par William Grondin | Mai 15, 2022 | Opinions
Lors de la campagne électorale de 2021 à la mairie de Montréal, la mairesse Valérie Plante a promis qu’advenant sa réélection, elle doterait le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) de caméras corporelles portatives dès 2022[1]. Le ministère de la Sécurité publique a également déployé en 2021 un projet pilote de caméras portatives dans la province[2]. Un consensus socio-politique favorable se dégage quant à l’adoption de caméras portatives pour les corps de police couvrant le territoire québécois, et ce, pour améliorer la confiance citoyenne envers la police et favoriser l’imputabilité. Au-delà de ces promesses et du consensus quant à l’utilisation d’un tel dispositif, l’angle mort des débats est le caractère technique de cette solution à une problématique de nature sociale.
L’imaginaire sociotechnique auréolant les caméras corporelles portatives : de l’objectivité épistémique de l’image
Le concept d’imaginaire sociotechnique est fécond pour appréhender les attentes et les apriorités – positives et négatives – face aux nouvelles technologies. En sociologie des sciences, ils sont les représentations collectives des futurs désirables ou non souhaités se matérialisant dans les choix techniques et sociaux. Autrement dit, le concept d’imaginaire sociotechnique renvoie aux valeurs s’inscrivant dans la création et la négociation d’un artéfact technique. Raisonner l’artéfact technique pour comprendre la société, réfléchir la société pour comprendre l’artéfact technique dans une perspective coextensive d’influence mutuelle.
Les artéfacts techniques – dans notre cas, les caméras corporelles – peuvent être étudiés dans une dialectique représenté-représentant en tant que concrétisation d’un ordre désirable et d’une vision de la société qui se répercute dans l’adoption et la constitution de la technique[3]. L’imaginaire sociotechnique de transparence, de redevabilité et d’objectivité auréolant l’utilisation de caméra portative par les corps de police a pris naissance dans un contexte de prolifération rapide des technologies de l’information et des communications, comme les téléphones intelligents munis de caméras vidéos.
La captation d’images vidéos par les citoyens et citoyennes est reconnue comme un moyen de contrebalancer le pouvoir de l’institution policière, de se défendre en cas d’abus et de donner de la crédibilité à la perspective citoyenne. Cet imaginaire sociotechnique n’est pas étonnant étant donné que, ces dernières années, plusieurs interventions policières ont été filmées par des citoyens et citoyennes à l’aide de leurs téléphones cellulaires, mettant en lumière des situations de violences policières au Canada et aux États-Unis. Un cas paradigmatique est celui de l’Afro-Américain George Floyd – décédé à la suite d’une intervention policière en mai 2020 – où l’ex-policier Derek Chauvin a maintenu son genou sur le cou de la victime pendant près d’une dizaine de minutes, causant son décès par asphyxie. Les images de l’intervention, captées par des citoyens et citoyennes, ont fait le tour du monde et permis de braquer les projecteurs sur les violences policières et raciales métastasées en Amérique du Nord. Elles ont également été au centre du procès de Derek Chauvin, reconnu coupable le 20 avril 2021 de meurtre au 2e degré, meurtre au 3e degré et d’homicide involontaire[4].
Il serait cependant surprenant que des images provenant d’une caméra corporelle portée par la police fassent l’objet d’un traitement semblable aux images captées par la population. Alors qu’il semble y avoir consensus politique sur le déploiement de caméras corporelles, l’aspect du traitement et de la diffusion des données vidéos produites par caméras corporelles est un angle mort du débat – évacué par l’illusion d’un imaginaire sociotechnique, qui met sur un piédestal épistémique l’objectivité des images vidéos. Cet angle mort devrait cependant être au cœur des préoccupations sur l’implantation de cette nouvelle technologie. En absence de législation sur leur utilisation, les images demeurent entre les mains des services de police, faisant en sorte que l’objectif de transparence et de redevabilité est institutionnellement et théoriquement court-circuité. Par exemple, l’introduction, en 2017, de caméras corporelles au New York City Police Department pour tenter de redorer l’image du service de police – teintée par des scandales, des abus et des années de stop-and-frisk – n’a pas eu l’effet escompté. Le manque d’encadrement législatif a fait en sorte que l’effet contraire s’est produit. Le New York City Civilian Complaint Review Board, l’agence chargée de surveiller et d’enquêter sur le service de police de la ville de New York, explique :
Le New York Police Department sape les enquêtes sur les abus de la police en refusant de donner un accès complet aux images de caméras portées sur le corps, selon un nouveau rapport d’une agence de surveillance de la ville([1])[5].
Le syndicat des agents et agentes de police de la ville de New York a, par le passé, tenté de bloquer la diffusion d’enregistrements d’intervention policière au public, soit en niant leur existence[6], soit en empruntant la voie juridique[7]. Les agents et agentes de police ont également développé un système de codes pour faire comprendre à leurs collègues que leurs caméras étaient en fonction et qu’ils et elles devraient agir en conséquence.
