par Francis Dufresne | Avr 2, 2014 | Opinions
J’avais cette discussion avec un collègue de travail. J’essayais de lui expliquer le paradoxe de l’œuf et de la poule. Pas scientifiquement, vous devinerez. C’était plutôt pour résoudre le débat qui l’opposait à un autre de nos collègues.
Appelons-le Carl. Carl vient de compléter son baccalauréat et commence à enseigner à des jeunes du primaire et du secondaire. Il fait valoir le rôle de l’État dans la collectivité. Il tente de convaincre James, mon ami qui achève son « acting school » à l’université McGill. L’aspirant acteur défend à tout prix la liberté de l’individu, rejetant l’action gouvernementale comme l’impôt.
Une confrontation assez classique, que l’on étiquette communément comme opposition gauche-droite. Un affrontement où il existe très peu de terrains d’entente, si l’on se fie aux médias traditionnels. Une dichotomie idéologique qui divise et polarise les citoyens. Un défi intéressant pour un journaliste, puisqu’il doit rendre compte d’une seule et même réalité.
Carl lance à James que celui-ci n’a probablement rien payé par lui-même avant l’âge de 16 ou 18 ans. Ce sont donc ses parents, eux-mêmes produits de leur environnement (famille, richesse, tradition), qui subvenaient à ses besoins. Par extension, il a même utilisé des services (routes, hôpitaux, écoles) sans les payer. Il a donc une «dette» envers ses parents et/ou envers la société. Envers le groupe.
James n’est pas convaincu. Il n’a jamais signé le fameux contrat social l’obligeant à s’acquitter de cette dette. De plus, il est fondamentalement en désaccord avec le modèle d’État providence. Les individus forment le groupe, mais ce n’est pas au groupe de former les individus. Après tout, les fondateurs de Rome étaient orphelins. Ils ont bâti la capitale italienne sans l’aide de personne : c’est ce que nous apprend le mythe de Romulus et Rémus.
Le lien avec le paradoxe de l’œuf et de la poule? J’y viens.
Carl défend le rôle du groupe et James, celui de l’individu. Comme je vous le disais, Carl est le moins borné des deux. Il reconnait le pouvoir de l’individu, sa capacité à l’autodétermination. Mais il l’estime complémentaire à l’influence du groupe. De son côté, James reste ferme. Rien n’est plus sacré que la liberté des individus.
J’isole mon camarade. Je veux comprendre pourquoi il place les individus au-dessus du groupe. Je lui pose donc la question suivante: Qu’est-ce qui est apparu en premier, l’individu ou le groupe? Il répond l’individu, sans hésiter. Mais comment nait l’individu, si ce n’est de l’union d’un homme et d’une femme, donc d’un groupe? Oui, mais le groupe est composé à la base d’individus. Et ainsi de suite.
Voilà donc le paradoxe de l’individu et du groupe. Un paradoxe. Non pas des pôles inconciliables, mais bien une tension entre deux forces. Des idées complémentaires, comme l’unique et l’universel. Le singulier et le pluriel.
J’essaie de transposer cette image à travers des éléments concrets. En musique par exemple. Rien n’est plus élémentaire, plus pur, qu’une note. Do, ré, mi, fa, etc. Toute composition est constituée de notes. Mais qu’est-ce qu’une note, seule et sans répétition, si ce n’est qu’un bruit?
Je pousse la réflexion plus loin, sans doute un peu trop. La mécanique quantique s’intéresse à l’infiniment petit. À l’atome, aux particules. Vulgarisée par les scientifiques depuis le début du 20e siècle,cette branche de la physique s’est heurtée aux différents apports de la relativité générale d’Einstein, élaborée à la même époque. Comme de fait, cette théorie s’intéresse aux grands ensembles comme les planètes, les galaxies.
Des théories qui s’opposent? Sur bien des biens aspects, oui. N’empêche que de nombreux experts travaillent activement à concilier les deux domaines scientifiques. La théorie des cordes est un champ d’activité qui s’y consacre. Elle pourrait expliquer l’un des paradoxes les plus frappants de l’univers: les trous noirs. Une masse infiniment grande comprimée dans un espace infiniment petit.
Pour revenir à la question de l’œuf et de la poule. Il existe une réponse scientifique. Une réponse claire, nette…mais contradictoire. Nous savons que les œufs ont une origine précédente aux volatiles. Mais pour ce qui est de l’espèce spécifique qu’est la poule, on ne peut pas affirmer qu’elle vient bel et bien d’un œuf de poule. Elle pourrait venir d’un œuf d’autruche transformé par l’évolution, par exemple.
