2014, alors que Valls essaie d’épurer son gouvernement des contestataires, Hamon est remercié.

Il retrouve alors l’unique siège qu’il lui reste : celui dans l’hémicycle de l’assemblée nationale. Dès lors, il intègre un groupe qu’on appelle « les frondeurs ». Il est constitué de députés socialistes, qui se positionnent à la gauche du gouvernement. Dans ce cadre, il militera contre plusieurs projets controversés du gouvernement, notamment la Loi Macron, la déchéance de nationalité, ou encore la loi travail El-Khomri[iii].

L’opposition entre lui et ses anciens collègues de gouvernement devient si féroce qu’il signe une motion de censure qui, si elle avait été ratifiée par 2/3 de l’assemblée, aurait déclenché de nouvelles élections. Cette motion avait été déposée par des parlementaires de gauche en réaction à la « Loi travail » présentée par le gouvernement Hollande.

Le 16 août 2016, il est un des premiers socialistes à présenter sa candidature à la primaire du parti. À ce moment, Hollande n’avait pas encore renoncé à briguer un second mandat – il se présente donc, a priori, contre le président de la république. Assez largement à la traine, il arrive à se créer une campagne efficace.

S’il commence aux alentours de 10% fin juin 2016, les sondages lui donnent la seconde place avec presque 30% des voix à la veille de l’élection. À la surprise générale, il devance largement le premier ministre Manuel Valls avec 36,51%. Au second tour, il ne déçoit pas ses partisan⸱e⸱s : avec presque 60% des voix, il s’assure une large victoire.

Le symbole est fort : Benoît Hamon, ministre évincé du gouvernement pour avoir trop ouvert sa bouche, prend le devant du grand Parti Socialiste. S’il restait des doutes, l’affaire est dorénavant close. Le quinquennat de François Hollande n’a pas convaincu, ni à l’intérieur ni à l’extérieur de son parti. Mais le symbolique ne se traduit pas toujours par du concret. Une fois tournée la page « Hollande », les électeurs et électrices semblent aussi vouloir tourner la page « PS ».

Son ascension fulgurante est coupée court. Aujourd’hui, Benoît Hamon ne dépasse même plus les 10% d’intentions de votes.

Économie

Économiquement, Hamon fait partie d’une tendance qu’on peut appeler la « nouvelle gauche ». Héritière de la gauche d’antan qui analysait la société en termes de lutte des classes, cette nouvelle tendance cherche plutôt à absorber les progrès issus du capitalisme, et en rependre les bénéfices par l’intermédiaire d’un État-providence fort. La plupart des mesures phare du programme de Hamon vont dans ce sens.

Le projet clef du programme est la création d’un revenu universel d’existence[iv] (RUE, souvent connu sous le nom de « revenu minimum garanti » au Québec). Initialement prévu pour tou·te·s, il a été maintes fois modifié par le candidat, pour adopter une forme qui est aujourd’hui plus limitée. Pour être éligible à ce versement mensuel, une personne devra montrer que ses revenus sont inférieurs à 1,9 fois le salaire minimum, soit 2 185 euros net (environ 3 000 dollars canadiens). Selon l’équipe de campagne de Benoît Hamon, quelques 19 millions de Français·es seraient concerné·e·s, soit 30% de la population nationale[v].

Le revenu est fixé à 600 euros par personne, qui vient se déduire à l’impôt que chacun·e doit payer. Ainsi, si, dans une situation théorique, une personne est éligible pour le RUE mais ne doit pas payer d’impôt, elle recevra un chèque de 600 euros. À l’inverse, si une personne est éligible, mais doit payer 900 euros d’impôts, elle ne percevra aucune augmentation de revenu, mais verra sa feuille d’imposition baisser à 300 euros.

Cette proposition avait, initialement, intéressé beaucoup d’électeurs et électrices potentiel·le·s. Mais au fur et à mesure que le candidat change des éléments du RUE, de moins en moins de personnes s’y retrouvent, et, surtout, elles font moins confiance à Hamon pour réellement bâtir cette « cinquième branche » de la sécurité sociale. Pour les plus philosophes[vi], la proposition telle qu’elle est aujourd’hui ne représente plus rien d’intéressant, puisqu’elle ne permet plus de séparer le revenu du travail.

Autre proposition issue directement de la vision « nouvelle gauche », la taxe sur les robots[vii]. En effet, pour combattre la robotisation qui remplace de plus en plus d’emplois, Hamon souhaite imposer la richesse créée par les machines, afin qu’elles puissent contribuer, tout comme les humains, à financer les dépenses de l’État. Cette idée, si intéressante soit-elle, reste peu développée : à quelle hauteur s’élèvera cette taxe? Combien est-ce que l’État français peut espérer toucher? Comment est-ce que ce revenu sera utilisé[viii]?

En règle générale, c’est dans cette même direction que vont les propositions de Benoît Hamon. Il propose d’augmenter le salaire minimum ainsi que les minimas sociaux. Il propose de revenir sur la Loi El-Khomri, celle qui avait provoqué des manifestations monstres[ix] en 2016, afin de la remplacer par une version modifiée qui « encouragera la poursuite de la réduction collective du temps de travail ». En somme, le programme du candidat PS vise à conserver les acquis sociaux dans un monde où la raréfaction du travail est de plus en plus une réalité. Pour ce faire, il stipule que les solutions du passé doivent être revues, voire même abandonnées.

Société

Fidèle à son héritage de gauche, Benoit Hamon est libéral sur les questions sociales.

En un premier temps, il propose des mesures qui vont dans le sens d’un regain de participation citoyenne dans la sphère politique. Une de ses propositions phares est la création d’un « 49-3 citoyen » (nommé ainsi en référence à l’article de la constitution qui permet au gouvernement de faire passer une loi de force, sans la soumettre au congrès), qui donne le pouvoir au peuple d’enclencher un référendum ou « d’inscrire [une loi] à l’ordre du jour du parlement » dès lors qu’une pétition est signée par 1% du corps électoral. Il propose aussi de mieux protéger les lanceurs et lanceuses d’alerte, de mettre en place un budget participatif dans lequel les citoyen·ne·s auraient leur mot à dire, et de passer à une 6ème République qui viserait à fluidifier les relations entre l’élite politique et le peuple[x].