L’article Police turn body cams into tools for public relations, not accountability, paru en 2017 dans le Columbia Journalism Review, s’est penché sur le phénomène de l’utilisation des caméras corporelles en tant qu’outil de relation publique par les corps de police aux États-Unis[8]. On y explique que les services de police s’empressent de diffuser les images les présentant sous un jour favorable, tandis que les images compromettantes font l’objet de rétention et ne sont pas médiatisées. Constat semblable dans un article publié dans le North Carolina Law Review, qui mentionne qu’en absence de législation, les services de police ont tendance à utiliser les images des caméras corporelles de façon partiale. Par exemple, pour donner une image positive de leurs officiers et officières, décident arbitrairement quelles images seront dévoilées aux médias et sont réticents à fournir des images négatives de leurs agents et agentes[9].
Les images captées par les services de police peuvent parallèlement servir à tenir des opérations marketing sous le couvert de partager la réalité policière. Abondamment présentes sur internet, des images d’interventions provenant de caméras portatives sont diffusées sur YouTube par les services de police pour faire la promotion de la profession et cultiver l’admiration du public pour les forces de l’ordre. Les caméras corporelles portatives n’étant pas bonnes ou mauvaises en soi, la variable indépendante est une règlementation claire et précise qui circonscrit le processus de rétention et de traitement des images par la police, tout en favorisant le respect du droit à la vie privée des policiers et policières et des citoyens et citoyennes présents dans les enregistrements vidéos.
Les caméras corporelles en tant que « technological fixes »
Le concept de technological fixes fait référence à une « Application de la technologie pour résoudre des problèmes sociaux de nature non-technique, et ce, pour une variété de problèmes dans la société contemporaine ([2]) »[10]. Il s’agit d’intelligibiliser des problématiques sociales en s’ingéniant à les convertir en problématiques d’ordre technique, dont le corolaire est ultimement une solution technique. On note que cette approche technocentrique est particulièrement répandue en ce qui a trait à la formulation de solutions pour lutter contre les changements climatiques (les voitures électriques), les problématiques économiques (développement de l’intelligence artificielle et de nouvelle technologie en général) et la brutalité policière (caméra corporelle).
Dans le contexte d’une perte de confiance envers les services de police, l’implantation généralisée de caméras corporelles portatives peut paraitre une solution digne d’intérêt. Or, le SPVM a signalé que les coûts associés à un tel projet sont de l’ordre d’environ 24 M$ par année, soit près de 4% du budget de fonctionnement du corps de police pour l’année 2018[11]. Le SPVM estime qu’il faudrait embaucher 71 policiers et policières additionnels compte tenu des charges de travail supplémentaires, 117 agents, agentes et civils pour garantir une gestion efficace des vidéos et 14 personnes au soutien en matière technologique et pour les demandes d’accès à l’information[12]. Le déploiement du projet s’effectuerait sur 4-5 ans, car il faudrait former l’ensemble des effectifs, faire l’acquisition des caméras, développer une solution technologique, aménager des locaux, etc. Dans ce contexte, l’implantation de caméras corporelles portatives nécessiterait une vague massive d’embauche et une augmentation marquée du budget du SPVM. Rien ne dit par contre que cet investissement massif serait le plus approprié pour rendre le SPVM imputable de ses actions.
À Montréal, la Commission de la sécurité publique est l’instance publique qui surveille et étudie les questions relatives au Service de Police de la Ville de Montréal. Elle permet de limiter l’autonomie policière et d’assurer une redevabilité du SPVM envers les élus et élues. La commission mène actuellement plusieurs dossiers quant au profilage racial par la police, sur la diversité au sein du SPVM et a mené des consultations sur les caméras portatives. L’historique du SPVM avec cette instance est ambivalente, ayant initialement refusé de répondre aux préoccupations des élus et élues par rapport à l’utilisation de nouvelles technologies de reconnaissance faciale[13]. On note que Commission de la sécurité publique se réunit souvent à huis clos, court-circuitant l’essence d’une commission publique. Sous le couvert d’une indépendance entre l’institution politique et policière, le cadre de redevabilité démocratique envers la population demeure déficitaire, favorisant une méfiance face à l’institution policière
Un second élément qui pourrait renforcer la confiance du public envers l’institution policière est la remise en question de l’imputabilité restreinte dont l’effectif policier bénéficie. En effet, le traitement de plainte en déontologie policière peut facilement s’étirer sur plus de 5 ans avant qu’une décision soit rendue[14]. La gravité des peines est également superficielle en fonction des infractions. Prenons l’exemple de l’affaire récente concernant le policier Matthew Cool, reconnu coupable en 2022 par le Comité de déontologie policière d’avoir notamment[15] :
- Intentionnellement produit un faux rapport d’évènement « dans le but de camoufler sa propre inconduite et dans le but de justifier l’intervention sans apporter le réel descriptif des évènements » ;
- D’avoir arrêté un individu sans motif ;
- D’avoir utilisé la force sans droit pour empêcher un individu de filmer une arrestation
Dans cette affaire, la peine imposée par le comité de déontologie policière est de 31 jours de suspension sans traitement. Loin d’être hors de l’ordinaire, cette faible sanction s’inscrit dans une jurisprudence particulièrement clémente considérant la gravité objective de l’infraction, plombant du même coup la confiance du public envers les institutions censées agir en tant que chien de garde de l’institution policière.