Comme quoi il y a même des contradictions dans le paradoxe le plus célèbre de notre temps. La vérité n’en est pas pour autant affectée. Des positions qui paraissent inconciliables ne devraient décourager aucun journaliste. Le débat entre Carl et James est probablement le plus présent dans le monde économique et politique actuel. Essayons de garder à l’esprit que tous deux vivent dans le même monde.
par Marie-Claude Belzile | Mar 27, 2014 | International, Opinions
S’intéresser à la Russie Unie de Vladimir Poutine
Depuis le printemps 2013, de nouvelles informations sur la montée de l’homophobie en Russie ont fait les manchettes dans les médias de masse, autant sur internet qu’à la télévision et dans les journaux. Nous tentons dans cette analyse de revenir plus en profondeur sur les raisons qui ont suscité une telle attention et de comprendre pourquoi le gouvernement russe est considéré comme dangereux pour la communauté LGBTQ (Lesbien Gai Bisexuel Transexuel Queer). En fait, Vladimir Poutine, président de la Fédération de Russie, a, le 11 juin 2013, mis en application une loi nationale proscrivant toute démonstration publique de l’homosexualité. La loi, en français traduite par «loi anti-propagande gaie», interdit désormais toute forme d’éducation, de diffusion et d’organisation qui se ferait au nom de la diversité des orientations sexuelles et des genres.
En Russie, l’homosexualité a été décriminalisée en 1993 et le demeure toujours. Cependant, la loi adoptée par le parlement russe le 11 juin dernier interdit la «propagande de relations sexuelles non traditionnelles» sans toutefois bannir explicitement l’homosexualité. Son but consiste à empêcher «la diffusion de toute information susceptible d’éveiller l’intérêt des mineurs envers ce type de relations». Par contre, sujette à une interprétation très large, cette loi constitue un recul significatif pour les minorités sexuelles. Sans criminaliser l’acte, elle assurera que les individus non-hétérosexuels soient cachés et le demeurent. Les problèmes sociaux créées par une telle loi risquent d’avoir un impact majeur sur ces communautés.
Prévoyant la formule légale jusqu’à en faire une question de santé publique, même les dirigeants de Russie tels les maires et les députés prétendent que les homosexuel-le-s n’existent pas dans leurs villes et dans leur pays. Anatoly Pakhomov, maire élu de Sotchi, a exprimé publiquement dans un reportage réalisé par la chaîne anglaise BBC que sa ville ne comptait pas d’homosexuel-le-s. «Ce n’est pas accepté ici dans le Caucase, où nous vivons. Nous n’en n’avons pas dans nos villes […] je ne suis pas certain, mais je n’en connais aucun.» (traduction libre), affirme-il à propos des gai-e-s. Le Huffpost Gay Voices (Huffington Post), rapportant les propos de la vidéo sur son site Internet (http://youtu.be/6IUwAOVD05s, 27 janvier 2014), poursuit la description de ces faits erronés. On y mentionne que pourtant, au moins deux clubs de la ville accueillent les individus LGBTQ et que diverses minorités sexuelles clament leur présence à Sotchi. Si les autorités ayant voix dans les médias savent faire entendre leur volonté de mettre à néant la réalité de la diversité des orientations sexuelles, les regroupements activistes pro-LGBTQ ont été rejetés du revers de la main en 2013 lorsqu’ils ont demandé de produire un événement de la fierté gaie, et ce, malgré qu’ils aient rempli en bonne et due forme la requête auprès des instances de la ville responsables d’accorder (ou pas) le droit à ce type d’activités.
Le fait d’être autre qu’hétérosexuel-le, de vivre selon le genre contraire au sexe biologique avec lequel on est né dans une société fortement hétéro normative peut être problématique pour les gens qui le vivent. Psychologues, médecins, professeur-e-s et parents ne possèdent plus la possibilité légale de supporter les individus homosexuels, sous peine de sanctions pénales. Quiconque désirant aider ou soutenir une personne homosexuelle et ses proches ne peut plus le faire de manière organisée. Parler, défendre et enseigner les réalités non-hétérosexuelles est un crime en Russie. Les enfants de ce pays en sont le prétexte : «veuillez les laisser tranquilles», a dit le président à tou-te-s les visiteurs-euses, touristes et citoyen-ne-s de Russie. Toute sexualité qui ne porte pas à procréation est condamnée dans l’espace public, et tant que cette nouvelle loi régressiste sera maintenue par le Kremlin, supportée par la Douma et par le patriarche de Moscou, la discrimination perdurera.