Autre projet qui attire les jeunes : Benoît Hamon prône la légalisation du cannabis. La plante serait donc vendue, réglementée et taxée. Les bénéfices de l’imposition serviraient à « mieux prévenir la consommation de drogues ».

Question immigration, le candidat PS est aussi relativement libéral par rapport à ses adversaires. Il ne souhaite pas durcir les conditions d’accueil pour les migrant·e·s, ni renforcer le contrôle aux frontières de l’Union européenne (UE). Il souhaite aussi instaurer un « visa humanitaire » qui faciliterait l’arrivée de personnes particulièrement nécessiteuses.

Relations internationales

Si jusqu’à présent le programme de Benoît Hamon a été très similaire à celui de Jean-Luc Mélenchon, c’est au niveau des relations internationales que les deux candidats divergent de façon assez marquée.

Sur la question européenne, Hamon souhaite effectuer un changement de l’intérieur, modifier les traités, plutôt qu’en sortir. Pour lui, « face aux défis que les Européen[·ne·]s doivent relever, la solution ne peut venir ni du retour à des États-nations divisés, ni de la poursuite de l’austérité économique et de son pendant, le déficit démocratique[xi]». Il faudrait donc renforcer l’UE pour qu’elle soit à même de répondre aux défis et aux problématiques contemporaines.

Pour ce faire, Hamon propose de tourner le dos à l’Europe qui a imposé l’austérité aux pays ayant des problèmes économiques. Il souhaite voir un plan d‘investissement d’une valeur de 1 000 milliards d’euros. En parallèle, il demande à ce que l’Europe prenne en charge une partie de la dette des États en difficulté, commence un « Buy European Act » pour améliorer la compétitivité européenne et harmoniser les normes comme celle du salaire minimum. Enfin, il souhaite lancer une « Europe de l’énergie » qui serait orientée vers l’écologie.

Pour ce qui est des relations hors-Europe, Hamon souhait reconnaître la Palestine et ainsi emboîter le pas à la Suède. Contrairement à Mélenchon, il ne s’inscrit pas dans la lignée de politiciens de gauche qui soutiennent l’intervention russe en Syrie ou en Ukraine. Globalement, c’est aux organisations internationales telles l’ONU qu’il laisse le soin de s’occuper des conflits militaires.

Quelles chances?

Soyons clairs : les chances de Benoît Hamon sont faibles. S’il a surpris lors de la primaire socialiste, il y a fort à parier que ça ne se reproduira pas. Pour certain·e·s, il n’est même plus un candidat majeur. Largement affaibli par le quinquennat de Hollande qui a mené beaucoup à tourner le dos au PS, il n’a pas réussi à se séparer de cette image de candidat mainstream. Un comble pour quelqu’un qui incarnait le renouveau au sein de son parti.

Il a, un temps, été en position de force face à Jean-Luc Mélenchon et lui avait proposé de retirer sa candidature afin de faire lutte commune. Aujourd’hui, les tables ont tourné et c’est le candidat de la France insoumise (FI) qui est beaucoup plus haut dans les sondages. De ce fait, certain·e·s militant·e·s demandent à Hamon de se désister en faveur de son collègue de gauche. Mises à part les réelles différences dans leurs programmes respectifs, des difficultés techniques[xii] viennent aggraver la situation, la plus problématique étant la question financière : le PS a déjà déboursé quelque 14 millions d’euros pour cette campagne, remboursable uniquement s’il dépasse 5% dans les suffrages. Se retirer maintenant signerait, de fait, la fin du parti.

Mais Benoît Hamon n’est pas forcément à blâmer pour cette situation. Le PASOK grec et le PSOE espagnol en témoignent, les temps sont durs pour les partis socio-démocrates dans le sud de l’Europe. Indépendamment de cette campagne, le PS n’était pas dans une position de force. Si la tendance continue, il se peut qu’il n’y ait plus de candidat du Parti socialiste pour l’élection de 2022.

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CRÉDIT PHOTO:  Philippe Grangeaud/Solfe Communications

[i]Benoît Hamon, « Biographie », https://www.benoithamon2017.fr/biographie/, consulté le 10/04/2017.

[ii]Dans ce contexte, une « motion » est une ligne politique qu’adopte le parti lors de son congrès.

[iii]Ces trois projets de lois sont à la source de la série d’immenses manifestations qu’a connu la France en 2016.

[iv]Benoît Hamon, « projet », https://www.benoithamon2017.fr/wp-content/uploads/2017/03/projet-web1.pdf, consulté le 05/04/2017.

[v]Ibid.

[vi]Usul2000, « Le Salaire à Vie (Bernard Friot) », Youtube, 29/06/2017, https://www.youtube.com/watch?v=uhg0SUYOXjw, consulté le 10/04/2017

[vii]Benoît Hamon, « projet », https://www.benoithamon2017.fr/wp-content/uploads/2017/03/projet-web1.pdf, consulté le 05/04/2017

[viii]Vincent Michelon, « Quelle est donc cette « taxe robots » proposée par Benoît Hamon ? », La chaîne parlementaire, 09/03/2017, http://www.lci.fr/elections/quelle-est-donc-cette-taxe-robots-proposee-p…, consulté le 18/04/2017

[ix]Loi Travail, « carte des mobilisations », http://loitravail.lol/rassemblements/, consulté le 11/04/2017

[x]Aujourd’hui, et depuis 1958, la France est sous le modèle de la « 5ème république ». Celle-ci est largement critiquée pour la largesse des pouvoirs qu’elle attribue au président.

[xi]Benoît Hamon, « projet », https://www.benoithamon2017.fr/wp-content/uploads/2017/03/projet-web1.pdf, consulté le 05/04/2017.

[xii]Thibaut Le Gal, « Frais de campagne, temps de parole… Pourquoi le retrait de Hamon pour Mélenchon est improbable », 20 minutes, 12/04/2017, http://www.20minutes.fr/elections/presidentielle/2048415-20170412-frais-…, consulté le 13/04/2017.