Quand la technique se substitue au progrès social
La période des Lumières comme définie par Rousseau postule la perfectibilité humaine sous l’angle d’une prise de conscience collective de la capacité de créer des institutions pour bâtir une société plus juste et égalitaire :
« Si la maîtrise technoscientifique peut contribuer à l’amélioration de notre destinée, cette quête technoscientifique doit, pour Rousseau et, plus largement, pour l’ensemble des philosophes des Lumières, rester subordonnée à des impératifs d’ordre éthico-politique plus fondamentaux »[16].
Autrement dit, si la technique peut contribuer à la perfectibilité sociale, celle-ci doit avant tout demeurer secondaire à une prise de conscience collective. Dans la société post-moderne, l’antienne selon laquelle le progrès technique est corolaire au progrès social est hypostasiée, comme on le constate avec le projet d’instauration des caméras portatives en tant que technological fixes à une problématique de nature sociale. Ancrées dans un imaginaire sociotechnique d’omniscience et d’objectivité épistémique de l’image, les caméras corporelles apparaissent erronément comme solution privilégiée pour faire triompher la vérité et l’imputabilité. S’il est possible que des effets positifs émanent du déploiement à grande échelle de ce dispositif, on est en droit de se questionner sur son coût élevé, le manque d’encadrement juridique et le choix d’une solution technique à un problème fondamentalement social. Aussi louable soit-elle, la volonté de renforcer la confiance du public envers l’institution policière en introduisant des caméras corporelles est, au mieux, ténue, au pire, elle s’inscrit dans un paradigme technophile occultant la problématique sociétale à la base de cette situation.
CRÉDIT PHOTO: Alexandre Debiève/unplash.com
([1]) Notre traduction : « The New York Police Department is undermining investigations into police abuse by refusing to give full access to body-worn camera footage, according to a new report by a city watchdog agency. »
([2]) Notre traduction de : « application of technology meant to solve social problems that are non-technical in nature – for a variety of pressing issues in contemporary society »
[1] Anne-Marie Lecomte, « Caméras pour les policiers : Plante n’agit pas assez vite au goût de Coderre », Radio-Canada.ca (Radio-Canada.ca, 2021), https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1807233/plante-projet-montreal-snow….
[2] Sureté du Québec, « Déploiement d’un projet pilote de caméras portatives », 2021, https://www.sq.gouv.qc.ca/communiques/deploiement-dun-projet-pilote-de-c….
[3] Sheila Jasanoff, « Future Imperfect : Science, Technology, and the Imaginations of Modernity », dans Dreamscapes of Modernity: Sociotechnical Imaginaries and the Fabrication of Power (University of Chicago Press, 2015).
[4] Sophie-Hélène Lebeuf, « L’ex-policier Derek Chauvin reconnu coupable du meurtre de George Floyd », Radio-Canada.ca (Radio-Canada.ca, 2021), https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1786469/mort-george-floyd-jury-verd….
[5] Eric Umansky, « Police Watchdog Calls for Full Access to Body Cam Footage. The NYPD Says No. », ProPublica, 2021, https://www.propublica.org/article/police-watchdog-calls-for-full-access….
[6] Eric Umansky, « Over 700 Complaints About NYPD Officers Abusing Black Lives Matter Protesters, Then Silence », ProPublica, 2021, https://www.propublica.org/article/over-700-complaints-about-nypd-office….
[7] NBC New York, « New York Court Rules Public Allowed to See Police Body Camera Footage », NBC New York (blog), 2019, https://www.nbcnewyork.com/news/local/new-york-ny-court-rules-public-all….
[8] Steve Friess, « Police Turn Body Cams into Tools for Public Relations, Not Accountability », Columbia Journalism Review, 2017, https://www.cjr.org/united_states_project/body-cam-las-vegas-police.php.
[9] Seth W. Stoughton, « Police Body-Worn Cameras Badge Cams as Data and Deterrent: Enforcement, the Public, and the Press in the Age of Digital Video », North Carolina Law Review 96, no 5 (2018): 1363‑1424 https://scholarship.law.unc.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=6681&context….
[10] Selma Šabanović, « Robots in Society, Society in Robots », International Journal of Social Robotics 2, no 4 (2010): 439-450, https://doi.org/10.1007/s12369-010-0066-7.