Mouvement anti-Poutine
Depuis la loi anti-gai-e-s, des citoyens et citoyennes de différents pays à travers le monde s’organisent pour confronter les politicien-ne-s russes qui voyagent dans leur pays. Lors de déplacements officiels, plusieurs défenseur-e-s des droits de la personne ont levé fièrement des drapeaux aux flamboyantes couleurs de l’arc-en-ciel. L’accueil réservé au président russe à Amsterdam a été l’un des plus médiatisés. À Amsterdam la majorité des comportements humains socialement prohibés et réprimés ailleurs dans le monde sont permis et bien encadrés. De ce fait, la distance entre les pratiques sociales respectives de chacun occasionne de toute évidence une rencontre pour le moins tendue, au cours de laquelle les pouvoirs légaux de l’un contrecarrent les droits de l’autre. L’accueil réservé à Vladimir Poutine par les Amstellodamois-es s’est résumé à un rassemblement pacifique où des milliers d’individus ont brandi au visage du président russe des drapeaux arc-en-ciel et des portraits maquillés de lui-même. À New York, un boycott des produits en provenance de Russie ainsi qu’une manifestation devant l’ambassade russe ont eu lieu, réunissant des milliers de militant-e-s protestant contre la loi de Vladimir Poutine. Plus récemment, au rond-point Robert Schuman à Bruxelles (Belgique), une manifestation de solidarité aux citoyen-ne-s russes s’est déroulée, le 27 février 2014, afin de dénoncer la loi en question. C’est le International Partnership for Human Rights qui a parrainé l’événement. Un homme isolé se prétendant nazi a temporairement perturbé la démonstration, mais le message a retenu l’attention des médias et a encore une fois parcouru le monde à travers la presse internationale et les réseaux sociaux. À l’ouverture des Jeux Olympiques de Sotchi, l’organisme All Out, promouvant l’égalité et le droit à la diversité humaine, a proposé une mobilisation internationale de la population en demandant aux citoyen-ne-s de se regrouper devant les portes des commanditaires principaux des Jeux Olympiques. Il s’agissait d’une invitation à manifester contre le mutisme entretenu devant ces politiques. Pour une lecture complète des commanditaires visés, il est possible de consulter le site Internet de l’organisme pro-LGBTQ, All Out, à l’adresse électronique suivante: Olympic.org/sponsors. Plus près de chez nous s’est tenu un événement le soir de l’ouverture des jeux olympiques à Montréal, sous le nom de Poutine vs Putin. Les Québécois-es ont été invités à venir manger une bouchée de poutine en démonstration de leur support aux homosexuel-le-s russes et l’initiative montréalaise a fait écho jusqu’à Vancouver.
C’est toutefois en Russie que le mouvement se fait le plus entendre. Depuis l’arrestation des membres du groupe punk rock Pussy Riots en juin 2012, de nombreuses manifestations plus ou moins violentes et ayant malheureusement fait plusieurs blessés et quelques morts se sont tenues dans les grandes villes de St-Petersbourg et de Moscou. Une vidéo du groupe performant publiquement au centre-ville de Sotchi a d’ailleurs circulé partout sur Internet. On les voit être agressées à coups de fouet par des miliciens cosaques (http://video.lefigaro.fr/figaro/video/sotchi-des-pussy-riot-agressees-avec-des-fouets/3226402651001/). Les associations de pouvoir entre l’Église orthodoxe et le Kremlin, celles liant le parti Russie Unie à la Douma de même que le président Poutine, n’ont fait que mettre le feu aux poudres dans les métropoles du pays, accentuant les rivalités civiles déjà existantes.
En plus de l’effort international donné en support aux citoyen-ne-s russes, des présidents et premiers ministres ont annoncé publiquement qu’ils ne seraient pas présents aux Jeux Olympiques de Sotchi, et ce, afin d’affirmer leur désaccord avec les politiques de M. Poutine. De plus, des athlètes et représentants ouvertement gai-e-s ont été les envoyé-e-s élu-e-s de la délégation officielle voyageant vers Sotchi. Par ailleurs, Le quotidien Metro News a rapporté le 31 janvier de cette année qu’une pétition signée par 52 athlètes olympiques (retraité-e-s ou actifs-ives) circule dans l’espoir de voir la loi anti-gai-e-s être abrogée, tout en reprochant au Comité international olympique (CIO) son inaction devant cette injustice. Les signataires réclament que le sixième principe de la Charte olympique soit respecté à Sotchi : «les discriminations n’ont pas leur place dans le mouvement olympique».