Bleu Marine, la prochaine couleur de la France?

Bleu Marine, la prochaine couleur de la France?

Par Jacques Simon

(DOSSIER) PORTRAIT DES CANDIDAT·ES À LA PRÉSIDENTIELLE FRANÇAISE (2 de 5)

Marine Le Pen, c’est un classique de la politique contemporaine. Tout le monde la connaît, tout le monde a son avis sur elle, tout le monde est vaguement au courant de ses positions. Et pourtant, personne ou presque n’a lu son programme.

Qui est donc cette politicienne hors-pair qui attire les regards du monde entier, et qui fait trembler les Français·es modéré·e·s? D’où vient-elle, et que propose-t-elle? Comme se positionne-t-elle sur l’échiquier politique français, et où se situe-t-elle par rapport aux autres partis d’extrême droite européens.

Tentons d’approfondir un peu notre connaissance du phénomène bleu Marine.

La femme

Née en 1968 dans une famille portant le nom de l’extrême droite française, Marine Le Pen a baigné dans la politique depuis sa plus tendre enfance.

Le 5 octobre 1972, son père Jean-Marie Le Pen participe à la création du Front national pour l’unité française, parti dont il prendra la tête l’année suivante. Au départ, c’est un groupuscule rassemblant des tendances néofascistes et pétainistes, ayant une volonté commune de conserver l’Algérie française[i]. Avec une base militante solide et convaincue, la tendance est propulsée au cœur de la sphère politique française lorsqu’en 1986, les élections législatives à la proportionnelle donnent 35 sièges parlementaires au parti. Depuis lors, le Front national (FN) est resté un acteur politique au succès variable, mais à la visibilité continue[ii].

C’est d’ailleurs cet événement qui servira d’entrée en jeu politique à la jeune Marine, alors âgée de 18 ans. Douze ans plus tard, en 1998, elle abandonne sa formation d’avocate pour se consacrer pleinement au parti familial en devenant conseillère régionale du Nord-Pas-de-Calais. En parallèle, elle fait aussi partie du service juridique du FN entre 1998 et 2003, et est cheffe de l’organisation Génération Le Pen. Cette organisation a pour vocation de « dédiaboliser » le Front national, un effort qui anime toujours la politicienne.

En 2004, elle devient conseillère régionale d’Île-de-France (la région parisienne), puis rentre au parlement européen la même année. Pourtant, Marine Le Pen voit bien plus grand : elle se veut cadre de la haute hiérarchie frontiste, et se rêve meneuse d’un mouvement politique qu’elle est convaincue de pouvoir porter au pouvoir.

En 2007, elle est directrice stratégique de la campagne présidentielle de son père, qui se solde par un résultat décevant : le parti reçoit à peine plus de 10%, soit plus de six points de moins qu’en 2002, lorsque Jean-Marie Le Pen était parvenu au second tour. Malgré de nombreuses contestations à l’interne venant de l’aile droite, elle continue de pousser vers la direction du parti. Ce vœu la portera à se présenter à la succession de son père lors du congrès du Front national à Tours en 2010. Elle gagne le scrutin face à Bruno Gollnisch, un cadre historique du parti, avec 67,65% des voix[iii].

Désormais le parti sera le sien, et elle fera tout pour le rebâtir de l’intérieur comme le redorer de l’extérieur.

Le plus gros de son travail sera axé sur la dédiabolisation du parti. Au grand dam de militant·e·s vieux-jeux, elle essaye à tout prix de se séparer des racines xénophobes et pétainistes du FN (ou au moins de mieux les cacher) qui en formaient le socle idéologique historique. Elle met de l’eau dans son vin lors de ses interventions publiques, elle est intransigeante[iv] sur la responsabilité privée des élu·e·s quand des images d’elles et d’eux faisant des saluts nazis sortent dans la presse, et elle décide, pendant un moment, de poursuivre en justice celles et ceux qui qualifient son parti d’« extrême droite ».

Ce blanchissage médiatique arrive à son apogée le 20 août 2015 lorsque le bureau exécutif du Front national décide d’exclure[v] du parti Jean-Marie Le Pen, qui avait gardé le statut de président d’honneur, à la suite de propos douteux[vi] sur le génocide juif. Cette décision amplifie la scission déjà présente à l’intérieur du parti. L’aile droite du FN est furieuse, et certain·e·s membres du parti, dont Jean-Marie Le Pen, menacent de quitter l’organisation politique, devenue trop modérée à leur goût.

Cette dédiabolisation est à la fois ce qui permet à Marine Le Pen d’acquérir un score toujours croissant aux élections, sans néanmoins parvenir à faire gagner le parti. En effet, à en juger par sa démarche, la politicienne souhaite unir deux étiquettes à priori irréconciliables : être hors système, tout en se déplaçant petit à petit vers le centre de l’échiquier politique. Chaque pas vers l’extrême droite lui fait perdre de potentiels déserteurs et déserteuses de Les Républicains (LR, le parti de la droite traditionnelle), mais chaque pas vers la droite du gouvernement lui fait perdre un vote de la droite identitaire dure. Heureusement pour elle, l’électorat n’a pour l’instant pas vraiment d’alternative sur laquelle se rabattre, et a donc tendance à continuer à voter FN[vii].

Depuis qu’elle est à la tête du parti, on peut clairement parler d’un succès électoral. Lors des élections présidentielles de 2012, elle arrive troisième du scrutin avec 17,9%[viii], le meilleur score de l’histoire du parti. Si les résultats des élections législatives deux semaines après sont moins impressionnants, trois candidat·e·s sont néanmoins élu·e·s, faisant ainsi rentrer le parti à l’assemblée nationale pour la première fois depuis les élections de 1997.

En 2014, les élections municipales se soldent par un succès résonnant du Front national, propulsé par la popularité en chute libre de François Hollande. Plus d’un million d’électeurs et d’électrices votent bleu Marine au premier tour, et le parti finit avec 1600 sièges municipaux[ix], contre 71 en 2008.