[11] Service de police de la Ville de Montréal, « Projet pilote des caméras portatives du SPVM : synthèse janvier 2019 » (Montréal: Service de police de la Ville de Montréal, 2019), https://spvm.qc.ca/upload/Fiches/Cameras_portatives/synthese_projet_pilo….
[12] Ibid.
[13] Commission de la sécurité publique, « Ville de Montréal – Portail officiel – SPVM – technologies de reconnaissance »,page web (Ville de Montréal, 2021), http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=6877,143506297&_dad=port….
[14] Louis-Samuel Perron, « Un policier du SPVM suspendu un mois pour un faux rapport », La Presse, 8 mars 2022, sect. Justice et faits divers, https://www.lapresse.ca/actualites/justice-et-faits-divers/2022-03-08/un….
[15] Comité de déontologie policière, « C-2016-5015-3 (15-1245-1) », 2022, https://comite.deontologie.gouv.qc.ca/fileadmin/comite/decisions/C-2016-….
[16] Nicolas Le Dévédec, « Retour vers le futur transhumaniste », Esprit Novembre, no 11 (2015): 89‑100, https://doi.org/10.3917/espri.1511.0089.
par William Grondin | Jan 22, 2021 | Canada, Societé
Le 23 septembre dernier, lors d’un cours à l’Université d’Ottawa portant sur la représentation des identités sexuelles dans le domaine artistique, une professeure prononce le « mot en n ». La professeure en question, Verushka Lieutenant-Duval, était loin de se douter qu’en utilisant ce mot dans un contexte académique, et ce, à titre d’exemple, elle allait provoquer une tempête s’étendant bien au-delà des murs de l’institution universitaire.
Après la séance en question, des étudiant·e·s lui signifient par courriel leur inconfort. Madame Lieutenant-Duval leur présente donc des excuses et propose de consacrer une partie de la séance subséquente pour aborder cet enjeu. Les évènements déboulent rapidement, des étudiant·e·s portent plainte et accusent la professeure de racisme, elle est rapidement suspendue par l’administration de l’Université d’Ottawa et une enquête est ouverte. L’administration offre au groupe de compléter la session avec une nouvelle enseignante1. Madame Lieutenant-Duval est ensuite victime d’une campagne de cyberintimidation. Une étudiante publie un échange privé ayant eu lieu avec la professeure, en prenant soin de divulguer le numéro de téléphone et l’adresse de celle-ci2.
Une trentaine de ses collègues de l’Université d’Ottawa font paraitre une lettre ouverte le 16 octobre pour dénoncer le traitement réservé à la professeure et faire un plaidoyer en faveur de la liberté académique3. À la suite de la publication de cette lettre ouverte, la situation s’envenime au point où ils et elles reçoivent des menaces, et des appels à leur renvoi sont partagés sur les réseaux sociaux.
Ce qui aurait pu être une situation cloisonnée entre les murs de l’Université d’Ottawa s’est sans conteste transformé en débat de société sur l’utilisation du « mot en n », et accessoirement sur le clientélisme universitaire et le racisme. Maintenant que la poussière est quelque peu retombée, nous proposons d’étudier en quoi cet épisode s’est avéré une occasion ratée d’avoir un débat de fond sur le racisme dans une société où l’on arrive encore mal à l’aborder de manière systémique.
Discursivité, langage autorisé et identité
Le concept designe linguistique, développé par Ferdinand de Saussure, permet d’introduire la facette discursive de l’enjeu de l’utilisation du « mot en n ». Cette notion discursive prescrit une distinction entre le signifié et le signifiant. Le signifié est la représentation mentale d’une idée ou d’un concept, ce à quoi il fait référence. Le signifiant est le signe – qui peut être auditif, visuel, écrit, etc. – faisant référence au signifié4.
Par exemple, les signifiants « goéland » en français et « seagull » en anglais font référence au même signifié, c’est-à-dire au même oiseau. Évidemment, les théories sur le langage tiennent maintenant compte des éléments socioculturels et individuels, le signifié prenant une forme variable d’un milieu à l’autre.
En ce qui concerne le cadrage du débat sur le « mot en n », il s’est posé par rapport au droit ou non de le prononcer. Autrement dit, l’accent s’est étonnamment porté sur l’accès à la verbalisation du signifiant, plutôt que sur le sens du signifié. Le « mot en n » joue ici le rôle de signifiant qui parait interdit, comparativement à l’explication de son signifié qui peut être faite sans problème. Pourquoi le signifiant semble-t-il barré, tandis que le signifié peut être verbalisé? Pourquoi certain·e·s peuvent-elles et peuvent-ils le formuler légitimement – par exemple dans des œuvres artistiques –, alors qu’on juge d’autres illégitimes de le faire?
Contrairement à Saussure, Bourdieu met de l’avant une théorie du langage autorisé visant à expliquer le pouvoir latent soutenant implicitement l’usage du langage :
Dès que l’on traite le langage comme un objet autonome, acceptant la séparation radicale que faisait Saussure entre la linguistique interne et la linguistique externe […] on se condamne à chercher le pouvoir des mots dans les mots, c’est-à-dire là où il n’est pas5.