En désirant dénoncer publiquement la négligence délibérée de Vladimir Poutine sur les droits fondamentaux des LGBTQs russes, les dénonciateurs-trices de la loi souhaitent, au-delà de la mise en lumière du pouvoir discriminatoire dont s’est emparé le gouvernement, montrer comment les individus ciblés par cette loi doivent nier leur existence dans la sphère publique depuis sa légifération. C’est de cette conséquence particulière que nous devons nous inquiéter, car elle ne touche pas que nos sociétés contemporaines, mais aussi les générations à venir qui grandiront sous le joug de cette loi. Les médias qui osent diffuser les événements engendrés par l’intolérance détiennent désormais un appui légal qui leur permet de venir en aide aux individus touchés par cette discrimination et peut-être de la réduire éventuellement. Les homosexuel-le-s, bisexuel-le-s, transgenres et autres minorités sexuelles, méritent tout autant que n’importe quel autre Russe le droit d’aimer librement et publiquement.
SOURCES ET POUR POURSUIVRE VOTRE RÉFLEXION…
- BROGLIE, Louis De, 1937. La physique nouvelle et les quanta. Champs Flammarion,Paris, France, 299 pages.
- BYKOV, A.K., 2012. The Formation Of The Spirit Of Patriotism In Young Poeple.
- Russian social Science Review, M. E. Sharpe inc., vol. 53 n°3, pages 16-30.
- DAWKINS, Richard, 1995. Qu’est-ce que l’évolution? Le fleuve de la Vie. Pluriel,
- Hachette Littératures, Paris, France, 193 pages.
- EINSTEIN Albert, Léopold INFIELD, 1983. L’évolution es idées en physique. Champs
- Flammarion, Paris, France, 287 pages.
- GOULD, Stephen Jay, 1997. L’éventail du vivant. Le mythe du progrès. Sciences,
- Éditions du Seuil, Paris, France, 307 pages.
- KOZIN, N., 2012. A portfolio of the identities of young people of the south of Russia under the conditions of a civilizational choice. Russian Social Science
- Review, M.E. Sharpe inc., É.-U., vol.53 n°3, pages 44-59.
- MALKHOV, Vladir S., 2012. Will we Fulfill a Russian Project in Rossiia? Russian
- Social Science Review, M. E. Sharpe inc., É.-U., vol.53 n°1 page 16.
- MIKHAILOVA, 2012. Russian Sense of well-being and perception of the future.
- Russian Social Science Review, M. E. Sharpe inc., É.-U., vol. 53 n°1, pages 6-61.
- RAKITOV, A.I., 2006. The regulative world : knowledge-based society. Russian
- Studies In Philosophy, M.E. Sharpe inc., É.-U., vol.45 n°1.
- RUDNEV, R., 2008. Basic Values of Russian and Other Europeans. Russian Social
- Science Review, M.E. Sharpe inc., É.-U., vol. 53 n°2, 2012, pages 62-95.
- An International Roundtable, 2006. New information technology and the faith of
- rationality in contemporary cultures, Russian Studies In Philosophy, M. E.
- Sharpe, É.-U., vol. 45 n°1, pages 72-92.
CRÉDIT PHOTO: Stéphanie Bijou
par Thomas Mongeau | Mar 26, 2014 | Opinions
Commençons par régler tout de suite l’essentiel : la Charte proposée par le PQ est un outil bassement électoraliste. Le PQ cherche en effet assez clairement à utiliser notre système électoral déficient à son plein potentiel pour lui permettre d’atteindre, à l’encontre de toute légitimité démocratique, l’objectif ultime qu’est un gouvernement majoritaire avec moins de 40% des voix. En cela, il imite les plus viles tactiques du Parti conservateur fédéral, tactiques qui, malheureusement pour les progressistes de ce monde, ont fait leurs preuves. Il est important, aussi, de ne pas oublier que c’est un projet qui s’attaque de façon sans équivoque à des groupes sociaux plus marginaux qui ont moins la capacité de se défendre ou qui, en tout cas, « ne votent pas du bon bord » (pour un stratège péquiste) de toute façon, et laisse toute liberté à la majorité « historiquement catholique ».