Les élections européennes se tiennent la même année. Avec presque un quart des voix, le Front national obtient le meilleur score de tous les partis, donnant ainsi naissance au slogan « Le Front national, premier parti de France ». Au total, ce sera 24 sièges que le FN gagnera à Strasbourg, ville où siège le parlement européen. Malgré cette victoire de poids, des disputes entre les partis d’extrême droite européens mettent la tendance dans l’incapacité de former un groupe parlementaire crédible. Aux élections régionales de 2015, le Front national sera présent au second tour dans toutes les régions de la métropole, mais, pour des raisons approfondies ici[x], ne parviendra à en gagner aucune.

Marine Le Pen, c’est donc quelqu’un qui maîtrise l’art de la politique. Après avoir pris contrôle du parti familial, elle a su le transformer et l’amener vers des succès électoraux que la base militante n’aurait même pas espéré quinze ou vingt ans plus tôt.

Quid de ses positions concrètes ?

Économie

Certain·e·s obervateur·trice·s considèrent que l’économie est le talon d’Achille du FN. Ses électeurs et électrices étant surtout motivé·e·s par des questions de souveraineté nationale, les questions budgétaires et financières ont longtemps été mises au second plan. Aujourd’hui cependant, avec l’arrivée du parti dans la sphère des politiques mainstream, l’économie ne peut plus être négligée.

Historiquement, le combat du Front  national est celui de la sortie de l’euro[xi]. Signe de la supranationalisation des pouvoirs politiques, la monnaie unique a été traitée de tous les noms par les frontistes.

L’article 35 du programme propose le « rétablissement d’une monnaie nationale » qui serait « adaptée » à l’économie française. Concrètement, il s’agit de revenir au franc, initialement établi à parité avec l’euro, pour ensuite subir une dévaluation d’environ 25%. Cette politique aurait notamment pour effet d’augmenter le prix des importations, et celui de la dette française, à rembourser en euro et non en franc.

Si cette proposition était auparavant au cœur du programme frontiste, elle est aujourd’hui plus discrète et souffre notamment d’un manque de clarté vis-à-vis sa mise en place. Dernièrement[xii], il semblerait que le FN envisage la tenue d’un référendum sur la question.

Le deuxième volet majeur du programme économique du Front national est celui du « patriotisme économique ». Ce « protectionnisme intelligent », comparé par certains commentateurs[xiii] à celui de Donald Trump, est issu d’une analyse antimondialiste chère à l’extrême droite.

L’idée est de fermer les frontières économiques pour favoriser l’achat et la consommation de produits français, ainsi que de limiter l’arrivée de travailleurs étrangers et travailleuses étrangères sur le territoire national. Par rapport à cette dernière proposition, le FN veut notamment instituer une loi de préférence nationale qui forcerait les entreprises à embaucher les citoyen·ne·s français·e·s lorsqu’ils sont en compétition avec des immigré·e·s[xiv].

Société

Sans surprises, l’aspect sociétal est dominant dans le discours du Front national. Comme tous les partis d’extrême droite, le FN lie ethnicité, nation et société. La France est présentée comme un pays judéo-chrétien de race blanche dont les valeurs et le style de vie doivent être conservés. L’immigration est présentée comme un fléau. Les étrangers et étrangères, notamment venu·e·s d’Afrique du nord, seraient porteurs de valeurs irréconciliables avec celles de la république française et doivent donc être exclu·e·s ou assimilé·e·s  dans la communauté nationale.

À la droite du parti, on trouve des personnes comme Renaud Camus, théoricien du grand remplacement, qui militent pour une politique de séparation des individus selon leur origine ethnique. Ces tendances, minoritaires dans le parti, sont néanmoins présentes et sont soutenues par certains cadres de la vieille école.

Le gros de la politique sociale du Front national repose sur les questions d’immigration. Dans un premier temps, le parti souhaite réduire les entrées à un vingtième de leur taux actuel (10 000 par an au lieu des 200 000 actuelles)[xv]. Pour ce faire, il faudra sortir la France de la zone Schengen (le traité européen qui permet la libre circulation des personnes). Celles et ceux qui rentreront illégalement seront expulsé·e·s « systématiquement »[xvi]. En outre, les organisations ou les soutiens publiques aux sans papiers seront interdits. Le regroupement familial et le droit du sol seront effacés de la loi. Toutes ces mesures sont mises en place par un « grand ministère de l’Intérieur, de l’immigration, et de la laïcité »[xvii].

La lutte contre l’immigration passe aussi par une laïcité et un anti-communautarisme intransigeant[xviii]. Cette dernière vise à limiter toute possibilité de créer une communauté à caractère autre que français sur le sol national. Ainsi, le FN propose d’inscrire dans la constitution le fait que « la République ne reconnaît aucune communauté ». Cela passe aussi par l’extension de la neutralité religieuse à tous les niveaux : on parle notamment d’interdiction du voile dans les lieux publics.

Les 10 000 personnes qui rentreraient en France annuellement seraient sujettes à un effort considérable d’assimilation « républicaine ». Le FN est ouvertement en faveur d’un système judiciaire à deux vitesses : une préférence nationale[xix] pour les Français·es est envisagée dans les secteurs comme l’emploi ou le logement.

Ces efforts tendent vers la création d’une « unité de la France et son identité nationale ». On retrouve là les bases classiques de l’idéologie d’extrême droite. Le peuple se doit d’être à l’image de la nation : il n’a pas vocation à être pluriel.

Relations internationales

Le Front national est chef de file européen des partis eurosceptiques. Historiquement, cette tendance se traduisait par une sortie immédiate de l’Union. Aujourd’hui néanmoins, il est question d’un « référendum sur […] l’appartenance [de la France] à l’Union européenne », ainsi qu’un dialogue avec les pays membres portant sur la construction d’une Europe « respectueuse de l’indépendance de la France »[xx]. Les teneurs concrètes de ce projet restent floues. Ce qui est clair, c’est qu’il s’agit d’un démantèlement de la construction européenne historique, avec un retour des frontières, le rétablissement des monnaies nationales, et un rapatriement général des pouvoirs politiques vers Paris.