Pour Bourdieu, l’efficacité et la légitimité du langage ne s’inscrivent pas dans les mots en eux-mêmes, mais bien dans le pouvoir d’autorité conféré – institutionnellement ou culturellement. Le sociologue français donne en exemple le discours religieux catholique pour expliquer sa théorie. Le pouvoir de prononcer une messe n’est pas en soi dans les mots prononcés – il se retrouve plutôt dans le pouvoir délégué par l’institution qu’est l’Église. Une messe légitime est prononcée par un prêtre – à titre de porte-parole autorisé – reconnu par le Vatican et dans un lieu spécifique à ce rituel : l’église. Sans que ces conditions soient réunies, une messe n’est pas une messe en bonne et due forme, mais seulement une série de mots sans pouvoir.
Dans le cas de l’utilisation du « mot en n », le pouvoir d’autorité et de légitimité de son utilisation s’inscrit sous la forme de l’identité en tant qu’expérience vécue, plutôt que par une institution sous sa forme stricte : « Cette reconnaissance […] n’est accordée que sous certaines conditions, celles qui définissent l’usage légitime : il doit être prononcé par la personne légitimée à le prononcer.6 » Il s’agit donc d’une forme de légitimité hybride socio-identitaire – dans ce cas, être noir·e – avec comme toile de fond des siècles de reproduction sociale du racisme et du colonialisme justifiant le droit d’utiliser le « mot en n ».
Cela est patent quand on se penche sur l’angle de l’argumentation émise par une étudiante inscrite au cours de madame Lieutenant-Duval pour expliquer la non-légitimité de celle-ci de prononcer le « mot en n » : « une Blanche ne devrait jamais prononcer ce mot, point.7 » Un court éditorial du Fulcrum, le journal étudiant anglophone de l’Université d’Ottawa, abonde dans le même sens : « Stop saying the n-word […] if you’re not Black, you don’t have the right.8 » Dans ce cas, le droit n’est pas relatif à l’institution judiciaire ou à une quelconque institution formelle, la légitimité de prononcer le « mot en n » – l’autorisation d’accès au signifiant – est barrée par l’identité relative à des éléments ethniques et à une importante charge historique.
Un rendez-vous manqué
La liberté académique est une pièce maitresse de l’institution universitaire. Elle permet de traiter de sujets difficiles, en protégeant le corps enseignant sans empêcher les débats d’avoir lieu. Évidemment, aborder des questions et des évènements délicats peut impliquer une série d’émotions, dont il est nécessaire de tenir compte en instaurant préalablement un climat et une dynamique appropriés en classe. Bien que la liberté académique fait de l’université un lieu privilégié pour aborder des sujets sensibles, cela n’est pas nécessairement le cas de façon universelle. Le bagage historiquement raciste des universités canadiennes envers l’identité noire est un élément analytique dont on doit tenir compte pour comprendre cette situation complexe, comme l’explique l’article Race, racialization and Indigeneity in Canadian universities :
Quatre décennies de politiques d’équité n’ont pas réussi à transformer considérablement le monde universitaire pour le rendre plus diversifié et plus représentatif de la société en général et du corps étudiant. Cela est en partie dû aux barrières structurelles et aux pratiques discriminatoires dont l’objectif est l’exclusion, en plus d’enrayer les transformations institutionnelles9.
L’émeute étudiante de l’Université Sir George Williams – aujourd’hui Concordia – ayant eu lieu en 1969 est un exemple dont les suites ont permis de mettre en lumière un phénomène de racisme systémique dans la province. Alors que des étudiants occupent et saccagent le neuvième étage du pavillon Henry F. Hall pour dénoncer les agissements racistes d’un professeur et l’inaction de l’université, un incendie s’y déclenche. De la rue, on peut entendre le signifiant interdit, mais cette fois-ci en tant qu’insulte extrêmement violente, « let the n***** burn », en réaction à l’intervention des pompiers pour venir en aide aux manifestants et manifestantes10.
Les tensions raciales étaient alors très explicites. À l’époque, il y avait moins d’une dizaine d’étudiants à l’Université Sir George Williams étant noirs et canadiens. Une enquête menée par leQuebec Board of Black Educators, justement fondé en 1969, a permis d’exposer la discrimination académique envers la communauté noire, et ce, dès le primaire :
À McGill, les Noirs avaient énormément de difficulté à entrer en médecine. Il y en avait peut-être un par année, aucun ou peut-être deux. À l’époque, le nombre maximum de gens des Caraïbes qui ont été acceptés en médecine était de trois […] On a réalisé que neuf Noirs sur dix quittaient l’école, parfois même avant d’entrer au secondaire. Et on a découvert qu’ils se faisaient dire : pourquoi tu vas à l’école? De toute façon, tu n’auras pas de travail11.