Cela établi, on peut oublier le débat de forme sur la stratégie politique ou sur quel groupe social est plus visé qu’un autre par une politique discriminatoire pour s’attarder à un questionnement de principe au cœur de nombreux débats politiques (sinon publics) depuis l’époque des Lumières : la présence de la religion dans la sphère publique, politique et privée.
La question que je pose aujourd’hui est à mon avis fondamentale pour la gauche progressiste : jusqu’à quel point peut-on tolérer des pensées arriérées et ultraconservatrices, et plus encore leur promotion ouverte, au nom de la liberté de culte et de conscience? Et jusqu’à quel point doit-on réfréner la promotion, sinon d’un athéisme, à tout le moins de croyances plus progressistes, au nom de la liberté de conscience de l’autre et de l’anti racisme?
Il me semble que récemment, en matière de religion, critiquer celle des autres est rapidement assimilé à du racisme. Il s’agit certainement de discrimination basée sur la religion, mais certainement pas de racisme, lorsque le problème est la religion et non la race. Or, il devient rapidement difficile de faire autre chose que critiquer « la religion des autres » lorsque l’on prône, notamment par l’exemple, l’appartenance à aucune. Car la religiosité d’un francophone catholique du Saguenay est tout autant étrangère au gauchiste athée montréalais que celle d’un musulman ou d’un juif pratiquant, il ne faut pas se leurrer. Aucun, toutefois, ne vient racheter l’autre sur le point des opinions politiques, que ce soit par rapport à l’avortement, à l’homosexualité, à la place des femmes en société ou tout un ensemble d’autres plaisantes idées.
Comment, donc, peut se positionner une gauche progressiste et laïque dans ces circonstances? Les conditions du débat n’aident pas exactement à une position en nuance, avec la façon dont le PQ en fait la promotion actuellement. Or, c’est précisément là qu’il faudrait en arriver. En-dehors de la situation particulière actuelle, le débat en jeu porte tout de même sur l’éternelle question de la primauté du collectif sur l’individu, ou l’inverse, et sur la situation l’équilibre entre les deux. Dans le même ordre d’idées, il s’agit aussi de l’épineuse question de jusqu’où le collectif peut intervenir pour forcer le respect des droits individuels, au risque d’agir contre le gré de la personne « sauvée ». Il s’agit d’une question fondamentale qui, lorsqu’elle touche un sujet aussi délicat que la justification d’idées conservatrices par l’expression d’une liberté libérale, vient poser de nombreux problèmes, qu’il serait fort à propos de ne pas écarter du revers de la main ou en atteignant le point Godwin à une vitesse fulgurante.
S’il s’agissait d’une véritable charte de la laïcité, plutôt que d’une charte sur la laïcité des non chrétiens, où devrait se situer la personne qui veut s’opposer aux idées rétrogrades tout en respectant les libertés individuelles? Serait-ce raciste et inacceptable si la charte s’imposait aussi aux confessions chrétiennes en leur retirant le droit de s’afficher en public tout autant qu’aux autres? Bien sûr que non : ce serait une attaque frontale contre toute forme de religion et de religiosité. Ce serait probablement en conflit clair et direct avec le droit à la liberté de culte et de religion, qui reste une liberté fondamentale, et ce serait de toute façon contre-productif, comme l’exemple de l’URSS l’a démontré. L’Église orthodoxe, après des décennies d’interdiction officielle, y est en effet aussi riche, puissante et plus vivante que jamais. Mais une charte qui interdirait également la religion de tout le monde ne serait pas une charte raciste, ce serait une charte anti-religion, et il me semble que ce genre de question mérite son traitement propre.
Sans suivre la voie de l’interdiction pure et simple, il existe plusieurs autres moyens de s’opposer à la religion et de laïciser de plus en plus la société, que l’on pense à une réforme du calendrier, à un crucifix à retirer, à la fin des crédits d’impôt aux lieux de culte et bien d’autres. Si on considère qu’il s’agirait là d’un moyen comme un autre de combattre l’obscurantisme et le conservatisme, il me semble aujourd’hui qu’il ne faudrait plus se cacher de lutter contre la religion, contre ses idées et ses pratiques, et que laisser la liberté de croyance à autrui ne veut pas dire qu’il faut respecter ses croyances parce que ce sont les siennes. Je ne sais pas si l’affirmation « les goûts ne se discutent pas » est fondée ou non, mais il me paraît clair que « l’appartenance religieuse ne se discute pas » est une bêtise, lorsqu’accompagné d’idées politiques aberrantes.