Comme les États-Unis de Donald Trump, le Front national veut se battre contre la « mondialisation sauvage », interprétée comme étant à la source de tous les maux contemporains. En termes de politique étrangère, cela est synonyme d’une fermeture des frontières et d’un retrait de toutes les instances supranationales.

Le parti de Marine Le Pen milite pour une sortie de la France de l’OTAN, ainsi qu’un soutien quasi aveugle à la Russie en ce qui concerne la Crimée et le conflit syrien. Récemment, la présidente du FN a été accueillie[xxi] en grande pompe à la Duma, pour une rencontre privilégiée avec le président russe Vladimir Poutine.

Elle souhaite aussi augmenter le budget militaire pour qu’il soit de l’ordre de 3% du produit intérieur brut avant la fin de son quinquennat. Ces fonds supplémentaires serviraient à augmenter les effectifs de l’armée, à construire un nouveau porte-avion, et à remettre en place un service militaire de trois mois. Cette concentration de ressources vers l’armée semble paradoxale étant donné que son programme de politique extérieure est caractérisé par un désinvestissement de la France dans les conflits.

Pourquoi en sommes-nous là, et où va-t-on ?

Le succès électoral de l’extrême droite ne date pas d’hier. Pourtant, le Front national a le vent en poupe en ce moment. Les facteurs sont multiples, mais parmi les plus marquants, on peut noter la crise des migrant·e·s, la crise de l’euro, ou l’échec du quinquennat de François Hollande, faits qui accentuent la xénophobie, l’europhobie, et l’anti-establishment en France.

La démographie[xxii] de l’électorat frontiste est assez similaire à celle des électeurs et électrice·s trumpistes : ce sont surtout les hommes blancs, pauvres et peu éduqués qui sont séduits par son discours. Globalement, on peut postuler que ce sont ceux et celles qui se sentent victimes d’une mondialisation qui promettait la prospérité mais qui a surtout apporté le chômage et la hausse des prix.

Si le FN vit ses meilleurs jours depuis sa formation, les institutions électorales françaises risquent de ne pas lui permettre de recevoir la clef de l’Elysée. Et pourtant, ce postulat ne cesse de s’affaiblir avec le temps qui passe. Conserver le FN dans l’opposition dépendra surtout de la capacité des autres partis à se séparer de leur image d’élite détachée du peuple, et d’en regagner la confiance. 

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CRÉDIT PHOTO: Blandine Le Cain

[i]François Durpaire et Farid Boudjellal, « La présidente », 2015, édition imprimée.

[ii]Ibid.

[iii]Ibid.

[iv]« L’élu FN faisant le salut nazi sur une photo a été exclu du parti », Libération, 19/04/2011, http://www.liberation.fr/france/2011/04/19/l-elu-fn-faisant-le-salut-naz…, consulté le 15/04/2017.

[v]« Jean-Marie Le Pen exclu du Front National », Le Monde, 20/08/2015, http://abonnes.lemonde.fr/politique/article/2015/08/20/jean-marie-le-pen…, consulté le 15/04/2017.

[vi]BFMTV, « Jean-Marie Le Pen persiste sur les chambres à gaz », BFMTV, 02/04/2015, https://www.youtube.com/watch?v=Rt8WYVoSkQQ, repéré le 15/04/2017.

[vii]Il ne faut pas non plus négliger l’importance des cadres de l’aile droite du parti. Les Gilbert Collard, Wallerant de Saint-Just, et autres Marion Maréchal-Le Pen permettent aussi de conserver les sympathisant·e·s plus radicales et radicaux.

[viii]Gouvernement Français, « Les élections présidentielles depuis 1958 », Vie Publique, 08/02/2017, http://www.vie-publique.fr/decouverte-institutions/institutions/approfon…, repéré le 15/04/2017.

[ix]Gouvernement Français, « Résultats des élections municipales et communautaires 2014 », Ministère de l’Intérieur, 30/03/2014, http://www.interieur.gouv.fr/Elections/Les-resultats/Municipales/elecres…(path)/MN2014/, repéré le 15/04/2017.

[x]Jacques Simon, « Le plafond de verre du Front National », L’Esprit Libre, 30/12/2016, http://revuelespritlibre.org/le-plafond-de-verre-du-front-national, repéré le 15/04/2017.

[xi]Front National, Les 144 engagements présidentiels, Front National, http://www.frontnational.com/le-projet-de-marine-le-pen/, repéré le 15/04/2017.

[xii]Florian Philippot, « On n’est pas couchés », YouTube, 18/03/2017, https://www.youtube.com/watch?v=JSexjCH6u7k&t=3463s, repéré le 15/04/2017.

[xiii]Mediapart, « Le Pen au scanner. Patriotisme économique, la version Donald Trump », YouTube, 22/03/2017 https://www.youtube.com/watch?v=K2lQf49Ovjg, repéré le 15/04/2017.

[xiv]Évidement, cette loi s’applique uniquement lorsque les deux partis sont à compétence égale.

[xv]Front National, Les 144 engagements présidentiels, Front National, http://www.frontnational.com/le-projet-de-marine-le-pen/, repéré le 15/04/2017.

[xvi]Ibid.

[xvii]Ibid.

[xviii]À l’image du Québec, la laïcité en France a tendance à se traduire par un sentiment anti-religieux, plus que par une neutralité vis-à-vis des différentes confessions.

[xix]Mediapart, « Le Pen au scanner. La « priorité nationale », contraire à la République », YouTube, 22/03/2017, https://www.youtube.com/watch?v=bt_By0BlrUk, repéré le 15/04/2017.

[xx]Front National, « Les 144 engagements présidentiels », Front National, http://www.frontnational.com/le-projet-de-marine-le-pen/, repéré le 15/04/2017.

[xxi]« Marine Le Pen rencontre le président russe Vladimir Poutine », Radio-Canada, 24/03/2017, http://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1024176/marine-le-pen-rencontre-pres…, repéré le 15/04/2017.

[xxii]Boris Manenti, Election régionales : qui a voté FN ?, Nouvel Observateur, 08/12/2015, http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/elections-regionales-2015/20151…, repéré le 15/04/2017

Jean-Luc Mélenchon au firmament?