Il est aisé de qualifier les luttes passées de légitimes – par exemple les luttes pour le droit de vote des femmes – elles le paraissent davantage quand on les observe avec notre regard d’aujourd’hui. Or, le racisme systémique fait encore de nos jours l’objet de débats et de tensions ouvertes dans nos sociétés. Il peut prendre des formes aussi explicites que latentes et nécessite d’y porter une attention réfléchie et particulière.
Dans le cas de la présente polémique, je partage l’opinion de Babacar Faye, président du Syndicat Étudiant de l’Université d’Ottawa (SEUO) : « Je pense que l’Université a raté l’occasion d’entamer une conversation pas nécessairement sur l’usage du « mot en n », mais sur les pratiques académiques et le rapport avec la race et avec la discrimination.12 » L’enjeu est resté cadré sur la question du droit à l’utilisation du signifiant « mot en n », mais n’a pas su se concrétiser en projet portant sur la remise en question du racisme à l’intérieur de l’institution académique. C’est plutôt une opération de relation publique qui s’est opérée et non pas une tentative de porter une oreille attentive à des revendications étudiantes. La néolibéralisation de l’Université ayant sapé les espaces de collégialité au profit d’une approche managériale, les étudiant·e·s se tournent vers des moyens alternatifs pour mettre de l’avant leurs revendications et points de vue via les réseaux sociaux13.
Les évènements de Sir George Williams ont mené à de grandes enquêtes permettant de mettre en lumière des phénomènes de racisme systémique s’étendant à l’ensemble des cycles d’enseignement. Dans le cas de l’affaire Lieutenant-Duval, l’usage du signifiant est à l’avant-scène, mais l’ensemble du racisme en filigrane est écarté. Ce qui aurait pu être une occasion d’entamer un dialogue sérieux sur le racisme systémique à l’Université a laissé place à un débat caustique créant de l’ombre à des initiatives étudiantes, comme la proposition d’instaurer un cours obligatoire portant sur l’antiracisme à l’Université d’Ottawa14. Ce qu’on retient de cette situation est que l’affaire Lieutenant-Duval aura été un débat dichotomique concernant le droit d’utiliser un signifié sans se pencher sur le fond du problème, une opération de relation publique de la part de l’Université d’Ottawa, en somme, une discussion se cantonnant à l’in-signifiant.
Auteur: William Grondin
Révision de fond: Miruna Craciunescu, Any-Pier Dionne
Révision linguistique: Mireille Vachon
1 Isabelle Hachey, « L’étudiant a toujours raison », La Presse, 15 octobre 2020, https://www.lapresse.ca/actualites/2020-10-15/l-etudiant-a-toujours-rais….
2 Patrice Roy, « Entrevue avec Verushka Lieutenant-Duval, la professeure qui a utilisé le « mot en n » », Radio-Canada.ca (Radio-Canada.ca, 2020), https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1742721/professeure-universite-otta….
3 Collectif de signataires, « Libertés surveillées: des profs de l’Université d’Ottawa dénoncent la suspension de leur collègue », Le Journal de Montréal, 2020, https://www.journaldemontreal.com/2020/10/16/libertes-surveillees-des-pr….
4 Ferdinand de Saussure, Charles Bally, et Tullio De Mauro,Cours de linguistique générale, Éd. crit. prép, Bibliothèque scientifique Payot (Paris: Payot, 1993).
5 Pierre Bourdieu, Ce que veux dire parler : L’économie des échanges linguistiques, Fayard, 1982, 134-35.
6Ibid., 141.
7 Hachey, « L’étudiant a toujours raison ».
8 Fulcrum Editorial Board, « Editorial: Don’t Say the n-Word If You’re Not Black », The Fulcrum, 12 octobre 2020, https://thefulcrum.ca/opinions/editorial-dont-say-the-n-word-if-youre-no….
9 Frances Henry et al., « Race, racialization and Indigeneity in Canadian universities », Race Ethnicity and Education 20, no 3 (4 mai 2017): 311, https://doi.org/10.1080/13613324.2016.1260226. Texte original traduit par l’auteur : « Four decades of equity policies have failed to transform the academy significantly to make it more diverse and reflective of the broader society and student body. In part, this is because of structural barriers and discriminatory practices that have functioned to exclude and stall transformation. »
10 Caroline Montpetit, « Retour sur l’émeute étudiante la plus importante de l’histoire du Canada », Le Devoir, 2019, https://www.ledevoir.com/societe/546809/l-emeute-raciale-de-sir-george-w….
11 Ibid.
12 Josée Guérin et Catherine Morasse, « Suspension d’une professeure à l’UdO : un « rendez-vous manqué » selon des étudiants », Radio-Canada.ca (Radio-Canada.ca, 2020), https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1742363/universite-ottawa-seuo-prof…
13 Évidemment, je ne supporte pas la pratique de doxing et d’intimidation dont madame Lieutenant-Duval a été la cible. Je tiens simplement à souligner que dans le cadre de l’amenuisement des espaces de collégialité à l’intérieur de l’institution universitaire, d’autres moyens d’action sont envisagés.