Jean-Luc Mélenchon au firmament?

Par Théophile Vareille

(DOSSIER) PORTRAIT DES CANDIDAT·ES À LA PRÉSIDENTIELLE FRANÇAISE (1 de 5)

(COLLABORATION SPÉCIALE – Théophile Vareille) Jean-Luc Mélenchon est un personnage : animal médiatique, il a depuis longtemps intégré les codes de la scène politique française, pour en jouer à son avantage s’il le faut. Porté à la théâtralité, Mélenchon clive jusqu’à sa propre famille politique et le revendique, comme il revendique les contradictions qui semblent le définir. Apparatchik du Parti socialiste, il y évolue pendant plus de trente ans, bien qu’il le fustige aujourd’hui. Journaliste à ses débuts, il s’attache dorénavant à violemment attaquer la presse de manière régulière. Une presse pour laquelle il est si bon client, avec laquelle il semble avoir noué une trouble relation de codépendance, entre besoin de se montrer et d’exister, et nécessité de s’afficher comme un candidat hors-système, qui se refuse au copinage et à l’entre-soi. Alors que Mélenchon s’impose ces jours-ci comme le candidat porte-étendard de la gauche devant Benoît Hamon – le candidat investi par les primaires du Parti socialiste –, ses chances de victoire restent maigres, et la question de l’après se pose en filigrane.

Exister, voilà le défi auquel fait face Jean-Luc Mélenchon depuis qu’il a claqué la porte de la gauche du gouvernement. Il semble devoir se contenter d’exister par intermittence, le système politique français étant un système présidentiel qui ne s’enflamme que tous les cinq ans pour ces élections à l’enjeu premier. Ce système bipartite a le plus souvent raison des hommes et femmes politiques qui tentent de persister hors des deux forces principales de gouvernement. L’alternance droite-gauche n’ayant jamais été rompue sous la Cinquième république, Jean-Luc Mélenchon (JLM) s’y attelle tout refusant de tendre la main à un électorat plus modéré.

Candidat de France Insoumise, un mouvement politique sur-mesure lancé en 2016 pour appuyer sa candidature, Mélenchon est aussi investi par le Parti communiste français (PCF). Ce soutien, acquis à la suite d’une houleuse série de revirements, devrait ancrer Mélenchon à l’extrême gauche sur le plan idéologique. Toutefois, l’espace surdimensionné occupé par Mélenchon dans le paysage médiatique français rend son entourage inaudible, communistes compris. Mélenchon s’en retrouve libre de toute entrave, et peut ainsi recueillir l’appui des trotskistes de Gauche révolutionnaire ou des autogestionnaires écolos d’Ensemble! (mouvement politique de gauche) tout en tentant de séduire les déçu·e·s du Hollandisme (1).

Jean-Luc Mélenchon naît à Tanger en 1951, de parents d’origines espagnoles et italiennes. En 1962, alors âgé de onze ans, il s’installe en France avec sa mère, et se retrouve quelques temps après dans le département français Jura, terre qu’il fera sienne par son engagement politique. Actif lors de mai 68 au Lycée, il rejoint l’Union nationale des étudiants de France (UNEF), syndicat étudiant traditionnellement classé à gauche, dès ses premiers pas à l’Université, à Besançon. En 1972, Mélenchon prend la tête de l’Organisation communiste internationale à Besançon, un mouvement trotskiste via lequel il s’implique dans nombre de luttes ouvrières au Jura. Il la quitte en 1979, trois ans après avoir rejoint un Parti socialiste (PS) revitalisé par François Mitterrand, et amorce sa migration d’une gauche radicale à un gauche rangée.

Fort d’une licence de philosophie, il est professeur de lycée avant de devenir journaliste. Il travaille à Dépêche du Jura et collabore à plusieurs journaux et radios de gauche ou de parti. Il gravit les échelons du microcosme socialiste local, déménage dans le département de l’Essonne pour en devenir président de la fédération socialiste en 1981, avant d’être élu sénateur en 1986. Il est, entre temps, entré chez les francs-maçons, au Grand Orient de France, où il  loge encore aujourd’hui.

Pendant la décennie suivante, il s’installe dans l’aile gauche du Parti socialiste, se peint en opposant d’une « gauche molle », et maintient cette posture de frondeur (2) avant l’heure jusqu’en 2000. Trois ans après avoir été lourdement défait par François Hollande dans sa candidature au poste de premier secrétaire du parti, il entre au gouvernement Jospin en tant que ministre délégué à l’Enseignement professionnel. En 2002, la cohabitation est terminée (3) et Chirac est à nouveau victorieux à la suite de l’historique échec de Lionel Jospin qui, recalé au premier tour, se retrouve derrière Jean-Marie Le Pen avec 16% de votes. Jean-Luc Mélenchon se relance alors avec entrain dans le jeu des courants au sein du Parti socialiste. Mais l’aile gauche est divisée, et éclate à la suite de différends sur la question européenne. Jean-Luc Mélenchon, réticent, si ce n’est opposé, à l’intégration européenne, s’affranchit de la ligne politique du PS qui, elle, y est favorable. Il fait campagne pour le « Non » au référendum du 29 mai 2005 sur une constitution pour l’Europe, allant à l’encontre des consignes explicites du parti.

Néanmoins, il se range derrière Laurent Fabius au congrès du Mans en 2005, et derrière la candidature de Ségolène Royal en 2007, deux nouvelles entreprises perdantes. Il ne se découragera qu’en 2008, lorsque la motion portée par Benoît Hamon (aujourd’hui candidat du PS et son concurrent dans la course à la présidentielle), dont il est signataire et qui représente l’aile gauche du PS, échoue à une décevante quatrième place.

Après 28 ans, il rend sa carte du PS, devant les caméras (4), sur un coup de tête. En un quart de siècle, Jean-Luc Mélenchon aura essuyé nombre d’échecs et de frustrations à l’interne. Il s’émancipe ainsi du parti moins pour se libérer de la chape idéologique qui lui planait dessus que pour nourrir ses ambitions personnelles. Il fonde le Parti de gauche, et contribue à rassembler sous l’enseigne du Front de gauche, initié par le Parti communiste français, de nombreux mouvements tels Gauche unitaire ou Convergences et alternatives (5). Cette dynamique se transmet à sa candidature aux élections présidentielles de 2012. Sa campagne enthousiasme une gauche qui trouve en lui un meneur charismatique qui, s’il porte une ombre sur ceux et celles qui le suivent, les amène à un beau score de 11% des voix au premier tour. Ses rendez-vous de campagne auront à plusieurs reprises réuni des dizaines de milliers de personnes (6,7).

Il termine derrière Marine Le Pen et son Front national, mais il aura fédéré un éventail de mouvements de gauche et d’extrême gauche, et aura initié une nouvelle génération à la gauche radicale, une gauche populaire, ou populiste, altermondialiste, et anti-libérale. Une gauche qui voudrait concilier républicanisme et socialisme, pour de vrai.

De retour en course cinq ans plus tard, il voit cette année Benoît Hamon, son ancien colocataire de l’aile gauche du PS, remporter la primaire socialiste en janvier dernier. Manuel Valls, encore premier ministre quelques semaines plus tôt, est défait. Avec lui, c’est la ligne officielle du parti qui est défaite et un Hollandisme socio-libéral qui est renié. La possibilité d’une candidature commune d’Hamon et Mélenchon flotte pendant quelques semaines. Flottement illusoire : les deux hommes se tournent autour, chacun attendant que l’autre fasse le premier pas. Mélenchon y met fin en réclamant le retrait des investitures de Manuel Valls et autres aux législatives – qui permettent d’être élu·e député·e –, ce que Hamon n’est pas en mesure de promettre (8).

Deux mois après cette victoire surprise de Benoît Hamon, l’acteur Philippe Torreton décrie l’« attitude égotique désastreuse » des deux candidats de gauche (9). Un sentiment possiblement partagé par une base militante qui se retrouve avec deux candidats aux sensibilités apparemment semblables, mais incapables de s’allier pour s’offrir tout espoir de second tour, et de victoire.

Cela n’empêche pas la campagne de Mélenchon de décoller. Ce dernier investit YouTube (10) avec succès, y récoltant les vues par centaines de milliers, ce qu’aucun politicien ou politicienne français·e n’avait réalisé jusqu’alors. Il brille lors d’un débat télévisé inédit (11). Il donne un meeting sous la forme d’hologramme, coup de force médiatique. Mélenchon grimpe dans les intentions de vote (12), distançant Hamon et talonnant François Fillon, candidat du parti de droite Les Républicains en difficulté car croulant sous les affaires et scandales.

Celui qui se réclame tribun du peuple se construit une image moderne et au goût du jour, et séduit ainsi un électorat jeune, désabusé d’un monde politique déconnecté. Si en 2012 il voulait « construire une autre Europe » (13), il veut aujourd’hui « sortir des traités européens » (14). Il manifeste toujours sa volonté de réformer l’Union Européenne, « plan A », mais il envisage dorénavant ouvertement de la quitter, « plan B ». Mis à part ce revirement sur la question européenne, son programme reste semblable à celui de 2012. On y retrouve les mêmes points d’emphase, solidarité économique et haro contre la finance, environnement, refondation de la République, une nation indépendante et humaine à l’heure de la mondialisation effrénée.

S’il est élu, Mélenchon pourrait ne rester à l’Élysée que pour une durée réduite. Il annonce qu’il convoquera une Assemblée constituante citoyenne pour réécrire la Constitution et imaginer une 6e République « démocratique, égalitaire, instituant de nouveaux droits et imposant l’impératif écologique ». Cette nouvelle République mise en place, Mélenchon laisserait alors supposément la place au prochain.

Cette République égalitaire combattrait les inégalités économiques, pour le partage du travail dans une France qui n’a « jamais été aussi riche ». Augmentation des salaires pour les travailleurs et travailleuses, limitation des salaires pour les patron·ne·s, retraite à 60 ans, « sécurité sociale intégrale »… Mélenchon propose une refonte de l’emploi en France : « Réduire le temps de travail, travailler moins pour travailler tous [et toutes]. » Une France idéale, une France isolée, « protectionnisme solidaire » oblige, mais une France qui regardera de l’avant : entre « transition écologique » et « économie collaborative ».

Mélenchon reprend aussi comme « adversaire » la finance, qu’il veut « mettre au pas ». Hollande l’avait promis en 2012, lors de son fameux discours du Bourget (15), en avait récolté les dividendes électorales, mais rien n’avait suivi. Mélenchon veut réguler la finance, protéger l’« économie réelle » et les citoyen·ne·s de ses dérives et excès. Outre les financiers, Mélenchon veut aussi combattre l’évasion fiscale, ce que la présidence actuelle a déjà commencé à faire. Il veut d’ailleurs faire la « révolution fiscale » : Revenu maximum autorisé et imposition des revenus du capital, Mélenchon signe ici quelques-unes des lignes les plus radicales de son programme.

Aux jeunes, il promet une « allocation d’autonomie » entre 18 et 25 ans, mais aussi de « refonder l’enseignement supérieur », aujourd’hui en proie à la marchandisation, tandis que les étudiants et étudiantes font face à la précarité et manquent de moyens. Mélenchon étend cette volonté réformatrice aux filières professionnelles et à l’école, avec notamment une scolarité obligatoire de 3 à 18 ans, 60 000 enseignant·e·s supplémentaires, et un meilleur salaire pour cette profession.

« L’urgence écologique », que Mélenchon place à pied d’égalité avec ses autres priorités, appelle selon lui à un effort de « planification », et s’inscrit dans la lignée de son programme économique. Il faut choisir entre finance et écologie, explique-t-il, car la définanciarisation est conditionnelle à la transition écologique.  Transition écologique, transition énergétique pour une France qui fonctionnerait à 100% d’énergie renouvelable à l’horizon 2050. Une « exigence écologique » qui s’applique à tous les domaines de la société : modes de consommation, modes de transports, agriculture, aménagement du territoire, bâtiments, etc.