14 Blair Crawford, « Students Push for Mandatory Anti-Racism Course at Ottawa Universities », Ottawa Citizen, 2020, https://ottawacitizen.com/news/local-news/students-push-for-mandatory-an….
par William Grondin | Oct 16, 2020 | Opinions
À l’aube d’une seconde vague de COVID-19 dans la province, le gouvernement Legault a déclaré, le 26 septembre dernier, un resserrement des mesures sanitaires dans les zones les plus affectées par le virus. Face à cette annonce, des figures de proue du mouvement anti-masque ont organisé des rassemblements à travers la province.
Le 30 septembre à Montréal au parc Lafontaine, un millier de personnes se sont rassemblées – la très grande majorité sans masques – pour protester contre ces mesures jugées au mieux excessives, au pire fasciste. Quelques semaines auparavant, ce mouvement a réussi un tour de force en regroupant environ 10 000 personnes à Montréal, pour s’opposer au port du masque obligatoire et aux resserrements des mesures de confinements, comme la fermeture des bars et des salles à manger (Trudel, 2020).
Incontestablement, les mouvements conspirationnistes ont – depuis les dernières années – connu un essor fulgurant, se décomplexant et occupant une part significative de l’espace public. Le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication – au premier plan les réseaux sociaux – ont rendu possible le partage à grande échelle de ces théories. Une autre variable importante pour expliquer de cette ascension : la diffusion de ces théories par des figures politiques populistes comme le président américain Donald Trump ou encore le président brésilien Jair Bolsonaro (Dale, 2020).
Même si les analyses de ces mouvements dans les médias se font nombreuses, elles achoppent lorsqu’il s’agit de les rendre intelligible dans un ensemble sociologisant. Ce billet propose de renverser cette tendance en abordant l’argumentation du mouvement s’opposant au port obligatoire du couvre-visage et des mesures de santé publique.
Libertés et communs
L’appel à la liberté est un argument de type péremptoire, c’est-à-dire auquel l’objection est impossible – dans ce cas, parce que c’est une valeur constitutive de la modernité. Qui pourrait ouvertement se positionner contre « la liberté», valeur fondamentale si chère à l’Occident ? Il n’est pas donc surprenant que le présent mouvement s’opposant au port obligatoire du couvre-visage mobilise cet argument pour faire valoir sa position « pro-choix ». Dans ce cas, la liberté individuelle est mise en opposition à « l’oppression » étatique face aux mesures de santé publique.
Dans son ouvrage La démocratie contre elle-même (2002), Marcel Gauchet résume l’état d’esprit individualiste où la liberté prime : « L’individu contemporain aurait en propre d’être le premier individu à vivre en ignorant qu’il vit en société, le premier individu à pouvoir se permettre, de par l’évolution même de la société, d’ignorer qu’il est en société » (Gauchet, 2002, p. 254). La perte de confiance envers les institutions modernes, comme les médias, la démocratie représentative et l’État, laisse un vide politique en ce qui concerne la vie en commun. Cet espace déserté s’est peu à peu comblé par une conception individualiste du vivre ensemble au détriment de la communauté.
La dissolution de la confiance envers l’État démocratique – figure résiduelle de la vie en commun et du vivre ensemble – s’est transmutée en une conception strictement économique de l’État. La société ne semble plus exister. Les principes de communauté et de vivre ensemble sont remplacés par un État prestataire de services, où la citoyenneté est substituée par le statut de « payeur de taxes ». Dans cette nouvelle genèse sans commun, il n’est pas étonnant que des problématiques comme les changements climatiques ou les mesures de santé publique mises en place pour répondre collectivement à la crise sanitaire en cours rencontrent une résistance.
On le rappel, le port du couvre-visage est un geste relevant essentiellement du vivre ensemble, dans la mesure où il ne protège pas celui ou celle qui le porte, mais exclusivement les personnes à proximité. Exiger, au nom de la « liberté » de ne pas porter un couvre-visage revient à réclamer le droit d’être un vecteur d’infection, et ce, au détriment de la vie en commun et des plus vulnérables.
Les sciences : ni pour ni contre, bien au contraire
La mobilisation de l’argument scientifique est primordiale dans les sociétés occidentales pour convaincre de la légitimité d’une position. La raison scientifique est un pilier des sociétés modernes, face aux anciennes croyances des sociétés traditionnelles. Les savoirs scientifiques dépassent un unique domaine de recherche pour s’insérer dans la doxa, c’est-à-dire en tant que principes plus ou moins conscients qui semblent aller de soi dans une société donnée. Par exemple, nul besoin d’être astronome professionnel pour comprendre les bases de l’héliocentrisme ou que la terre n’est pas plate. En somme, une importante partie de notre conception – consciente et inconsciente – du monde naturel découle de travaux scientifiques. Discursivement, se positionner contre les sciences revient donc à adopter une position irrationnelle en opposition au progrès, voire à la conception moderne du monde (Freitag, 2002).