Enfin, Mélenchon concilie à son euroscepticisme la vision d’une France s’affirmant comme une puissance humaniste et indépendante sur la scène internationale. S’il veut quitter l’OTAN, le Fonds monétaire international (FMI)  et la Banque mondiale, Mélenchon souhaite « renforcer et réinvestir l’ONU ». Se refusant à la « logique du choc des civilisations », il offrirait l’asile aux sonneurs d’alertes Edward Snowden et Julian Assange, et travaillerait à la « formation d’une nouvelle alliance altermondialiste ». Ambitieux, Mélenchon veut redessiner la carte des alliances et sympathies mondiale. En pratique, il ferait de la France un nouvel électron libre, sa souveraineté retrouvée, s’inscrivant dans un désengagement institutionnel notamment prôné par l’administration Trump. Ambitieux toujours, Mélenchon effeuille les projets : paix en Syrie et entre Israël et la Palestine, union méditerranéenne, et politique de la francophonie. Le Quai d’Orsay, siège du ministère des Affaires étrangères, aurait fort à faire.

Sur la montée, Mélenchon n’a toujours que peu de chance de progresser au second tour des présidentielles. Pour cela, il faudrait que sa cible fétiche, Emmanuel Macron, subisse un sérieux coup d’arrêt. Marine Le Pen, qu’il attaque avec parcimonie car convoitant peut-être son électorat – le Front National a ces dernières années été le premier parti ouvrier –, est hors de portée. S’il récolte un meilleur score qu’en 2012, il ne pourra néanmoins que constater que l’extrême droite progresse aujourd’hui plus vite que l’extrême gauche. Une nouvelle défaite, à 65 ans, l’amènera sans doute à réfléchir à son avenir politique, alors qu’il sera député européen jusqu’en 2019. Ce sera néanmoins la gauche, sa gauche, qui aura le plus de questions à se poser : comment faire après ce personnage gaulliste qui se voulait à lui tout seul le représentant d’une gauche populaire, d’une gauche citoyenne? Pour France Insoumise, comment approchera-t-on cette recomposition de l’échiquier politique en vue, avec la comète En Marche! (16) et un Parti socialiste fragmenté, et ceci dès les élections législatives de juin? Car la France n’a jamais eu son Podemos ou son Syriza, mais cette malléabilité politique ambiante pourrait peut-être s’en accommoder aujourd’hui. Pour Jean-Luc Mélenchon, il sera peut-être difficile de s’en contenter, et de s’effacer.

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CRÉDIT PHOTO:  CC-BY-SA

1. Alexandre Jassin, « Pour une politique de la main tendue », Agora Vox, 1er avril 2017, http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/pour-une-politique-d…, consulté le 9 avril 2017.
2. Marie Simon, « Congrès du PS: les frondeurs irréconciliables n’ont pas fini de fronder », L’Express, 7 juin 2015, http://www.lexpress.fr/actualite/politique/ps/congres-du-ps-les-frondeur…, consulté le 9 avril 2017.
3. « Troisième cohabitation », Wikipedia, https://fr.wikipedia.org/wiki/Troisi%C3%A8me_cohabitation, consulté le 9 avril 2017.
4. « Mélenchon quitte le PS – Episode 4 – Le départ », Youtube, 10 novembre 2008, https://www.youtube.com/watch?v=CPfNjo2-B5A, consulté le 9 avril 2017.
5. « Parti de gauche (France) », Wikipedia,  https://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_de_gauche_(France), consulté le 9 avril 2017.
6. « Ce qu’il faut retenir du discours de Mélenchon à Marseille », Le Parisien, 14 avril 2012, http://www.leparisien.fr/election-presidentielle-2012/candidats/apres-pa…, consulté le 9 avril 2017.
7. Adrien Oster, « Jean-Luc Mélenchon: démonstration de force du Front de Gauche place de la Bastille à Paris », Le Huffington Post, 18 mars 2012, http://www.huffingtonpost.fr/2012/03/18/melenchon-meeting-manifestation-…, consulté le 9 avril 2017.

8. « Jean-Luc Mélenchon détaille ses conditions dans une lettre à Benoît Hamon », Le Point, 17 février 2017, http://www.lepoint.fr/presidentielle/jean-luc-melenchon-detaille-ses-con…, consulté le 9 avil 2017.

9. « Philippe Torreton dénonce l’“attitude égotique désastreuse” des candidats Hamon et Mélenchon », France Info, 30 mars 2017, http://www.francetvinfo.fr/politique/benoit-hamon/philippe-torreton-deno…, consulté le 9 avril 2017.
10. « Jean-Luc Mélenchon », Youtube, https://www.youtube.com/user/PlaceauPeuple, consulté le 9 avril 2017.
11. Diane Malosse, « Et Jean-Luc Mélenchon réveilla le débat », Le Point, 23 mars 2017, http://www.lepoint.fr/presidentielle/et-jean-luc-melenchon-reveilla-le-d…, consulté le 9 avril 2017.
12. « Présidentielle : selon un sondage Mélenchon talonne désormais Fillon et fait tomber Hamon sous les 10% », BFMTV, 31 mars 2017, http://www.bfmtv.com/politique/presidentielle-selon-un-sondage-melenchon…, consulté le 9 avril 2017.
13. « Le Programme du Front de Gauche et de son candidat commun Jean-Luc Mélenchon », 2012, http://www.jean-luc-melenchon.fr/brochures/humain_dabord.pdf, consulté le 9 avril 2017.
14. « Le programme de la France insoumise et de son candidat Jean-Luc Mélenchon : Table des matières », L’Avenir en Commun, 2017, https://laec.fr/sommairehttps://laec.fr/chapitre/4/sortir-des-traites-eeuropeens, consulté le 9 avril 2017. (Tous les éléments de programme cités sont consultables sur ce site, y compris « Sortir des traités européens »)
15. « L’intégralité du discours de François Hollande au Bourget », L’Obs, 26 janvier 2012, http://tempsreel.nouvelobs.com/politique/election-presidentielle-2012/so…, consulté le 9 avril 2017.
16. « En Marche ! », https://en-marche.fr/, consulté le 9 avril 2017.