Les discours des leaders anti-masques et anti-confinement sont ambigus et voguent sur une ligne entre attaques et mobilisations de l’argument scientifique. Si les grandes institutions demeurent une cible de choix pour les conspirationnistes, la mobilisation de l’argument scientifique fait étonnamment partie intégrante de leur discours.
En assistant au rassemblement du 30 septembre, j’ai constaté – autant dans les discours des leaders, qu’au cours de conversation avec les manifestant.e.s – que la mobilisation du discours scientifique était systématique. Si cela peut initialement paraître contradictoire avec les positions des manifestant.e.s, cela s’explique par un effort de gymnastique intellectuelle fort intéressant.
Il s’agit d’attaquer les grandes institutions scientifiques, au premier plan l’Organisation mondiale de la santé, puis les universitaires et les grandes pharmaceutiques. Un exemple probant pour comprendre le rejet des institutions scientifiques en conjonction avec de l’appel aux sciences est le cas du docteur Didier Raoult en France. Infectiologue au style marginal, il a été propulsé à l’avant-plan par le mouvement conspirationniste parce qu’il détiendrait la clé pour lutter contre le virus : la chloroquine. L’utilisation de ce remède miracle serait paralysée par les grandes institutions scientifiques et politiques. Or, les récentes études démontrent que ce médicament – utilisé dans les traitements contre la malaria – n’a pas d’effet clinique bénéfique dans la lutte contre le COVID-19 (World Health Organization, 2020).
La tirade : « faites vos recherches [scientifique] » est devenue une devise du mouvement conspirationniste. Elle suppose la possibilité de faire des recherches scientifiques hors de ces mêmes institutions. Or, le processus scientifique est une affaire d’institution, dans la mesure où il doit s’inscrire dans une démarche éthique, méthodologique et procédurale. La publication scientifique révisée par les pairs est considérée comme le produit de ce procès.
Or, le mouvement conspirationniste associe ces grandes institutions au « discours officiel », ipso facto à la manipulation du peuple par l’élite. Il n’est donc pas étonnant que quand l’argument scientifique est mobilisé, il soit associé à des sources plus ou moins vagues, voire inexistantes. J’en paraphrase ici un exemple, entendu lors du rassemblement du 30 septembre à Montréal : « aucune étude ne prouve que le masque soit utile pour limiter la propagation du virus […] les études montrent que le virus est moins mortel que la grippe saisonnière ». Du côté argumentatif, bien que ces études soient inexistantes, elles permettent d’associer le mouvement anti-masque aux sciences, donc à la raison moderne.
La conspiration, c’est les autres
Dans les sociétés démocratiques, la vigilance citoyenne face aux politiques gouvernementales est saine et nécessaire. Elle permet de favoriser le sentiment de redevabilité des élu.e.s, de faire valoir une pluralité d’opinions et d’alimenter le débat public. Il s’agit cependant de reconnaître que les grandes institutions ne sont pas systématiquement en opposition à la population.
En discutant avec plusieurs personnes lors de la manifestation du 30 septembre, un constat est clair : aucun.e d’entre eux et elles ne veut s’associer explicitement à des théories de la conspiration. Libre penseur.se.s, réveillé.e.s, patriotes, ces manifestant.e.s accusent plutôt les député.e.s, les médias, les partis politiques, les pharmaceutiques – donc l’élite politique et économique – d’être les vrais conspirateurs.
Je ne doute pas du bien fondé d’une démarche visant à dénoncer l’inacceptable et le comportement des élites. Les mouvements citoyens ont historiquement joué des rôles cardinaux dans les diverses luttes sociales. Or, dans le cas du mouvement anti couvre-visage, son essence individualiste et anti-science va à l’encontre du devoir citoyen et communautaire. Mobiliser des études scientifiques inexistantes et le droit d’être un vecteur d’infection – au détriment des plus vulnérables – est au mieux égoïste, au pire une attaque frontale faite aux principes du vivre ensemble.
Dale, D. (2020, 2 septembre). Fact check: A guide to 9 conspiracy theories Trump is currently pushing. Dans CNN. Récupéré de https://www.cnn.com/2020/09/02/politics/fact-check-trump-conspiracy-theo…
Freitag, M. (2002). L’oubli de la société: pour une théorie critique de la postmodernité. Québec : Presses de l’Université Laval.
Gauchet, M. (2002). La démocratie contre elle-même. Paris : Gallimard.
Trudel, R. (2020, 12 septembre). Au diable les mesures sanitaires. Dans TVA Nouvelles. Récupéré de https://www.tvanouvelles.ca/2020/09/12/au-diable-les-mesures-sanitaires-1
World Health Organization. (2020). COVID-19 Mythbusters. Récupéré de https://www.who.int/emergencies/diseases/novel-coronavirus-2019/advice-f…